‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 103 sur 147 · ANESTHÉS1E ET ARRÊT DE NUTRITION DE L'APPAREIL DE LA VISION · texte numérisé non relu

ANESTHÉS1E ET ARRÊT DE NUTRITION DE L'APPAREIL DE LA VISION

J'ai vu plusieurs cas guérir complètement par l'usage de la salsepareille.

« Dans le traitement des cas de cette nature, fait observer le docteur Bright (1), il est parfois impossible de ne pas être dans le doute sur la question de savoir si quelque maladie plus fixe ne donne pas naissance aux symptômes, surtout si d'autres circonstances, telles que des nausées, des vertiges, la perte du mouvement ou de la sensibilité, surviennent de temps en temps. Mais, tout en surveillant attentivement l'apparition de tout symptôme nouveau, il ne faut pas se laisser aller à renoncer au traitement que nous employons, car il s'écoule fréquemment plusieurs jours avant qu'aucune amélioration se manifeste. »

Cette dernière remarque s'applique au remède quel qu'il soit, donton a fait choix.

On doit éviter les moyens débilitants, tels que la soustraction du sang au moyen des sangsues et les révulsifs.

SECTION II

ANESTHÉS1E ET ARRÊT DE NUTRITION DE L'APPAREIL DE LA VISION A LA SUITE DE MALADIES DES NERFS DE LA CINQUIÈME PAIRE.

De a privatif, et àiaOïiaiç, sensibilité.

Variétés. — L'anestliésie des parties auxquelles se distribue le nerf de la cinquième paire peut être due à une cause interne ou à une cause externe. La blessure des branches sus et sous-orbitaires, par exemple, constitue une cause externe; une tumeur du pont de Varole est une cause interne.

Il se peut qu'une branche ou deux seulement de ce nerf se trouvent dans un état propre à déterminer l'anestliésie des parties auxquelles elles se distribuent ; ou bien la totalité du nerf peut se trouver affectée, la racine motrice aussi bien que la sensitive; alors, outre l'aneslhésie, il y a paralysie des muscles masticateurs. D'autres nerfs que celui de la cinquième paire peuvent se trouver compris dans la maladie : ce sont principalement le facial, la sixième et la troisième paires; il y a alors paralysie de la face ou des muscles de l'œil. L'odorat, la vision et l'ouïe peuvent se trouver détruits par l'extension du mal aux nerfs olfactif, optique et auditif.

Quand c'est une maladie située à l'intérieur du crâne, telle qu'une tumeur dans le pont de Varole, qui agit sur le nerf de la cinquième paire, il survient une série de symptômes semblables à ceux que l'on a vus se manifester lorsque, sur les animaux, on a pratiqué la section

(1) Reports of Médical Cases, vol. M, p. H08 ; London, 1851.

du tronc de ce nerf (1). Outre l'anesthésie de la peau des paupières, de la conjonctive, de la membrane de Schneider et des autres parties auxquelles le nerf de la cinquième paire distribue la sensibilité générale, et la perte du goût dans le côté correspondant de la langue, la vision s'affaiblit ou se perd, la sécrétion lacrymale s'arrête, et l'on voit se développer une inflammation oculaire qui se termine par l'opacité, l'ulcération et la rupture de la cornée. Une névralgie intense précède quelquefois l'anesthésie, alterne avec elle, ou même l'accompagne; de sorte que, bien que les parties affectées soient insensibles aux excitants mécaniques externes, elles communiquent néanmoins au sensorium des sensations de douleur aiguë, dues aux changements morbides internes qui affectent le tronc du nerf. Dans un cas d'anesthésie montré par M. Montault (2) au cours de M. Magendie, l'œil était tourné en dedans par suite de la paralysie de l'abducteur. La perte de la sensibilité de la conjonctive était si complète dans ce cas, que le malade pouvait saisir son œil avec ses doigts, et le tourner en dehors, sans provoquer de clignement des paupières, sans ressentir de douleur, et même sans s'apercevoir que l'œil était touché. L'acte réflexe du clignement ne s'exécute point en pareil cas, même quand le nerf facial est sain, parce que la sensation qui, à l'état normal, provoque cet acte, n'existe plus. On peut piquer le bulbe de l'œil, ou même le toucher rudement, sans déterminer de clignement, bien que l'action volontaire des paupières persiste, et que le malade puisse les fermer fortement lorsqu'on le lui prescrit (o). Dans cet état, les corps étrangers qui viennent se mettre en contact avec la conjonclive, n'étant point enlevés, provoquent de l'inflammation; mais on croit généralement que l'opacité et la mortification de la cornée sont dues non point tant à cette cause qu'au trouble de la nutrition qui survient dans tout l'organe, par suite de l'absence de l'excitation nerveuse que la cinquième paire y communiquait. Les stimulants appliqués sur l'œil en cet état provoquent la rougeur de la conjonclive, mais ne déterminent point de douleur.

