Testelik. Inédite
répudions absolument, c'est l'application du crayon de nitrate d'argent. Il se peut que, dans des mains très habiles, il ne soit pas toujours fâcheux; mais nous avons vu tant de cas dans lesquels il a provoqué une destruction élendue des couches superficielles de la cornée, ce qui amène ensuite une cicatrice opaque, que nous n'hésitons pas à engager les jeunes praticiens à s'en abstenir absolument. Pour nous, tout prolapsus de l'iris, qu'il succède à une plaie, à un ulcère ou à un abcès de la cornée, doit être combattu par les instillations d'atropine ou de Calabar, selon que la hernie est centrale ou périphérique (1), par le séjour dans un appartement obscur et la compression. S'il ne se réduit pas, pour peu qu'il soit déjà volumineux, qu'il tarde à s'accroître ou que l'inflammation qu'il provoque résiste au traitement, il faut le ponctionner tous les deux ou trois jours (2) ou le retrancher d'un coup de ciseaux, puis recourir à la compression, ou lier la portion heruiée avec un fil mince comme dans l'iridesis. Nous avons fréquemment fait disparaître ainsi en quelques instants des iuflammalions douloureuses qui duraient depuis des mois, et rétabli en quelques jours la vision d'yeux qui paraissaient dans l'état le plus désespéré. Quand le prolapsus de l'iris, après s'être recouvert d'une cicatrice et être resté un certain temps stationnaire, tend de nouveau à s'accroître, il faut pratiquer sur un point autre que celui occupé parle staphylôme, une iridectomie destinée à diminuer la pression intra-oculaire, conformément aux idées du professeur de Graefe.
Obs. 102 (3).— En septembre 1860, on nous amène un jeune garçon de onze ans, atteint d'une pholopliobie si intense, qu'il faut le soumettre à l'action du chloroforme pour pouvoir examiner ses yeux. La cornée droite est le siège de trois petits ulcères ; la gauche présente à sa surface inférieure une hernie de l'iris très étendue, il y a plus de trois semaines que les yeux sont dans cet état. Nous retranchons d'un coup de ciseaux la portion lierniée,et nous pratiquons l'occlusion palpébrale. Instillations de sulfate neutre d'atropine pour l'œil droit. En moins de huit jours, les deux yeux sont parfaitement guéris, et la vue de l'œil gauche est redevenue excellente.
Obs. 103 (4). — Dans la séance du 24 juin 1862 de la Société centrale de médecine du Nord, le docteur Teslelin présente une jeune fille de dix-huit ans qui, à la suite d'une kératite ulcéreuse, avait été atteinte d'un staphyloma iridis de l'œil droit. La guérison avait été tentée à. plusieurs reprises par les ponctions et la compression. Il se forma bien une cicatrice, mais celle-ci céda, et il en résulta un staphylôme partiel qui , malgré les pondions, alla en s'accroissant. M. Testelin se décida à recourir à l'iridectomie. Il enleva environ un tiers de l'iris: la guérison fut prompte. Un mois s'est écoulé depuis, la vision est bonne, et le staphylôme, peu étendu, reste tout à fait stationnaire. Le sujet de cette observation a été revu en 1864, et la guérison s'est bien maintenue.
Les fistules de la cornée sont loin de céder toujours à l'application du crayon de nitrate d'argent taillé en pointe. Quand elles ont résisté
(1) Ncïineley. Lancet, 1865, July 8, p. 65, et Nov. 28, p. 616.
(2) Bowban et Lawso.v. Lancet, 1865, Aug. 8, p. 161. (5) Testelin. Inédile.
(4) Ibid. Bulletin Médical du Nord de la France, 1862, p. 269.
m. xx
à ce moyen, on peut fouder quelque espoir sur rirideclomie, même dans des cas très anciens.
Obs. 104 (1). — Un homme, dans la force de l'âge, vient nous consulter en 186t. Plusieurs années auparavant, il a eu une opliihalmie purulente. La cornée de l'œil droit est complètement apliitie et opaque de ce côté, le malade n'a plus aucune sensation lumineuse. A gauche, la cornée est aussi aplatie et opaque ; cependant il y a quelques portions qui ont conservé un reste de transparence; de plus, le sujet distinguait parfaitement la lumière de l'obscurité. L'œil était mou au toucher et l'on apercevait, sur un point de la cornée, au centre de la cicatrice d'un ancien ulcère, un petit pertuis par lequel s'échappait l'humeur aqueuse. Cautérisations avec le crayon de nitrate d'argent taillé en pointe. Plusieurs fois la fistule se bouche, l'œil reprend alors presque sa tension normale et les perceptions lumineuses sont meilleures ; mais chaque fois, au bout d'un certain temps, la fistule se rouvre et la cornée s'aplatit de nouveau. J'ai alors recours à l'irideclomie, que je pratique en pénétrant comme dans l'opération pour le glaucome. La fistule se ferma et l'œil reprit sa tension normale; malheureusement la transparence de la cornée était trop altérée et le malade ne put récupérer une vision utile. Cette fistule, qu'on ne le perde pas de vue, remontait à plusieurs années.
M. Crilchelt a été plus heureux dans un cas où il a aussi pratiqué l'irideclomie pour oblitérer une fistule de la cornée (2).
