CHAPITRE XXVIII
ENTOZOAIRES A i/lNTÉRIEUR DE l'oRGANE DE LA VISION.
Portai (1) dit avoir trouvé des hydatides entre la choroïde et la rétine. Il est impossible, d'après la description qu'il en a donnée, de déterminer l'espèce d'entozoaire qu'il a vu. Il est même douteux que ce qu'il appelle des hydatides fussent réellement des entozoaires.
Les entozoaires qui ont été rencontrés dans l'organe de la vision chez l'homme, sont : — 1. Vechinococcus hominis, dans le tissu aréolaire de l'orbite. 2. Le cysticercus cellulosœ , dans le tissu aréolaire des paupières, dans la chambre antérieure et dans la cornée, o. Le filaria medinensis , sous la conjonctive, k. Le filaria oculi humant, dans le cristallin. 5. Le distoma oculi humant, dans le cristallin.
§ I. — Echînococcus hominis.
La dénomination à"hydatides, qui, employée correctement, comprend plusieurs genres d'entozoaires , a souvent été appliquée à tort
(1) Cours d'analoinic médicale, l. IV, p. 4-18 ; Paris, 1803.
ENTOZOAIRES A i/lNTÉRIEUR DE l/oRGANE DE LA VISION. 861
aux tumeurs enkystées ordinaires. Il parait néanmoins que, dans les cas suivants, un certain nombre d'échinocoques existaient dans la cavité de l'orbite.
Obs. 629. — Charles Rowell, âgé de 42 ans, fut admis au London Ophthalmic Hospital, dans le service de M. Lawrence, le 3 janvier 1820, pour une saillie du globe de l'œil hors de l'orbite, d'où il avait été chassé par une tumeur profondément située et qui avait été en croissant depuis sept ans. 11 s'était présenté antérieurement à l'infirmerie; son œil faisait alors une saillie anormale, mais la vision n'était point affaiblie. A cette époque, M L. sentit confusément, sous l'arcade sourcilière, une petite protubérance solide qui lui parut être une partie d'une tumeur plus profondément située, et il considéra que l'extirpation pouvait seule procurer du soulagement. Le malade ne voulait pas de ce moyen et en conséquence cessa de se présenter. Le mal s'accrut lentement et s'accompagnant de grandes douleurs qui, pendant plusieurs mois, avaient été si intenses, le jour et la nuit, qu'elles avaient amené une grande émaciation et une faiblesse générale.
Lorsqu'il entra à l'infirmerie, la tumeur s'était tellement avancée enlre la partie supérieure et interne du globe oculaire et la paupière, qu'elle avait presque complètement refoulé le globe de l'œil hors de l'orbite. La paupière supérieure fortement tendue et enflammée recouvrait l'œil et la tumeur; la paupière inférieure était complètement renversée en dehors, et sa membrane muqueuse ressemblait à une masse charnue épaissie. La conjonctive bulbaire découverte s'était fortement épaissie et était atteinte d'inflammation chronique. La structure de l'œil était intacte, la pupille moyennement dilatée, circulaire et immobile, la vision détruite. La tumeur était solide et paraissait fixée à l'orbite; elle donnait à la pression une sensation obscure de fluctuation.
Pour diminuer la douleur et mieux s'assurer de la nature de la maladie, on pratiqua une ponction dans le point le plus saillant de la tumeur; il s'en échappa environ une cuillerée à dessert d'un fluide aqueux limpide. Les souffrances s'en apaisèrent sensiblement. Lorsque M. Lawrence, deux jours après, examina la partie, il trouva dans la piqûre une substance blanchâtre, molle, qui, ayant été enlevée avec des pinces, se trouva être une hydalide. Quelques autres s'échappèrent parla compression de la tumeur. D'autres furent encore évacuées le lendemain. M. L. enleva, en agrandissant l'ouverture et en faisant des injections forcées dans la cavité, tout ce qui restait encore et qui pouvait bien remplir à moitié une tasse à thé. Les dimensions des hydatides variaient de celle d'une noisette à celle d'un petit pois. Quelques-unes étaient intactes, d'autres affaissées. Le kyste s'enflamma et suppura sans déterminer beaucoup de douleur ; l'écoulement du pus diminua graduellement et l'ouverture fut fermée au bout d'un mois. L'œil reprit sa Situation normale, et tout malaise disparut. Les seules traces qui restassent en mars étaient l'état lâche et ridé des téguments de la paupière supérieure, et le renversement en bas de l'inférieure. L'iris était redevenu un peu mobile et la lumière élait légèrement perçue.
Obs. 630. —James Walker, âgé de 20 ans, voilier, fut admis au Royal London Ophthalmic Hospital, dans le service de M. Bowman, le 10 août 4852, pour une tumeur située à l'intérieur de l'orbite gauche, et qui avait déjà déterminé la désorganisation du globe de l'œil. A la partie supérieure et interne, on sentait une tumeur diffuse et molle qui donnait au doigt une sensation de fluctuation obscure; la conjonctive de la paupière était renversée en dehors, l'œil lui-même déplacé en avant et dirigé aussi un peu en dehors et en bas. La cornée élaitenfoncée, flasqueel à moitié opaque; le globe de l'œil en partie affaissé. Au premier aspect, on était fortement porté à croire qu'il s'agissait de quelque tumeur maligne située derrière l'œil, idée que semblait confirmer le teint pâle et cachectique du malade. Il rapporta qu'il s'était aperçu, trois ans auparavant, de la saillie anormale de son œil gauche, et qu'à la même époque il avait commencé à ressentir une vive douleur derrière cet organe. Ces deux symptômes s'étaient promplement accrus sans aucune affection inflammatoire aiguë de l'œil; la vue s'était graduellement affaiblie jusqu'à un an environ avant son admission, époque à laquelle elle s'était complètement éteinte. Depuis le début de sa maladie, il avait éprouvé une forte céphalalgie frontale qui, dans ces derniers temps, l'avait complètement empêché de dormir; c'était même surtout ce dernier symptôme
862 ENTOZOAIRES A ^INTÉRIEUR DE LORCANE DE LA VISION
qui l'avait décidé à venir demander un avis. Il avait employé beaucoup de moyens médicaux, mais aucune opération chirurgicale n'avait été tentée.
