III. XII
loi MALADIES DE LA CAPSULE DE L'OEIL.
fréquentes. M. Wharton Jones en a publié un cas (1) et M. de Graefe un autre, dont voici l'observation :
Obs. 62.— Épanchement sanguin dans P orbite {%. — Un ouvrier, âgé de 19 ans, vint consulter l'auteur pour une diplopie qui était survenue subitement, quatre jours auparavant. Même en l'examinant superficiellement, on était frappé de l'expression étrange de l'oeil gauche, qui ne suivait qu'imparfaitement la direction du regard dans les mouvements latéraux, de sorte que son axe visuel se trouvait tantôt dans un état de convergence anormale, tantôt dans un état de divergence avec l'œil droit.
La diplopie binoculaire, dépendant de cette disposition irrégulière de l'axe visuel gauche, offrait une manière d'clre très différente, selon la position des objets. Quand l'objet était placé à droite, il y avait diplopie croisée; à mesure qu'il se rapprochait de la ligne médiane, les images paraissaient converger davantage, et il y avait un certain espace, correspondant à la position de l'objet en ligne droite, où la vision redevenait simple, si ce n'est que l'image de l'œil gauche était en même temps située un peu audessous de l'image de l'œil droit. L'auteur crut devoir ratlacher les différents phénomènes que présentait cette aberration de la vue à une paralysie presque complète des muscles droits interne et externe.
Les mouvements de la pupille étaient normaux, mais la vision était fortement altérée, de sorte que le malade ne pouvait, de l'œil gauche, distinguer qu'un très gros caractère; cependant l'examen ophthalmoscopique ne fit rien reconnaître d'anormal dans les milieux réfringents ou dans les membranes internes, et les lunettes ne purent faire découvrir aucun dérangement dans les phénomènes de l'accommodation. En conséquence, on put ratlacher cette amblyopie à une paralysie incomplèle du nerf optique, et considérer l'affection dans son ensemble, comme une paralysie complète du muscle droit inférieur, du muscle droit supérieur et du muscle oblique supérieur, et comme une paralysie incomplèle du muscle droit interne, du muscle droit externe et du nerf optique; l'altération fonctionnelle s'étendait aussi aux quatre nerfs, oculo-moleur, pathétique, moteur externe et optique.
A cause de l'absence de symptômes cérébraux auxquels on puisse rapporter cette affection, on doit en placer le siège dans la cavité orbilaire, et il est très rationnel, puisqu'elle est survenue subitement et peu de temps après un travail pénible, dans lequel le malade était exposé à l'ardeur du feu, et ensuite, à cause de l'absence de symptômes inflammatoires, de la considérer comme due à un épanchement sanguin placé en arrière du globe, et déterminant la compression des nerfs indiqués plus haut. La nature de la douleur semblait d'ailleurs militer en faveur de celte opinion. Sous l'influence du repos de l'organe malade', des émissions sanguines générales et locales, des purgatifs, etc., la douleur déterminée par la compression diminua au bout de deux jours, et disparut bientôt totalement, ainsi que la forte proéminence de l'œil gauche. Il n'était pas sans intérêt, pendant les quinze jours que dura le traitement, de voir comment les différentes parties reprenaient leurs fonctions normales. Ce fut d'abord le nerf optique qui récupéra ses fonctions, de sorte qu'au bout de six jours à peine, la vision avait repris presque toute sa netteté. La faculté de se mouvoir en» dedans et en dehors commença alors à reparaître graduellement, et le muscle droit supérieur jouit aussi d'une certaine mobilité. Quand celle dernière fonction fut complètement rétablie, la diplopie en haut disparut entièrement et n'exista plus que pour les objets placés de côté. Les épanchements sanguins dans l'orbite paraissent devoir se rencontrer très rarement, à cause de la pression uniforme que le globe, retenu par les muscles, exerce sur les vaisseaux, et cette raison suffirait peut-être pour infirmer le diagnostic qui a été porté dans le cas actuel. Cependant la courte durée des symptômes et la guérison qui a probablement eu lieu spontanément doivent faire considérer ce diagnostic comme le plus vraisemblable.