Les symptômes se succèdent tantôt dans un ordre, tantôt dans un autre. Dans certains cas, c'est l'amaurose, dans d'autres la névralgie, dansd'autres encore l'anesthésie, qui attirent le plus l'attention; on considère parfois la maladie comme une ophlhalmie opiniâtre, et d'autres fois comme une paralysie. Dans quelques cas, l'œil se détruit promplement; dansd'autres, bien que la sensibilité à la lumière soit perdue

(1) Consultez sur la section de la cinquième paire, et les effets qu'elle produil sur l'œil : Alcock, Cyclopaedia of Anatomy and Physiology, vol. II, p. 309; London, 1857. Taudis que Magendie reconnaît que les altérations de la nutrition de l'œil sont moindres à mesure que la section est plus éloignée de l'orbite et plus rapprochée de la racine du nerf, Alcock pense que la violence exercée dans le voisinage de l'œil, ou même sur ses appendices, est la cause immédiate des altérations qui surviennent dans l'expérience en question.

(2) Journal hebdomadaire des progrés des sciences médicales, t. If p 568; Paris, 1856. (5) Romberg. Manual of Ihe Nervous Diseases of Mun, v-ol. I, p. 195; London, 1855.

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et que la surface de l'œil et des paupières soit insensible aux stimulants communs, les tuniques de l'oeil et ses humeurs restent saines.

Anatomie pathologique. — Les altérations que la dissection a révélées dans les cas d'aneslhésie, sont des tumeurs scrofuleuses ou autres comprimant les racines ou le tronc du nerf de la cinquième paire, un caillot apoplectique, le ramollissement d'une portion du cerveau, l'induration, le ramollissement et l'atrophie du ganglion de Gasser ou de quelqu'une des branches du nerf.

Observations. — On a publié beaucoup de cas d'anesthésie des parties auxquelles se distribue la cinquième paire (1).

Obs. S61 . — Tandis que les troupes britanniques étaient cantonnées en Portugal, en mars 1828, le lieutenant X*" tomba lourdement du haut en bas d'un escalier dont il avait manqué une marche pendant l'obscurité, et le côté gauche de sa figure vint frapper avec violence contre le pavé. Lorsque M. Russell le vit quelques heures après cet accident, il trouva tout ce côté de la tète et de la face fort gonflé et contusionné. Le malade se plaignait de céphalalgie et d'engourdissement de la face. On le saigna, on lui prescrivit des laxatifs et des fomentations sur les parties blessées. Lorsque les symptômes de la plaie de la tête et le gonflement furent dissipés, il continua de se plaindre d'un engourdissement du côté gauche de la face, s'élendant juste au-dessous de l'orbite le long de l'aile du nez jusqu'au sommet de cet organe, et à la lèvre supérieure, exactement jusqu'au centre de sa dépression, espace correspondant avec la distribution de la division faciale de la seconde branche du nerf de la cinquième paire.

En recherchant la cause de ces symptômes, M. Russell reconnut aisément que la circonférence du trou sous-orbilaire était brisée, et avait donné naissance à une esquille tranchante qui comprimait le nerf, ou qui l'avait divisé dans le point où il sort pour se distribuer à la face.

Six mois après l'accident, la moitié de la face était encore complètement insensible au toucher, ou même à la piqûre avec un corps aigu; le blessé ne sentait point le rasoir lorsqu'il se rasait la moitié gauche de la lèvre supérieure; et lorsqu'il portait un vase à la bouche, la portion de lèvre affectée qui le touchait lui donnait la même sensation que si le bord du vase eût été brisé.

L'expression de sa physionomie n'était nullement altérée, car lorsqu'il parlait, qu'il riait ou qu'il éternuait, les muscles des deux côtés agissaient en parfaite concordance (2).

Obs. 562. — L. A., fille d'une constitution saine, âgée d'environ 20 ans, vint en octobre 1822 se confier aux soins de Sir Charles Bell. Sept ans auparavant, elle avait reçu sur l'œil droit un coup de bâton, à la suite duquel elle trouva que sa vue n'était plus aussi bonne qu'auparavant. L'obscurcissement de la vue avait été croissant; mais jusqu'en juin 1822 elle avait continué à distinguer les petits objets. A cette époque, elle fut prise de douleur dans l'oreille droite, de surdité, et d'un écoulement par l'oreille; elle ressentit aussi de violentes céphalalgies n'occupant que le côté droit de la tête, et bientôt après elle perdit complètement la vue de l'œil droit. Elle ressentait au canthus interne une douleur sourde, qui disparaissait rarement, et de temps en temps il survenait un abondant écoulement de larmes. Les mouvements de l'iris étaient parfaits. Les choses restèrent dans cet état pendant environ deux mois ; puis la douleur et l'écoulement de l'oreille cessèrent, et quelques jours après, la surface de l'œil devint parfaitement insensible au toucher. Cette perte de la sensibilité s'étendait à la face interne des paupières, à la peau qui les recouvre, à celle de la joue et du front dans l'étendue d'un pouce environ autour de l'œil ; elle n'allait pas au delà de la ligne médiane de la face. Lorsqu'elle dit à Sir Charles que son œil était mort, suivant son expression, il passa son doigt sur la surface de cet organe, et cette manœuvre fut si loin de déterminer de la douleur, que la malade affirma qu'elle ne se sentait pas toucher. Les paupières ne tirent aucun effort pour se fermer; mais

(1) Bell's Nervous System of the Humnn Body; Appendix, p. 98. London, 1830.