AoiWZl. M. Bowman se détermina à tenter l'exploration de la tumeur, et choisit pour cela le point un peu élastique qui existait à sa partie supérieure et interne, et qui était recouvert par la paupière supérieure. Après avoir soulevé cette paupière, il fit avec un bistouri une ponction, qui laissa échapper sur-le-champ une certaine quantité d'un liquide aqueux parfaitement limpide, et la tumeur diminua sensiblement. II agrandit immédiatement l'ouverture dans le sens horizontal, jusqu'à ce qu'elle fût assez grande pour laisser passer son doigt, qu'il introduisit dans une vaste cavité qui s'étendait jusqu'au sommet de l'orbite, garnie de chaque côté des tissus de celte région, épaissis et confondus. Il put néanmoins sentir le nerf optique et quelques-uns des muscles droits comme disséqués par le kyste qui s'était insinué dans leurs interstices. On rechercha surtout avec le doigt et la curette s'il n'existait point d'hydatides, mais on n'en amena aucune en vue, et l'on en conclut qu'il s'agissait d'un kyste aqueux simple, entouré de tissus altérés par la compression qu'il exerçait sur eux. Dans le but d'amener l'oblitération du kyste, on y introduisit une mèche de charpie, dont une des extrémités pendait par l'ouverture que l'on avait pratiquée; on recouvrit le tout d'un cataplasme et l'on envoya le malade se coucher. 11 survint un gonflement considérable, et, au bout d'une semaine, la suppuration s'étant établie, trois hydatides se montrèrent dans la matière de l'écoulement; deux d'entre elles avaient le volume de grosses billes, et une troisième la moitié seulement de ce volume. Elles étaient presque globuleuses, et leurs parois étaient composées d'une membrane mince semi-transparente.
Le gonflement des tissus inlra-orbitaires diminua graduellement, et, au commencement d'octobre, les parties avaient presque repris leurs dimensions naturelles; les restes de l'œil s'étaient affaissés et mis de niveau avec le contour de l'orbite. Quelques nuits après que l'on eût vidé le kyste, le malade fut complètement débarrassé de la céphalalgie dont il avait été si longtemps tourmenté (1).
§ II. — Cysticercus telas cellulosee.
Cette espèce cThydatide a été rencontrée : — 1° dans le tissu aréolaire des paupières; 2° sous la conjonctive; 3° dans la chambre antérieure; et 4° dans la cornée.
Obs. 631. — On amena à ma consultation un jeune garçon, âgé de 14 ans, pour une tuméfaction considérable des parties molles de la tempe gauche, et un développement de la région zygomatique. Lorsqu'on plaçait un doigt dans la bouche et qu'avec l'autre on comprimait extérieurement la tumeur, on y percevait une fluctuation obscure. L'antre d'Highmoreétait sain. Je conseillai de ponctionner la tumeur par l'intérieur de la bouche. Cette ponction donna issue à un grand nombre d'hydatides mélangées avec un fluide glaireux. La tumeur s'affaissa graduellement, ainsi que la région zygomatique. Quelque temps après, la paupière supérieure se gonfla et rougit. Elle finit par suppurer, et lorsqu'on l'ouvrit avec la lancette, il s'en échappa beaucoup de pus avec environ six ou huit cysticerci ceîlulosce, du volume de petits pois. Après cela, ce jeune homme se rétablit parfaitement (2).
Obs. 632. — Une petite fille, âgée de 6 ans, fut amenée au Bristol Eye Dispensary, ayant une tumeur vésiculeuse,du volume d'un pois environ, sous la conjonctive sciéroticale de l'œil droit, et située si près du canthus interne, qu'on ne l'apercevait presque pas, si ce n'est lorsque l'œil était tourné en dehors. Elle ne s'accompagnait d'aucune inflammation et ne déterminait point de gêne. Ni la mère ni l'enfant ne savaient depuis combien de temps elle existait.
M. Estlin ouvrit la tumeur avec un couteau à cataracte; il s'en échappa un fluide séreux ténu, et la conjonctive s'affaissa immédiatement. Outre le liquide clair qui était
(1) Mcdico-Cliirnrgical Transactions, vol. XVII, p. 48; London, 1851.
(2) Médical Times and Gazelle, Nov. 6, 1852, p 46b.
ENT0Z0A1RES A l/lNTÉRIEl R DE i/oRGANE DE LA VISION. 865
sorti, M. Esllin aperçut une substance blanche aplatie, qu'il supposa être un flocon de lymphe coagulable, ou quelque matière caséeuse contenue dans la tumeur; elle avait néanmoins l'aspect d'une membrane solide. Lorsqu'on l'eut plongée dans l'eau, elle s'étala, et l'on vit qu'elle formait un petit sac qui avait été ouvert, et auquel était attaché un petit corps blanchâtre assez dur, d'une ligne et demie de long et d'une demi-ligne de large. Le sac pouvait être comparé, sous le rapport de la dimension, à la pellicule dune très petite groseille. La portion plus solide était renfermée à l'intérieur du sac.
