‹ Traité pratique des maladies de l’oreille, ou, Leçons cliniques sur les affections de cet organeChapitre 31 sur 69 · DU TRAITEMENT DES COUPS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT DES COUPS ÉTRANGERS

gouttes d'éther sulfurique dans l'oreille des infortunés qui s'adressaient à elle.

Ce mode de traitement faisait merveille, disait-on ; chaque jour on enregistrait avec éclat des succès miraculeux! C'est en vain que Ménière et Tiïquet s'élevèrent avec force contre une médication aussi dangereuse qu'impuissante. On les écouta si peu, que maintenant encore, vous voyez à mon dispensaire de malheureux malades dont l'affection a été exagérée par l'emploi de ce médicament incendiaire.

Corps mous. — Les corps mou, s introduits dans le conduit, viennent du dehors ou sont formés dans l'oreille. Les uns sont du coton, de la laine, des morceaux de toile et plus rarement de la terre glaise, du lard, de la poix. Je les ai classés à part ; cependant je n'en parlerai pas longuement à cause de la facilité de leur extraction. Il y a néanmoins quelques cas particuliers bons à noter. Si le corps est soluhle dans un liquide dont l'action ne nuise pas aux parties constituantes de l'oreille, il faut seulement introduire dans le conduit une quantité assez grande de ce liquide pour produire une dissolution complète ou suffisante afin d'en faciliter l'extraction. Si le corps n'est pas soluble, on peut l'extraire avec des pinces lorsqu'il . a une certaine consistance, ou le faire sortir au moyen d'une irrigation d'eau tiède.

Corps durs. — Les corps durs se rencontrent quelquefois dans l'oreille externe et sont trop fréquemment la cause de désordres graves. Aussi toutes les fois qu'il sera nécessaire d'extraire un corps étranger, on devra bien éclairer l'oreille externe et opérer de visu si l'on emploie des instruments. Mais, pour se placer dans les conditions les plus avantageuses, il est utile d'avoir de bons appareils et des tiges coudées très-fines.

Le praticien n'ayant pas, la plupart du temps, un outillage convenable, devra mieux attendre que de perforer le tympan et de commettre des désordres graves. Il agira cependant avec toute la promptitude possible, afin que le corps ne pénètre pas profondément dans le conduit et ne blesse pas le tympan.

Pour éviter tous ces accidents, il est bien préférable d'essayer le moyen le plus simple, l'irrigation d'eau tiède. Le corps étranger pouvant siéger dans différentes parties de l'organe, il est

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nécessaire d'établir des distinctions qui faciliteront l'exposé du traitement.

1° Le corps est dans la portion externe du conduit ;

2° Il est dans la portion osseuse du conduit ;

3° Il est en partie dans le conduit, en partie dans la caisse ;

4° Il est dans l'oreille moyenne : visible ou invisible.

1° Quand le corps est dans la portion externe du conduit, il arrive souvent qu'il se trouve dans la portion fibro-cartilagineuse lorsqu'on n'a pas encore fait de tentatives pour l'extraire. Alors l'extraction en est toujours facile. Mais ordinairement on a cherché à l'enlever et, pendant cette opération, il a été poussé dans la portion osseuse près du tympan, sans avoir produit de désordres.

Dans ce cas l'extraction devient laborieuse si l'on emploie des instruments; mais, si l'on a recours à une irrigation d'eau tiède, on opère sûrement, la plupart du temps, sans craindre la rupture 'du tympan. Cependant je ne veux pas dire que la membrane du tympan résisterait à un jet d'eau poussé avec un appareil puissant.

Les irrigations d'eau tiède nous fournissent donc le moyen le plus simple et le moins dangereux d'extraire les corps étrangers ; malheureusement elles ne réussissent pas toujours. Alors l'emploi des instruments devient indispensable. Parmi ceux qu'il faut préférer, on doit nommer la curette de Leroy d'Etiolle, modifiée par mon savant et habile maître, M. le professeur Richet, la canule-pince de M. Bonnafond, et les divers instruments que j'ai fait fabriquer. Les deux premiers instruments offrent des avantages beaucoup moins grands que les autres.

Lorsque le corps est ovale, irrégulier, et qu'il est impossible de le saisir avec les pinces (fig. 4), on insinue, entre lui et les parois du conduit auditif, une tige très-fine ayant une extrémité libre coudée à angle droit ou un peu obtus, en ayant soin de maintenir la partie coudée à plat. Aussitôt que cette partie a franchi le point où est situé le corps étranger, on la fait proéminer dans le conduit de manière à ce qu'elle puisse venir heurter le corps et l'attirer au dehors au moment où l'on retire la tige.

Le corps a-t-il une forme arrondie et une surface lisse, les difficultés sont plus grandes, parce qu'il roule sous l'instru-

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