Des épanchements de sang surviennent tics fréquemment à la suite des plaies pénétrantes de l'orbite et y donnent lieu à l'exophthal-
(1) Brilish Hed. Joiirn. 1803, May 2, p. 483.
(2) Aicliiv fui- Oplith. 1854, B. I, Ablh. 1, S. 424.
ÉPANCHEMENT DE SANG DANS LE TISSU CELLULAIRE DE l'oRBITE. 155
nios : il est prudent, en semblables circonstances, de donner issue au sang épanché et d'extraire les caillots, soit par des injections, soit autrement. Carton du Villards a observé plusieurs cas de cet accident, dont il a donné la relation dans les observations qui suivent: (1)
Obs. 63. — Le docteur M... M..., mû par un sentiment de curiosité inconsidéré, se mil à sa fenêtre, le 29 juillet 1830, rue Saint-Anne, ù Paris, au moment où le peuple
ripostait par une vive fusillade au feu bien nourri des Suisses retranchés dans les maisons de la rueSainl-Nicaise; il reçut à l'œil droit une balle de mousquet; ce projectile pénétra à travers la commissure externe, rompit l'articulation des os maxillaire et coronat.. et sortit par la tempe sans blesser le bulbe. Le blessé ne perdit pas connaissance et pas une goutte de sang. Les bommes de l'art qui lui donnèrent les premiers soins notèrent que le bulbe était sain. M... était mon ami, mais je ne pus le voir que le soir, parce que j'étais occupé à l'ambulance du quai de Gèvres et enfermé dans un triple rang de barricades. A mon arrivée, je constatai un commencement d'exophthalmos qui, dans la nuit, arriva à son summum; je proposai à mes confrères de débrider largement la plaie, pour évacuer le caillot sanguin qui portait l'œil en avant; mais le blessé, très pusillanime el n'éprouvant pas de douleur, se refusa obstinément à cette opération. J'eus beau lui dire qu'il se formerait un phlegmon qui compromettrait son œil. qui lui occasionnerait des accidents graves, tout fut inutile. Deux jours après, ma prédiction se réalisait: un énorme phlegmon, accompagné de douleurs horribles cl de phénomènes cérébraux, se manifesta, et l'œil se fondit au milieu d'une suppuration abondante, entraînant des fragments osseux et d'énormes caillots sanguins.
Obs. 64.— Monsieur le chevalier de P..., du canton des Grisons, capitaine dans le régiment suisse, retranché à la caserne deBabylone, à Paris, recula l'attaque de cette caserne un coup de feu qui pénétra à la commissure externe de l'œil gauche, brisa cette partie de l'orbite et alla sortir à la tempe du même côté. Il resta sans connaissance sur le coup, et lorsqu'il fut revenu à lui, il se fit conduire chez sa femme, rue Plumet, où il se rendit à pied. Le docteur Colombat, de l'Isère, lui donna les premiers soins : l'œil était sain, sans aucune ecchymose, el jouissait de la vue ; les paupières étaient ecchymosées et légèrement gonflées. Dans la nuit, il se fil un épanchement sanguin considérable au fond de l'orbite. Le 30 juillet, je le vis à quatre heures du malin, l'exophthalmos était à son comble; je fis pressentir au malade la nécessité d'un large débridemenl,qui permît d'évacuer le sang épanché, el de vérifier s'il existait des corps étrangers. Il y consentit immédiatement. Après avoir débridé largement en haut et en bas, j'introduisis une sonde de femme qui rencontra un corps dur, irrégulier, sur lequel je portai immédiatement des pinces à pansement qui ramenèrent un carré d'imprimerie et une pelile esquille ; avec le doigt, j'extrayai un grand nombre de caillots ; des injections d'eau tiède firent sortir le reste, el l'œil rentra dans l'orbite. La plaie suivit la marche ordinaire et se cicatrisa rapidement sans difformité appréciable. M. de P... commande aujourd'hui un régiment suisse au service de S. M. le roi de Naples.
