LÉSIONS TRALMAT1QUES DE LA CORNÉE
mande certainement moins de temps à être exécuté qu'il ne nous en a fallu pour la décrire et, 99 fois sur 100, peut se pratiquer sans l'emploi du chloroforme, qui n'est nécessaire que quand on a affaire à des malades très nerveux et pusillanimes, ou lorsqu'il y a une violente inflammation rendant toute approche douloureuse ou impossible. Les malades sont ainsi débarrassés en un instant de douleurs qui duraient parfois depuis plusieurs semaines.
Obs. 99(1). — Ophthalmie traumatique datant de 4 mois, causée et entretenue par un fragment de périsperme de pépin d'orange. — Extraction du corps étranger simulant une papule; guérison rapide. — La sœurL, de la communauté des dames de l'Espérance, rue de Calais, 21, à Paris, est atteinte d'une ophthalmie de l'œil droit qui date de 4 mois, quand elle se présente à notre consultation, le 28 janvier 1864. La conjonctive est injectée, surtout au côté interne de l'œil ; à la naissance de la cornée , on observe une élévation jaunâtre qui simule parfaitement une papule. La malade interrogée affirme que l'inflammation s'est produite graduellement, et n'a aucune souvenance de la pénétration d'un corps étranger ; quant au point jaunâtre, elle assure qu'il existe toujours à la même place depuis le début de la maladie.
Nous ne nous arrêtons nullement à la pensée d'une papule datant de quatre mois, et nous parvenons à enlever assez facilement, à l'aide de petites pinces, la supposée. papule, que nous étions tenté de prendre pour une coque de millet, bien que la malade n'eût jamais habité un appartement où il y eût des oiseaux. Nous examinons au microscope ce corps étranger et nous reconnaissons un fragment de périsperme d'une graine d'orange. Celle découverte fut, pour la sœur, une révélation; depuis six mois, elle donne des soins à une personne pour laquelle elle prépare chaque jour une orangeade de mandarines.
§ III. Plaies par piqûre de la cornée. (P. 581.)
Les plaies par piqûre de la cornée, souvent très bénignes, sont, plus souvent encore, suivies d'accidents sérieux que l'absence de tous symptômes graves pendant deux ou trois jours empêchait de prévoir. Nous avons vu tout récemment un enfant de treize mois qui, en se précipitant sur le sein de sa mère, avait rencontré une longue aiguille que celle-ci tenait à la main : l'aiguille avait atteint la cornée, mais l'enfant n'en avait pas paru souffrir; le troisième jour seulement, de l'inflammation se manifesta , et quand on nous l'amena (c'était le huitième jour) la cornée était perforée et l'iris hernie. On n'avait pas même songé à instiller, précautionnellement, des mydriatiques, grave négligence dont il ne faut jamais se rendre coupable. Voici un autre cas, moins malheureux, mais plus curieux :
Obs. 100 (2). — Le 10 septembre 1863, se présente un jeune garçon de sept ans. Onze semaines auparavant, il s'était blessé la cornée avec la pointe d'une fourchette , je crois; l'affection, probablement négligée, avait donné lieu à une inflammation qui, de la cornée, s'est étendue à la conjonctive et de là au tissu cellulaire inlraorbitaire, où elle s'était terminée par un abcès. Actuellement lout symptôme inflammatoire a disparu ; l'œil a subi un commencement d'alrophie, car la cornée n'a pas conservé le tiers de son
(1) Magm. Gaz. des Bôp. 1864, p. 378.
(2) Testeun. Inédite.
étendue normale; néanmoins l'œil n'eslpas mou : on dirait presque un cas de micropb- Ihalmos congénial, si l'on n'apercevait une cicatrice transversale occupant tout le diamètre de la cornée. On ne distingue plus ni la place qu'occupe l'iris, ni sa forme, ni l'ouverture pupillaire. Le quart externe et inférieur de la cornée est resté transparent; on aperçoit là un petit espace linéaire noir, comme à la suite d'une opération de pupille artificielle par décollement. Après avoir pratiqué l'occlusion très exacte de l'œil sain, nous constatons avec étonnement que l'enfant voit non-seulement à se conduire el nomme tous les objets qu'on lui montre, mais encore qu'il lit facilement le numéro 12 de Jaeger.
§ IV. Plaies par incision de la cornée. (P. 582.)
Les plaies, même les plus superficielles, de la cornée, peuvent être suivies d'accidents graves et de désordres intérieurs profonds. Toutes les fois que l'épithélium est enlevé, il faut se garder d'instiller des collyres susceptibles de donner lieu à des inscrustations (laudanum et nitrate d'argent, acétate de plomb, etc.).
Obs. 101 (1). — Un jeune homme de vingt ans, employé dans une scierie de bois, a la cornéedel'œil droit égralignée légèrement par uneécharde de bois; le médecin qu'on va consulter a la mauvaise idée de lui prescrire des lotions avec l'eau blanche. La surface lésée de la cornée s'encroûte d'un dépôt plombique ; du pus se forme au-dessous dans l'épaisseur de la cornée, et le petit abcès qui en résulte s'ouvre clans la chambre antérieure. C'est dans cet état que le malade vient nous trouver. (Calomel et opium, collyre au sulfate d'atropine, ponction de la cornée pour évacuer le pus et diminuer la pression inlraoculaire.) Ces moyens font cesser tout de suite les vives douleurs qu'éprouvait le malade, l'inflammation diminue, la cornée reprend ensuite sa transparence; mais en même temps l'œil s'atrophie. A sa sortie, le malade ne souffre plus, mais son œil a déjà perdu près du quart de son volume normal. Il distingue à peine la lumière d'avec l'obscurité.
§ V. Plaies pénétrantes de la cornée. — Perte de l'humeur aqueuse. — Prolapsus de l'iris. — Fistule de la cornée. — Ophthalmitis et autres effets des plaies de la cornée.
Les hernies de l'iris, à la suite de plaies, doivent être considérées comme des corps étrangers qui nuisent de deux façons : d'abord elles s'interposent entre les lèvres de la plaie et en empêchent la cicatrisation : poussée par l'humeur aqueuse, la hernie tend à augmenter de volume, de façon à constituer un staphylôme de l'iris. Enfin, la portion d'iris herniée s'enflamme et, par continuité de tissu, l'inflammation tend à envahir le reste de l'iris encore en place, ce qui amène les conséquences les plus fâcheuses, quelquefois jusqu'à un épanchement de pus ou de lymphe plastique au-devant du cristallin ou même derrière lui. Il n'y a donc point à hésiter, il faut remédier promptement à cet état de choses. Nous sommes comme M. Lawrence, nous n'avons jamais vu réduire de hernies de l'iris, quelque récentes qu'elles fussent. Ce n'est cependant pas une raison pour négliger les moyens fort rationnels déjà exposés (t. I, § V, p. 582), mais il ne faut pas trop compter sur leur succès. Il y en a même un que nous