LÉSIONS TRAUMAT1QUES DE LA CONJONCTIVE
sont malades et irritables; la conjonctive palpébrale d'un rouge foncé, surtout le long du tarse et vers les angles ; les paupières gonflées et offrant de la tendance à se renverser en dehors ; la vision douloureuse. Quelquefois cependant l'irritation est locale, l'arsenic ayant agi directement sur la conjonctive (1).
4. On a donné le nom d'argyrose de la conjonctive à l'altération de la couleur de cette membrane, due à son contact prolongé avec des préparations de nitrate d'argent. (V. t. I , p. 542.) En général, dit M. de Gracie (2), il est assez rare que ce sel détermine l'argyrose, quand il n'est employé qu'en solution légère, mais cela peut arriver. H en a observé un cas chez un ouvrier, qui avait employé pendant plusieurs mois une solution d'un demi-grain de nitrate dans une once d'eau. La conjonctive près de la cornée était d'un gris clair; sa coloration devenait de plus en plus foncée, de la marge cornéenne vers la périphérie du globe. Deux petits lambeaux de conjonctive excisés furent soumis au microscope. La coloration grise siégeait dans l'épithélium et les couches superficielles du tissu cellulaire; cependant les couches profondes étaient envahies là où la teinte était très foncée. Les cellules épilhélialcs étaient devenues plus dures et adhéraient fortement entre elles : elles présentaient une coloration gris jaunâtre, à peine altérable par l'action prolongée de l'acide acétique, de l'acide sulfurique étendu, des alcalis et du chlorhydrate d'ammoniaque. La couche brune sous-épilhéliale de tissu cellulaire renfermait des particules opaques, noires (oxyde d'argent?) et des grains bruncerise (albuminate d'argent?). Sur des coupes obliques, on remarquait un réseau brun noirâtre pénétrant jusqu'au chorion, et constitué par des fibres à noyau et des fibres élastiques imbibées de la solution de nitrate d'argent.
Cette altération a longtemps été considérée comme indélébile; mais M. Streatfeild pense (5) qu'en faisant usage du moyen inventé par les photographes pour changer ou faire disparaître les teintes produites par le nitrate d'argent, on pourra arriver à un résultat avantageux. Ce moyen est l'hyposulfite de soude, déjà employé avec succès par M. Dixon, sur un homme dont la partie inférieure du globe de l'œil, la caroncule, le repli semi-lunaire, la conjonctive palpébrale et jusqu'à la cornée, avaient éprouvé une profonde altération de couleur. M. Dixon essaya d'abord une solution de 5 grains de cyanure de potassium par once d'eau, puis de 10 grains, qu'il appliqua, deux fois par jour, pendant plusieurs mois, à l'aide d'un bain d'œil, pour en assurer le contact prolongé, mais sans aucun succès. Il eut alors recours à l'hyposulfite de soude, 10 grains par once d'eau distillée, em-
(i) Taylor. Ophlh. Ho>p. Reports, 1837-1839, Vol. I, p. 270. (2) JtscE. Archiv fur Ophlh. 1839, B. V, Abth. 2, S. 197. (5) Ophth. Hosp. Rcp. 1837-1839, Vol. 1, p. 51.
ployé de la même façon que la précédente solution. Au bout de deux mois, il était survenu une grande amélioration, et la conjonctive avait repris presque son aspect naturel. On continua le traitement en doublant la dose du sel. Il est probable, dit M. Dixon, qu'elle pourra encore être augmentée, car ce médicament n'a pas excité la moindre irritation.
SECTION XII bis.
PRODUCTIONS ÉriTHÉLIALES DE LA CONJONCTIVE.
La conjonctive peut être le siège de productions épithéliales offrant différents aspects. L'un de nous en a publié une observation que l'on trouvera ci-après. D'autre part, M. Betol a signalé l'existence d'une lésion qu'il considère comme caractéristique de l'héméralopie et siégeant dans l'épitbélium conjonctival (1). Elle consiste en un assemblage de petits points, d'un blanc éclatant, produisant comme une tache nacrée ou argentée, à côté de la cornée transparente : en général cette plaque est triangulaire, à sommet externe; la base, voisine de la cornée, est un peu concave. Des parcelles de ces petites productions peuvent s'enlever, soit spontanément, soit parle frottement d'un corps solide; elles sont inhérentes au tissu sur lequel elles sont étalées et composées de couches d'épithélium. Ces taches seraient une altération squameuse spéciale de répithélium conjonctival.
Nous ne saurions comprendre ni admettre le rapport qu'il peut y avoir entre ces deux affections.
Obs. 44. — Production e'pithéliale de la conjonctive sclérolico-kératique (2). Le nommé Jacob Janssens, âgé de 52 ans, cultivateur à Liedekerke (Brabant), d'une bonne constitution, est enlréà L'Institut opbtbalmique du Brabant, à Bruxelles, le 40 août 1860, atteint d'une affection oculaire qui l'empêche de continuera se livrer aux travaux des champs. Il déclare avoir eiiPophthalmie pendant qu'il servait dans l'armée, aull'r régiment d'artillerie, avoir séjourné de ce chef, en 1835, à l'hôpital militaire d'Ypres, pendant un mois environ, et en être sorti pour se rendre, en congé de convalescence, dans ses foyers. Depuis celte époque, il n'a jamais cessé de souffrir des yeux et de se faire traiter de son affection, qu'il se plaità attribuer à l'action delà poudre à canon, queson service l'obligeait à manipuler et dont la poussière fine, répandue dans l'atmosphère île l'atelier, s'inlroduisant sans cesse entre ses paupières, y aurailélé la cause déterminante et le point de départ des désordres dont il est actuellement affecté.
Les conjonctives palpébrales n'offrent aujourd'hui aucune trace de cautérisations qu'on y aurait fait subir; il ne s'y reconnaît ni cicatrices inodulaires, ni brides, ni adhérences, mais seulement, à la paupière supérieure droite, quelques éminences sablées n'offrant aucun des caractères des granulations contagieuses. La principale altération réside dans la conjonctive kérato-scléroticale et mérite une description minutieuse. Au côté externe de l'œil droit, on remarque, au premier aperçu, une opacité crayeuse de la cornée, occupant environ un bon quart de cette membrane, partant de la conjonctive
(1) Gazette hebdomadaire, 18G3, 1« mai, p. 284.
(2) Warlomont. Annales d'Oculislique, 1860, l. XLIV,p. 253.