M. T. AV
| XXIII. — Amaurose hydrocéphalique.
L'hydrocéphale peut être aiguë ou chronique; l'amaurose est d'ordinaire un symptôme propre à chacune de ces variétés. Le troisième
ventricule se trouvant dilaté, ainsi que les ventricules latéraux, ses parois font saillie en avant de façon à venir comprimer le chiasma.
L'oculiste est rarement appelé à traiter l'hydrocéphale aiguë chez les enfants, attendu que, clans cette maladie, d'autres symptômes graves précèdent d'ordinaire la perte de la vue. Toutefois, le strabisme est assez fréquemment le premier signe de l'hydrocéphale aiguë, et il arrive parfois aussi que la perte de la vue soit le premier symptôme qui excite les alarmes.
Le docteur Graves (1) rapporte qu'il fut appelé auprès d'un jeune malade, beau garçon, se promenant comme s'il était en bonne santé, mais complètement aveugle. L'amaurose fut ici le premier symptôme; les autres suivirent, et l'enfant mourut quinze jours plus tard dans un accès de convulsions.
Les adultes qui sont pris d'hydrocéphale aiguë ont ordinairement été tourmentés pendant nombre d'années de céphalalgies fréquentes et graves; à la fin, une de leurs attaques habituelles s'accompagne de symptômes de compression du cerveau, de délire,' d'altération de la parole, de dilatation et d'insensibilité des pupilles, et de cécité; puis surviennent le coma et la mort. La saignée, le mercure et les révulsifs sont les moyens auxquels on doit avoir recours chez les adultes.
Chez les enfants, la maladie est souvent unie à une constitution scrofuleuse , et la santé générale d'ordinaire trop altérée pour qu'on puisse avoir recours aux remèdes débilitants. S'il existe de la chaleur et des battements dans la tète, en même temps que d'autres signes de pléthore ou de congestion, on doit appliquer des sangsues, recouvrir le cuir chevelu de compresses imbibées d'eau froide, et administrer des purgatifs. Si la constitution est faible, on donnera de petites doses fréquemment renouvelées de sulfate de quinine. Si la maladie a succédé à la disparition de quelque éruption, on aura recours aux révulsifs appliqués derrière les oreilles ou à la nuque.
Les symptômes d'hydrocéphale doivent parfois leur origine à l'épuisement. L'enfant est affecté de stupeur; les paupières sont à demi closes et restent immobiles à l'approche ou même au contact du doigt; la respiration est irrégulière et le pouls fréquent. Le froid et la pâleur des joues, et l'apparition des symptômes, comme cela se voit souvent à la suite de la diarrhée, peuvent suggérer l'espoir que la maladie est plutôt la conséquence de l'épuisement que celle d'une affection cérébrale encore existante. Si l'on nourrit le malade, et qu'on lui administre un peu d'eau de vie et de petites doses de carbonate d'ammoniaque, les paupières redeviennent sensibles au contact des doigts, la respiration reprend sa régularité, et parfois la guérison survient (2).
(1) London Médical Gazetle, vol. XIX, p. 811.
(2) Gooch's Account of some ofthe most important Diseases peculiar to Women, p. ôoa; London, 1829 : Hall. Medicô-Chirurgical Transactions, vol. XXIV, p. 95 ; London, 18-41.
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La présence d'eau dans les ventricules est souvent une affection congéniale. Dans ce cas, à mesure que l'enfant grandit, son crâne acquiert un volume anormal ; les facultés mentales ou sensitives sont plus ou moins affaiblies, et la vie se prolonge rarement au delà de quelques années. Lorsque la tête est le siège d'un développement qui s'est effectué lentement, et que les ventricules sont distendus par de l'eau, l'amaurose s'observe fréquemment. Les révulsifs sur le cuir chevelu et les toniques à l'intérieur sont quelquefois utiles.
| XXIV. — Amaurose par inflammation et faydropisie du cerveau consécutives
à la scarlatine.
Cette variété est une des formes les plus remarquables de l'amaurose hydrocéphalique.
Il n'est pas rare de voir un enfant, convalescent de la scarlatine, être pris, peut-être après s'être exposé au froid, d'une céphalalgie, suivie de rêves effrayants, de convulsions, de cécité, et de coma. Ces symptômes peuvent avoir été précédés de l'albuminurie et de l'œdème, qui s'ajoutent fréquemment à la scarlatine, et, à cause de cela, on les attribue souvent à un épanchement brusque dans le cerveau; mais je crois, comme le docteur Abercrombie, que cette maladie est de nature inflammatoire, et que le malade ne peut être sauvé qu'à l'aide du traitement antiphlogistique le plus vigoureux : saignées, purgatifs, etc. A l'aide de cette méthode, beaucoup d'enfants guérissent; quelques-uns restent pour toujours sujets à des accès d'épilepsie; d'autres meurent et présentent les altérations que l'on trouve d'ordinaire dans les affections inflammatoires du cerveau.