Obs. 65. — N. N., caporal dans un régiment d'infanterie de la garnison de Paris, reçut, à la caserne des Célestins, un coup de feu au moment où il niellait lui-même en joue. La balle pénétra vers l'occiput et, longeant cet os de même que le temporal, alla sortir à la commissure externe de l'œil droit, sans bles-ser l'œil, mais en éraillant l'articulation de l'apophyse coronaire externe avec le maxillaire; l'œil était sain, mais chassé en dehors par un épanchement sanguin très considérable. Lisfronc, contrairement à ses doctrines habituelles, jugea ledébridement nécessaire; il y procéda au moment même el donna issue à une grande quantité de sang coagulé, ce qui permit la rentrée de l'œil dans sa cavité. La guérison fut prompte et rapide sans difformité.
(1) Annales d'Oculislique, I808, l. XL, p.l 1G — En tant que plaies del'orbile, ces cas auraient peut-être été mieux placés dans le chapitre premier; on les a mis ici à cause du symptôme « épanchement de sang » dont ils sont accompagnés, el qui y donne une physionomie particulière.
Obs.66. —M. X..., notaire des environs de la ville de Chartres, reçut en duel, au bois de Boulogne, une halle qui pénétra au grand angle de l'œil droit, traversa l'orbite droite et alla sortir à la hauteur du pavillon de l'oreille gauche. Le blessé tomba sans connaissance sur le coup ^t je le crus mort. Porté dans la maison du garde forestier, il fut saigné et reprit ses sens. Il ne sortit que quelques gouttes de sang par la plaie située au-dessus de l'oreille gauche; mais, par contre, il se fit un épanchemenl considérable de sang dans l'orbite. L'œil chassé de sa cavité se trouvait au milieu d'un vaste bourrelet ecchymotique, qui le sertissait de toutes parts. Je lis appeler en consultation Lisfranc, qui déclara, ainsi que moi, qu'il était urgent d'évacuer le sang renfermé dans la cavité orbilaire. Celle opération fui pratiquée par moi, séance tenante, et l'évacuation d'une grande quantité de sang caillebotlé permit à l'œil de rentrer dans sa place. Pendant longtemps, il sortit par l'ouverture sus-auriculaire gauche et par les narines une suppuration abondante qui se tarit peu à peu, et l'on obtint une guérison absolue en moins de deux mois.
SECTION III
INFLAMMATION PIILEGMONEUSE DU TISSU CELLULAIRE DE L'ORBITE (l). (P. 441.)
1. Les abcès de l'orbite ont souvent une haute gravité, puisqu'ils peuvent donner lieu à la mort par suite de pyohémie. La particularité saillante en est l'inflammation de tout le tissu cellulaire de l'orbite; la thrombose s'étend des veines ophlhalmiques au sinus caverneux, aux sinus circulaire, pétreux et latéral de l'un ou de l'autre côté et, finalement, par la veine jugulaire, jusqu'au tronc innominé. Fréquemment alors, l'orbite du côté opposé s'affecte sympalhiquement.
Obs.Ql.—AbcèsaigusiiccédantàimcoupCi). — ...âgéde27 ans,reçutun coup violent surl'œiletla tempe du côté droit; ily eut, comme conséquence immédiate, une ecchymose et un gonflement des paupières. Les trois jours suivants, il vomit à plusieurs reprises. Le quatrième jour, le gonflement des paupières augmenta, etil éprouva de vives douleurs dans la partie postérieure de l'œil, dans le sourcil et dans le derrière de la tète. Le cinquième jour, 11 octobre 1862, on l'amena au Royal London Ophlhalmic Hospital. Il y avait une forte ecchymose et un gonflement œdémateux des paupières : en écartant celles-ci, on apercevait que l'œil était saillant. La pupille était mobile, et la vue ne paraissait pas altérée. La douleur était moins intense qu'au début. Le malade était assoupi et lourd : il était, en un mot, dans une demi-stupeur; mais lorsqu'on lui parlait vivement, il répondait sensément. Son pouls ne battait que 56 fois à la minute. Il avait des frissons. Les symptômes indiquaient une exlravasalion de sang dans le fond de l'orbite (peut-être aussi une fracture), suivie d'abcès. On plaça sur les paupières gonflées et la tempe un sac de caoutchouc rempli de glace, et l'on administra un sel purgatif actif. — 24 oclobre. La douleur et le gonflement des paupières sont moindres. Pouls encore à 56. — 26. Pas de douleur dans l'orbite et le front, une légère douleur seulement dans l'occiput. Moins assoupi. La rougeur et le gonflement de la conjonctive ont disparu. Pouls à 60. — 29. Pouls à 80.
