‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 41 sur 60 · VINGTIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

VINGTIÈME CONFÉRENCE

Herpétis, ou herpétisme ; ou diathèse herpétique. Traitement de la diathèse.

L'arsenic est à la diathèse herpétique, ce que l'iode est à la diathèse scrofuleuse; ce n'est point un spécifique, dans la rigoureuse acception du mot, mais c'est un médicament d'une incontestable utilité; il agit de deux manières différentes : c'est un tonique, un reconstituant, un modificateur de la constitution, et en même temps, il a pour propriété d'exercer une action spéciale sur la peau, d'y déterminer une congestion substitutive, capable de modifier sa vitalité, son innervation déviées, et d'y rétablir ainsi l'état physiologique, et les sécrétions normales. De cette action locale excitante pour la peau, que produit l'arsenic, il résulte qu'il ne faut pas le prescrire dans la période aiguë d'une affection à type inflammatoire, car il augmenterait l'inflammation et la congestion cutanées : il ne faut le donner qu'après la cessation delà période inflammatoire.

Lors donc que vous avez affaire à une aflecliun herpétique à forme chronique, telle que le psoriasis, le prurigo, prescrivez tout de suite l'arsenic, sous l'une ou l'autre des deux formes que nous vous avons indiquées. Lorsqu'au contraire il s'agit d'une herpétidc à type inflammatoire, telle que l'eczéma, si cet eczéma se présente

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avec sa forme aiguë, cL dans une période d'acuilé prononcée, commencez par un traiLemenl émollient, anli plilogislique, prescrivez une demi-diète, des eaux minérales purgatives, des boissons délayantes, laxatives. diurétiques, dépuratives, telles que les différentes préparations de salsepareille, et ne donnez l'arsenic qu'après avoir calmé la plilogose cutanée. Que vous donniez l'arseuic primitivement ou secondairement, faites-le prendre en môme temps que des laxatifs, que des boissons rafraicliissantes, alcalines, dépuratives, ou même purgatives si la constitution du malade estsanguine etbilieuse. Si, au contraire, cette constitution est pauvre, anémiée, nerveuse, donnez en môme temps que l'arsenic, du fer, du quinquina, du phosphate de chaux, des vins généreux, et, comme pour la syphilis, continuez longtemps, pendant plusieurs mois, ce traitement diathésique. Après tout eft'acoment des lésions cutanées, soumettez quand même, aux changements de saisons, à l'automne, et surtout au printemps, le malade à un régime dépuratif conforme à sa constitution, et à la diathèse dont il est affecté ; vous pouvez prévenir ainsi, empêcher ou du moins atténuer, rendre moins fréquentes et moins intenses les récidives herpétiques malheureusement trop habituelles.

Comme régime hygiénique, défendez les liqueurs et tout ce qui peut irriter, et congestionner la muqueuse stomacale; rappelez-vous que la congestion et l'irritation de l'estomac ont leur retentissement sur la peau, et y ramèneraient une éruption éteinte, ou y entretienaraient et y augmenteraient une inHammation actuelle. Que le malade donc suive un régime doux, qu'il s'abs-

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tienne de liqueurs, de vins purs, de salaisons, de viandes trop épicées, de porc, de poisson de mer, do coquillages, de truffes, d'écarts de régime, de toute espèce d'excès, de fatigues, de tout ce qui peut activer la circulation et congestionner la peau.

Traitement local ou traitement des lésions de l'herpétisme .

Les affections cutanées symplomatiques de l'iierpélisme étant nombreuses, de types et de formes différents, il est impossible de donner une indication sommaire d'un traitement qui leur convienne à toutes en même temps. Nous allons donc les diviser en trois catégories, représentant chacune un type différent, et, par conséquent, nécessitant un traitement externe différent.

Herpétides à sécrétion humide et à caractère^ inflammatoire ;

Eczéma.

Il s'agit ici d'une véritable inflammation, d'mie phlegmasic de la peau; or le traitement local devra être essentiellement antiphlogistique, émollient, exempt de quoi que ce soit d'excitant, d'irritan.t. Donc n'employez jamais de pommades : toutes les pommades, même les plus anodines, deviennent irritantes parl'acidiiication, c'est-à-dire la fermentation acide du corps gras, qui entre dans leur composition ; n'employez jamais non plus les cataplasmes de farine de lin, qui subissent promptement la même fermentation acide. — Si, dans l'évolution delà période aiguë de l'eczéma, les corps gras, pommades, linimcnts

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oléagineux, les plus exempts de principes initanls, doivent être rejetés, àplus forte raison devrez-vous toujours proscrire les topiques, quels qu'ils soient, solides ou liquides, contenant des substances irritantes, telles que le camphre, le soufre, le sublimé, le goudron, le sous-carbonate de soude ou de potasse ; vous proscrirez de même les bains salins, sulfureux, alcalins, les bains de vapeur, les bains froids, les bains de mer. Vous vous g-arderez bien d'envoyer vos malades à des eaux minérales fortement minéralisées, excitantes, soit parleur composition chimique, soit par l'élévation dp leur température. Dans la période aiguë, fluente de l'eczéma, toutes les eaux minérales, même les plus anodines, sont mauvaises, à plus forte raison les eaux fortement minéralisées, telles que les eaux des Pyrénées, les eaux d'Uriage,de Louëchc, qui produiraient des aggravations inflammatoires désastreuses, comme nous n'envoyons que tiop d'exemples.