Obs. 621. — Une petite fille, âgée de 8 ans, le matin du troisième jour de l'affection hydropique qui succède à la scarlatine, se plaignit d'une céphalalgie qui, dans le cours de la même journée, devint extrêmement violente. Dans la soirée, elle fut prise de convulsions qui, d'après le récit de sa mère, durèrent 19 heures presque sans interruption. Elles cessèrent alors, mais reparurent au bout de deux heures. Durant cet intervalle, on s'aperçut qu'elle était aveugle et que ses pupilles étaient fort dilatées. Les convulsions, à cette seconde reprise, durèrent 36 heures, et la malade resta aveugle 8 heures encore après leur disparition. Cette enfant guérit. L'œdème, qui était borné à la face et aux mains, disparut pendant les convulsions, mais revint après qu'elles eurent cessé (1).
Obs. 622. — Un jeune garçon, âgé de 13 ans, fut pris de céphalalgie le matin du septième jour après que sa face avait commencé à s'enfler ; dans la soirée, ses membres étaient convulsés et sa vue presque entièrement perdue. La mémoire, néanmoins, et les autres facultés intellectuelles ne paraissaient point affaiblies. Les convulsions cessèrent au bout d'une demi-heure; mais elles revinrent au bout d'une heure et durèrent encore environ le même temps. Ces accès, suivis d'intermission, se reproduisirent ainsi onze fois en vingt heures. L'œdème disparut pendant que ce malade était ainsi en proie aux convulsions, et il se plaignit beaucoup d'une douleur dans le ventre, augmentant par la pression. Lorsque
(1) Observations on lheDropsywhichsucceedsScarletFever,by William Char les Wells, M. D., Transactions of a Society for the Improvenient of Médical and Chirurgical Knowledge, vol. III, p. 177;London, 1812.
les convulsions cessèrent complètement, sa vue devint moins imparfaite; mais sa face resta pâle et son pouls faible et très fréquent. Il mourut le lendemain matin (1).
§ XXV. — Amaurose, suite de productions morbides dans le cerveau.
Fig. Hooper, pi. X, XI, Xll XIII et XIV. Dalrymple, pi. XXXVI, fig. 5.
Les maladies dont il s'agit ici sont des tumeurs formées par l'épaississement des membranes internes du cerveau ou par le dépôt dune substance de nouvelle formation entre leurs lames ou sur leurs surfaces ; ce sont aussi des tubercules, des hydatides, des kystes et des productions fongueuses. Le lecteur trouvera un bon exposé des symptômes auxquels donnent lieu ces diverses altérations, dans les Pathological and Practical Researches on Diseuses ofthe Brain du docteur Abercrombie. 11 établit, toutefois, que les symptômes ne sont pas assez constants pour que Ton puisse les rapporter à chacune de ces altérations en particulier. Il en rapporte les principales modifications à sept formes, qui sont : 1 Une céphalalgie intense, continue et de longue durée, sans autre symptôme remarquable. 2 Après qu'une céphalalgie occupant un point fixe a duré un certain temps, altérations des sens, de la parole et de l'intelligence. 5 Céphalalgie, altérations des sens et convulsions. 4. Convulsions sans aucune altération des sens. 5. Paralysie. 6. Les symptômes les plus saillants se remarquent du côté des organes digestifs. 7. Vertiges, attaques apoplectiques. Les observations que le docteur Abercrombie cite à l'appui de ces divers groupes de symptômes, sont extrêmement intéressantes. Il ne faut cependant pas s'imaginer que ces diverses classes de symptômes restent toujours distinctes et ne se montrent jamais ensemble sur le même sujet. Il est évident qu'il reste beaucoup à faire relativement à l'histoire pathologique des productions morbides du cerveau; cela ressort bien de ce fait, établi par le docteur Abercrombie, que l'on rencontre parfois des tumeurs dans cet organe, qui n'ont produit aucun symptôme remarquable, tandis que, chez d'autres sujets , de semblables tumeurs, occupant la même région et offrant le même volume, s'accompagnent de cécité, de convulsions, ou de paralysie.
Béer dit que l'amaurose qui résulte de la présence de productions morbides dans le cerveau attaque généralement les deux yeux à la fois. La cécité survient très lentement, ne s'accompagne pas de la sensation d'un nuage noir, mais surtout de visus defiguratus, tous les objets paraissant indistincts et confus. A ce symptôme se joignent des attaques répétées de vertiges, une photopsie gênante et de la photophobie. La pupille reste contractée pendant un certain temps ; les vaisseaux sanguins de la surface de l'œil sont turgescents; l'œil et les pau-
(1) Ibid.,p. 178.
EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. 855
pières sont d'abord agités de mouvements convulsifs, puis paralysés ; de sorte que l'œil est invariablement dirigé du même côté et que la paupière supérieure ne peut plus être relevée. La pupille se dilate alors, et la vue est complètement éteinte. La céphalalgie va d'ordinaire en s'accroissant et le malade ressent aussi de la douleur le long de la colonne vertébrale. La douleur n'est point uniforme, elle a des rémiltences, puis reprend avec une violence telle, que le malade en perd presque la raison. Il survient à la fin une altération permanente des autres sens externes et des facultés intellectuelles. L'ouïe commence le premier à s'affaiblir; puis viennent l'odorat et le goût, et quelquefois tous les deux presque en même temps. Le malade finit par perdre la mémoire et tombe dans un état d'insensibilité générale ou dans la manie. L'hydrocéphale et une attaque de paralysie viennent en général clore la scène.