(1) Voir une observation de M. de Graefe : Décollement rétinien consécutif à un abcès rétrobulbaire. Kecolleinent de la rétine et rétablissement de ses fonctions après l'ouverture de l'abcès (Klin. Monalsb. 18(55, B. I.S.49, et Ann. d'Ocul. I8G3, t. XLIX, p. 244). Leçon pratique sui\ie de nombreuses et inléressanles remarques. — Voir aussi : Observation d'abcès de l'orbite par l'action du froid, par Duscn (Sur la thrombose des sinus cérébraux, p. 97, trad.^par Wliiiky pour la New Sydenham Society, 18GI, Vol. XI); on y trouve aussi un autre cas, il la suile île plaie de lèle, p. I2G ; tous ilcux fuient suivis de mort.
(2) Mi i.kk. Ophlh. Hosp. Rep. 1SG3, Vol. IV, p. 88.
INFLAMMATION PHLEGMONEISE DU TISSU CELLULAIRE DE l/oRBlTE. 157
Le gonflement des paupières a presque disparu, la saillie de l'œil est notablement moindre. On sent profondément, à travers la paupière inférieure, au côté interne de l'orbite, une dureté. — 30. Céphalalgie. Retour de la rougeur et de l'œdème des paupières. Fièvre. — 1er novembre On pratique, à travers la paupière inférieure, une profonde incision sur le nodule dur; il s'échappe un peu de pu? épais et granuleux. Nulle pari on ne sent l'os à nu. On place un petit morceau de charpie dans l'incision. — 4. Le gonflement et la rougeur disparaissent. On place dans la plaie un petit tube à drainage. 8. L'œil reprend son niveau normal, et il ne reste qu'un léger gonflement de la paupière inférieure.— 12. L'incision est presque cicatrisée. — 22. L'œil a repris sa position normale: ses mouvements sont libres, la vision intacte. Tout gonflement a disparu. Il survient parfois la nuit une légère douleur le long du bord inférieur de l'orbite, qui n'est pas sensible à la pression. On n'a plus revu le malade depuis lors, ce qui permet de présumer que la guérison est restée parfaite.
Obs. 68. — Abcès aigu sur un jeune garçon chez qui s'est développée une phthisie pulmonaire, à la suite d'une fièvre typhoïde (1). — Un jeune garçon de 17 ans, pâle, affaibli, qui n'avait jamais pu récupérer ses forces épuisées par une fièvre typhoïde, survenue dix-huit mois auparavait, éprouvant, depuis plusieurs mois, une toux fatigante et avait craché maintes fois du sang, lorsqu'il fut pris tout à coup d'une violente douleur derrière l'œil gauche. La douleur fut d'abord des plus intenses le matin, puis diminua au bout de deux ou trois jours, et alors manqua parfois pendant quelques heures. Au bout d'une semaine, les paupières devinrent très gonflées. — Le 2lmail863, dix-septième jour de l'apparition de la douleur, on l'amena à l'hôpital. La paupière supérieure et le sourcil étaient énormément tuméfiés; le gonflement était d'un rouge sale : il y avait une fluctuation évidente. En soulevant la paupière pour examiner l'œil, qui voyait un peu trouble, par suite de la tuméfaction environnante, on constata que cet organe était poussé en avant et en bas. Il était complètement privé de mouvement; aucun de ses muscles ne pouvait agir. La conjonctive, rouge et œdémateuse, fournissait un écoulement jaunâtre, transparent, terne et peu abondant. La cornée était brillante, la pupille mobile et la vue peu affaiblie.