En examinant celte substance avec une lentille d'un pouce de foyer, on reconnaissait évidemment que c'était le kyste d'une hydatide, la partie saillante était la tête et le cou d'un cysticercus telœ cellulosœ. En l'examinant dans l'eau, on apercevait à l'extrémité de sa tête les quatre disques de ses suçoirs, et lorsqu'on le comprimait légèrement entre deux, lames de verre et qu'on l'observait à un plus fort grossissement, on voyait aussi la double couronne de crochets. Les rides du cou étaient très remarquables. La tête el le cou étaient recouverts de petits corps ovales, qu'on supposa être des gemmules. Ils n'étaient pas très nombreux sur la tète, mais le cou en était criblé; ils n'existaient pas seulement à la surface, mais aussi dans la substance du cou el de la tête. Leur volume était d'environ l/oOOO de pouce. On n'en apercevait pas un seul dans la portion cystique de l'entozoaire. Le cou, épais, recouvert de ces petits corps ovales, contrastait fortement avec la membrane mince et unie qui formait la portion globulaire de l'entozoaire (1).
Le cas suivant est le premier exemple de cysticercus cellulosœ trouvé dans la chambre antérieure de l'œil. Il s'est rencontré dans la pratique du docteur Scholt, et a été publié par le docteur W. Sœmmering dans Ylsis d'Oken pour 1830.
Obs. 633. — Un cysticerque vivant apparut, peu de temps après une opblhalmie, dans la chambre antérieure de l'œil gauche d'une jeune fille d'une constitution saine el âgée de 18 ans; il ressemblait à un petit morceau de peau semi-opaque et augmenta graduellement de volume. Deux mois après son apparition, il n'occasionnait point de douleur, mais seulement une légère sensation désagréable lorsqu'il s'agitait vivement; il ne gênait la vision que lorsqu'il venait se placer directement devant la pupille; il y avait un peu de rougeur au pourtour de la cornée. Le cysticerque, comme une cataracte lenticulaire à moitié dissoute, restaithabituellement coucbé au fond de la cbambre antérieure. Il offrait l'aspect d'une sphère transparente présentant en un seul point une saillie opaque d'un blanc laiteux. Lorsqu'on frictionnait doucement les paupières, et quelquefois spontanément, on voyait la portion opaque et ridée de la sphère devenir saillante et le cou mince el filiforme poussé au dehors. Le corps vésiculaire de i'hydalide, tantôt lentement, tantôt rapidement, changeait sa forme sphérique en une autre plus étendue, ovale ou piriforme. Il était communément situé à la distance d'une demi- ligne à une ligne du bord inférieur de la i cornée, car le sinus qui existe entre l'iris et la cornée était trop petit pour le contenir. Le cou pendait le plus souvent en bas comme un plumet, et ballottait librement vers toutes les parties de la circonférence de la cornée, suivant l'es mouvements de la tête du malade; on ne la voyait que rarement saisir quelque chose.
Elle resta sept mois dans l'œil, el acquit pendant les cinq derniers le double de son volume primitif, de sorte qu'il avait le volume d'un pois lorsque le docteur Schott pratiqua une petite incision à la cornée, et avec les pinces-crochets de Reisinger, l'amena vivante hors de l'œil. Placée dans de l'eau tiède, elle continua de s'y mouvoir pendant plus d'une demi-heure; puis elle devint graduellement opaque et blanche: on put très bien distinguer au microscope ses quatre suçoirs proéminents environnant la double couronne de crochets et formant la tête de l'animai (2).
(1) London Médical Gazette, vol XXII, p 859. Voyez un second cas par EsTLiN,Ibid., vol. XXVI, p. 5 : Un cas par Bausi. Annales d'Oculistique, t. Il, p. 69 ; Bruxelles, 1859 : Par Hoiîrinc, lbid., p. 71 : Par Ccnier, lbid., t. VI, p. 271 ; Bruxelles, 1842 : Par Caimton, Laneet, April 22, 1848, p. 451 : Par Bowman, Cas dans lequel I'hydalide était située entre le droit externe et la glande lacrymale, Médical Times and Gazelle, November 6, 1852, p. 466 : Cas par Sichel, Archives d'Ophlhalmologie, t. Il, p. 258; Paris, 1854. [Deux cas par Dixon, op. cit. p. 61.]
(2) Isis, von Oken, 1850, Ileft VII, p. 707: Sciimai.z, Tabulée anaomiam Entozoorum illus-
EISTOZOAIRES A L INTERIEUR DE L ORGANE DE LA VISION
Je dois à l'obligeance de M. Meikle, d'Edimbourg, d'avoir pu examiner le cas de cysticerque de la chambre antérieure, qui s'est rencontré dans la pratique de M. Logan, et dont ce praticien avait déjà publié l'observation (1). La malade, jolie petite fille de 7 ans et bien portante, fut présentée au Glasgoiv Eye Infirmary le 3 avril 1835, devant un grand nombre de médecins qui reconnurent l'exactitude de la description donnée par M. Logan.