Causes. — Les productions morbides du cerveau ne se développent que rarement sur d'autres sujets que des personnes d'une constitution cachectique. Leurs causes excitantes sont des coups sur la tète, la fatigue, l'anxiété, l'action du froid, etc.
Traitement. — Relativement au traitement de l'amaurose, accompagnée de symptômes qui portent à soupçonner l'existence de quelque formation morbide dans le cerveau, il importe de faire remarquer que ces cas ne doivent sous aucun rapport être considérés comme entièrement désespérés. Beaucoup de cas de cette espèce doivent leur origine à une action inflammatoire et , à l'aide d'un traitement concevable, on peut, souvent en arrêter la marche, prolonger la vie du malade, la lui rendre plus agréable, et lui conserver même un certain degré de vision. Le traitement consistera à maintenir le sujet dans un certain état de faiblesse à l'aide des évacuations et d'un régime ténu, à user des altérants avec précaution, en même temps que l'on maintiendra des applications froides sur la tète, que l'on entretiendra des cautères ou des sétons au cou, et que l'on évitera toute cause d'excitation.
Obs. 623. — Elisabeth Lindup, âgée de 19 ans, d'une constitution robuste, d'une santé générale bonne, se plaignait depuis trois ans de céphalalgie et de vertiges qui augmentaient par les mouvements, et surtout lorsqu'elle se baissait. Ces symptômes persistèrent avec des exacerbations accidentelles, s'accompagnant d'irritation de l'estomac et d'une injection des yeux comme celle qui suit les pleurs, jusqu'au 22 août 1810. Pendant qu'elle était occupée à préparer à dîner, elle fut prise, sans aucun prodrome, d'un accès pendant lequel elle n'eut point de convulsions, mais resta complètement immobile, faisant des inspirations longues et profondes, qui cessèrent à mesure qu'elle revint à elle. Ces accidents arrivèrent immédiatement après la cessation des règles et ne durèrent que quelques minutes. M. Morrah la vil avant que l'accès fût complètement passé, et il resta particulièrement frappé de la douleur aiguë qu'elle accusait dans un point fixe de la tète et de l'aspect hagard de ses yeux. Un mois plus tard, elle eut une nouvelle attaque, qui survint si inopinément, qu'elle tomba en tenant à la main une casserole remplie de lait ; depuis celte époque jusqu'au 20 du mois d'août, elle eut une attaque toutes les trois semaines. Chaque paroxysme pouvait être considéré comme consistant en deux accès, l'un qui surii. 72
venait dans la soirée, et dont elle ne se remettait qu'imparfaitement, jusqu'à l'arrivée du second qui avait lieu le lendemain matin ; après quoi elle restait pendant trois semaines exempte de tout accident. Le 20 août, elle eut dans le même jour trois accès, qui s'accompagnèrent de dérangement considérable de l'estomac, de cris perçants, et d'autres indices d'une grande souffrance, poussée presque jusqu'au délire. Il survint une série de ces attaques douloureuses, dont l'intensité alla croissant, et qui s'accompagnèrent de stupeur, jusque vers le milieu de septembre, époque à laquelle elle avait presque perdu l'ouïe. Peu de temps après, elle perdit la vue de l'œil droit, et quatorze jours plus tard celle de l'œil gauche. Son odorat était tellement aboli que ses nerfs olfactifs restaient insensibles même à l'ammoniaque; la parole et la déglutition étaient fort empêchées, et son côté gauche, dans lequel elle s'était plaint antérieurement de ressentir des frissons, fut frappé de paralysie. Le vendredi 7 décembre, elle tomba dans un état de stupeur apoplectique, qui continua jusqu'au matin du mardi suivant; pendant cet intervalle, elle ne proféra point une parole et ne prit aucune nourriture. Vers cette époque, elle revint à elle, parla, avala quelques rafraîchissements, mais relomba bientôt dans son premier état. Le vendredi 14 décembre au soir, elle expira. Pendant toute sa maladie, le mois d'octobre excepté, elle fut régulièrement réglée. Le pouls ne fut point affecté, si ce n'est vers la lin ; la chaleur ne fut point accrue, il y avait un peu de constipation, mais dont on triomphait aisément, et la vessie exécutait bien ses fondions. Celte jeune tille était toutefois constamment en proie à une irritabilité nerveuse, peu explicable chez une personne d'une organisation aussi robuste et dont la santé générale paraissait si bonne.
A la dissection, les vaisseaux de la dure-mère étaient un peu plus distendus que d'habitude. En enlevant cette enveloppe, on vit que la pie-mère était soulevée par une tumeur, qui se trouva être une hydatkle ou un kyste d'environ trois pouces de long sur deux pouces de large, enfoui dans la substance du cerveau qui lui fournissait un grand nombre de petits vaisseaux. Le ventricule gauche contenait un peu plus de liquide qu'on n'en trouve d'ordinaire chez un sujet sain; le ventricule droit, qui était comprimé par la tumeur, en contenait à peine (1).