Il y avait évidemment un abcès de l'orbite qui pointait à travers la paupière supérieure. On pratiqua une incision parallèlement au sourcil et juste au-dessous de celui-ci, et il s'échappa plusieurs drachmes d'un pus crémeux. On appliqua des cataplasmes, et l'on prescrivit la liqueur de quinquina avec l'acide nitrique dilué. Deux jours après, le gonflement du sourcil était dissipé, et celui de la paupière était moindre ; la rougeur avait aussi diminué. Bien que le chémosis et la rougeur de la conjonctive fussent moindres, la cornée était devenue un peu trouble. Le septième jour, on dut rouvrir l'incision, qui s'était fermée prématurément. Le dixième jour, le globe oculaire avait repris sa position normale ; le trouble de la cornée avait disparu ; il y avait à peine du gonflement de la paupière supérieure; la rougeur et l'œdème de la conjonctive n'existaient presque plus. Ou ne revit plus le malade, de sorte qu'on ignore comment se termina ce cas.
2. Dans l'érysipèle de la face, quand les paupières sont envahies par l'inflammation, celle-ci se propage quelquefois au tissu cellulaire de l'orbite, accident très grave, mais heureusement assez rare.
Obs. 69. — Exophlhalmie par inflammation suppuralive du tissu cellulaire de l'orbite, suite d'érysipèle (2). — Rosina M..., âgée de 17 ans, entra dans l'hôpital Saint-Barthélémy de Londres, service de M. le docteur Burrows, le 18 juillet dernier, pour y être traitée d'un érysipèle du côté droit de la face et du cuir chevelu. Quand l'érysipèle entra en résolution, la paupière supérieure resta tuméfiée, et il se produisit un abcès qui fut ouvert, il sortit une grande quantité de pus, mais la plaie ne se referma pas. Le docteur Burrows pria alors M. Coole de recevoir la malade dans son service de chirurgie. Le globe oculaire faisait une saillie marquée en avant et son axe ne se trouvait plus dans la
(1) Hclke. Id., p. 89.
(2) Bobrows. Lancel. 1861, Oct. 12.
direction normale; il existait un trouble prononcé de la vue. On prescrivit le fer, un régime fortifiant, le vin, etc., l'exercice dans le promenoir de l'hôpital. — Le 24 août, la malade, en baignant son œil, tira de la plaie deux portions de tissu cellulaire mortifié d'un volume considérable, lesquelles venaient évidemment de la partie profonde de l'orbite. A la suite, il se produisit une réduction graduelle du globe, l'état de la vision s'améliora et la plaie de la paupière sembla marcher vers laguérison.— Le 7 septembre, sortie d'une nouvelle portion de tissu cellulaire moins volumineuse que les précédentes, et le 23 du même mois l'œil avait repris, à peu de chose près, sa situation normale. Peu de temps après, la malade sortit guérie de l'hôpital.
3. M. de Graefe a rapporté (1) un cas dans lequel une injection poussée par le conduit lacrymal inférieur, ayant pénétré dans le tissu cellulaire de l'orbite, avait donné lieu à un phlegmon de la paupière inférieure et à une infiltration de. ce dernier. A peine le globe oculaire fut-il poussé au dehors, de quatre millimètres seulement, que la vue s'éteignit d'une manière absolue.
L'ophthalmoscope fit découvrir un gonflement inflammatoire de la papille optique et de la partie adjacente de la rétine. L'exophthalmos, peut-être sous l'influence d'une disposition particulière, amena la gangrène d'une partie du tissu graisseux de l'orbite: le globe fut conservé, mais le nerf optique s'atrophia et la cécité fut complète. Un cas semblable fut observé après une cautérisation du sac suivie de gangrène nosocomiale. Dans ce cas aussi, la propulsion de l'œil fut peu prononcée et le gonflement de la papille se termina par l'atrophie du nerf et une cécité complète.
Dans un cas où une injection d'une solution de sulfate de zinc, poussée par le point lacrymal inférieur, avait pénétré dans le tissu cellulaire de l'orbite, M. Wecker a pratiqué, sans hésiter et sur le champ, le long du rebord orbilaire inférieur, une incision d'un centimèlre par laquelle il introduisit une mèche; puis il appliqua le bandeau compressif. L'inflammation suppurative, qui ne survint que le sixième jour, n'amena aucune saillie de l'œil, le pus s'écoula par la petite plaie, qu'on eut soin de tenir ouverte pendant quinze jours, et il ne survint aucun accident (2).
