‹ Traité pratique des maladies des l'oeil : (volume 2)Chapitre 63 sur 273 · CHOIX DES LUNETTES · texte numérisé non relu

CHOIX DES LUNETTES

123. — C'est, dans le traitement, l'objet le plus important. Judicieusement dirigé, il peut prétendre, dans certains cas, à enrayer la marche de la maladie, dans tous les cas, à la préserver de son développement trop rapide. Cette proposition est en désaccord avec le sentiment général. Des verres plutôt trop faibles, pas de verres du tout même, plutôt que des verres trop forts (1), tel esl le cri public. En présence d'opinions générales si répandues, si impérieuses, on nous permettra d'insister un peu sur les éléments de la décision qui doit intervenir. Ainsi, il esl une première proposition absolue à opposer à celle du public, c'est celle-ci :

Dans l'-liypcrméiropie, il est presque aussi dangereux de donner des verres trop faibles, que de n'en point donner du tout.

Dans la myopie, il est vrai, il esl important de n'en point donner de trop forts, mais il est aisé de n'en point donner de tels. Ajoutons

(I) On ne se méprendra pas ici sur l'expression « trop forts » a laquelle nous avons l'air île nous allaquer. 11 est clair que nous ne prenons pas contre l'opinion générale lu défense de verres trop forts. Huis en s'cxpi-imunl ainsi, le préjugé général désigne simplement les verres qui neutralisent l'excès ou le delieil de la réfraction.

MYOPIE. (Cl

que, d'autre part, n'en point donner du tout n'est pas moins pernicieux. Établissons donc, à cet égard, les principes.

Il faut d'abord distinguer entre la myopie forte et la myopie légère.

1° Myopie forte. — Une myopie élevée, au-dessus de 1/5, dont on neutralise, par le verre approprié, l'excès de réfraction pour les rayons parallèles, si elle est, au point de vue monoculaire, c'est-à-dire pour la vision à distance, dans les conditions de l'emniétropie, n'y est plus pour une convergence tant soit peu rapprochée.

Ou a vu (119) que le myope a une tendance constante et naturelle à relâcher le plus qu'il peut son pouvoir accommodatif. Pour chaque degré de convergence, il déploie donc moins de son pouvoir accommodatif que l'œil emmétrope. Pour peu que l'habitude soit ancienne ou ait été exercée, quand il est subitement rendu emmétrope, l'œil du myope est encore en proie à un désaccord entre sa convergence et son accommodation. Ce désaccord existe, quelle que soit la portion de l'excès de réfraction que l'on compense par un verre donné, mais il est clair qu'il est d'autant moins prononcé que le verre proposé ne corrige qu'une moindre portion du désaccord total.

La règle est donc, dans une myopie élevée, de ne corriger, de ne neutraliser d'abord qu'une fraction de l'excès de la réfraction, un tiers, par exemple, de l'étendue accommodative. Puis, quand ce nouvel étal est bien établi, d'apporter un nouveau I/o de correction, et ainsi de suite.

Dans les cas où ce chiffre ne serait pas suffisant pour l'acuité de la vision, c'est-à-dire pour obtenir d'assez grandes images, on pourrait commencer par un verre qui reportât le point r à 16 ou 18 pouces (1). On pourra arriver ainsi progressivement au verre qui neutralise complètement l'excès de réfraction ; mais seulement dans le cas où une trop longue habitude n'aurait pas altérée jamais les rapports normaux de l'accommodation avec la convergence. Le verre qui neutralise absolument ledegré de la myopie sera dès lors réservé pour la vision intermittente des objets éloignés.

^Myopie légère. — Si la myopieest légère, par rapport àl'étendue de l'accommodation, et l'œil sain, d'autre part, le verre peut être choisi tout de suite, de façon à neutraliser complètement la myopie, et sera conservé pour les objets distants et les objets rapprochés. 11 convient même que ce soit fait de bonne heure, parce que les conditions de la convergence demeureront celles de l'œil emmétrope. La myopie est alors remarquablement peu progressive. (Donders.J

(1) Soil une myopie de — — , neutralisée coraplétement,.par conséquent, par le verre (—6) ou par la soustraction de 56 unités de réfraclionr laquelle reporte le point r à l'horizon. Si on veut reporter ce point seulement à 16 pouces, il ne faudra enlever que le nombre d'unité;: de réfraction qui sépare 6 pouces de 16, c'est-à-dire 56—15 ou. 25 uuilés. Une lentille négative de 9 à 10 pouces sullit ù cet effet. (Voir la table (45;.)

Cil DIOPTUIQl'E PATHOLOGIQUE.

Ces verres deviennent trop forts seulement à l'époque à laquelle la presbytie commence, et il convient alors de descendre un peu. L'usage doit donc en être conseillé de bonne heure; tout de suite si la myopie ne dépasse pas le 1/4 ou le i/o de l'accommodation, c'esl-à-dire^ou-7^.

La neutralisation delà myopie la rend moins progressive par l'éloignement du point de convergence et en ce qu'elle permet d'éviter la position déclive (116). Mais si, nonobstant, on se rapproche, par mauvaise et inéluctable habitude, alors l'usage des verres est fâcheux. Le médecin n'a plus d'autre ressource que d'interrompre tout travail rapproché. En résumé :

Dans de très-faibles degrés, -~^- à —, on peut laisser le myope à lui-même. Dans les degrés élevés, ainsi que dans les degrés intermédiaires, il convient de corriger graduellement toute l'amétropie.

La diminution de l'acuité de la vision joue un rôle dans la délerminalion à prendre. Dans les hauts degrés de myopie, au-dessus de ^, on est dans un véritable dilemne; accorder des lunettes, c'est déterminer, parla petitesse de l'image, le besoin de rapprocher davantage, dès lors d'augmenter la convergence! Il faut donc ou exclure un œil — c'est un bon parti — ou bien lire avec une lunette de Bruecke.

Mais ce qu'il imporle de bien établir, c'est que, chez les jeunes sujets affectés d'une myopie modérée, de y à —, par exemple, il est tout à fait indiqué de neutraliser la myopie dès le principe, pour lire de près et voir de loin : c'est une révolution que celle démonstration.

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