Obs. 624. — Miss. M. A. fut atteinte de céphalalgie inlense au début de l'anr.éel820; elle avait alors 17 ans. Elle était d'une constitution délicate, avait les cheveux et les yeux d'une nuance claire, un beau teint, et l'humeur douce et joyeuse. Elle avait jusqu'alors joui d'une bonne santé, était régulièrement menstruée, n'avait reçu ni coup ni blessure, et ne connaissait aucune cause à laquelle elle pût attribuer son mal. Elle fut soulagée par des moyens simples, et alla passer quatre mois de l'été dans le Cheshire, où elle prit beaucoup d'exercice; elle lit même une fois assez facilement 10 milles à pied, néanmoins son mal de tête ne la quitta jamais complètement. Peu de temps après son retour à la ville, la douleur devint très gênante; elle se trouva de nouveau bien des moyens qu'on lui prescrivit et d'un vésicatoire au cou. En janvier 1821, à la suite d'un retour grave de sa douleur, on lui appliqua des sangsues au front; elle éprouva alors un intervalle de mieux comparatif assez long. En février elle alla au bal, dansa pendant plusieurs heures, et parut s'amuser beaucoup; elle ne consulta point de nouveau jusqu'au 30 mai suivant. Les symptômes s'étaient accrus rapidement, et sa douleur de tête avait pris un caractère plus sérieux. Elle occupait d'ordinaire la tempe droite; mais chaque matin elle subissait une exacerbation régulière telle, que pendant une heure ou deux la malade se roulait sur son lit dans une véritable agonie; la douleur diminuait ensuite et était supportable pendant le reste du jour. Elle éprouvait des vertiges, des syncopes, une grande frayeur d'objets imaginaires, un étal d'irritation nerveuse extrême, de la dureté d'ouïe et de l'obscurcisse-, ment dans la vue. Elle devint myope ; les objets lui paraissaient plus grands qu'ils n'étaient, et parfois elle restait complètement aveugle pendant quelques secondes. Son pouls était fréquent, sa peau chaude; elle ressentait de violentes douleurs à l'estomac, des nausées et des vomissements. Elle éprouva successivement dans diverses parties du corps de violentes douleurs que n'accompagnaient aucuns symptômes d'inflammation externe: tantôt c'était à la gorge, ce qui occasionnait une gène extrême de la déglutition; tantôt à la poitrine, ce qui déterminait l'embarras de la respiration; tantôt encore en différents points de la colonne vertébrale, surtout vers le cou, aux genoux, aux chevilles et aux
(I) Medico-Chinirgiral Transactions, vol. II, p. 262: I.ondon, 1825.
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poignets. On essaya les "vésicatoires, les applications froides sur la tête, le mercure à petites doses et sans déterminer la salivation, et divers autres moyens; mais on n'obtint que peu ou pas de soulagement. Sa santé déclina rapidement; les vomissements continuels avaient déterminé une émaciation marquée.
Le 31 août 1821, pendant qu'elle était au lit. elle fut prise d'un violent accès de convulsions, accompagné de strabisme et de cris perçants, qui dura environ une demi-heure, et la laissa dans un étal de stupeur. Le lendemain, elle avait perdu toute puissance sur son corps, ellenepouvaitseleverni même se tourner dans son lit; elle pouvaitencore remuer un peu les bras et les jambes; sa vue, quoique très affaiblie, lui avait permis jusqu'à ce moment de reconnaître les objets; elle se perdit alors au point qu'elle ne pouvait plus que distinguer la lumière de l'obscurité. Les pupilles étaient fortement dilatées, mais néanmoins encore un peu sensibles à l'action de la lumière. La surdité avait aussi beaucoup augmenté. L'affaiblissement de la vue et de l'ouïe avait d'abord commencé à gauche, côté opposé à celui où existait, à l'origine, la douleur fixe. La constipation était opiniâtre, les vomissements et la douleur à l'estomac continuels, la céphalalgie intense, le pouls vile, la respiration précipitée, la peau chaude et sèche, le sommeil tranquille et sans sterlor. Dans l'espace de quelques jours, elle eut une nouvelle attaque semblable à la première; puis ces attaques se renouvelèrent avec plus ou moins de fréquence et d'intensité, jusque peu de temps avant sa mort: f'état du canal alimentaire influait généralement beaucoup sur ces attaques. Elle en avait parfois cinq ou six dans un jour; d'autres fois, plusieurs jours s'écoulaient sans qu'elle en eut. Généralement, elles se déclaraient sans prodromes; elles paraissaient d'autres fois amenées par de légers efforts. Outre les attaques convulsives générales, elle éprouvait des soubresauts spasmodiqueset des tressaillements dans différentes parties du corps. La vue et l'ouïe furent bientôt complètement perdues; puis il en fut de même de l'odorat; le goût, s'il existait encore, était très imparfait. Elle désirait parfois certains aliments, mais elle se plaignait toujours qu'ils n'avaient pas de saveur; rarement elle reconnaissait ce qu'elle mangeait.
