‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 110 sur 147 · EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES DAMAI ROSE · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES DAMAI ROSE

§ II. — Amaurose due à un anévrysme de l'artère centrale de la rétine.

M. Ware avait ingénieusement conjecturé que la dilatation de l'artère centrale du nerf optique pouvait devenir une cause d'amaurose. Il avait souvent pensé que c'était une cause de cette nature qui agissait dans les cas où la maladie se déclare brusquement, et dans lesquels, bien que tous les objets placés directement devant l'œil soient complètement invisibles, cet organe conserve encore une légère sensibilité à la lumière, de façon à apercevoir confusément les objets placés de côté.

Cette conjecture est complètement confirmée par une préparation d'anatomie pathologique que possède le professeur Schmiedler, de Fribourg, c'est-à-dire un anévrysme de l'artère centrale de chaque rétine. La pièce provient d'une princesse de Baden, qui avait été longtemps aveugle, et auprès de laquelle Plenck, Richter et les premiers chirurgiens de l'Allemagne avaient été appelés. Elle ne voyait qu'un peu en regardant en bas. L'anévrysme comprimait les nerfs optiques (1).

Graefe (2) rapporte un cas semblable. Il s'agit d'une femme qui avait perdu la vue après avoir éprouvé de la photophobie et une sensation de pulsations dans l'orbite. L'artère centrale de la rétine, à l'intérieur du nerf optique, avait acquis le volume d'un brin d'herbe, et les vaisseaux sanguins de la rétine étaient variqueux.

^ III. — Amauroses produites par des tumeurs attachées sur les enveloppes du nerf optique ou contenues dans leur intérieur.

M. Wardrop (3) a donné la figure d'une préparation du Musée de M. Heaviside, dans laquelle on aperçoit une tumeur dans le névrilemme du nerf optique. Tout ce que l'on sait de l'histoire de ce malade, c'est qu'il était amaurolique de l'œil correspondant à la tumeur.

[M. Bohm rapporte l'observation suivante d'amaurose partielle due à un épaississement d'une portion du névrilemme du nerf optique :

Obs. 568. — Un jeune homme de 19 ans était atteint depuis son enfance d'un strabisme externe de l'œil droit. A l'âge de 6 ans, cette affection s'accompagna de diplopie, mais sans douleuret sans aucune autre incommodité. Le globe de l'œil commença alors à faire saillie en avant, et la pupille à se diriger en haut et en dehors. A l'âge de 19 ans, la vue de cet œil était tellement affaiblie qu'il pouvait à peine distinguer une pièce de monnaie. On lui conseilla de ne point se faire opérer, et l'on diagnostiqua une tumeur non maligne située au fond de l'orbite. Ce malade étant mort à Berlin de phthysie pulmonaire, on put faire l'examen nécroscopique qui donna les résultats suivants : Le nerf optique, dans l'étendue d'un peu plus d'un quart de pouce à partir de son insertion à la sclérotique, est à l'état normal ; mais plus en arrière il offre le volume et la forme d'une grosse olive qui, située en travers du fond de l'orbite, aurait projeté en avant et en dehors le globe de

(1) Dictionnaire des sciences médicales, t. XXXV, p. 20 ; Paris, 1819.

(2) Angieclasie, p. 52; Leipzig, 1808.

(3) Morbid Anatomy of Ihe Iluman Eye; vol. Il, pi. XV, fig. 1 ; London, 1818.

l'œil, de la façon que nous avons décrite. En arrière de cette tumeur, le nerf reprenait sa dimension ordinaire, et, se portant en arrière à travers le trou optique, n'offrait plus rien à noter dans le reste de son trajet. La tumeur donnait la sensation d'une dureté considérable, et en l'incisant on la trouva surtout formée par un épaississenient du névrilemme. Au microscope, on reconnut que la substance nerveuse n'était point altérée. Les tumeurs sur le trajet des nerfs sont assez communes dans d'autres régions du corps, mais elles sont très rares sur le trajet du nerf optique (1). T. W.]

§ ÏV. — Âmaurose par changement de structure des nerfs optiques.

La variété d'amaurose due à quelque altération morbide de la substance ou de la gaîne du nerf optique, se développe lentement suivant Béer, et rarement dans les deux yeux. Elle s'accompagne de la sensation d'un nuage noir, qui semble s'épaissir graduellement, et d'un tel degré de visus defiguratus, que le malade en est extrêmement troublé. Il accuse rarement beaucoup de douleur dans l'œil ou la tète, mais seulement la sensation d'une pression obtuse à la partie postérieure de l'orbite, bien que l'on ne remarque pas la moindre saillie du globe de l'œil. Dès le début, la pupille est extrêmement dilatée, l'iris complètement immobile, et le bord pupillaire irrégulier. Il survient un glaucome, suivi d'une cataracte glaucomateuse, et finalement le globe de l'œil devient sensiblement plus petit qu'à l'ordinaire.

[Pour les altérations de la papille du nerf optique et leurs symptômes opbtbalmoscopiques, Voy. p. lu.]

[L'observation suivante démontre que l'altération peut occuper les deux nerfs optiques et être très étendue sans que la nutrition des yeux paraisse en souffrir.

Obs. 569. — Amaurose double et complète; atrophie de toute la portion intra-crânienne des nerfs optiques. Ayant eu l'occasion d'examiner, à l'hospice général de Lille, le cadavre d'un homme affecté depuis longtemps d'amaurose double et complète, j'ai trouvé l'appareil oculaire dans l'état suivant: Les deux yeux, de volume et de forme ordinaires, offrent une cornée parfaitement transparente; de chaque côté, la pupille est régulière quoique fort dilatée. La coque des yeux incisée, on trouve intactes toutes les parties constituantes de cet organe.

Les deux nerfs optiques, dans toute la partie intra-orbitaire de leur trajet, paraissent sains, quoique d'un moindre volume que de coutume; mais à partir de l'anneau musculolibreux que forment les attaches des muscles moteurs de l'œil, et que Valsalva appelle modérateur du nerf optique, attribuant à sa contraction spasmodique la production de certaines amauroses; à partir de cet endroit, dis-je, jusqu'à leur émersion apparente des couches optiques, ces deux nerfs se présentent sous l'aspect de deux bandelettes d'un jaune sale, aplaties, formées d'un tissu sec et cassant. Quand on incise transversalement la portion antérieure du chiasma, au lieu de ces petits mamelons blancs qui, dans l'état normal, viennent saillir à la surface de la section, on voit ici de petits trous qui semblent les orifices des canalicules d'où la substance médullaire aurait disparu. On dirait d'une des préparations obtenues par Reil, à l'aide de la macération dans la liqueur des savonniers. Rien à noter dans le cerveau (2). T. W.]

[(1) Dublin Quart. Journ. of Medic. Science. February, 184-7, el H ay's Lawrence, p. 551. Philadelphia, 1854.]

[(2) A. Testelin. Mémoires de la Société des Sciences, de l'Agriculture et des Arts de Lille, vol. XIX, 1841, !" partie.]

Page 1