‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 174 sur 273 · PLAIES DE L'ŒIL PAR ARMES A FEU. (P · texte numérisé non relu

PLAIES DE L'ŒIL PAR ARMES A FEU. (P

On considère généralement qu'un œil est perdu quand il récèle dans son intérieur soit un fragment de capsule fulminante, soit un plomb dédiasse, fût-il du plus petit volume: souvent l'atrophie du globe ne survient qu'à la suite de plusieurs années de douleurs et après avoir compromis, par réaction sympathique, l'intégrité de celui qui était jusque-là resté sain. Aussi est-il de règle dans ces circonstances, et de bonne pratique, de ne pas hésiter à conseiller de bonne heure l'énucléation de l'organe atteint, tant dans le but d'épargner au malade de longues et inutiles souffrances, que dans celui d'éviter les opluhalmies sympathiques. Le malade étant mis sous l'influence du chloroforme, on fait l'ablation de la coque oculaire, en laissant en place tous les muscles qui, plus lard, donneront les mouvements à l'œil artificiel (2).

Obs. 161 (3). — Dans la soirée du 19 octobre 1861, pendant qu'un gentleman tirait au vol le black game {Tetrao tetrlss); un homme de sa suite fut frappé ù l'œil droit, à la dislance jle 80 yards environ, par un petit plomb, désigné parmi les chasseurs sous le nom den° 5 ou 6. On conduisit le blessé chez un médecin du voisinage, où l'on constata une petite plaie au bord supérieur delà paupière supérieure droite. La chambre an-

(1) Fleming. The American Journal oflhc Médical Sciences, AvriH8ii8.

(2) EsHARcn. Obs. de plusieurs grains de plomb ayant traversé les paupières et le globe de l'œil. Traitement par la glace (New Sydenham Sociely's Publications, Vol. IX, p. 519.)

ô) tlACEEflZIE. Inédite. '