Nous hésiterions à suivre cette conduite, car une injection très légèrement irritante, comme celle dont nous nous servons habituellement, peut ne donner lieu qu'à un gonflement œdémateux, que des applications réfrigérantes suffiraient à faire disparaître, ainsi que nous en avons vu un exemple. On peut même se demander si l'introduction d'une mèche et son séjour dans l'orbite n'ont pas, dans le cas de M. Wecker, été la seule cause de la suppuration qui est survenue le sixième jour.
4. Dans les cas chroniques, qui se terminent par des fistules à travers la paupière supérieure, il est bon d'élargir l'ouverture fistu-
(1) Klinische Monalsb. 18G2, B. I, S. 49.
(2) Annales d'Oculisliquc, 1863, t. XLIX, p. 247.
INFLAMMATION PHLEGMON EUSE DU TISSU CELLULAIRE DE l'oRBITE. 159
leuse au moyen de bougies de laminaria digilala, tandis qu'on en badigeonne le pourtour avec de la teinture d'iodure. On prescrit en même temps l'huile de foie de morue, le quinquina, le fer, l'iodure de potassium, les bains de mer, .l'air de la campagne et un régime tonique.
Obs. 70. — Abcès chronique. Carie étendue de la voûte orbilaire (1). — Un garçon de la campagne, âgé de 18 ans, entre dans mon service au Middlesex Ilospilal, !e23 septembre 1862. Son œil gauche était déplacé en bas, en dehors, et aussi un peu en avant, par un gonflement présentant une dureté osseuse occupant le bord interne et la moitié interne du bord supérieur de l'orbite. Les mouvements de cet œil étaient peu gênés, la vue n'était pas altérée. Dans la partie tuméfiée, au-dessous de l'extrémité interne du sourcil, il existait une petite listule qui laissait pénétrer une sonde d'Anel à deux lignes de profondeur, et conduisait dans une petite cavité qui n'avait pas plus de trois lignes de diamètre. La quantité de pus qui s'échappait chaque jour, et qu'on évaluait à environ deux cuillerées à café, était trop considérable pour être fournie par une surface aussi restreinte. C'était un ouvrier de ferme au teint bronzé et à la mine saine. Il me raconta qu'il y a deux ans, sa santé étant bonne, il s'était aperçu qu'il avait au-dessus de l'œil une tumeur douloureuse; il avait vu double et son œil était sorti de sa position naturelle. Au bout de dix-huit mois, la tuméfaction avait augmenté brusquement; il avait ressenti une vive douleur dans l'orbite, et les paupières étaient devenues rouges. Une semaine après, un abcès s'ouvrit à travers la paupière supérieure, près de son extrémité externe, contre son bord adhérent, et laissa échapper du pus jaune et épais. Le gonflement et la douleur disparurent, mais la plaie ne se guérit jamais complètement et, parfois, il se faisait une nouvelle accumulation de pus. Après un de ces retours d'inflammation, on pratiqua une incision à travers l'extrémité interne de la paupière, juste au-dessous du bord orbilaire, là où se voit actuellement la fistule ; après cela, l'ouverture spontanée resta fermée. Ce récit, joint aux symptômes actuels, ne permettait pas de mettre en doute qu'il y eût eu un abcès, mais ce qui restait douteux, c'était la question de savoir si cet abcès avait pris naissance dans l'orbite ou dans les sinus frontaux, les abcès de cette cavité venant fréquemment faire saillie au côté supérieur et nasal de l'orbite. Si c'était un abcès de l'orbite, sa longue durée fournissait une forte présomption qu'il était dû à une maladie des os.