Comme elle était privée de tous les organes des sens, excepté du toucher, le seul moyen de communication que l'on pouvait encore avoir avec elle, consistait à tracer avec les doigts des lettres sur ceux de la malade. Elle acquit rapidement l'habitude de reconnaître au toucher les personnes avec qui elle communiquait d'ordinaire; elle contracta une facilité extraordinaire à converser de cette façon, devinant les mots avant qu'ils fussent à moitié écrits. Lorsqu'elle était éveillée, elle occupait constamment ainsi les personnes qui la soignaient. Elle aurait voulu se distraire à l'aide de quelque occupation manuelle, mais ses bras étaient si faibles qu'elle n'en put supporler la fatigue. Son intelligence n'était point affaiblie, si ce n'est lorsqu'elle étaitsous l'influence des attaques. Elle paraissait connaître sa situation désespérée, et manifesta le désir que l'on ouvrit sa tête après sa mort. Elle montrait beaucoup de patience pendant ses souffrances, et témoignait même de la gaieté lorsque la douleur était modérée. Néanmoins, lorsqu'elle était éveillée, elle était rarement exemple d'une douleur intense dans la tète; celte douleur était lancinante ou pulsalive, mais n'occupait aucun point en particulier. La douleur qu'elle éprouvait à la partie supérieure et à la partie inférieure de la colonne vertébrale, la sensation de froid extrême dans le dos, et la douleur qui se faisait sentir dans le sein droit, puis dans le gauche, la tourmentaient aussi quelquefois excessivement. Les joues s'injectaient aussi parfois par places, la chaleur de la peau devenait excessive, et les démangeaisons intolérables. La langue était quelquefois chargée, mais le plus souvent nette. Elle n'avait point de soif. Lorsque les vomissements eurent cessé, l'appétit devint presque insatiable, et elle reprit des chairs. Les yeux conservaient leur lustre, mais ils étaient complètement insensibles à la lumière, et les pupilles restaient largement dilatées.
Elle eut ensuite des attaques répétées de vomissements bilieux, qui la réduisirent chaque fois à un étal de débilité extrême, dont elle se remettait avec une surprenante facilité. La constipation fut toujours opiniâtre, elle n'allait guère à la selle qu'au moyen descalharliques. Elle passa une fois quatorze jours sans évacuation. La constipation amenait invariablement l'aggravation de tous les symptômes. Les règles cessèrent de paraître dès qu'elle garda le lit. Sa respiration élait nalurelle et facile; la parole n'était point empêchée; la voix était claire et distincte; le pouls de 80 à 100, petit et généralement faible ; le sommeil facile et tranquille, si ce n'est lorsqu'elle criait pour qu'on la retournât; après quoi elle retombait immédiatement assoupie. Elle ne pouvait rester couchée sur le dos, ni sur l'un ou l'autre côté, ni dormir plus d'une demi-heure dans la mêmepos:lion; de sorte
qu'elle avait besoin d'une personne exprès pour la retourner. Si on ne le faisait point aussitôt qu'elle le demandait, elle était souvent prise d'un accès. Elle ne récupéra jamais la faculté de mouvoir son corps, et ne pouvait soulever la tête au moindre degré; mais le sens du toucher resta parfait. On essaya plusieurs fois de la lever graduellement dans son lit, mais chaque tentative produisait une douleur considérable, et si l'on persistait, on déterminait un accès. Les médicaments qu'on lui administra n'eurent d'autre but que de soulager ses souffrances, à l'exception d'une tentative que l'on fit pour mercurialiser le système; mais les accès augmentèrent tellement pendant l'emploi de ce remède, que l'on fut obligé d'y renoncer.
Les symptômes que nous venons de mentionner persistèrent avec plus ou moins d'intensité jusqu'en février 18u23, époque à laquelle l'estomac rejetant toute espèce de nourriture, les forces de la malade commencèrent à faiblir. Aucune évacuation alvine n'avait lieu qu'à l'aide des lavements. Tout le système musculaire parut perdre sa tonicité, les membres étaient demi-fléchis et elle avait à peine la force de les mouvoir; les lèvres étaient à demi-fermées, la bouche pleine d'ulcérations aphtheuses, et les dents recouvertes de fuliginosités ; les traits du visage étaient déviés , elle dormait les paupières à demi ouvertes; les yeux se troublèrent ; il survintà l'œil gauche une inflammation qui détermina l'ulcération et l'opacité de la cornée. Elle n'accusa aucune douleur, et ne s'aperçut même pas que cet œil était affecté. Elle rendait les urines et les fèces involontairement. Elle ne pouvait avaler aucune substance nutritive qu'elle ne fût à l'état liquide, et ce n'était alors qu'avec la plus grande difficulté. Elle fut prise d'une toux fatiguante, qui, à cause de son extrême faiblesse, la menaçait souvent de suffocation. Les facultés intellectuelles commencèrent aussi à diminuer; elle parlait peu, et seulement de ses douleurs. Son pouls était si faible qu'on le sentait à peine. Elle respirait librement et dormait beaucoup. En septembre, il survint une légère diarrhée. Elle pouvait alors à peine prendre de quoi se soutenir, et l'émaciation était telle que la pression avait déterminé en plusieurs endroits l'excoriation de la peau. Elle mourut le 5 octobre 1823, après avoir langui pendant plus de deux années à la suite de la première attaque convulsive, et près de quatre ans depuis le commencement de ses maux de tête.