Obs. 634. — Depuis le mois d'août 1832 jusque vers le milieu de janvier 1833, qu'on ramena pour la première fois à M. Logan, l'enfant avait souffert d'attaques répétées d'inflammation de l'œil gauche. M. L. trouva la cornée si trouble et l'oplilhalmie si intense, qu'il redouta la perte totale delà vue. Il traita le cas comme une ophthalmie scrofuleuse, et après l'usage des altérants et l'application d'un vésicaloire derrière l'oreille, les symptômes inflammatoires s'apaisèrent, laissant néanmoins une légère opacité de la partie inférieure de la cornée. Une semaine après, on ramena l'enfant à M. L.,qui, en examinant l'œil, découvrit, à sa grande surprise, un corps semi-transparent, d'environ deux lignes de diamètre, flottant librement dans la chambre antérieure. Ce corps était presque complètement sphérique, si ce n'est que son bord inférieur offrait un mince appendice, de couleur blanchâtre, avec une extrémité légèrement bulbeuse, assez semblable à la trompe d'une mouche commune. M. L. remarqua que cet appendice était d'une pesanteur spécifique plus grande que la portion sphérique ou cyslique, de sorte qu'elle occupait toujours la position la plus déclive. Il remarqua aussi que de temps en temps elle devenait plus saillante et s'allongeait, puis qu'elle se rétractait de façon à être complètement cachée dans le kyste qui. à son tour, éprouvait divers changements de Jorme que l'on ne pouvait s'expliquer que dans l'hypothèse que le tout était constitué par une hydatide vivante. Lorsque j'examinai l'enfant le 3 août, je trouvai la cornée un peu nébuleuse, l'œil exempt d'inflammation et de douleur, et l'aspect et les mouvements de l'animal exactement tels que les avait décrits M. Logan. Lorsque la malade, assise devant moi, tenait sa tète en repos, et a une lumière modérée, l'animal couvrait les deux tiers de la pupille. En le regardant attentivement, on voyait sa portion cyslique prendre une forme plus ou moins sphérique, puis ensuite une forme aplatie; à un autre moment, je le vis enfoncer brusquement sa tète au fond de la chambre antérieure (fig. 146), puis la retirer si complètement, qu'elle
Fig. 146.
Fig. 147.
cessa presque d'être visible (fig. 147). M. Meikle inclina lentement la tête de l'enfanten arrière, et à l'instant fhydatide exécuta dans l'humeur aqueuse un mouvement de révolution qui
trantes, p. H; Dresdœ, 1831 : Avertissement placé en lête de Schotfs Controverse ûber die Nerven der Nabelslranges und seiner Gelasse, Frankfurt ain Main, 1836 : Le cas publié par Neumann(RusI's Magazin fur die gesanimle Heilkunde, vol. XXXIII, p. 529; Berlin, 1851) était un cas de luxation sponianée du cristallin et non une hydatide. Ses figures ainsi que son texte le démonlrent. Voyez Edinburgh Médical and Surgical Journal, January, 1851, p. 120. Alessi, (Délie Elminliasinelle sue relazioni colla Oculistica,p. 26 ;Roma, 1850) rapporte comme un cas d'hydatide, ce qui parait plutôt avoir été un cas de lymphe épanchée, car sous l'influence du calomel et des vésicatoires, la substance aperçue dans l'œil fut absorbée et, disparut. (1) Case of Animalcule in the Eye of a Child, by Robert Logai* ; 1855.
ENTOZOAIRES A l'iNTÉRIEL'R DE l'oRGA.NE DE LA VISION. 805
porta sa tête vers le bord supérieur de la cornée devenu le point le plus déclive. L'enfant s'étant de nouveau penchée en avant, l'Jiydalide, semblable à un petit ballon, reprit sa position première, empêchant l'enfant de voir les objets placés directement devant elle, ou ceux situés au-dessous du niveau de l'œil, mais permettant de voir ceux situésau-dessus. M. Logan n'avait observé aucun accroissement dans le volume de l'animal tant que le cas était resté soumis à son observation. M. Meikle l'avait surveillé attentivement pendant trois semaines, sans remarquer d'autre changement qu'un accroissement de l'opacité de la portion cyslique.
Tous ceux qui avaient vu le cas de M. Logan ou en avaient entendu parler, se posaient naturellement cette question : Ne devait-on pas faire sortir cet animal de l'œil? Les motifs qui avaient porté MM. Logan et Meikle à n'employer aucun moyen pour le détruire ou l'extraire paraissent avoir été : d'abord qu'il semblait n'occasionner aucun accident; et ensuite, qu'étant suivant toute probabilité un animal doué d'une vie courte, il périrait vraisemblablement bientôt de lui-même, et s'affaisserait, de manière à lie pas occasionner plus d'irritation qu'un lambeau de la capsule du cristallin. Divers moyens se présentaient naturellement d'eux-mêmes pour tuer l'animal; tels que de faire passer un courant électrique ou galvanique à travers l'œil, des frictions autour de l'orbite avec l'huile de térébenthine, ou l'administration à l'intérieur de petites doses de cette huile, l'administration continue du sulfate de quinine ou de tout autre amer végétal connu pour être nuisible aux entozoaires. L'enfant paraissant en parfaite santé, il était naturel de supposer que les autres organes ne contenaient point d'hydatides et que le changement de régime n'aurait que peu ou pas d'effet sur l'individu isolé renfermé dans l'humeur aqueuse. Si elle avait été, au contraire, d'une constitution cachectique, avec pâleur de la face, tuméfaction du ventre, débilité et fièvre, tous symptômes qui manquaient, on aurait pu supposer que ce que l'on voyait dans l'œil n'était qu'un échantillon d'innombrables hydatides situées dans les diverses parties du corps, et l'on aurait pu prescrire un changement de régime avec quelque espoir de succès.
Six semaines après que j'eus vu la malade, le cyslicerque ayant augmenté de volume, les vaisseaux de la conjonctive et de la sclérotique s'injectèrent; l'iris changea de couleur et ses mouvements devinrent moins libres; en même temps l'enfant accusa une forte douleur dans l'œil : on se décida donc à extraire Phydatide. Je dois au docteur Roberlson, d'Edimbourg, qui fit l'opération, la communication des particularités suivantes :
L'incision de la cornée fut pratiquée sans la moindre difficulté ; mais ni persuasion, ni menaces ne purent décider l'enfant à ouvrir l'œil de nouveau: elle devint complètement indocile, et l'œil se trouva tellement comprimé par ses muscles, que le cristallin fut chassé au dehors et Phydatide déchirée. L'enfant fut alors mise au lit. Dans la soirée, le docteur R. réussit à* obtenir que l'enfant ouvrît les yeux ; il enleva alors, avec une pince, d'entre les lèvres de l'incision, les restes de l'animal en lambeaux : il était si délicat qu'il ne pouvait supporter le moindre attouchement. Une portion de l'iris était engagée dans la plaie ; rien ne put décider l'enfant à permettre au docteur R. de la faire rentrer.
