SPASMES DE L ACCOMMODATION. CXXXIII
Pour le diagnostic de la nature de ces affections et de l'origine du myosis, les caractères généraux du système nerveux du malade, les manifestations que ce système écrit lui-même dans les différents appareils soumis à son influence, devront naturellement diriger l'opinion du médecin et lui marquer le choix à faire entre la cause « paralysie » et la cause « spasme » . On se rappellera à cet égard les beaux travaux de M. Cl. Bernard. La section (paralysie) du grand sympathique est suivie d'une augmentation de caloricité constante et considérable, accompagnée d'une grande vascularisation des parties où se répandent ses branches; phénomène absent dans l'état de spasme du système moteur spinal.
Pour tout myosis dont la cause nerveuse est encore active, la température et la vascularisation de l'œil affecté suffiront donc pour indiquer quel système il faut en accuser, du sympathique ou du spinal.
Dans les inflammations de l'iris, par exemple, le myosis ne peut-il pas être attribué à la même cause qui paralyse les vaso-moteurs de la membrane? A ce point de vue, le fait de se trouver intimement lié à l'inertie ganglionnaire peut en rendre, dans un grand nombre de cas, le pronostic fort grave.
Dans les circonstances contraires, c'est-à-dire dans l'absence de toute augmentation de caloricité et de vascularisation des parties, il y a lieu de soupçonner un spasme du sphincter, et par suite des nerfs spinaux de la troisième paire.
On recherchera dans ces cas-là avec soin s'il n'y a pas à accuser quelque intoxication par une des substances ci-dessus nommées : santonine, daphné mézéréum, tabac, aconit, seigle ergoté, ciguë, digitaline, morphine et enfin, au maximum, la fève de Calabar.
Le myosis est l'état physiologique de la pupille , pendant le sommeil.
De même que l'iris, l'appareil ciliaire peut voir ses fibres radiées céder d'une manière pathologique à l'empire prédominant des forces antagonistes.
Cet état se rencontre dans les circonstances propres à appeler sur ces organes un afflux trop fréquent, trop soutenu de puissance active. Ainsi, on l'observe chez les amblyopes, les hypermétropes, les astigmatiques. L'histoire de ces anomalies fonctionnelles en a exposé surabondamment la raison d'être.
Par contre, c'est un état fort rare chez l'emmétrope.
On pourrait, au point de vue de la réfraction, le croire rare également chez le myope. Il n'est pas pourtant sans exemple, loin de là, dans cet état de la réfraction. On le comprendra aisément, si l'on songe à l'état de congestion atrophique de la choroïde, qui caractérise cette anomalie. Les yeux du myope s'irritent facilement, et l'hyperesthésie des membranes profondes se reflète aisément sur l'appareil ciliaire. m. 12
CXXXIV D10PTRIQUE PATHOLOGIQUE.
On fera Lien de tenir note de cette circonstance, dans les conseils à donner à la jeunesse vouée aux travaux de cabinet prolongés.
Le spasme ciliaire dans l'hypermétropie est mis aisément en évidence au moyen de l'atropine. Le déficit réel de la réfraction statique est ainsi décelé dans les cas nombreux où il se cache sous les traits de la myopie. Dans ces circonstances (voir l'article hypermétropie), l'habitude constante d'appeler en jeu la réfraction dynamique, pour suppléer à la réfraction statique en défaut, détermine un spasme, un état quasi-tétanique de l'appareil accommodatif.
Nous avons vu plus d'un cas de même ordre, dans lesquels l'anomalie, mesurée en l'absence de l'atropine, s'offrait sous les apparences de l'astigmatisme. Le spasme ciliaire se trouvait sans doute inégalement réparti , la contraction affectait certains méridiens plutôt que d'autres.
On a attribué au spasme de l'accommodation certains autres cas, qu'on a cru observer, de myopie acquise. M. Donders croit que ce ne sont que des amblyopies méconnues, le punctum remotum n'ayant pas été relevé.
Nous croyons pouvoir attribuer au même mécanisme le cas remarquable observé par M. de Graefe, et décrit par lui sous le nom de « myopie in distans. »
M. de Graefe cite un cas où ce spasme était l'effet d'une action réflexe à la suite d'une blessure de la cornée.
Ces états pathologiques cèdent, en général, à l'emploi plus ou moins prolongé de l'atropine à haute dose, au repos soutenu, aux verres bleu-cobalt , aux verres convexes et aux verres cylindriques de l'astigmatisme.
L'accommodation douloureuse est un épiphénomène qui se définit lui-même. Ce sont des spasmes accommodalifs, accompagnés de douleurs, apparaissant dans les mêmes circonstances que ceux décrits plus haut, et comme eux cédant aux moyens propres à corriger l'anomalie fonctionnelle qui en est la cause première et que nous venons d'énumérer : atropine, verres appropriés, employés graduellement et avec de grands ménagements.