Le cuir chevelu était légèrement œdématié, les os du crâne extrêmement minces, et plusieurs petites épines se projetaient au dedans, de la partie postérieure de chaque pariétal. Les membranes qui recouvraient le cerveau étaient exemptes de toute altération; la substance du cerveau était plus molle que de coutume; huit à dix onces de liquide se trouvaient dans les ventricules; la membrane qui tapisse ceux-ci était d'une couleur jaune sale. Les couches optiques étaient un peu augrnentéesde volume, dernièrement converties en une matière fongueuse que M. John Hunter, Jun., qui a rédigé l'observation, considère
comme étant de la nature du fongus hématode. Une section longitudinale, pratiquée suivant l'épaisseur d'une des couches optiques, offrait exactement l'aspect d'un caillot sanguin- Les corps striés n'étaient pas altérés, mais la maladie s'étendait aux parties voisines du cerveau et au cervelet, en dessous, ainsi qu'au bord inférieur et postérieur de la grande faulx du cerveau. Les nerfs optiques offraient une teinte plus foncée qu'à l'ordinaire, mais la texture n'en semblait pas altérée. Les autres nerfs cérébraux n'offraient aucune altération de structure. La moëile , au moins toute la portion que l'on peut examiner sans ouvrir le canal rachidien, était parfaitement saine, Il existait plusieurs rebords osseux à la base du crâne, et toutes les irrégularités étaient |;'S- 1-45; fortement marquées. On ne trouva dans le tho-
rax et l'abdomen aucune altération morbide, si ce n'est une quantité de petites concrétions biliaires (1).
(1) Médico-Chirurgical Transactions, vol. XIII, p. 88. London, 1825. Voyez l'observation dune tumeur comprimant le pédoncule cérébral droil, la moitié droite du pont de Varole, la
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[§ XXVI. — Âmaui'ose intermittente.
M. Bradshaw (1) a rapporté dans le sein de la Reading Palhological Society, un cas très remarquable, peut-être unique, de cette variété d'amaurose. Nous en reproduisons ci-après l'observation :
Obs. 625. — Une dame française, âgée de 37 ans, était sujette à des accès de cécité complète. Ces accès survenaient soudainement, et sans aucune cause apparente, la nuit et le jour, irrégulièrement et sans périodicité; chacun d'eux se prolongeait pendant trois heures environ. Pendant l'accès, les pupilles étaient largement dilatées, la cécité était complète et les globes oculaires ainsi que les paupières dans une immobilité absolue. Après l'attaque, les yeux reprenaient leur activité accoutumée, et paraissaient sous tous les rapports dans un état d'intégrité parfaite. La santé de celle dame était, sous tous les autres points, des plus satisfaisants. L'affection persistait depuis plusieurs années, et la fréquence des accès n'avait pas varié: il y en avait toujours trois par quinzaine. Celte malade avait subi des traitements variés sans en avoir retiré aucun avantage. Sa sœur était affligée des mêmes accidents. T. W.]
[g XXVII. — Amaurose due à Faction de la foudre.
M. Pétrequin en a cité deux faits (2). Il attribue cette amaurose à la perversion de l'action nerveuse et peut-être à la soustraction d'une portion du fluide nerveux par l'action de la foudre. Dans le premier cas, après un an de soins et de traitements infructueux, le malade fut mis à l'usage du sulfate acide d'alumine, et, dès lors, il éprouva une amélioration qui alla toujours en croissant. Dans le deuxième fait ,
surface antérieure du lobe droit du cerveau, déterminant de l'amblyopie à droile, et une amaurose complète à gauche, par Boyer, Archives générales de médecine, 2e série, t. VI11, p. 91 : Ilydalides clans le ventricule laléral gauche, produisant une photopsie intense et une amaurose complète, par Johnson, Médico-Chirurgical Review, January, 1856, p. 202 : Tumeur comprimant les tubercules quadri jumeaux, par Kennion, London Médical Gazelle, vol. XXII, p. 894 : Tumeur dans le troisième ventricule, Monro's Morbid Analomy of the Brain, vol. I, p. 167; Edinburgh, 1827 : Tumeur dans la partie postérieure du cerveau, par Bainbridge, Médical Gazette, April 10, 1840, p. 119 : Affection encéphaloïde du cerveau, lbid., vol. XXXIX, p. 1004 : Tumeur dans l'hémisphère droite du cerveau, déterminant.une épilepsie et une amaurose, Médical Times and Gazelle, August 13, 1855, p. 166 : Tumeur située au-dessous du troisième ventricule, rendant d'abord un œil amaurolique, puis l'autre, et déterminant la cécité, par Heath, lbid., Seplember 10, 1855, p. 279 : Kyste dans le cerveau, par Barncastle, Lancet, 12 December, 1846, p. 635 : Tumeur ressemblant à de la gelée de pied de veau, et occupant le cerveau, lbid., 29 April, 1848, p. 468: Fongus hématode du cerveau, Dublin Médical Press, H Oclober, 1848, p. 250 : Cas d'amaurose d'un œil, et d'exophlhalmos, par Hibbert Taylor, Médical Gazette, March 1849, p. 429 : Tumeur encéphaloïde à la base du cerveau, par Erichsen, lbid., vol. XLV, p. 452 : Tumeur encéphaloïde de la couche optique, Médical Times, 14 December, 1850, p. 622 .- Tumeur du cervelet, comprimant le pont de Varole, la cinquième paire, et déterminant Une amaurose el une paraplégie, par Beith, Médical Gazelte, 16 May, 1851, p. 856 : Kysle dans le cervelet, par Reid, lbid., 17 October, 1851, p. 664 : Tumeur tuberculeuse du cervelet, par Bramweli., Monthly Journal of Médical Science, November, 1851, p. 442 ; Hyperostose du crâne, avec tumeur ù la base du cerveau, et une tumeur occupant chaque méat auditif interne, Himly, De epostosi cranii rariore, Gôttingœ, 1852. [Tumeur de la base du crâne comprimant les couches optiques, diagnostiquée pendant la vie, par Rostan ; Gaz. des hôpitaux, 1854, n° 8. — Lebert. Des symptômes fournis par l'œil dans les cas de tumeurs du cerveau ; Virchow's Arch. f. psi th. Anat., t. III, cah. 5. — N. Ansiaux. Amaurose causée par une tumeur tuberculeuse de la base du crâne, Ann. d'Ocul., t. XIX, p. 9. T. W.]