Dans la période aig'uë, fluente de l'eczéma, prescrivez des bains de son, ou des bains amidonnés; vous aurez la précaution de faire cuire l'amidon, afin qu'il soit incorporé à l'eau, sans quoi il ne produirait aucun efl'et émoUient, et vous le verriez se déposer, comme une poudre inerte, au fond de la baignoire. Tenez les surfaces malades couvertes de cataplasmes de fécule de pommes de terre bien cuits, bien humides, réduits en une gelée diffluente ethomogène; appliquez-les tièdes, presque froids; changez-les trois fois en vingt-quatre heures ; ne laissez aucun intervalle entre leurs applications successives; le contact de l'air et des vêtements, ainsi que les vicissi-

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liulos de Icmpéralure oLanL toujours excitants, et par conséquent dangereux.

Si l'eczéma est généralisé, s'il occupodetrop vastessurfaces pour que les cataplasmes de fécule de pommes de terre puissent être employés, ayezrecoin'S au caoutchouc vulcaniséjaites enfaire des vêtements complets, chemises, pantalons; le caoutchoucopposerauneharrièreinfrancliissable à tous les contacts extérieurs; par son imperméabilité, il conservera, à la surface de la peau, le produit de outes ses sécrétions, aussi bien la sécrétion sudorale, que la sécrétion eczémateuse, il en résultera que les parlies malades, absolument soustraites au contact de l'air, seront incessamment baignées par une couche liquide, sorte debainémollient, età température constante. Toutes les vingt-quatre heures, changez le caoutchouc, et profitez-en pour faire prendre au malade un bain émollient.

Si les parties eczémateuses sont les membres inférieurs, condamnez le malade à un repos absolu; que les membres eczémateux soient immobilisés, dans une situation horizontale, et même élevée; si vous les laissez dans une situation déclive, vous ne les guérirez jamais, sachez-le bien.

Si les parties malades sont des régions où la peau est on opposition avec elle-même, comme aux aisselles, comme dans la zone génitale, comme dans les espaces interdigitaux, ayez soin que ces parties soient isolées, par un écartement réciproque, par des poudres siccatives, par des cataplasmes, et veillez à ce qu'elles ne soient jamais dans une situation déclive, ou que la marche soit rigoureusement interdite.

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C'est ainsi que doit èlre traité l'eczéma aigu.

Lorsque l'eczéma est entré clans une voie de résolution, quand il a perdu ses caractères inflammatoires, quand sa sécrétion humide s'est tarie, et qu'il prend des allures chroniques, continuez de même les cataplasmes émollients, vous éviterez ainsi ces poussées aiguës si fréquentes, au milieu de surfaces qui semblaient, parleur caractère de chronicité, devoir en être exemptes. Sans doute vous pourriez alors essayer les pommades les plus adoucissantes, la vaseline, le glycérolé d'amidon, associés au sous-nitrate de bismuth ; mais le plus souvent, les cataplasmes vous donneront encore do meilleurs résultats.

Ayez bien soin d'interdire, non pas seulement la marche, et la situation déclive des parties malades, mais tout frottement, tout grattage, toute constriction, telle que celle des jarretières, d'un bas élastique, de pièces de pansement.

Quand l'eczéma est arrivé à cette période de son évolution, où la chronicité a remplacé l'acuité, vous pouvez prescrire les eaux minérales en bains, mais seulement les moins minéralisées, telles que les eaux de Saint-Gervais,' et celles de Ragatz ; défiez-vous toujours de celles qui sont plus chargées en principes minéraux et qui pourraient éveiller l'état inflammatoire : nous avons traité longuement cette question des eaux minérales, dans le troisième volume de nos leçom clmiques ; nous n'en dirons rien de plus aujourd'hui ; rappelons seulement ce principe que nous avons établi et dévelopi)é; nous le résumons ainsi :

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Les eaux minérales, dans le traitomenl des maladies de la peau, sonL bien plus souvent nuisibles qu'elles no sont utiles; les eaux fortement minéralisées, arsenicales, sulfureuses, et salines, telles que les eaux d'Uriago, de Louëcbe, de la Bourboulc, de Cauterets, de Barèges ne doivent êtres prescrites que dans les affections absolument dépourvues de caractère inflammatoire, telles que le prurigo, et dans le cas de pachydermisation de la peau par le lichen chronique; hors de là, elles seraient désastreuses. D'une manière générale : il faut toujours dans le traitement des maladies de la peau, se défier des eaux minérales ; il faut ne les prescrire qu'avec la plus grande réserve, et dansPimmense majorité des cas, donner la préférence à celles qui sont le plus faiblement minéralisées, et dont la température est la moins élevée.

