‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 109 sur 147 · L'albuminurie, ou maladie de Bright · texte numérisé non relu

L'albuminurie, ou maladie de Bright

14. La perte continue des fluides du corps, comme dans le scorbut, le diabète, la lactation prolongée, la masturbation, etc.

15. Les affections de la cinquième paire, telles que l'irritation, les plaies (V. t. I, p. 160), et les changements morbides à l'intérieur du crâne. (F. p. 752,761.)

[16. La fièvre intermittente.]

[17. La phlébite.]

Il n'y a que ceux qui ont essayé de classer les causes de l'amaurose qui puissent se faire une idée des difficultés attachées à ce sujet. L'une d'elles ressort de ce fait que beaucoup de ces causes sont de nature mixte ; il y en a, par exemple, qui consistent dans des changements de structure de l'encéphale, et qui cependant agissent principalement en exerçant une compression mécanique sur l'appareil optique. L'hydrocéphale et les diverses tumeurs qui se forment dans le cerveau sont dans ce cas.

Si l'on rencontre de pareilles difficultés dans la classification des causes de Famaurose, combien est-il plus difficile encore de déterminer, sur le sujet vivant, le siège particulier du changement organique et la nature spéciale de ce changement ! Ceux qui ne veulent entendre parler d'aucune classification des amauroses, et qui soutiennent que cette affection est toujours une, ne font pas autre chose que de nier la possibilité de reconnaître ces altérations par des symptômes qui leur soient propres : ils considèrent la combinaison et la succession des phénomènes morbides qui accompagnent les différentes espèces d'amaui-oses, comme trop compliquées, trop variables, ou trop obscures pour que l'on puisse établir le diagnostic. Il est incontestable que, même avec la plus grande attention, le diagnostic est difficile : combien à plus forte raison n'en sera-t-il pas ainsi si le praticien est négligent, indifférent, ou ignorant!

Le peu de progrès qu'a faits la pathologie de l'amaurose tient surtout à la difficulté que l'on rencontre à faire l'autopsie des personnes qui étaient atteintes de cette affection. Lorsqu'on a l'occasion de les pratiquer, il faut avoir présents à l'esprit les trois points suivants :

1 . Lorsque, sur des amaurotiques, on trouve après la mort des altérations morbides dans l'œil, le nerf optique, le cerveau ou les tissus environnants, il importe d'examiner si ces altérations ont été les causes ou les effets de la maladie. L'atrophie dunerf optique, par exemple, peut être la cause, mais est souvent aussi l'effet d'une amaurose.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. 797

2. Au point de vue de l'amaurose, aucune dissection ne peut être considérée comme complète, si Ton n'a examiné soigneusement le cerveau, la tolalité du nerf optique dans son trajet à l'intérieur du crâne et de l'orbite, et la rétine, cette dernière, au moins, à l'aide du microscope. Pour démontrer la nécessité de recourir au microscope, il me suffira de dire que la mélanose de la rétine consiste en général en dépôts si petits qu'ils ne sont pas visibles à l'œil nu.

5. Si l'on ne découvre rien, il ne faut pas conclure que la maladie n'était que fonctionnelle, qu'elle ne consistait qu'en un changement d'action, sans changement dans les parties chargées d'accomplir cette action. On peut très bien appliquer aux dissections des amaurotiques ce que Haller disait de celles des maniaques. — « Id utique adparet, plerumque in mentis vitiis encephalum pati : et si aliquando rariori exemplo non visum est pati, potuit vitium in minoribus elementis latuisse, aut incisori patienlia defuisse (1). »

SECTION III

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES DAMAUROSE. § I. — Amaurose par apoplexie de la rétine.

Fig. Ammon, theil I,taf. XV, fig. •ii.

On entend par apoplexie de la rétine (2) un état de cette membrane dans lequel ses vaisseaux sanguins sont brusquement distendus ou rompus, et par suite sa substance nerveuse comprimée, et ses facultés sensorielles diminuées ou abolies.

On suppose que la suppression de quelque excrétion naturelle du corps et diverses autres causes de congestion du sang vers la tête et les yeux, déterminent assez souvent des affections des vaisseaux de la rétine susceptibles de donner lieu à l'amaurose. On doit toutefois distinguer les affections chroniques de cette espèce de celles qui sont soudaines, et ce sont ces dernières seules qui doivent être considérées comme des apoplexies. La saignée a beaucoup de chances de les faire disparaître promptement et de rétablir la vision, tandis qu'elle n'agit point sur l'amaurose quidépend delà distension chronique des vaisseaux.

