IR1TIS SCROFULEUSE
fièvre, et qu'il existe un épanchement de lymphe dans la pupille, on peut donner le sulfate de quinine conjointement avec le calomel et l'opium. J'ai traité dernièrement un jeune homme atteint d'une iritis scrofuleuse chronique , qui s'est trouvé très bien de prendre chaque jour six grains de sulfate de quinine, du calomel et de l'opium au moment du coucher; de se frictionner la tète avec le laudanum et la belladone, et de fomenter les yeux avec une infusion chaude de belladone. L'iodure de potassium à la dose de cinq grains, trois fois par jour, a son utilité.
2. C'est au même traitement que l'on doit avoir recours dans les cas d'iritis scrofuleuse secondaire. Nous donnons à cette variété le nom de secondaire, non-seulement parce qu'elle est ordinairement précédée d'une inflammation de la cornée, mais aussi parce que l'iritis semble se déclarer plutôt par suite de la durée de la cornéite et de l'aquo-capsulite, et de l'extension de l'inflammation d'une partie de l'œil à une autre, que par suite de l'action sur l'iris de quelque nouvelle cause externe ou interne. J'ai déjà indiqué (t. ï, page 527) la difficulté que l'on éprouve à reconnaître, à travers la cornée enflammée, quel est au juste l'état de l'iris et de la pupille. Plusieurs des symptômes qui accompagnent la cornéite et l'iritis scrofuleuses sont eux-mêmes de nature équivoque : la zone inflammatoire de la sclérotique, la douleur sus ou circum-orbitaire et l'affaiblissement de la vision appartiennent en effet également à l'iritis , à la cornéite et à l'aquo-capsulite , tout aussi bien lorsque ces affections existent isolément qu'alors qu'elles sont combinées avec l'iritis. Toutefois, lorsque l'opacité de la cornée n'est point très considérable, on peut distinguer au moins les dimensions et le degré de mobilité de la pupille. Si cette ouverture est contractée, irrégulière et immobile, il ne saurait y avoir de doute, l'iritis existe ou a existé. Mais, dans beaucoup de cas, en concentrant la lumière sur la cornée au moyen d'un verre bi-convexe, on peut reconnaître le changement de coloration de l'iris, les adhérences qui l'unissent à la capsule, et le réseau blanchâtre que la lymphe coagulable a tissu dans la pupille.
On rencontre de fréquents exemples de cette ophthalmie composée qui ont été négligés et dans lesquels, à cause du peu d'intensité de l'inflammation et de la douleur, on a laissé marcher la maladie pendant des années, jusqu'à ce qu'enfin la vision soit presque éteinte. Une circonstance remarquable de ces cas négligés, c'est le grand degré de mollesse qu'offrent la cornée et la sclérotique lorsqu'on les comprime avec le doigt. Je regarde ce symptôme comme un signe très fâcheux, annonçant un commencement d'atrophie de l'humeur vitrée, et s'accompagnant toujours d'un degré considérable d'amaurose.
Chaque fois que l'on s'aperçoit que la cornéite scrofuleuse s'accompagne d'iritis, on doit essayer de dilater la pupille rétrécie au moyen
de la belladone, et recourir au mercure pour faire disparaître la lymphe épanchée dans la pupille. L'état de la constitution des sujets atteints de cette affection, aussi bien que le caractère chronique de cette maladie, exige que l'administration du mercure soit réglée avec le plus grand soin : il faut d'abord que les gencives soient prises d'une façon marquée; après quoi l'on revient à l'administration de petites doses de ce médicament , tandis que , pendant l'intervalle de temps durant lequel on le suspend, on soutient la constitution au moyen d'un régime nourrissant et de l'usage de toniques, et surtout du sulfate de quinine.
Il faut bien se garder de recourir aux stimulants pour éclaircir la cornée, tant que l'on peut croire que l'iris est encore le siège d'une inflammation active; on s'exposerait, sans cela, à provoquer un tel degré d'irritation , qu'on amènerait la disparition de la chambre antérieure et, par suite, la destruction irréparable de la vision (1).
t (1) Nous croyons utile de donner ici les opinions du docteur Jacob sur Virilis scrofuleuse ou inflammation scrofuleuse du globe de l'œil, comme il l'appelle dans son Treatise on the Inflammation of the Eyeball, bien que cela nous expose à quelques répétitions; elles nous paraissent donner la clef de diverses affections oculaires différemment dénommées par les auteurs qui les ont observées :
« Dans l'irïtis scrofuleuse ainsi que dans toutes les autres formes d'inflammation du globe de l'œil, l'iris est surtout affeclé, et le changement de sa coloration, aussi bien que la contraction et les adhérences de la pupille y sont aussi remarquables que dans les autres espèces d'iritis déjà décrites. Toutefois, c'est seulement, je crois, dans l'inflammation scrofuleuse de l'iris que Ion voit se former des dépôts ressemblant à ceux qui surviennent dans l'irïtis syphilitique et que l'on a pris généralement pour de la lymphe plastique; mais les dépôts qui se forment dans l'inflammation scrofuleuse ne sont pas de la même nature que ceux de l'iritis syphilitique. Ils sont constitués par de la matière tuberculeuse, et, au lieu d'être absorbés comme ceux de l'iritis syphilitique, leur volume va en s'accroissant, et ils finissent par s'ouvrir, comme des abcès, à 1 extérieur, ou parfois, quoique très rarement, dans l'humeur aqueuse.