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[érieure parut ternie par la présence du sang. En soulevant la paupière, on aperçu!, à une ligne de dislance du bord de la cornée, sur la sclérotique, un point noir que l'on pensa pouvoir être un plomb. Un tenta de l'extraire avec des pinces, mais il est douteux qu'on ait amené quoi que ce fût, et certainement aucune particule solide ne fut extraite. Le malade fut saigné au bras; il prit une pilule de calomel en se couchant, une autre le malin, puis un huitième de grain de tartre émélique toutes les heures. Repos absolu du corps et des yeux dans une pièce obscure. Le lendemain , il n'avait pas de douleur. La pupille avait une forme un peu angulaire. Les prescriptions du médecin n'avaient été nullement suivies, car il trouva son malade assis dans sa chambre avec plusieurs chandelles allumées, et jasant avec ses camarades de service. Le blessé fut amené à Glasgow à M. Mackenzie, qui, dans la soirée du 21, put constater les plaies de la paupière et delà sclérotique. Outre cela, il y avait dans l'iris une petite plaie circulaire près de son bord supérieur, en rapport de direction avec celle de la sclérotique. Pupille ovale transversalement. On voyait un caillot de sang se projetant du bord supérieur de la pupille et reposant sur la surrace du cristallin; déplus, il y avait, au fond de la chambre antérieure^ une certaine quantité de sang disposée en forme de croissant. La vision était assez bonne; ainsi le sujet, de son œil blessé, voyait les yeux d'une personne assise devant lui. On lui prescrivit un régimesévère,une piluledecalomel malin et soir, et on lui peignit les paupières de l'œil droit avec de l'extrait de belladone. — 22. Le malade se trouve mieux. Vision plus claire. Peu de changements dans les symptômes objectifs. Solution d'atropine dans l'œil. — 23. Pupille peu dilatée. Plaie de la sclérotique fermée; celle de l'iris fort diminuée d'élendue. Caillol de la pupille moindre. Sang du fond de la chambre antérieure dans le même état. A l'examen caloplrique, pas d'image renversée visible, ce qui démontre qu'il doit y avoir quelque opacité du cristallin, probablement un dépôt de lymphe plastique sur sa surface. Moins de rougeur de la conjonctive. Atropine instillée malin et soir. Fomentations sur l'œil, frictions sur les paupières avec de l'extrait de belladone. Malin et soir, pilule composée de deux grains de calomel et d'un demi-grain d'extrait thébaïque. — 24. Le mieux continue. La plaie de l'iris est à peine visible. Le caillot de la chambre antérieure n'est plus aussi rouge. Cristallin plutôt moins transparent. Pas de traces de plomb dans le caillol de la pupille ni dans la chambre antérieure. Le caillot de la pupille n'est probablement que du sang «happé de la plaie de l'iris. Dans le voisinage du caillol, la pupille a une forme carrée, comme si elle adhérait à la capsule. Le sujet voit les yeux d'une personne à la dislance de douze pouces, mais plus à celle de deux pieds. — 23. Voit les yeux à une plus grande distance. Moins de sang dans la pupille. Pas d'image renversée. Le cristallin paraît trouble. Le fond de l'œil n'est pas visible à l'oplilhalmoscope. Les gencives ne sont pas affectées. — 26. Le sang du fond de la chambre antérieure a presque disparu. Pupille assez claire. Pas d'image renversée. Voit mieux. Bouche un peu malade. — 27. On supprime les pilules de calomel et opium. — 28. La vue s'améliore. On aperçoit une image renversée diffuse vers la tempe, lorsque la lumière d'une bougie est concentrée sur la pupille. Sang du fond de la chambre antérieure disparu. — 29. Les objets éloignés sont beaucoup mieux vus. Le blessé lit lentement les grosses lettres. Pupille toujours dilatée. Les fibres de l'iris qui entourent le lieu qu'occupait la blessure paraissent écartées les unes des autres, et la cicatrice est alliréeen arrière, ce qui donne à ce point la disposition infundibuliforme. — 31. L'image renversée se voit un peu grande à la partie supérieure de la pupille. Le sujet voit de l'œil blessé de petites figures dans un paysage pendu à la muraille, et lil les gros caractères. On supprime l'atropine. — 2 novembre. La pupille devient plus petite. 11 lit les caractères ordinaires d'un journal. — 4. La portion d'iris qui se trouvait en contact avec le sang qui occupait le fond de la chambre antérieure, présente une traînée de petites taches noires. On les considère d'abord comme de petits caillots de sang; mais comme au bout d'un mois ils n'ont subi aucun changement, on conjeclure que ce pourraient bien être des parcelles de poudre entraînées par le sang qui s'esl épanché de la plaie de la choroïde et de l'iris. — o. Pupille plus contractée, encore déformée. L'oplilhalmoscope permet de voir distinctement la papille optique. — 3 décembre. L'œil est presbyte. Il peut lire, mais mieux avec un verre convexe.

Le résultai favorable dépassa ici de beaucoup ce qu'on avait pu espérer immédiatement après l'accident. La question qui se pose naturellement est celle-ci: Un plomb a-til réellement pénétré dans l'œil? S'il en a été ainsi, ce cas est une exception à la règle

générale qui enseigne qu'un pareil accident détruit toujours la vision. Peut-être n'est-ce qu'un grain de poudre qui a traversé la sclérotique et l'iris, déterminé l'épanchcmenl de sang dans la pupille et la chambre antérieure, et dont les atomes entraînés par le sang sont venus se fixer d'une manière permanente sur le segment inférieur de l'iris. Il parait difficile cependant d'admettre qu'un corps aussi léger qu'un grain de poudre ait pu être lancé à la distance de 80 verges et produire un pareil dégât. D'autre part, le plomba pu blesser la sclérotique et l'iris et être entraîné au dehors par l'élasticité de la sclérotique. Il n'est pas rare devoir des balles se comporter de cette façon sur les régions charnues du corps, c'est-à-dire pénétrera une certaine profondeur dans les tissus, en perforant incomplètement la peau et ressortir immédiatement. Il n'y a que des conjectures à faire au sujet de ce cas intéressant.