Après la cicatrisation, la cornée resta transparente, excepté au niveau de la cicatrice où elle ne l'était qu'à demi ; la pupille était elliptique par suite d'adhérence à la cicatrice ; la capsule du cristallin, devenue opaque, occupait l'ouverture pupillaire. L'enfant reconnaissait facilement la présence de la lumière.
Obs. 635. — Elisabeth Gordon, âgée de 4.6 ans, se présenta au Glasgow Eye Infirmary le 26 septembre 1848 pour un obscurcissement de la vision de l'œil gauche. Dans la chambre antérieure, contre et devant la pupille, qu'il recouvrait complètement à une vive lumière, était situé un corps sphérique d'environ 4/8 de pouce de diamètre, semitransparent et ressemblant beaucoup, à première vue, au noyau du cristillin. En l'observant pendant un certain temps, on reconnut que c'était évidemment une vésicule changeant de temps en temps de forme et de position, et faisant parfois saillir à son bord inférieur un filament blanc opaque. La première de ces deux parties que nous venons de décrire était, en réalité, la vésicule caudale d'un cysticercus cellulosœ, et la seconde, son corps et sa tête. On voyait parfois la tête s'enfoncer presque jusqu'au fond de la chambre antérieure, puis rentrer complètement dans la vésicule caudale.
La malade dit que, vers le milieu de juin, son œil gauche avait été affecté d'une inflammation qui avait duré environ trois semaines et avait disparu à la suite de l'emploi d'un cataplasme de pommes gâtées, et qu'immédiatement après on avait remarquera présence n. "<$
ENTOZOAIRES A L1NTERIEIR DE L ORGANE DE LA VISION
de l'hy'dalide. Sa sanlé paraissait bonne; mais elle dit qu'elle n'avait jamais été forte, et que, lorsqu'elle était enfant, elle avait été fort tourmentée par des ascarides et des lombrics.
Elle ne voyaitque très confusément les objets placés directement devant l'œil ou audessous de lui; mais à une lumière modérée, la partie supérieure de la pupille se dilatait au delà de Phydatide qui en recouvrait encore les deux tiers inférieurs, et alors la malade apercevait distinctement les objets situés au-dessus du niveau de l'œil.
Depuis le 1er jusqu'au 14 octobre, Phydatide fut l'objet de l'examen curieux d'un grand nombre de médecins et de visiteurs. On la voyait avec la tête tantôt tournée vers la cornée, d'autres lois dirigée en arrière vers la pupille. Dans l'une ou l'autredeces positions, la couleur blanche opaque du corps contrastait d'une manière frappante avec la semi-transparence de la vésicule caudale. J'essayai de lui faire exécuter un mouvement de révolution dans la chambre antérieure en faisant incliner en arrière la tête de la malade ; mais je n'y réussis point. Les mouvements de Phydatide étaient plus vifs le matin, ou quand la malade avait chaud. Quand celle-ci éprouvait un frisson, l'animal exécutait peu de mouvements et retirait son corps dans la vésicule caudale. L'extensibilité de son corps, de son cou et des quatre suçoirs latéraux était très grande, de sorte que, non-seulement il atteignait complètement la partie inférieure de la chambre antérieure, mais il pouvait , de plus, incliner fortement la tète de l'un ou de l'autre côté entre la circonférence de l'iris et celle de
la cornée (lig. 148). Avec une loupe d'un demi-pouce de foyer, on voyait les suçoirs s'allonger et se raccourcir tour à tour. Le rostellum, ou partie centrale de la tête, était aussi distinct; mais on ne pouvaitapercevoir la couronne de crochets dont il était entouré. En général, la malade n'accusait aucune douleur. Elle ne s'apercevait aucunement des mouvements de Phydatide. Une fois ou deux, elle se plaignit de douleur dans l'œil ; mais j'attribuais cela plutôt aux fréquents examens microscopiques auxquels l'œil avait été soumis, qu'à la présence du cysticerque. Voyant toutefois qu'il gênait beaucoup la vision, et sachant que sa présence dans l'œil finirait par amener la désorganisation des tissus avec lesquels il était en contact, on se résolut à l'enlever.
Le 14 octobre, la malade étant couchée sur le dos, et les paupières de l'œil gauche étant écartées par les doigts d'un aide et les miens, je pratiquai avec le couteau pyramidal de Béer, au côté temporal de la cornée, une ponction de 3/20 de pouce d'étendue. Un peu d'humeur aqueuse s'étant échappé lorsque je retirai le couteau, la vésicule caudale de Phydatide s'aplatit et s'étendit beaucoup entre l'iris et la cornée. J'introduisis immédiatement à travers la plaie le crochet de Schlagintweit, je saisis avec lui le corps de Phydatide et j'amenai facilement au dehors l'animal entier. L'iris vint faire un peu hernie à travers la plaie; mais quelques frictions avec le médius sur la paupière supérieure, le réduisirent aisément, de sorte que la pupille reprit sa forme et sa situation normales. On fit coucher la malade, en lui recommandant de maintenir les yeux fermés, et de recouvrir le gauche d'une compresse mouillée.