« Je considère la présence de cette matière tuberculeuse comme la preuve la moins équivoque et la plus caractéristique de la nature scrofuleuse de la maladie, et je ne regarde les antres changements de structure énumérés ci-dessus que comme des preuves de sa nature spécifique en rapport avec les symptômes constitutionnels. Le dépôt tuberculeux dont nous parlons ici s'effectue généralement vers la circonférence de l'iris, près de sa jonction avec le ligament ciliaire, et par conséquent, au-dessous de la circonférence de la cornée. 11 consiste, au début, en une petite masse irrégulière, jaunâtre, avec des vaisseaux rouges passant par dessus, comme dans les dépôts auxquels donne lieu l'iritis syphilitique; mais il s'accroit graduellement et s'étend au-delà du bord de la cornée sous la sclérotique, qui cède au-devant de lui et permet à la masse jaunâtre de venir proéminer au-dessous de la conjonctive. Cette masse continue de s'accroître et revêt l'apparence d'un abcès ; elle est, dans quelques cas, si proéminente et si irrégulière, tellement enveloppée de gros vaisseaux tortueux, et la couleur noire de la choroïde venant à transparaître à travers la sclérotique amincie tout autour, lui donne un aspect tel, qu'on l'a prise parfois pour une tumeur maligne, tant elle ressemble alors à un fongus hématode. Le commémoratifetles différences évidentes d'aspect et de structure empêcheront une semblable erreur- Cette forme de la maladie n'a point échappé au docteur Mackenzie, ni à M. Lawrence, bien que tous deux se soient plutôt attachés à donner les moyens de la distinguer d'avec le fongus hématode, qu'à la considérer comme une conséquence de l'inflammation scrofuleuse du globe de l'œil. Le docteur Mackenzie, en traitant des tumeurs non malignes du globe de l'œil, exprime la pensée que des tubercules tout à fait semblables à ceux que ï'on trouve fréquemment enfouis dans le cerveau des enfants qui meurent hydrocéphales, peuvent se former sur l'œil et dans son intérieur, par exemple dans la substance de la sclérotique, de l'iris ou de la choroïde, et que ces tumeurs profondément situées dans le globe de l'œil ne se distinguent que difficilement d'avec le fongus hématode. Il ajoute qu'il a vu plusieurs cas de tumeurs albumineuses ou scrofuleuses prenant naissance sur la sclérotique, tantôt isolées, tantôt réunies en groupes, molles dans certains cas et dures dans d'autres, mais peu ou point vasculaires. Les sujets sur lesquels cette affection se développait étaient toujours des enfants cachectiques, et les yeux atteints avaient, en général
IRITIS ARTHRITIQUE. 4*0
SECTION XXVII
IRITIS ARTHRITIQUE.
Syn. — Ophthalmia arthritica. Irilis varicosa. Von Ammon. Fig. Béer, Band I, taf. II, flg. 5 et 6. Von Ammon, thl. I, tab. XV, fig. ô.