M'élant décidé à pratiquer une incision exploralive, le malade fut chloroformé le 25 septembre; puis une sonde mince fut introduite, d'abord avec quelque difficulté, mais bientôt elle franchit un rétrécissement situé à deux lignes de la surface, et glissa tout d'un coup dans une cavité à deux pouces de profondeur : là on pouvait la faire mouvoir librement, parallèlement à la voûte de l'orbite, et beaucoup moins facilement en haut et en bas. En essayant de fendre, à l'aide d'un bistouri boutonné, le trajet flstuleux, on reconnut que le gonflement dur qui englobait le bord orbilaire était constitué par un os nouveau. Une portion de celte substance ayant été retranchée à Laide d'une pince incisive, on put introduire le petit doigt dans la cavité déjà reconnue à l'aide de la sonde. Il s'en échappa environ une once d'un pus glaireux épais. La cavité s'étendait jusqu'au sommet de l'orbite et présentait une surface continue et unie. La voûte orbilaire s'interrompait à un huitième de pouce environ de son bord antérieur et, en passant le doigt, on ne la retrouvait plus, si ce n'est tout près du sommet de la cavité orbilaire, de sorte qu'il existait un vaste hiatus à travers lequel la dure-mère faisait dans l'orbite une saillie convexe. On enleva aussi loin qu'on le put les bords de cette ouverture osseuse, qui étaient dénudés et rugueux. On ne trouva point de séquestre. On plaça dans la cavité un tube à drainage el l'on maintint la plaie ouverte. Le lendemain, il existait une inflammation locale vive et de la fièvre. On la traita par le froid et les purgatifs, et elle s'apaisa le quatrième jour; la suppuration devint alors abondante. Le malade resta en observation à l'hôpital, l'écoulement de pus allant en diminuant, mais ne cessant pas complètement. A l'exception de l'époque de l'inflammation provoquée par l'opération et
(1) Hdlke. Ophth. Hosp. Rep. 1863, Vol. IV, p. 89.
une fois qu'il but de la bière à mon insu, le malade n'éprouva jamais la moindre céphalalgie ni aucun malaise du côté de la lête. Comme la cavité se contractait lentement, on pratiqua des injections astringentes qui parurent bien faire, car on fut ensuite obligé de raccourcir progressivement le tube à drainage.
SECTION V
EXOPHTHALMOS OU HERNIE DE L'ŒIL, (p. 453.) Syn. Proptosis.
Indépendamment des causes d'exophthalmos déjà mentionnées (t. Ier, p. 454), nous avons à signaler encore la périorbitis, la carie de l'orbite et l'œdème, aigu ou chronique, des tissus de l'orbite (1), enfin, l'hydropisie de la bourse de Tenon.
g I. Exophthalmos simple.
11 se développe quelquefois subitement, et sans autre cause connue que l'action du froid : on a quelque raison de supposer, dans ces circonstances, que c'est l'œdème du tissu cellulaire de l'orbite qui est la cause de l'exorbitisme. Dans un cas, publié par Dubois (2), cet accident était survenu à un enfant de six ans, à la suite d'une promenade de quatre heures et demie, pendant laquelle, assis sur le strapontin d'une voilure, le dos tourné aux chevaux et par un temps froid, il avait eu constamment la partie supérieure de la figure, les oreilles et une étroite région du cou, au-dessous des cheveux, battus par un air froid et vif : le lendemain, l'œil droit de l'enfant avait commencé à faire saillie, pour atteindre, au bout de trois jours, l'exorbitisme que, le cinquième, Dubois avait été appelé à constater : l'a saillie du globe oculaire droit était de près d'un centimètre et demi, joint à un déplacement inférieur externe, ne laissant plus les deux iris sur le même plan horizontal : il n'y avait aucune rougeur de la conjonctive oculaire, mais une certaine tuméfaction de la membrane rudimentaire du grand angle de l'œil droit, un peu d'épiphora, toutefois sans douleur orbitaire ou circum-orbilaire, ni altération aucune de la vision. La maladie, que Dubois considérait, évidemment à tort, comme un cas d'exophthalmos anémique, céda à l'application de quelques sangsues au-devant de l'oreille, de quelques frictions iodurées et à l'administration du calomel à dose altérante. 11 y avait eu vraisemblablement, dans ce cas, un œdème du tissu cellulaire inlraorbitaire.
(1) Sied. Times and Gaz. 1860. Apr. 17, p. 481. [-2) Annales U'Oeulistique, I8G0, t. XL1V, p. 50.