[(1) Prov. Med. and Surg. Journ., July 21, 1814.]
[(2) Nouvelles recherches sur la thérapeutique de l'amaurose ou goutte sereine.]
l'amaurose, d'abord complète, se transforma bientôt en une nyctalopie telle, que le malade voyait les objets les plus petits dans l'obscurité la plus profonde et au milieu de la nuit la plus obscure, et qu'il cessait de voir aussitôt que le jour commençait à paraître. Il reprit brusquement la vue, sans avoir rien fait autre que de se tenir à un régime salutaire.
M. Henrotay a rapporté dans les termes suivants l'observation d'un cas de perle subite de la vue, à la suite d'un coup de tonnerre, chez un sujet portant au cou une chaîne galvanique.
Obs. 616. — Geeraerls, âgé de 38 ans, d'une constitution détériorée, d'un tempérament lymphatique, remplit au camp de Beverloo les fonctions de garde-magasinier du matériel du génie. Accablé d'anciens rhumatismes qui ont enlevé à ses membres toute souplesse, il portail depuis quelques mois une chaîne galvanique pendante à la poitrine, lorsque, l'été dernier, il fut pris subitement d'une forte dyspnée au moment où la foudre vint à tomber sur l'un des carrés, dont il se trouvait éloigné d'environ cinq minutes. Au bout d'un quart d'heure, remis de son émotion, il avait pu regagner son domicile. Cet événement n'avait laissé qu'une faible impression dans son esprit, lorsque, le 1er mai de cette année, se trouvant dans sa chambre à lire la gazette, à une fenêtre entr'ouverte, au moment d'un coup de tonnerre, Geeraerts fut tout à coup pris de vertiges, chancela, se retint aux meubles qui l'environnaient et perdit complètement la vue. Cette fois la chaîne galvanique, qu'il avait continué à porter, était simplement placée autour du cou. Je fus appelé à voir le malade avec M. Warlomont, peu de temps après l'accident.
Geeraerts avait l'air égaré, les yeux ouverts et immobiles; les pupilles, un peu plus dilatées qu'à l'état normal, jouissaient de très peu de mobilité. Il accusait de la céphalalgie et des vertiges; nous trouvâmes le pouls lent, faible et dépressible; unbruitderàpeaucœur; il se plaignait de quelques nausées, d'un peu de soif, d'anorexie et d'une légère douleur épigastriqueà la pression. L'état du pouls et la constitution du sujetéloignanttout à fait l'idée des évacuations sanguines générales, nous fîmes appliquer en deux fois vingt-quatre sangsues derrière les oreilles, des sinapismes aux extrémités inférieures, et le malade fut mis à une diète absolue. Au bout du deuxième jour, ces moyens n'ayant pas amené d'amélioration sensible, je fis appliquer un grand vésicatoire à la nuque, et dès ce moment un mieux prononcé se déclara, à tel point que le sixième jour la vue était complètement revenue.
Il est inutile d'ajouter que Geeraerts s'est empressé de se défaire de sa chaîne galvanique et qu'il l'a enfouie à plusieurs pieds sous terre (1). T. W.]
[§ XXVIII. — Amaurose phlébitique.
M. Mackenzie a décrit très au long, à l'article ophthalmilis pklébilique, p. 92, les désordres que la résorption purulente peut produire dans l'organe de la vision ; voici une observation qui démontre que, en pareil cas, la vue peut être détruite sans que l'œil présente aucune altération.
Obs. 627.— Un malade, âgé de 37 ans, entra dans mon service à Saint-Bartholomeiv's Hospital, le 21 mai 1832, pour une inflammation de la veine basilique, survenue à la suite d'une saignée ; la maladie avait débuté le 29 février. Les symptômes, qui étaient graves et alarmants, cédèrent à un traitement actif; la phlébite avait complètement disparu le 16 mars, époque à laquelle le pouls était calme, le sommeil bon, la langue nette, et l'appétit con-
[(1) Annales d'Oculisliquc, t. XXVII, p. 71.]
EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. 859
serve. Sur la demande du malade, dont la faim élail impérative, on lui prescrivit chaque jour une côtelette de mouton et une dose d'infusion de cascarille et de rhubarbe trois fois par jour. Le 17, il prit sa côtelette et ses trois doses d'infusion, et dormit bien; le 18, il eut une selle, se leva et s'habilla lui-même, et le chirurgien chargé des pansements le trouva assis près du feu. 11 dit qu'il se trouvait si bien qu'il n'avait pu garder le lit; il se plaignit de la faim, et réclama une portion de vin ou de bière pour son dîner, ce qui lui fut formellement refusé. Dans la matinée, ses amis vinrent le voir et lui apportèrent vraisemblablement du vin ou de l'alcool. A dîner, il ne put pas manger sa côtelette, mais ne se plaignit de rien. Asix heures du soir, il fut pris tout à coup d'évanouissement, deperte de la vue, et d'une légère douleur de tête. 11 se coucha immédiatement; on lui administra un peu de calomelet de poudre de James, puis une once d'huile de ricin en quatre heures. — 19. Insomnie et délire pendant toute la nuit; les rétines sont complètement insensibles, au point qu'il ne peut distinguer la lumière de l'obscurité. Les pupilles sont légèrement dilatées, mais elles se contractent lorsqu'on tient une chandelle devant les yeux, quoique le malade n'en ait pas la conscience. La tête est chaude et douloureuse. Le malade a toute sa connaissance, et répond raisonnablement aux questions qu'on lui adresse. Le pouls est petit et fréquent, la langue blanche et un peu sèche, la soif vive. (Raser la tête et la recouvrir d'applications froides; tirer de la nuque quatorze onces de sang à l'aide de ventouses ; vésicatoire entre les épaules ; une dose de sel purgatif et de vin d'antimoine toutes les quatre heures.)— 20. La vision est toujours dans le même état. (Vingt-quatre sangsues aux tempes ; une dose d'huile de ricin ; deux grains de calomel avec autant de poudre anlimoniale toutes les quatre heures). — "21. Le malade a un peu dormi le matin; la vue s'est améliorée, et il peut voir et compter les doigts qu'on tient devant lui. Vers le milieu du jour, les symptômes ci-dessus décrits reparaissent avec plus d'intensité; délire avec marmottement continuel, selles involontaires. (Vésicatoires aux mollets.) La mort survient le 23. On constate un épanchement séro-purulent dans le péricarde et une infiltration purulentemarquée dans la substance musculaire du cœur. II y a dans tout l'encéphale des traces de congestion sanguine active; la substance médullaire est partiellement ramollie en divers endroits. L'arachnoïde, épaissie à la base du cerveau, offre une teinte jaune qui paraît due à la présence dît pus. Ces altérations sont surtout marquées vers I'infundibul'um et le chiasma des nerfs optiques (1). T. W.]
§ XXIX. — Amaurose congéniale. [V. p. 537.] Fig. Von Ammofl, theil. III, taf. XVI, XVII, XVI H-
On nïa souvent apporté des enfants, quelques mois après leur naissance, parce qu'on les croyait aveugles. On commence, d'ordinaire, à concevoir ce soupçon lorsque l'on s'aperçoit que l'enfant ne suit pas la lumière d'une chandelle, et ne s'en amuse point; mais on ne peut s'en rapporter à ce signe pour décider qu'il y a amaurose congéniale, à moins qu'il ne soit accompagné de mouvement de roulement des yeux, ou de quelque forme anormale de la tète, indiquant un défaut de développement du cerveau.
Dans beaucoup de cas où la cécité n'avait été soupçonnée que par suite du défaut d'attention de l'enfant pour les corps lumineux , mais dans lesquels les pupilles étaient mobiles, j'ai vu survenir une amélioration graduelle dans l'espace de quelques mois. Dans quelques cas, l'amélioration a été rapide; de sorte qu'avant la fin de la première année, la vision était parfaite.
[(I) Lawrence. Édition américaine, p. 542; Philadelphie, 1854 .]
860 ENTOZOAIRES A L'INTÉRIEUR DE L'ORGANE DE LA VISION
On s'est quelquefois bien trouvé, en pareil cas, de petits vésicatoires derrière les oreilles.
Il ne faut pas confondre l'amaurose congéniale, due au développement imparfait de quelque partie de l'appareil nerveux optique, avec celle qui est la conséquence d'une lésion traumatique de la tête de l'enfant lorsque la délivrance s'est opérée à l'aide des instruments.
Obs. 628. — Un petit garçon de 6 ans me fut amené de loin pour avoir mon avis. On m'apprit que la mère, étant en travail depuis trente-six heures, avait été délivrée à l'aide du forceps, dont les cuillères avaient de chaque côté entamé la tête de l'enfant, juste audessus des oreilles. Pendant les quatre premières semaines, il ne fit attention à rien, pas même à une bougie allumée tenue près de ses yeux. Vers la fin de la cinquième semaine, il commença à faire un peu attention à la bougie. Cet état dura une ou deux semaines ; après quoi il commença à faire attention à la lumière du jour. Les choses allèrent en s'améliorant jusqu'au sixième mois; toutefois, il ne paraissait impressionné que par une lumière vive. L'amélioration continua graduellement, l'enfant commençant à s'occuper des objets qu'on lui présentait à une certaine distance et dans une certaine position, et tendant la main vers eux, mais néanmoins il ne paraissait jamais fixer directement les objets ni les regarder de son propre mouvement. Quand je le vis, les pupilles se contractaient et se dilataient parfaitement bien. Il paraissait voir mieux les gens lorsqu'il élait en plein air, qu'à l'intérieur delà maison.