La maladie que les ophthalmologistes allemands décrivent sous le nom iï ophthalmie arthritique se reconnaît à des caractères très mar-
été le siège d'ophthalmie scrofuleuse interne avant l'apparition des tumeurs. Plusieurs de ces malades moururent d'affections chroniques du poumon. Il donne aussi les exemples suivants : <t Une jeune fille d'environ 12 ans avait un tubercule scrofuleux fixé à la partie supérieure de la sclérotique ; l'œil avait beaucoup souffert d'une ophthalmie scrofuleuse interne. Le tubercule était d'une couleur jaune ; il acquit lentement le volume d'une amande et paraissait en état de suppuration, bien qu'en réalité il ne fournit pas de pus. La santé générale était fort affaiblie, el la malade mourut bientôt après. » Chez une autre jeune fille, un amas de tubercules scrofuleux se voyait à la partie inférieure de la sclérotique contre la cornée. La vision de cet œil était obscurcie, la cornée trouble et la pupille attirée vers le côté de l'œil où les tumeurs étaient situées. Chez une demoiselle, âgée de dix-neuf ans, l'œil était considérablement enflammé depuis cinq semaines et le siège d'une douleur vive s'élendant à la région circum-orbitaire. La conjonctive et la sclérotique étaient injectées de sang, la cornée légèrement nébuleuse, la couleur de l'iris un peu altérée, la vision très-imparfaite et les mouvements de l'iris fort lents. Il existait au fond de la chambre antérieure une masse jaunâtre ressemblant beaucoup à du pus, avec des stries rougeâtres, comme si des vaisseaux sanguins en parcouraient la surface. Cette substance jaunâtre augmenta graduellement de volume et revêtit l'aspect d'un tubercule scrofuleux. Elle détermina l'allongement par en bas de la cornée, de sorte que celle-ci prit une forme ovalaire. Le volume de la tumeur diminua considérablement, et les symptômes inflammatoires s'apaisèrent par l'usage interne du mercure, du quinquina et de la belladone. La malade alors fut prise d'insomnies, d'illusions de la vue, de délire, de perte des mouvements du bras droit, et mourut. L'on n'en put faire l'autopsie (1). M. Lawrence, sous le titre de : Maladies dans lesquelles des fongositês ou d'autres productions non malignes prennent naissance sur la partie antérieure de l'œil, rapporte le cas suivant : Un enfant, âgé de six ans, se présenta au London Ophthalmie Infirmary avec une inflammation externe grave de l'œil et un gonflement tel des paupières, qu'on ne put reconnaître exactement l'état de l'œil. Lorsque plus tard il fut possible de 1 examiner, on trouva une rougeur externe vive, la cornée trouble, l'iris poussé en avant et la pupille en partie opaque. Une tumeur s'éleva graduellement derrière le bord de la cornée; elle était jaunâtre el acquit le volume d'une fève. Consécutivement, deux ou trois autres tumeurs de plus petite dimension se produisirent et vinrent former à côté delà première une série régulière, à une petite distance de la circonférence de la cornée. L'inflammation continua d'être vive, malgré l'usage fréquent des sangsues et des purgatifs. Elle s'apaisa au bout de quelques semaines ; la douleur se calma et le volumedes tumeurs qui environnaient la cornée diminua. Elles finirent par disparaître complètement ; l'œil s'atrophia et l'enfant se rétablit sans autre conséquence fâcheuse. »
C'est là, suivant moi, un exemple de véritable inflammation scrofuleuse de l'œil, et la tumeur jaunâtre qui s'éleva derrière la circonférence de la cornée et acquit le volume d'une fève, était formée de matière tuberculeuse. On trouve, rapporté dans l'ouvrage de M. Tyrrell : On Discases ofthe Eye (p. 510, vol. I), le cas suivant comme un exemple d'inflammation de la membrane de l'humeur aqueuse avec dépôt de fibrine. C'est évidemment encore un cas de la maladie dont nous nous occupons. La malade « était une femme fortement charpentée, quoique douée de peu de force ; elle avait le teint clair et les iris bleus , et venait d'être traitée d'un rhumatisme par la saignée, une diète sévère, le mercure et le colchique. Il existait au coté nasal de la cornée une tache étendue, de couleur pourpre, formée par de nombreux vaisseaux provenant de la sclérotique et remplis d'un sang noir; l'on apercevait au-dessus d'eux quelques rares vaisseaux provenant de la conjonctive et distendus par un sang fortement coloré. » C'est là la vascularisation circonscrite et isolée de la sclérotique, que j'ai indiquée comme survenant le plus souvent dans l'inflammation scrofuleuse. « Le globe de l'œil était douloureux au toucher et le siège d'une douleur gravative, ainsi que la joue et le front ; ces douleurs augmentaient beaucoup pendant la
[(I) Ces observations sont reproduites plus en détail ci-après dans le chapitre Tumeurs non malignes du (jlobe de l'œil; nous n'aurions pu en éviter ici la répétition sans rendre inintelligible fexposé de l'opinion du docteur Jacob. T. W.]
qués et dépend incontestablement d'un état particulier de la constitution. Les ophthalmies que nous venons d'examiner ont toutes des rapports avec quelque cause appréciable ; mais je dois avouer que la nature de l'oplithalmie arthritique m'est tout à fait inconnue. Si c'est réellement une inflammation goutteuse , c'est que la goutte est une maladie beaucoup plus fréquente que les praticiens de notre pays ne sont disposés à l'admettre, et qu'elle peut souvent se rencontrer chez les gens pauvres et mal nourris. Chez nous, la goutte, sous quelque forme qu'elle se présente, se rencontre très rarement chez d'autres
nuit. » On combattît ces symptômes à l'aide des toniques et d'un régime nourrissant ; mais la malade ayant pris froid, « la chambre antérieure devint légèrement nuageuse, par suite d'un travail morbide lent qui allaqua toute l'étendue de la membrane de l'humeur aqueuse. Outre que cette membrane éprouva un léger épaississement général, sa surface se recouvrit de petits tubercules lîbrineux. La majeure partie de ces tubercules se forma sur la partie de celte membrane qui est en rapport avec la cornée ; quelques-uns se montrèrent sur la portion qui recouvre l'iris ; l'un d'eux, entre autres, placé clans ce point, acquit le volume d'un plomb à tirer les perdrix. » Après trois mois de traitement à l'aide des toniques, d'un régime généreux, et du mercure en petite quantité, la maladie disparut.