Dans un cas qui avait résisté à l'emploi des moyens ordinaires, M. Businelli a eu l'idée de boucher l'ouverture de la fistule au moyen d'une portion d'iris qu'il y a introduite par irido-encleïsis ; l'opération fut suivie de succès, comme on le voit dans l'observation suivante :
Obs. 105(3).— Fistule chronique et aplatissement de la cornée; occlusion de la pupille et cataracte de l'œil gauche ramolli; atrophie de Vœil droit; trois opérations successives; guérison. Le sujet est un homme de 32 ans, devenu aveugle à la suite d'une ophlhalmie purulente blennorrbagique, et auquel il ne restait plus que la perception quantitative de la lumière : l'œil droit est dans un état fort avancé d'atrophie ; la cornée en est détruite et remplacée par un tissu cicatriciel blanc, lisse et recouvert d'épilhélium. Le globe oculaire gauche est quelque peu ramolli; la cornée, au lieu de sa convexité physiologique, présente une surface aplatie; sa partie centrale est occupée par une tache blanc grisâtre, perdant peu à peu de son opacité, à mesure qu'elle se rapproche de la périphérie : aucun point de la cornée n'est, du reste, parfaitement transparent. Au centre de la tache, on remarque une dépression cralériforme, au fond de laquelle se trouve un petit pertuis presque capillaire, d'où sort continuellement une humeur limpide, transparente, peu abondante; le fond de ce petit ulcère conique est limité par l'iris, adossé à la paroi postérieure de la cornée. La pupille est masquée par la tache centrale, qui empêche en même temps de juger de l'étal du cristallin.
Il fallait, avant tout, obtenir l'occlusion de la fistule. A cette fin, la cautérisation par le nitrate d'argent solide fut d'abord employée, en y joignant l'emploi d'un bandage monoculaire légèrement compressif. Après quelques semaines de ce traitement, qui n'apportèrent aucun changement dans l'élaidel'œil malade, l'auteur résolut de pratiquer l' irido-encleïsis, qui paraît n'avoir pas encore été tentée dans des cas de ce genre. Au moyen d'un kéralolome lancéolaire, l'opérateur pénétra dans la substance cornéenne, en comprenant la fislule dans son incision. En abaissant le manche de l'instrument vers la racine du nez, il en poussa doucement la pointe entre la cornée et l'iris, et réussit ainsi à faire une incision verticale d'un peu plus d'une ligne de longueur, pénétrant obliquement vers le centre de la membrane de Descemet; il introduisit par cette
(1) Ibio. Inédite.
(2) Ophlh. Ilospital Reports, t. Il, p. 29. London, 1839-60.
(3) Businelli. Annales d'Oculistiquc, 1864, t. LI, p. 50.
CORPS ÉTRANGERS DANS LES CHAMBRES DE L'lIUMEUR AQUEUSE. 231
ouverture les brandies d'une très petite pince de Fischer, et parvint à saisir un repli de l'iris qu'il attira au dehors et qui resta enclavé entre les lèvres de la plaie. Cela fait, le bandage fut réappliqué. Au bout de quelques jours, l'adhésion étant survenue, la portion d'iris saillante fut détruite a l'aide du caustique. L'humeur aqueuse put dès lors s'accumuler: la chambre antérieure reparut, la cornée reprit peu à peu une forme plus convexe, et l'opacité de son tiers externe, surtout, disparut presque entièrement.
Un mois après, M. Businelli pratiqua l'irideclomie au segment externe de la cornée, et obtint par celle opération une petite pupille artificielle excentrique, de forme trapéroïile. Il y eut une bémorrhagie assez abondante dans la chambre antérieure. Le traitement local consista dans l'emploi continu de compresses imbibées d'eau froide. Au bout de quelques jours, toute trace de sang ayant disparu, l'auteur put remarquer, à travers l'ouverture de la petite pupille artificielle, la présence d'une cataracte lenticulaire qui, après un examen attentif, lui sembla d'une consistance assez molle; l'âge du sujet ajoutait de la probabilité à cette manière de voir. L'irideclomie n'avait guère porté d'amélioration dans l'étal du patient; il fallut donc se décider à tenter une nouvelle opération.
M. Businelli pratiqua une incision linéaire de sept millimètres de longueur à la partie périphérique externe de la cornée; il introduisit par cette ouverture une petite pince courte, à l'aide de laquelle i! saisit le rebord supérieur de la première pupille artificielle, excisa une autre portion du lissu de l'iris, et obtint ainsi une pupille de quatre millimètres de diamètre.
La partie de la capsule antérieure du cristallin mise à découvert, fui déchirée au moyen d'une aiguille; il en sortit aussitôt quelques couches superficielles de la lentille. En comprimant légèrement avec la cuiller de Daviel sur la lèvre externe de la plaie, M. Businelli amena encore au dehors une grande quantité de ces couches corticales de consistance gélatineuse. Il introduisit alors la cuiller, et réussit à extraire quelques fragments plus profondément situés et d'une consistance moyenne. Mais il fallut bientôt renoncer à cette manœuvre; car, à la suite d'une éraillure de la membrane byaloïde, une petite portion de l'humeur vitrée ayant fait hernie entre les lèvres de la plaie de la cornée, on dut abandonner à l'absorption les résidus de la cataracte. Le patient fut mis au lit, soumis à un régime diététique sévère: mais, grâce aux applications froides sur l'œil, continuées pendant quarante-huit heures, la réaction ne fut pasinquiélante.En peu de jours, la plaie fut cicatrisée; la portion d'humeur vitrée qui avait fait hernie avait disparu. Au bout de trois semaines, le malade put distinguer les personnes, compter les doigts, etc. Avant de le congédier, l'auteur lui ordonna de faire usage de lunettes n° 4, avec lesquelles sa vue devint beaucoup plus nette. La dernière fois que M. Businelli eut des nouvelles de son opéré, celui-ci avait pu reprendre son état de charretier.
SIXTION II.