On reçut Phydatide dans une cuillerée à thé de sérum de sang chaud ; mais cette précaution diminua probablement ses mouvements, qui devinrent plus vifs lorsqu'on l'eut placée dans de l'eau tiède. Elle continua à se mouvoir pendant quarante minutes après qu'elle eut été extraite de l'œil, mais très faiblement pendant la dernière moitié de ce temps. Examinée a'u microscope eomposé, on voyait très bien la couronne transparente de crochets qui environne le rostellum; les crochets étaient au nombre de quatorze. On apercevait très distinctement les corpuscules épars sur le cou, et que quelques-uns ont pris pour des œufs, ainsi que les quatre suçoirs latéraux. Chacun d'eux paraissait comme recouvert par une petite cornée enchâssée et noircie par du pigment.
Cette hydatide est conservée dans le Musée anatomique du Glasgow Collège (lig. 149); j'en dois l'esquisse à la bonté du professeur Allen Thomson: l'animal est représenté à un grossissement de six diamètres.
Fit;. 148.
ENTOZOAIRES A L INTERIEUR DE L ORGANE DE LA VISION
Le lendemain de l'opération, la malade se sentit tout à fait bien : l'aspect de son œil était complètement normal; elle dit qu'elle en voyait aussi bien que de l'autre. Il ne survint aucune réaction, et la malade sortit le 21 octobre.
Je suis porté à croire que l'attaque d'opbllialmie survenue en juin, et qui précéda immédiatement l'apparition de l'iiydatide, était due à i'éclosion de l'œuf dans un des vaisseaux sanguins de l'iris ou de la choroïde, ^Éllllllfcsi.
et que rinflammalion cessa biusqucmcnl aussiliil i]ur l"hyiatide fut tombée dans la chambre antérieure, où elle vécut tout J à l'aise, amplement fournie de nourriture par l'humeur aqueuse et n'étant point gênée par aucun kyste enveloppant, comme il À s'en forme autour du même animal lorsqu'il se loge au milieu f des muscles. X..
Comme j'étais résolu à extraire l'hydalide par une incision faite à la cornée, je n'essayai aucune application sur l'œil dans le but de la faire mourir, comme la vapeur d'acide hydrocyanique, à laquelle on a attribué cette faculté, dans la crainte que l'enlozoaire mort ne provoquât une inflammation, qui ne s'élait évidemment point produite depuis qu'il s'élait logé dans l'humeur aqueuse, et dans la crainte aussi que les moyens employés pour le détruire n'irritassent l'œil, ce qui aurait rendu l'opération plus hasardeuse. yiry
Si la malade avait été plus jeune et moins indocile, je l'aurais chloroformée avant de l'opérer. Le résultat de l'opération pratiquée par M. dans le cas de M. Logan, montre les dangers que peut avoir, en pareil cas, l'indocilité du malade.
Robertson,
Obs. 636. — Samuel Byrne, âgé de 28 ans, teinturier en soie, de Macclesfield, fut admis au Glasgow Eye Inflrmary le 22 septembre 1850. Un an avant celle époque, son œil gauche avait élé atteint de pholophobie et la vision s'était obscurcie de ce côté. Cet état avait été suivi, au bout d'une quinzaine de jours, de l'apparition dans la chambre antérieure, d'un corps opaque, que depuis huit mois déjà l'on avait reconnu être un cysticercus cellulosœ. L'œil n'avait été ni rouge ni douloureux. L'hydatidea graduellement augmenté de volume, de sorte que sa vésicule caudale recouvre entièrement la pupille. Elle est semitransparente; ce qui permet de voir la pupille au travers : on voit l'animal changer de forme de temps en temps. Le cou et la tète sont fortement développés; ils ont près d'un demi pouce de long et largement ij-îO de pouce d'épaisseur. Le cou est rétréci en quatre ou cinq points différents ; la tête paraît fixée entre l'iris et la cornée à leur bord temporal (fig. 150). L'hydatide empêche le sujet de rien voir de son œil gauche, qui n'est plus sensible qu'à la différence entre la lumière et l'obscurité. — 23. Le cyslicerque et surtout sa tête, exécute des mouvements plus vifs. Avec le microscope ophlhalmique.on aperçoit distinctement ses suçoirs latéraux, et, au centre du roslellum, un pelit corps conique qui est alternativement dardé et rétracté. La vésicule caudale est recouverte de stries blanches. Le malade ne se rappelle point si pendant son enfance il a été tourmenté par des vers. 1! a eu occasion de manger des lapins de garenne. — 27. En
présence des professeurs William Thomson p;„ |50
et Allen Thomson, de M. Vaux, de Macclesfield, et d'un grand nombre d'autres personnes, je procédai à l'extraction de 1: comme dans le cas ci-dessus. Je ponctionnai la cornée à son bord temporal couteau pyramidal de Béer, puis j'introduisis le crochet de Schlagintweil, et je saisis le cou de l'hydatide contre la tête. L'hydalide, qui était beaucoup plus développée, était aussi beaucoup plus molle que dans le cas de Gordon; car, en essayant de l'extraire, la têle se rompit. Je saisis alors le cou plus près de la vésicule caudale et il se rompit aussi. Une
ivdatide avec le
ENT0Z0A1RES A L INTERIEUR DE L ORGANE DE LA VISION
Fig. 151.
portion du cou faisant saillie par la plaie, je la saisis avec une petite pince, et le reste de l'hydatide, y compris sa vés:cule caudale, vint facilement. Il ne survint aucune hernie de l'iris, de sorte que la pupille conserva sa situation et sa dimension normales. On appliqua sur les paupières des deux yeux des handelettes de taffetas gommé pour empêcher tout mouvement. — 3 octohre. Le malade se lève depuis trois jours. L'œil va parfaitement bien.
