DILATATION, DÉFORMATION ET ABSORPTION DE LORBITE
la tumeur, Au microscope, le Dr Heyfelder la trouva composée d'un tissu fondamental amorphe, offrant çîi et là l'aspect fibreux, de grandes cellules cartilagineuses, de cellules cartilagineuses à différents degrés en voie d'ossification, et enlin de corpuscules osseux parfaits (1).
Obs. 14. — Abcès dans le sinus maxillaire gauche: exophthalmie produite par la collection purulente (2). — Mc Sauvai, 55 ans, d'une bonne constitution , entre le 14 juillet 1859, à l'hôpital Saint-André pour un exophthalmos de l'œil gauche et un gonflement de la région malaire du même côté. La maladie a débuté, il y a 4 mois, de la manière suivante : céphalalgie frontale très-intense et odontalgie quia forcé la malade à se faire arracher la dernière molaire supérieure gauche. A peine celte avulsion est-elle accomplie, que des tiraillements se font sentir dans la région malaire; peu de temps après, la malade y éprouve de vrais élancements et s'aperçoit d'un commencement de déformation et de gonflement de cette région. Bientôt l'œil devient saillant, proémine en avant de l'orbite. C'est alors qu'elle se décide à entrer à l'hôpital, où l'on peut constater l'état suivant : Tuméfaction très-apparente au niveau du maxillaire supérieur gauche. L'os malaire semble repoussé en avant. L'œil gauche proémine fortement en avant; il ne peut plus être recouvert par les paupières, qui se tiennent la supérieure relevée, l'inférieure abaissée. La conjonctive est injectée; elle forme autour de la cornée un chémosis trèsintense. La malade éprouve des élancements, des battements dans l'œil qui la font beaucoup souffrir. On fait une application de six sangsues à l'angle externe de l'œil, et des onctions mercurielles au pourtour de l'orbite et sur la région malaire. Les 15, 16 et 17, les phénomènes inflammatoires persistent du côté de l'œil; l'injection de la conjonctive et le chémosis que cette dernière forme, conservent la même intensité. (Onctions mercurielles; nouvelle application de six sangsues au-devant de l'oreille gauche.) Le 18, l'état de l'œil est à peu près le même ; la cornée est un peu trouble, terne, on en redoute l'ulcération. La malade accuse l'existence d'un petit abcès de la gencive, situé entre la deuxième et la troisième molaires supérieures gauches. (On continue les onctions mercurielles.) Le 19, l'abcès de la gencive est percé, et il s'est écoulé dans la bouche une certaine quantité de pus très-fétide; l'injection de la sclérotique est moindre. Le 20, la malade, en se mouchant avec force, remarque du pus mélangé aux mucosités qui viennent du nez ; l'injection de la sclérotique disparaît. Le 21, il s'écoule encore du pus dans les grands efforts que la malade fait en se mouchant. Une difficulté dans l'écoulement du pus doit dépendre de ce quïl n'existe pas de trajet direct communiquant du foyer purulent aux fosses nasales ; l'écoulement doit se faire par les cellules elhmoïdales. Du 21 au 25, il s'écoule encore du pus toutes les fois que la malade se mouche avec force ; il s'en écoule également par l'orifice de l'abcès gencival, qui est devenu fistuleux. L'injection qu'offrait la sclérotique a complètement disparu ; le chémosis que cette dernière forme autour de la cornée semble avoir un peu diminué d'intensité. L'œil est toujours à moitié hors de l'orbite. La tuméfaction de la région malaire n'a pas diminué. Le 29, le chémosis est peu intense; la saillie formée en avant par l'œil est moins marquée, il paraît être un peu rentré dans l'orbite. La malade mouche du pus ; il s'en écoule aussi par le trajet fistuleux qui existe entre la deuxième et la troisième molaires supérieures gauches. Le 2 août, le chémosis a disparu; l'œil bombe légèrement en avant; la quantité du pus mouché diminue, le trajet fistuleux en fournit très-peu. Du 2 au 8, l'œil a repris ses rapports normaux, la malade ne mouche presque plus de pus. Le 15, il y a suppression complète de ce dernier, il s'en écoule encore un peu par le trajet fistuleux ouvert dans la bouche : la tuméfaction de la région malaire n'a pas diminué ; l'œil est dans un état satisfaisant; la malade quille l'hôpital.
(1) Consultez sur l'enchondrôme : Paget, Vol. II, pp. 171-194. 11 donne des figures représentant la structure vue au microscope. — Stanley's Illustrations of Diseases of the Bone, PI. XVII, fig. 4. Elle représente une tumeur en grande parlie cartilagineuse et qui était unie aux os de la face et de la tête d'un jeune garçon de seize ans. Elle englobait les deux maxillaires supérieurs, pénétrait dans l'orbite gauche, et passait à travers le côlé gauche de la base du crâne, comprimant le lobe antérieur du cerveau. La tumeur est conservée à St.-Bartholomew's Hospital, à Londres.
,-2, DccnES>E. Journ. de médecine de Bordeaux, fé\r. 1861.
§ IV. Compression de l'orbite par une cause siégeant à l'intérieur du crâne (1). (P. 102.)
Une cause assez fréquente d'exorbitisme réside dans l'affaissement de la paroi supérieure de l'orbite , occasionné par les hydropisies
du cerveau. Carron du Vil lards dit avoir rencontré , dans le muséum du Dr Vrolick, d'Amsterdam, des pièces anatomiques très curieuses à ce point de vue, parmi lesquelles un crâne où le plancher supérieur de l'orbite s'était affaissé de telle manière que l'œil n'y pouvait plus rester; les os étaient amincis et papyracés. Avec un trois-quart explorateur, rien ne serait plus facile que d'évacuer par cette voie les liquides renfermés dans la boîte crânienne, ainsi que notre auteur l'a fait sur le cadavre d'un enfant de deux ans, ayant succombé à une hydrocéphale énorme et dont le dessin est ici représenté (fig. 4). La quantité de liquide extrait pesait 17 onces, et le cerveau n'avait pas été lésé par la ponction (2).