0&s.l62(4). — Un jeune garçon se présentaau Glasgow Eye Infirmary, fe 8 juin 1860. Lorsque son œil droit était soumis à une vive lumière, la pupille se contractait, et l'on ne découvrait pas grand'chose: il en pouvait lire de petits caractères. Lorsque, au contraire, la pupille était largement dilatée par l'atropine, on voyait un segment considérable du cristallin d'un blanc opaque, et sur la portion de capsule qui recouvrait la portion opaque, un fragment angulaire brillant de cuivre, provenant d'une capsule à percussion. Ce fragment avait traversé la cornée, plusieurs mois auparavant, un jour que ce garçon regardait clans la rue quelqu'un qui jouait avec un de ces jouets en forme de fusil où l'on écrase des capsules à percussion, anciennement très répandus dans les foires mais très dangereux. Comme ce corps étranger n'occasionnait aucune douleur, on conseilla au blessé de ne rien faire provisoirement.

Obs. -163(2). — Êcharde de bois enfouie dans Vœil pendant trois mois. — Le 27 mai 1859,1'auleureslappelé près d'un jeune homme qui, huit|joursauparavant,pendantqu'il s'efforçait de rompre un bâton, avait vu celui-ci céder brusquement et une des extrémités fracturées, qu'il tenait de la main droite, venir heurter violemment son œil droit. On crut l'accident léger, et deux jours s'écoulèrent avant que l'on consultât un médecin. Celui-ci avait prescrit un traitement anliphlogistique sévère et le mercure. L'œil présentait une plaie déchirée m bord inférieur et externe de la cornée : il y avait entre ses lèvres une légère hernie de l'iris; le cristallin était opaque et la pupille déformée y adhérait. Décoloration de l'iris et injection générale, mais non intense, de la conjonctive et delà sclérotique. Un examen attentif ne fait découvrir aucun. corps étranger dans l'œil. Le malade se plaint peu : pouls à soixante; son habilus slrumeux engage à ne pas pousser plus loin le traitement anliphlogistique. L'inflammation diminue graduellement, mais, vers le mois d'août, la cornée' devient proéminente, avec un point noir à son rentre. A cette époque, l'état de l'œil différait beaucoup de ce qu'il était lors de la première visite de M. White Cooper. La cornée formait une saillie conique, dont le sommet correspondait à l'ancienne plaie; elle était transparente à sa base, et l'on apercevait là l'iris tapissant la face interne du cône. Le sommet, très opaque, très épaissi, contenait une substance noire, évidemment un corps étranger. Entraîné avec des pinces, il se trouva que c'était une écharde de bois, cachée d'abord derrière l'iris lors du premier examen, mais qui s'était graduellement portée au dehors. La plaie de la cornée se cicatrisa promptement, l'opacité diminua, et au bout de huit jours la proéminence delà cornée diminuait déjà.

Obs/l64(3). — Plomb resté dans l'œil plus de trente ans. Le Rév. H. W., âgé de soixante ans, reçut un grain de plomb dans l'œil droit, il y a trente ans ; la vue fut immédiatement éteinte, et il s'ensuivit une inflammation considérable, qui céda graduellement aux émissions sanguines, au mercure, etc. L'œil resta néanmoins irritable et disposé à s'enflammer sous l'influence de causes légères; le malade éprouva aussi de vives attaques de névralgie, et la vision de l'œil gauche fut sérieusement troublée, ce qui le décida

(1) HiCKERZIB. Illéilite.

(2) White Coopeii. Opht. Hosp.Rep. 1859-1800, Vol. Il, p. 189.

(3) Sir C. Bell a vu un soldat chez qui une balle de mousquet avait pénétré dans l'œil et y était demeurée. (Bcll's Opéra tive Surgery, Vol. II, p. ïô'2, London 1814.)

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