Les causes de l'apoplexie de la rétine sont généralement d'une nature violente, et elles agissent, soit en occasionnant un afflux soudain du sang vers la tête et les yeux, soit en s'opposant à son retour; telles sont : un voyage fatiguant à la chaleur brûlante du soleil, une suppression brusque de l'écoulement menstruel, et d'autres influences semblables. J'ai vu la maladie, dont le principal symptôme consistait en un spectre rouge, succéder à de violents éternûments.

(1) Elementa physiologiœ, t. V, p. 574. ; Lausannœ, 1763.

(2) Langenbeck. De relinaobservaliones aiiatomico-palhologicœ, p. 148 : Gottine-pe, 1836.

Obs. 565. — Le docteur Cocks, de Dundee, m'adressa en consultation une dame qui avait eu deux attaques d'apoplexie de la rétine, qui paraissaient dues à la rupture d'un vaisseau sanguin de cette membrane, survenue dans des attaques de vomissements pendant la grossesse.

Obs. 566. — Langenbeck rapporte le cas d'un meunier, homme robuste et pléthorique, qui fut terrassé par un voleur qu'il avait trouvé dans son moulin et dont il cherchait à s'assurer; le voleur essaya de l'étrangler en tordant sa cravate, et en lui comprimant les carotides avec les pouces. Le meunier perdit momentanément l'ouie et la vue, et tomba à terre sans connaissance. La vision d'un œil se rétablit promptement, mais l'autre resta pendant un certain temps complètement amaurotique; il finit pourtant par se rétablir aussi (1).

Obs. 567. — Un monsieur, âgé de plus de 70 ans, grand, mince et bien portant, avait parcouru une longue distance, tenant un parapluie contre le vent, ce qui l'avait mis en nage. Dans cet état, il s'était arrêté dans une boutique pour y faire quelques achats, et avait posé son chapeau sur le comptoir; il sentit immédiatement un frisson, ce qui ne l'empêcha pas de monter dans un omnibus pour retourner chez lui. Tout à coup il aperçut devant son œil droit un spectre noir, qui lui parut avoir la dimension de l'œil lui-même, et recouvrir tout le centre du champ de la vision. Il l'apercevait encore, même en fermant l'œil. Au bout de quelques jours, le spectre prit une forme presque octogone, et disparut graduellement après l'application de sangsues à la tempe et de plusieurs petits vésicatoires.

L'obscurcissement de la vision, qui prive tout à coup le malade de la faculté de distinguer les petits objets, et l'apparition d'un spectre sombre devant l'œil affecté, sont les symptômes les plus saillants de cette affection. Le spectre n'est pas toujours rouge; quelquefois il est d'une teinte verdâtre ou parfaitement noir. Il est généralement étendu et de forme irrégulière. Un grand nombre d'extravasations sanguines punctiformes, comme Desmarres (2) en a trouvé à la dissection dans la rétine, donnerait probablement lieu à l'apparition de mouches fixes.

La soudaineté de l'attaque d'amaurose, jointe à la rougeur subite et à la turgescence des vaisseaux de la face, à un pouls plein et lent, à des vertiges, rendent en général le diagnostic facile. S'il survenait en même temps une apoplexie cérébrale, le diagnostic serait moins aisé, car un épanchement de sang dans le cerveau peut produire une amaurose incurable, sans que la rétine soit affectée.

Si les vaisseaux de la rétine ont simplement subi un excès de distension, sans avoir été rompus, la cessation de la cause et la saignée peuvent faire complètement disparaître l'amaurose. Mais si un coup sur l'œil, la strangulation ou toute autre cause a déterminé la rupture des vaisseaux sanguins de la rétine, l'amaurose totale ou partielle qui en résulte étant due à une extravasation de sang entre la rétine et le corps vitré, et en partie infiltrée dans ce dernier, ne peut disparaître qu'à mesure que le sang s'absorbe ; ce qui généralement ne s'accomplit que très lentement.

[Pour les symptômes ophthalmoscopiques, Voy p. xlvii.]

(1) Neue Bibliothek fur die Chirurgie und Ophlhalmologie, Band IV, p. 780; Hannover, 1828.

(2) Traité des maladies des yeux, p. 702 ; Paris, 1847.

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