CHAPITRE VII
MALADIES DE LA CAPSULE DE L'OEIL, DU TISSU CELLULAIRE ET DU TISSU ADIPEUX DE L'ORBITE.
(T. I, pp. 433-462 )
SECTION Ire.
LÉSIONS TRAUMATIQUES DU TISSU CELLULAIRE DE L'ORBITE, (p. 434.)
Des plaies pénétrant dans l'orbite, à travers les paupières ou la conjonctive, peuvent déchirer des branches nerveuses ou occasionner un épanchement de sang, susceptible de comprimer un nerf ou d'amener, dans la capsule oculaire, une inflammation exsudative, suivie de symptômes de paralysie, siégeant dans l'un ou l'autre muscle, de dilatation de la pupille, de strabisme, de luscilas ou d'exophthalmie.
Souvent, des corps étrangers plus ou moins volumineux se sont introduits au moment de l'accident et restent cachés, parce que la plaie, parfois très étroite, s'est fermée sur eux. Si l'on a quelque
lù'2 MALADIES DE LA CAPSULE DE LOEIL.
raison de supposer que le corps vulnérant est demeuré dans l'orbite, il faut mettre le blessé sous l'influence du chloroforme, et faire son possible pour le découvrir et l'extraire. Quelquefois il arrive que le corps étranger, ayant traversé la capsule oculaire, échappe aux recherches, que l'on ne peut pousser trop loin ; la nature provoque alors l'inflammation, la suppuration et l'ulcération, etce chirurgien naturel se charge de l'expulser. D'autrefois, il s'y installe, y fait pour ainsi dire élection de domicile, s'entoure de lymphe plastique et d'adhérences qui le protègent et peuvent le retenir pendant fort longtemps, sans qu'il manifeste sa présence par des accidents sérieux. Le plus souvent cependant, il donne lieu ainsi à un gonflement inflammatoire dur et circonscrit, qui doit toujours être tenu pour suspect et incisé le plus tôt possible.
Obs. 59 (1). — J'ai eu l'occasion de voir un gentleman, chez qui un morceau d'écorce d'arbre était venu se loger dans l'orbite par suite d'une chute. L'œil prit bientôt l'aspect qu'il présente dans l'ophthalmie purulente. Au bout de quelques semaines, une portion de l'écorce se présenta à l'orifice externe delà plaie et fut extraite, ce qui fit disparaître toute gène pour un certain temps. L'écoulement diminua, la plaie se referma et l'inflammation de la conjonctive s'éteignit presque complètement. Mais bientôt tous ces symlômes reparurent sans que le malade consentît à croire que son orbite recelât encore quelque fragment d'écorce, ce qui était cependant. En effet, après quelques semaines d'une attente douloureuse, un morceau d'écorce, plus considérable que le premier, se présenta et fut extrait. L'œil reprit alors promptement son aspect normal.
Obs. 60. — Corps étranger de l'intérieur de l'orbite, inflammation orbitaire, propulsion du globe de l'œil; extraction du corps étranger; guérison (2). — C. L..., âgé de dix ans, jeune garçon sain et robuste, revenait de l'école portant à la main son ardoise et sa touche; tout à coup il broncha, tomba, et se fit une blessure à la paupière supérieure. Il courut chez lui et raconta qu'il pensait être tombé sur sa louche ; celle-ci, en effet, était cassée près de sa pointe, dans l'étendue d'un pouce. Il existait a la paupière supérieure, au-dessous du sourcil, une petite plaie saignante; mais un examen attentif ne fil reconnaître dans la blessure aucune trace d'une portion de touche qui y serait restée. On se contenta de rapprocher les bords de la plaie. Au bout de quelques jours, il survint dans la paupière supérieure une inflammation accompagnée de dureté et de légers symptômes généraux : ce mal s'accrut: il survint des battements dans l'orbite et des douleurs sus-orbitaires. L'œil devint bientôt plus proéminent que celui du côté opposé, pas à un haut degré cependant, mais assez pour indiquer l'existence de quelque cause située profondément. C'est en cet état qu'on l'apporta à Moorfields ; mais à part la dureté, conséquence d'une exsudation inflammatoire, l'examen le plus attentif ne fit rien découvrir. L'historique du cas fit sentir la nécessité d'explorer la partie supérieure de l'orbite et de diminuer la tension occasionnée par l'exsudation inflammatoire. Une incision transversale, comprenant la cicatrice laissée par la blessure, fut pratiquée le long de la paupière supérieure ; le scalpel ayant ensuite été plongé profondément dans l'orbite, vint heurter contre un corps étranger, lequel fut soigneusement mis à nu, saisi avec des pinces et extrait : c'était la portion de touche qui manquait. L'inflammation s'arrêta, l'œil reprit sa place, et une prompte guérison survint.
