PI1TIIALMITIS RÉFLEXE OU SYMPATHIQUE
pour l'œil droit. L'œil gaucho présente les caractères suivants d'irido-choroïdite. Le globe est un peu plus mou qu'à l'état normal, mais n'a pas changé de forme; il montre une injection sous-conjonctivale assez considérable. La cornée est intacte et ne présente vers son bord interne qu'une opacité résultant d'une excision de l'iris pratiquée en ce point. L'humeur aqueuse montre un trouble diffus qui contribue beaucoup à la décoloration de l'iris. Celte membrane est d'un jaune rouge et laisse voir à l'œil nu beaucoup de vaisseaux, surtout près du bord de la pupille artificielle qui, comme l'ancienne, est remplie par le feuillet pigmenlaire de l'iris et par des tachés exsudatives, en sorte qu'on peut à peine distinguer une opaciflcation des couches corticales du cristallin. Le plan de l'iris est porté en avant, son tissu est atteint d'hypergénèse. La loupe et l'éclairage oblique permettent d'observer ça et là sur l'iris de petits soulèvements, ou tout au moins un aspect tomenteux de cette membrane. La perception de la lumière est assez affaiblie pour que le malade ne dislingue que le passage de la clarté produite par une forte lampe à uneprofonde obscurité. Il localise ses perceptions dans la direction de l'axe visuel. Des douleurs ciliaires peu intenses se montrent périodiquement; le globe* oculaire est trèssensible au toucher, surtout vers la naissance de la choroïde.
L'œil droit, légèrement irrité, devient le siège d'une injection rosée aussitôt que le malade est frappé par l'éclat d'une vive lumière ou lorsqu'il fixe un objet. Il distingue le n° 1 de Jaeger, mais seulement à une dislance de 4 pouces, et le n° 4 à une distance de 6 pouces. Les verres concaves, même les plus faibles, diminuent encore le pouvoir de distinguer à des distances plus considérables. Il y a, dit-il, peu de semaines qu'il voyait encore aussi bien de loin que de près. Actuellement il accuse devant ses yeux la présence d'un nuage qui altère la pureté des contours des objets qu'il regarde, et l'apparition de phosphènes el de chromopsies qui le tourmentent beaucoup.
L'ophlhalmoscope ne révèle d'abord aucune altération de l'œil, si ce n'est que le fond de cet organe est un peu moins net qu'à l'étal normal. L'éclairage oblique el le grossissement que l'on obtient d'une loupe font découvrir à la surface postérieure de la cornée des centaines de petits points ayant à peu près 1/8 de millimètre de diamètre, el Piritis séreuse explique suffisamment l'amblyopie dont le malade se plaint. Comme on attribuait ces changements à l'influence sympathique des lésions de l'œil gauche, on en pratiqua l'énucléation (et cela avec un très bon résultai pour le second œil). Voici de quelles altérations on supposa que l'œil enlevé était atteint : irilis avec hypergénèse des élémenls cellulaires de l'iris et du feuillet de l'uvée, opaciflcation de l'humeur aqueuse ; cyclite de la même nature avec opacité du corps vitré; décollement rétinien étendu, peut-être complet; très probablement extension de la maladie à toute la choroïde. — La dissection, exécutée par M. Schweigger, donna les résultats suivants : irido-choroïdite purulente, production de pus dans le corps vitré, atrophie et pigmentation de la partie antérieure de la réline, décollement de la partie postérieure de cette membrane.
Obs. 224 (1).— L'ne fille, âgée de vingt-deux ans, avait perdu l'œil gauche depuis cinq ans. L'exploration externe de cet œil n'offrait rien d'anormal (excepté une pupille artificielle, pratiquée je ne sais dans quel but mais sans succès). Les milieux réfringents étaient transparents, la rétine hypérémique, la papille optique cachée par des vaisseaux ainsi que le tissu du nerf, qui, d'une teinte jaune verdâtre, n'offrait de transparence que vers le côté externe. La perception quantitative de la lumière persistait encore. L'œil droit fonctionnait normalement. N'espérant pas guérir l'œil gauche, je conseillai de ne pas trop fatiguer le droit. Un an après ce premier examen, la malade vint me consulter de nouveau. L'œil gauche est dans le même état ; à droite, il y a diminution de la vue ; elle Mlle numéro 2 de Jaeger; pholopsie, nuages devant les objets éclairés; l'ophlhalmoscope montre une hypérémie de la rélineet de la choroïde, surtoutaulour delà papille du nerf optique. Trois applications de la sangsue de Heurteloup el Paloès à l'intérieur rétablissent la vision en quinze jours. Deux mois après, diminution notable de la vue; la malade ne lit plus que le numéro 4 deJaeger. Même traitement et application d'un selon. Au bout de six semaines, la malade lit le numéro 2 de Jseger, et les autres phénomènes morbides ont beaucoup diminué. J'interdis toute fatigue des yeux. Malgré cela, après sept mois, nouvelle récidive. La malade ne lit que le numéro 18 de Jaeger- Les
(1) Rehdorf. Bull. méd. du Nord de la France, Oct. 1863, p. 338.
deux yeux sont légèrement injectés, la papille du nerf optique droit est fortement vascularisée et sa couleur semblable à celle du côté gauche. On eut recours pendant huit semaines au traitement antiphlogistique et dérivatif, comme auparavant, mais sans succès. Considérant alors : 1° que la malade voyait mieux lorsqu'elle fermait l'oeil aveugle; 2° que l'usage de l'œil droit occasionnait de la douleur dans le gauche; 3° que les phénomènes sous l'influence desquels l'œil s'affaiblissait étaient tout à fait semblables à ceux de l'œil le premier affecté; 4° que tous les traitements n'avaient produit aucun effet durable; je considérai que l'affection de l'œil droit était sous la dépendance de celle de l'œil gauche, et puisque la malade ne voulait pas se laisser pratiquer l'excision de cet œil, je me bornai à faire la section du nerf optique de ce côté. Quatre jours après l'opération, la vue de l'œil droit s'était améliorée de quatre numéros de Jaeger. Je repris pendant cinq semaines l'ancien traitement. Au bout de ce temps, la malade lisait le numéro 6 de Jœger et retournait dans son village. Jusqu'à présent, il n'est pas survenu de récidive, bien que l'œil soit toujours employé à la couture.
Obs. 225 (i). — MclleJ. W..., âgée de 20 ans, avait perdu depuis son enfance la vue à gauche; l'œil avait toujours été un peu irrité, et cet état n'avait fait qu'empirer depuis deux ans. A la suite d'une fatigue de la vue, la malade s'aperçut que la vision de l'œil droit était devenue un peu confuse, comme obnubilée. Quelque temps après, M. de Graefe constata une irido-ehoroïdite avec décollement de la rétine à gauche; à l'œil droit existait une excavation centrale de la papille du nerf optique, hypérémie des veines du fond de l'œil, rétrécissement considérable du champ visuel, diminution de la vision, (amaurose avec excavation du nerf optique.) La maladie s'aggravanl toujours, malgré le traitement employé, et chaque exacerbation de l'irido-choroïdile gauche déterminant un degré plus avancé d'amaurose à droite, on pratiqua l'extirpation de l'œil gauche, d'après la méthode de Bonnet. Non-seulement celte opération enraya les progrès de l'affection de l'œil droit, mais au bout de quelques semaines, celle-ci commença à rétrograder ; l'irideclomie pratiquée quelque temps après hâta la guérison, et la malade finit par jouir de la vue à un degré moyen suffisant.