(2) Bell. Op. cit. ; Appendix, p. 98; London, 1850.

la conjonctive parut sensible à l'irritation, car un grand nombre de vaisseaux de la surface de l'œil s'injectèrent aussitôt.

On prescrivit un vésicatoire permanent derrière l'oreille et deux grains de calomel à prendre matin et soir, dans le but d'affecter la bouche. Au bout de quelques jours néanmoins, la douleur d'oreille et la surdité s'accrurent, mais sans qu'il y eût d'écoulement ; et, en même temps, la sensibilité de l'œil et de la peau environnante reparut. La vue paraissait complètement abolie. Les douleurs de tête partielles persistaient, et parfois la malade ressentait de la douleur à l'angle interne de l'œil. Elle avait toujours pu contracter à volonté les muscles des paupières et de la face, et ces derniers n'étaient affectés en aucune façon. — Le 25 octobre, elle eut un violent accès d'hystérie suivi d'une céphalalgie générale. Ce dernier symptôme disparut à la suite d'une saignée, d'applications froides sur le vertex, d'un vésicatoire à la nuque et d'une forte purgalion. Sir Charles, craignant que l'affection organique ne s'étendît au cerveau, maintint la malade au lit, au régime le plus sévère, et la purgea chaque jour. — Le 2 novembre, elle dit que pendant toute la nuit elle avait éprouvé comme une sensation de graviers dans son œil aveugle, que des étincelles de feu traversaient de temps en temps. L'aspect de l'œil n'offrait aucun changement. Le 3, en s'éveillant, ces sensations avaient disparu; mais elle fut agréablement surprise en s'apercevant que sa vue était revenue. En fermant l'œil gauche, elle reconnaissait très bien avec le droit les gros objets, mais elle ne pouvait ni lire ni reconnaître les très petits objets. — Le 4, elle lisait du petit texte et, bien que sa vue ne fût pas tout à fait aussi bonne que de l'œil gauche, elle revint bientôt au point où elle était immédiatement après que le coup avait été porté. Celui-ci n'avait probablement agi que comme cause prédisposante de la maladie. La manière graduelle dont la vue se perdit et la façon soudaine dont elle se rétablit lorsque l'économie eut été affaiblie par d'abondantes évacuations, indiquent qu'il existait un rapport entre la maladie et un état pléthorique (jui avait été en augmentant. Les seuls nerfs qui paraissent avoir été pris sont le nerf optique et, pendant un certain temps, la première division de celui de la cinquième paire (1).

Obs. 563. — Un malade, confié aux soins du docteur Alison, était affecté de la perte de la sensibilité générale du côté gauche de la face, de la narine gauche, de la moitié gauche de la langue, et du globe de l'œil du même côté, et d'épislaxis intermittentes par la narine gauche; il était de plus sujet à des attaques douloureuses, accompagnées de fièvre, pendant lesquelles la douleur se faisait surtout sentir dans les parties frappées d'insensibilité. Il survenait de fréquentes inflammations de l'œil gauche, avec obscurcissement de la cornée; mais elles cédaient aux moyens antiphlogistiques ordinaires. Néanmoins, au bout de deux mois, une ligne se forma autour de la base de la cornée qui finit par se détacher complètement sous forme d'eschare; les humeurs de l'œil s'écoulèrent entièrement. Les muscles du côté gauche delà mâchoire étaient paralysés, et ils restaient complètement flasques lorsque le malade mâchait ou serrait les mâchoires; mais le mouvement des autres muscles de la joue n'était point affaibli. Après la destruction de l'œil, les symptômes paralytiques restèrent stationnâmes pendant un an ou plus, la céphalalgie reparut avec violence, et la mort survint pendant le coma, après quinze jours de maladie.

On trouva à l'autopsie un ramollissement considérable de quelques-unes des parties centrales du cerveau. Le nerf de la cinquième paire du côté gauche, examiné d'avant en arrière à partir du ganglion, offrait une texture très dense contre le ganglion; mais au delà il était fort altéré et, à sa jonction avec le tuber annulare, il ne paraissait plus formé que par du tissu membraneux (2).

Obs. 564. — Un jeune homme épileptique mourut le 12 août -1824, à l'hôpital de la Pitié, après avoir été pendant dix à onze mois dans le service de M. Serres.

A son entrée dans l'hôpital, il accusait, outre ses accès d'épilepsie, une légère inflammation de l'œil droit. Cette inflammation s'accrut, la cornée devint opaque, et la vue, d'abord troublée, finit par être complètement détruite. Les organes des sens du côté droit commencèrent successivement à perdre leurs facultés naturelles. Ceci arrivait en juin 1824. L'œil, les paupières, la narine et la moitié de la langue du côté droit étaient privés de

(1) Ibid., p. c.

(2) Aberorombie's Pathological and Practical Rcsearches on Diseases of ihe Brain, p. 447 ; Edinburgh, 1829.

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