Les fragments de l'hydatide furent soigneusement rassemblés par le professeur Allen Tliomson, et forment une des préparations du Musée anatomique du Glasgow Collège.
La fig. 451 montre l'aspect de la tête et du cou à un grossissement de 12 diamètres.
Obs. 637. — M Canton (l)a rapporté le cas d'un garçon, âgé d'environ 10 ans, chez qui survint une diminution graduelle de la vision d'un œil avec une hydrophlhalmie de la chambre antérieure et un tel obscurcissement de la cornée, que l'iris s'en trouvait complètement dérobé à la vue. L'œil était aussi douloureux. On pratiqua une ouverture avec un couteau à cataracte à travers la partie la plus saillante de la cornée, de manière à permettre l'évacuation d'une petite portion de l'humeur aqueuse et de ce que l'on supposait être le cristallin et le corps vitré. Ces parties ayant été examinées par M. Wharton Jones, il reconnut qu'il s'agissait d'un cyslicerque volumineux La plaie guérit promptement, et l'enfant fut débarrassé de ses souffrances. —Six ou sept mois plus tard, ce garçon se présenta de nouveau au Royal Westminster Ophthalmic Hospital, dans des circonstances qui indiquaient la nécessité d'une nouvelle ponction de l'œil. On la pratiqua, et il s'échappa une substance que quelques personnes prirent pour un second cysticerque, mais que M. Canton suppose avoir été le cristallin. M. Guthrie eut l'occasion de pratiquer une troisième fois la paracentèse de la cornée, à cause de douleurs qui existaient dans l'œil et autour de l'orbite: il s'échappa celte fois une certaine quantité d'humeur vitrée seulement.
Il me parait qu'il s'agit d'un cas dans lequel, la présence d'un cysticerque n'ayant pas élé reconnue au début, l'œil fut détruit par suite d'une inflammation de la cornée et d'une hydrophlhalmie avant que le malade vînt réclamer les secours de l'art.
Obs. 638. — Le docteur Appia, de Genève (2), a rapporté le cas d'une femme, âgée de 30 ans, qui avait un cysticercus cellulosœ logé entre les lamelles de la cornée gauche. On pouvait, à l'aide d'une loupe, apercevoir les mouvements fort lents de l'hydatide. Elle était logée dans une capsule transparente située dans la partie inférieure de la cornée et s'étendait vers le haut un peu au-dessus du bord inférieur de la pupille. Elle avait le volume d'un petit pois. Elle était si transparente qu'elle ne communiquait qu'une teinte opaline à la cornée. On distinguait un point blanchâtre d'où l'animal faisait sortir son cou surmonté d'une petite tête. Avec une forte loupe, on voyait quatre ouvertures ou suçoirs symélriquement disposés autour de la tète, à l'extrémité de laquelle était une double couronne de cils. On voyait la vésicule changer de forme: elle était tantôt sphérique, tantôt ovalaire, suivant que l'animal rentrait ou sortait son cou. Bien que le volume de l'animal allât sensiblement en s'accroissant, la malade ne ressentait aucune douleur, ni aucune sensation particulière, si ce n'est que le champ de la vision s'obscurcissait un peu lorsque l'animal, dans ses mouvements, venait à recouvrir la marge de la pupille.
Comme In malade ne pouvait, à l'œil nu, donner aucune description de la forme de l'obstacle éprouvé par sa vue, le docteur Appia eut la curiosité d'essayer si elle pourrait apercevoir distinctement les mouvements de l'animal à l'aide d'une loupe. Il plaça donc une
(I) Lancet, July22, 1848, p. 91.
("2) Archives d'Oplithalmologie, t. I, p. 58; Paris, 1853.
ENTOZOAIRES A L INTERIEUR DE L ORGANE DE LA VISION
cliandelle à terre dans l'un des coins de la chambre, et tint une forte loupe devant l'oeil de la malade qui se trouvait dans le coin opposé. Celle-ci décrivit immédiatement les mouvements de l'hydatide, et elle put dire quand par ses ascensions et ses rétractions successives elle obscurcissait la pupille ou la laissait libre.
Il parait assez bien établi que les cysticerques ne sont que des formes transitoires du tsenia, qui, tant qu'ils restent enkystés ou confinés à l'étroit, n'atteignent point leur complet développement. Leurs œufs ou embryons viennent de l'extérieur; mais on ne sait pas encore complètement comment ils s'introduisent au milieu de nos parties. Ils sont excessivement petits, et comme ils peuvent être introduits dans le corps à l'aide des aliments ou des boissons, peut-être sont-ils charriés à travers les vaisseaux capillaires. On sait aussi que, dans nombre de cas, les embryons des petits entozoaires traversent les tissus animaux avec une grande facilité apparente, le cercle de crochets dont leur tète est pourvue étant un organe spécialement destiné à atteindre ce but (1). [Voir, pour les cysticerques du corps vitré, p. xxxv.]
[Le docteur Jaeger donne la description suivante (2) d'un entozoaire, découvert par lui dans le tissu de la choroïde :
Obs. 639. — Dans un œil qui avait séjourné pendant plusieurs mois dans une solution étendue d'alcool, le docteur E. Jaeger a trouvé un ver intestinal (?) dont le dessin est ci-contre. Il était comme enseveli dans le tissu de la choroïde, à une ligne et demie environ de l'entrée du nerf optique, du côté du nez. Enduit légèrement sur toutes ses faces par le pigment choroïdien, il était formé d'un cou fort long et fort mince, renflé à son extrémité libre en forme de trompe et ouvert de ce côté. En arrière, ii se perdait en une vessie pyriforme terminée par une pointe. De l'endroit de réunion de ces deux portions, parlait une espèce de tuyau se prolongeant librement dans la cavité de la vessie, d'où pendait un appendice commecaudal,du côté opposéàcelui de l'entrée(fig. iM).
