SYMPTOMES Sl'BJECTIFS
155. — Dans l'astigmatisme, l'acuité de la vision est plus ou moins altérée, et c'est là un symptôme important et qui doit donner l'éveil. Si les troubles ont existé depuis la jeunesse, à un degré égal, il faut soupçonner l'astigmatisme.
D'autre part, les troubles de la vision apparaissent tout d'abord lorsqu'il faut, dans un même plan vertical, distinguer des lignes de directions diverses. Ainsi en est-il de la lecture à dislance des grandes capitales romaines, ce qui les rend très propres à celte élude.
En troisième lieu, eu égard aux efforts instinctifs de l'accommodation, qui va porter, en deux instants très voisins, sur l'élément vertical et de là sur l'élément horizontal, le choix d'un verre approprié aux besoins de la vision se montre comme impossible. Dans la même minute, des verres très différents semblent également bons, ou plutôt également insuffisants.
Les objets ronds paraissent souvent ovales, dans un sens ou dans l'autre; mais le fait le plus saillant, c'est l'inégale netteté des barres verticales et des barres horizontales. Le verre sphérique qui rend les unes nettes, rend au contraire les autres plus confuses. Ajoutons à ces signes que deux lignes de même longueur, mais de directions opposées, n'apparaissent pas également longues. Un carré semble être un rectangle ; les lettres capitales régulières sont déformées.
Les phénomènes de l'achromatisme sont très caractéristiques dans les hauts degrés d'asligmalisme. L'amétropie et l'asymétrie apportent, chacune leur influence propre pour la production du phénomène (36). L'optomèlredeM.Helmhollz est ici d'une application saisissante.
On saitqu'un trou d'épingle, percé dans un écran obscur et placé contre le jour, donne à l'œil normal qui le vise, l'apparence d'un cercle très net, entre les limites de l'accommodation, etd'un cercle plus ou moins diffus présentant le spectre cristallin, dès que l'on sort des dites limites, en se rendant myope ou hypermétrope par un verre approprié. Dans le cas d'astigmatisme, il en est autrement; au lieu d'un cercle, on voit une ellipse, et, suivant qu'on se fait myope ou hypermétrope, le grand axe de l'ellipse change de sens et finit même par devenir une ligne droite. On est tout à fait dans le cas de la figure xl.
1 56. — Détermination des méridiens principaux. — On a, dans ce dernier procédé, un moyen de déterminer la direction des méridiens principaux de l'œil asymétrique. On appelle ainsi les deux méridiens, en général rectangulaires, entre lesquels existe la plus grande différence de réfraction. Nous supposerons, dans les développements
ASTIGMATISME. CXI
qui vont suivre, que ces méridiens sont le vertical et l'horizontal. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et dans les haut degrés d'asymétrie, il sera important de connaître la vraie position des méridiens principaux.
Les deux axes de l'ovale, dessinée par le trou d'épingle, donnent ici la direction des deux méridiens principaux.
157. — Propriété réfringente des verres plan-cylindriques. On sait quel est l'effet d'un verre cylindrique : ce verre, dans le plan perpendiculaire à son axe, représente un cercle et jouit de la propriété des lentilles sphériques, c'est-à-dire qu'il possède une action réfringente inversement proportionnelle à son rayon1 de courbure. Dans le plan parallèle à l'axe, la section a lieu, non plus suivant un cercle, mais suivant deux droites parallèles : dans ce plan il n'y a point d'effet réfringent.
Quand on place un semblable verre devant un œil, la réfraction est augmentée d'une quantité donnée dans le plan perpendiculaire à l'axe; elle n'est pas modifiée dans le plan parallèle.
Le verre plan- cylindrique est donc un instrument parfaitement conçu pour modifier la quantité de réfraction, en plus ou en moins, dans un méridien délermiué, en laissant intact le méridien perpendiculaire. Ce méridien laissé intact est le méridien parallèle aux arêtes ou à l'axe du cylindre.
138.— Leur emploi comme moyen de diagnostic de V astigmatisme. — L'état d'astigmatisme d'un œil peut être aisément démontré par l'apposition, devant lui, d'un verre plan cylindrique convexe.
Que l'on fasse tourner une semblable lentille devant l'œil à éprouver, autour de l'axe optique comme axe de rotation ; si l'œil en expérience est normal, à mesure que le verre tourne, chaque méridien à son tour reçoit une quantité de réfraction (la même) en excès ; mais, comme ils sont tous égaux, aucune différence n'est observée dans la netteté, entre une position du verre et une autre. L'œil, au contraire, est-il déjà et par lui-même plus ou moins asymétrique, l'addition de la quantité de réfraction, apportée par le plan perpendiculaire à l'axe du verre, au méridien doué par lui-même d'une réfraction en excès, rendra cette différence d'autant plus sensible. Inversement, quand le verre aura été tourné de 90°, la différence sera diminuée dans la même proportion.
En d'autres termes, dans la position la plus défavorable de la lentille, on obtient la somme, et dans la plus avantageuse, la différence des actions astigmatiques de la lentille et de l'œil. Au moyen d'une simple lentille plan-cylindrique de -^-, par exemple, il est rare qu'on ne décèle pas un certain degré d'astigmatisme dans un œil qu'on pouvait supposer normal. Il y a toujours deux positions particulières, dans l'une desquelles la netteté est plus troublée, l'image étant au contraire moins confuse dans la position perpendiculaire.
139. — Lentille, de Stokes. — On a recommandé, pour l'analyse pratique de l'astigmatisme, une certaine lentille, ainsi construite :
Elle est composée de deux lentilles cylindriques, l'une plan-convexe de -j- -y—, l'autre
plan concave de —', ces deux lentilles, accolées par leur face plane, sont enchâssées
dans une monture cylindrique et peuvent tourner l'une sur l'autre. Quand leurs axes sont dirigés dans le même sens, elles forment un système à faces parallèles (comme un verre de montre) et n'ont aucune action réfringente. Si on dirige les axes perpendiculairement,
CX11 DI0PTR1QUE PATHOLOGIQUE
en faisant tourner de 90" l'une d'elles sur l'autre, alors, dans le plan perpendiculaire à l'axe de la lentille convexe, on a une réfraction positive de —, tandis que, dans le plan perpendiculaire à l'axe de la lentille concave, on a une réfraction négative de— A-; différence entre les deux méridiens : i.
En celte positionon,a un système asligmalique de | ; dans la précédente, un système sans réfraction. Pour toute inclinaison intermédiaire, un degré proportionnel d'astigmatisme.
Cet instrument, très précieux pour la démonstration professorale de l'astigmatisme, n'a pas, au point de vue clinique, une valeur égale. Il peut être très bon pour déterminer le degré de Pastigmalisme, remplaçant parfaitement un assortiment complet de verres cylindriques, mais il ne facilite en rien la détermination du degré de l'amélropie dans chaque méridien.
Cet appareil porte le nom de « lentille de Stockes ».
1 40. — Astigmatisme acquis. — On a appelé ainsi des cas de déformations pathologiques de la cornée, à la suite d'affections quelconques de l'œil, inflammatoires surtout, ou par lésion de nutrition; ou bien encore des déplacements avec inclinaison du cristallin.
Ces cas, qui ont un caractère absolument irrégulier, ne sauraient entrer jusqu'à présent dans un cadre défini. Us ne peuvent être l'objet que d'études particulières pour ceux qui les rencontreront.