Le docteur Farre, dans une communication faite à M. Travers et insérée par celui-ci dans la première partie de YEssai sur Piritis, publié par lui et Sir Aslley Cooperj donne la description suivante d'un cas de cette espèce : « La malade était une femme délicate, âgée d'environ 25 ans, et que l'on avait fait abondamment saliver pour des éruptions cutanées, des nodus du tibia et des ulcères aux amygdales ; lorsque l'action mercurielle diminua, l'œil s'enflamma et de la « lymphe se déposa sur l'iris et s'y organisa. » Ceci la fit remettre à l'usage du mercure. On triompha de l'irilis; mais dès que l'action mercurielle cessa, « l'inflammation des toniques internes de l'œil revint avec une étendue et une durée peu communes. La désorganisation fut progressive, les chambres antérieure et postérieure se remplirent de lymphe, et la rélinejperdil toute sensibilité. Une semaine après le début de cette nouvelle inflammation, la désorganisation de l'œil était complète. L'aspect général de la sclérotique, le soulèvement distinct et en pointe qu'elle offrait en un endroit, l'excès de lymphe coagulablc qui se trouvait dans la chambre antérieure, me firent croire que, contrairement à ce que j'avais jusqu'alors observé, l'irilis s'était terminée par suppuration. >j On pratiqua une ouverture dans la chambre postérieure de l'humeur aqueuse, mais il ne s'échappa point de pus, et finalement 1 œil fut détruit. C'était là, je pense, un cas de dépôt scrofuleux de l'iris, s'étendant au-dessous de la sclérotique ; la matière épanchée participe plus de la nature du tubercule que de celle de la lymphe coagulable, et évidemment elle n'offre aucun des caractères du pus. M. Travers, dans le même ouvrage, rapporte l'observation d'une autre jeune femme, âgée de 24 ans, qui avait subi un traitement mercuriel pour des douleurs atfectant la tète et les mollets, et qui eut ensuite des ulcérations de la gorge et « une tumeur sur le tibia. » Peu de temps après, son œil fut atteint d'inflammation. « La pupille était contractée, irrégulière, et une masse considérable de lymphe brune couvrit la moitié externe du diamètre de l'iris ; celte masse se projetait en avant au point d'occuper plus du tiers de la chambre antérieure; la cornée el l'humeur aqueuse étaient troubles. La conjonctive scléroticale avait une couleur plombée, et le globe oculaire paraissait avoir perdu sa forme sphéroïdale, par suite de 1 absorption interstitielle de l'humeur vitrée. » A la suite de l'application de sangsues, de ventouses scarifiées et de l'administration du sublimé corrosif avec la jusquiame poussée jusqu'au ptyalisme, « l'œil se rétablit d'une façon surprenante. » Bien que le gonflement du tibia se fut terminé par suppuration, on conserva des doutes sur la nature syphilitique de l'affection. Dans le livre de M. Saunders, Trealisc on Diseases ofthe Eije, on trouve une représentation fidèle de la saillie que fait la sclérotique par suite du dépôt qui s'établit au-dessous d'elle dans les cas d'inflammation intense du globe oculaire ; elle ressemble beaucoup à un abcès qui s'élève en pointe. M, Hewson, dans ses Observations sur rophthalmie vénérienne, donne la description suivante de la forme de maladie dont je m'occupe : « J'ai eu occasion de voir un petit nombre de cas datant de plusieurs années, et dans lesquels, par suite de l'ignorance dans laquelle on était resté sur leur nature, aucun traitement convenable n'avait été employé à aucune époque de la maladie: il n'existait aucunetrace d'inflammation, ni aucun malaise; l'humeur aqueuse avait repris sa transparence naturelle ; l'on apercevait la pupille contractée et adhérente, la capsule, opaque, et deux ou trois gros vaisseaux variqueux, semblables à des veines, parcouraient la substance de la sclérotique. Vers celte période, ou après que la maladie a existé un certain temps dans l'œil, et lorsque l'on n'a eu recours qu'à un traitement irrégulier et insuffisant, il se forme quelquefois dans les parties profondes un abcès qui se termine généralement par la destruction