Le cou était incolore et pellucide; la vessie, par contre, légèrement brune et diaphane, portail sur ses deux faces de légères stries rayonnées extrêmement lines, constituées par des rides et des fronces de la membrane vésiculaire, ce qui donnait à ses contours un aspect dentelé.
Le prolongement indiqué plus haut était brun foncé, couvert de plis pressés, et s'enfonçait jusqu'au tiers de sa longueur dans la vessie.
Retiré du liquide à l'effet d'être soumis à un examen plus minutieux, et plongé dans de l'eau pure, on vit la vessie et le prolongement tubi l'orme s'en infiltrer, augmenter de volume, les plis et les rides de cette vessie disparaître complètement, F,S- '•')2-
Ja vessie elle-même crever au bout du troisième jour, et le liquide s'en écouler par une déchirure advenue près de la queue.
(1) Consultez Thomson, Cyclupxdin of Analomy and Physiolopy , Suppl., pp. 25, iO ; London, 1852, 1854. [L'usage d'une nourriture animale, comme la viande de mouton, par exemple, esl une cause du développement de ces entozoaires chez l'homme. L'ingestion du cyslicereus ccllulosœ esl la cause du lœniu solium : Kuchenrff.ister, Laneet, July 28, 1855, p. 81 : Nelson. Montlily Journal ofMedieine, June 1852. (Note de M. Muckenzie.)]
[(2) Annales d'Oculislique, t. XXXV, p. 267 ]
ENTOZOAIRES A L INTÉRIEUR DE L ORGANE DE LA VISION
Pendant cette opération, l'état du cou n'éprouva aucun changement; mais les autres parties subirent les suivants (lig. 153) :1a vessie et le tuyau avaient perdu leur couleur brune et étaient devenus aussi transparents que le cou lui-même. La vessie s'était distendue et présentait cependant encore çà et là quelques plis dans le sens de sa longueur, et paraissait ouverte — peut-être était-elle déchirée — à son extrémité libre.
La longueur du cou était de. 0,035 déc. linien. Celle de la vessie, de ... . 0,235 »
La largeur de celle-ci de . . 0,17 »
Le dessin représente l'objet à un grossissement de 70 fois. T. W.]
Une chose cligne de remarque, c'est la fréquence de la présence de cysticerques dans l'œil gauche, à l'exclusion du droit, que les entozoaires fussent logés sous la conjonctive ou à l'intérieur de l'œil ; et la fréquence aussi de leur apparition à la suite d'une légère blessure ou d'une attaque inflammatoire.
ni.
Filaria Medinensis.
Fig. i:
Le filaria medinensis, dragonneau ou ver de Guinée, espèce d'entozoaire endémique dans les régions tropicales de l'Asie ou de l'Afrique, et qui se développe généralement dans le tissu cellulaire sous-cutané des extrémités inférieures, et quelquefois du scrotum, s'est parfois aussi rencontré sous la conjonctive (1).
Obs. 640. — Le docteur Loney en a rencontré deux cas, tous deux sur des sujets natifs d'Afrique, et qui vinrent le consulter se plaignant de ressentir des démangeaisons dans l'œil, et la sensation de quelque chose qui s'y bougeait. A l'examen, il aperçut un ver voyageant circulairement autour de la cornée, sous la conjonctive, et déterminant si peu d'irritation, que les malades ignoraient la présence de ce corps étranger. L'extraction s'en effectua sans difficulté en retranchant avec des ciseaux, au niveau de la partie centrale du ver, un petit lambeau de conjonctive soulevé avec un tenaculum. Chaque ver ainsi extrait n'avait pas plus de deux pouces de long (2).
| IV. — Filaria oculi humani.
jNous devons au docteur Nordmann, d'Odessa, la découverte d'une nouvelle espèce de filaire à l'intérieur de l'œil de l'homme. En examinant un cristallin opaque extrait par Graefe , et qui était en partie recouvert de sa capsule, le docteur N. découvrit dans l'humeur de Morgagni deux anneaux très petits et très délicats, et, en les examinant au microscope, reconnut que c'étaient des filaires enroulés. L'un d'eux avait été blessé à sa partie moyenne, probablement par l'inslru-
(1) Mo-vgis. Journnl de Médecine de Paris, 1770, t XXXII, p. ôô8.
(2) Laneét, June I, 18i4, p. 509.
EÎNTOZOAIRES A i/lNTÉRIEUR DE i/ORGANE DE LA VISION. 871
nient qui avait ouvert la capsule; de sorte que les intestins faisaient hernie hors du corps et apparaissaient comme de minces fils. L'autre était intact, long d'environ trois quarts de ligne et extrêmement délié. Il était contourné en spirale et mort (1).
Le docteur Nordmann trouva ensuite dans un cristallin extrait par le docteur Jiingken, un filaire vivant, long de cinq lignes et demie.
§ V. — Monostoma et distoma oculi humani.
Le docteur Nordmann découvrit dans un cristallin dont on avait pratiqué l'extraction, huit petits individus du genre monostoma (2) ; et les docteurs Gescheidt et Von Ammon en trouvèrent, dans une autre circonstance, quatre du genre distoma (3).
(I) JHikrographische Beitrage zur Nalurgescliichle der wirbellosen Tliiere, Hel't I, p. 7; Berlin, 1852.
(2i Ibid., Heft II, p. 9.
(5) Zeitscbxift fur die Ophthalmologie, vol. III, p. 75; Dresden, 1855: Consultez sur les entozoaires dans les yeux de l'homme et des autres animaux, Gescheidt, Ibid., p. 405.