Herpétides à sécrétion sèche, à évolution chronique, et à caractère non inflammatoire. — Psoriasis.

Ici nous avons ù modifier un état morbide, mais non phlegmasique, un épaississement hypertrophique, à la suite duquel le derme, desséché, dévié dans sa vitalité, ne secrète plus qu'un épidermo malade.

Le traitement local a pour indication : 1° de détacher, de faire tomber les squames ; 2" d'exercer ensuite une action énergiquement modificatrice, et résolutive, sur le derme hypertrophié, afin de \o ramener à son état anatomique normal, et par suite, à la sécrétion physiologique d'un épidcrme normal.

'-^ 'iUAlTKME^T DR l'iIERPÉTIS

Ce doublo résulLal peut cire produit, dans l'espace de deux à quatre, ou six mois, par des frictions faites; deux fois par jour, sur tout le corps, avec une substance douée de propriétés excitantes, résolutives et modificatrices, le] le que l'huile de cade de genévrier, extraite, par la distillation, de la résine ànJumperus Sabina; en même lemps on prescrit un bain, tous les jours, avec sous-carbonate de soude, de 500 à 800 grammes afin de nettoyer la peau, de la débarrasser des couches huileuses que les frictions y déposent, et en môme temps d'exercer sur elle, une action excitante et modificatrice. Si l'huile de cade est difficilement supportée à cause de son action irritante, on peut la mitiger avec une quantité plus ou moins considérable d'iiuile d'amandes douces.

Dans le cas où riniile de cade ne pourrait pas être employée à cause de son odeur désagréable, remplacezla par la pommade suivante :

Axongo fraiclic, ou vaseline 100 grammes.

Acide pyrogalliqiic. . . . 10 on \'6 —

Mais ne mettez pas cette pommade eu contact avec les parties de la peau découvertes, telles que la figure et les mains, car elle les rendrait, sous Tinfluence de l'air, absolument noires, et cela pour plusieurs jours. (^0 traitement doit être continué jusqu'à l'effacement complet des moindres vestiges psoriasiques, jusqu'à ce (|ue la peau ait repris, partout, son aspect normal.

Retenez bien cette recommandation importante : la pommade à l'acide pyrogallique ne doit pas être mise en contact avec les mains, ni avec la figure, car elle

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noircit toutes les surfaces cutanées exposées à l'air, et celte couleur noire persiste plusieurs jours. Cet inconvénient ne se produit pas sur les parties du corps qui sont soustraites, par les vêtements au contact de l'air; on peut donc employer impunément celte pommade sur le tronc et sur les membres ; elle est moins irritante pour la peau que l'huile de cade; elle n'a pas, comme l'huile dé cade, une odeur empyreumatiquc prononcée cl persistante, mais ses effets modifîcateurs'des surfaces cutanées sont moins sûrs, et plus lents à se produire. Les bains alcalins doivent être prescrits tous les jours, ou tous les deux jours, pendant tout le temps que celte pommade est mise en usage.

On peut encore employer en frictions, l'acide chrysophanique; la dose de cet acide est de 5 à 10 grammes pour 100 grammes d'axonge ou de vaseline. Mais ce corps qui est pulvérulent, a l'inconvénient d'être dispendieux et d'être irritant pour la peau, sur laquelle il détermine fréquemment des éruptions d'érylhème, ou d'herpès et dos gonflements douloureux; nous ne conseillons donc pas l'emploi de cet agent.

Tenez-vous-en à l'huile de cade, de genévrier, cl à l'acide pyrogallique, en ayant soin de continuer l'usage de ces topiques, jusqu'à ce que la peau ait repris absolument son étal normal, jusqu'à l'effacement complet do tout vestige psoriasique.

TRAITEMENT DE l'mERPÉTIS

Herpétides non sécrétantes à évolution chronique, et sans caractère inflammatoire.

Prurigo ,

La médicalion locale doit èlro cxcilantc cl pcrlurba- Irice, de manière à produire une véritable irritation artificielle et passagère, qui déplace l'irritation morbide permanente et la détruise, en se substituant à elle. Cette indication est remplie, soit par des bains sulfureux concentrés (200 gram. de sulfure sec de potassium pour chaque bain); soit par des bains alcalins énergiques (1 kilo de sous-carbonate de soude par bain). Ou pratique encore, avec avantage, des badigeonnages, des frictions, avec l'huile de cade, avec une solution de sublimé :

Eau alcoolisée ."lOO gram.

Sublimé —

En mettre une forte cuillérée dans la valeur d'un litre d'eau. On se trouvera bien aussi de l'hydrothérapie, de douches froides généralisées, eu pluie, en cercle, en colonne. Les eaux minérales qui sont, toutes, impuissantes contre le psoriasis, sont souvent utiles contre le prurigo, et ce sont les plus actives, les plus cliaudes cl les plus minéralisées, celles qui sont le plus capables de déterminer des poussées, des excitations violentes perturbatrices sur la peau, telles que les eaux d'Uriage. de Louoche, de la Bourboule, les eaux chaudes de Cauterets, de Barèges.

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