(<) Mackenzie. Observation inédile.
Voir aussi une observation d'un morceau de tuyau de pipe ayant séjourné six semaines dans l'ortite, par WoitDswonTii (Jled. Times and Gaz. 1861, Apr. 2, p. i52.j
(2) Poland. Ophlhalmic Hospilol Reports, 18a9-60; t. H, p. 216.
Voir aussi une observation de blessure du tissu aréolairc de l'orbite, avec épanclicment de sang dans la chambre antérieure, par Ericiisek (British Mcd. Journ. 1854, Oct. 22, p. 84-7.)
ÉPANCHEMENT DE SANG DANS LE TISSU CELLULAIRE DE l'oRBITE. 155
M. Paget (1) cite l'observation d'une plaie du lobe moyen du cerveau, par un bâton enfoncé à travers la paupière supérieure et la Assure sphénoïdale; cas semblable à l'observation 245 (t. I, p. 458).
11 n'est pas rare que des plombs de ebasse viennent se loger dans le tissu aréolaire de l'orbite, où il est difficile de les loucher et d'où il est d'ordinaire plus difficile encore de les extraire. Ils peuvent s'enkyster et ne donner lieu à aucun résultat fâcheux, à la condition de ne pas se trouver trop près du nerf optique, du globe oculaire ou de quelque vaisseau ou nerf important. D'autres fois, ils donnent lieu à des accidents graves, tels que le plosis, résultant souvent de la gène mécanique provenant du sang épanché dans la paupière supérieure.
Obs. 61. — Blessures par un plomb de chasse. Strabisme. Ptosis (2). — C. S., garçon âgé de 1 1 ans, recul une plaie par une arme à feu à la face, le 28 juin 4858. Le fusil avait été chargé de très petit plomb (n° 40), et tiré à la distance d'une vingtaine de verges du blessé. Un plomb traversa la paupière supérieure au niveau de son repli, audessous du rebord de l'orbite et perpendiculairement au-dessus du point lacrymal supérieur. Une sonde introduite dans la plaie pénétra directement en arrière jusqu'à la profondeur de trois quarts de pouce; néanmoins, on ne put découvrir le plomb et aucune tentative ne fut faite pour l'extraire. L'œil lui-même n'était point lésé: la pupille était très sensible à l'action de la lumière et la vue parfaite. L'épanchement considérable de sang, survenu dans les paupières, empêcha d'observer les mouvements de l'oeil jusqu'au quatrième jour. A cette époque, on reconnut que le parallélisme des axes était détruit ; l'oeil blessé était fortement dévié en dehors, et le malade ne pouvait le ramener en dedans que jusqu'au niveau du centre de l'orbite: l'œil présentait exactement l'aspect qu'il offre après la section du muscle droit interne. Lorsque le gonflement de la paupière eut disparu, on vit persister un degré considérable de plosis, et la pupille était encore plus dilatée que celle du côté opposé.
Il y avait une diplopie marquée; à six pieds de distance, les deux images d'un objet paraissaient éloignées l'une de l'autre de deux pieds. Je recommandai d'exercer l'œil à regarder des objets rapprochés, ce qui amena une amélioration prompte; les deux images se rapprochèrent graduellement; enfin, le 1er août, le parallélisme fut complètement rétabli et la paupière avait repris sa position normale. Le trajet suivi parle projectile exclut l'idée que le droit interne ou son tendon aient pu être lésés directement. Le strabisme fui donc probablement dû à une blessure des nerfs. Le plomb, à ce que j'imagine, ne peut avoir divisé le nerf de la troisième paire, car la pupille n'offrit d'abord aucune dilatation, et la guérison fut trop rapide pour faire admettre la section du nerf. Voici l'explication qui me paraît la plus probable : La lymphe épanchée par suite de l'inflammation, peut-être le sang exlravasé dans l'orbite autour du projectile, auront déterminé, pendant un certain temps, la compression du nerf ou de ses branches. De là les symptômes paralytiques décrits.
SECTION II