INFLAMMATION DU CRISTALLIN ET DE SA CAPSULE
On aperçoit distinctement, à la terminaison apparente de plusieurs des vaisseaux dans la capsule, de petits nœuds d'une substance d'un blanc grisâtre et semi-transparente, qui n'est autre chose que de la lymphe coagulable, et dont la présence révélerait, d'après Walther, la manière dont l'inflammation détermine l'opacité de la capsule et du cristallin. L'hémisphère antérieure de la capsule, là où les vaisseaux sont souvent très nombreux, revêt quelquefois un aspect particulier, comme velouté ou floconneux, et présente dans un ou plusieurs points de son étendue une couleur grisâtre ou brunâtre. Ces points bruns paraissent n'être quelquefois que de la lymphe épanchée ; mais d'autres fois ils semblent dus à ce que l'iris a été réuni à la capsule par des adhérences partielles qui se sont séparées, soit par des mouvements plus étendus et spontanés de dilatation de l'iris, soit par une violence mécanique, soit enfin par suite de l'action brusque de la belladone ou de quelque mydriatique du même genre, l'iris ayant laissé une partie de son pigment adhérent à la surface antérieure de la capsule.
Un fait qui confirme l'exactitude de la description de l'inflammation de la capsule cristalline donnée par Walther, c'est que, dans la cataracte capsulaire antérieure, les taches ou les lignes se portent généralement en rayonnant de la circonférence de l'hémisphère antérieure vers son centre; tandis que, dans la cataracte postérieure, elles paraissent partir du centre de l'hémisphère postérieure en se ramifiant, suivant ainsi la direction des vaisseaux représentés par Walther (1).
Quant à la vision du malade, elle est confuse lorsque la maladie est intense, et surtout lorsque l'œil est dirigé vers des objets éloignés. Les objets rapprochés sont vus comme à travers une gaze fine qui ne parait point rouge, pas plus que les objets examinés. J'ai observé, en même temps que l'inflammation de la capsule, un tel obscurcissement de la vision, que j'ai été conduit à supposer qu'il y avait ou qu'il y avait eu rétinite.
Cette ophthalmie suit presque toujours une marche chronique très lente, et s'accompagne d'une douleur légère qui parfois manque tout à fait. Lorsqu'elle existe, elle se fait sentir au fond de l'orbite, dans le front, ou au sommet de la tète. Quand la maladie a duré longtemps, les vaisseaux deviennent variqueux et restent dans cet état. Walther a observé, chez un homme d'un âge moyen, les vaisseaux du cristallin, devenus variqueux, persister dans cet état pendant un an sans éprouver le moindre changement. J'ai vu cette maladie suivie ou accompagnée d'amaurose incomplète dans un cas compliqué de tremblement de l'iris. L'épanchement d'un liquide entre le cristallin et sa capsule et la dissolution de la lentille sont des conséquences assez fréquentes de l'inflammation de ces parties ; dans quelques cas même, la maladie
(1) Médico-Chirurgical Transactions, vol. IV, pi. II, fig. 9. London, 1815.
paraît aller jusqu'à produire la suppuration, car c'est à l'inflammation que nous devons rapporter la variété de cataracte désignée sous le nom de cataracta mm bursâ ichorem continente, et dans laquelle, outre l'opacité du cristallin et de sa capsule, on trouve un kyste rempli de pus.
On n'a pas suffisamment étudié les causes de cette affection. Dans un cas que j'ai eu à traiter, elle occupait l'œil droit d'un chasseur, et dépendait peut-être de l'excès d'excitation auquel l'œil était soumis chaque année à la saison de la chasse. Dans un autre cas, le malade accusait un excès de travail à la lueur du gaz. Il avait eu longtemps au cuir chevelu une éruption qui, étant venue à disparaître, avait été remplacée par une cristallino-capsulite, sur un œil d'abord, puis sur l'autre.
L'inflammation du cristallin et de sa capsule ressemble beaucoup plus à l'iritis qu'à toute autre ophthalmie. Elle est toutefois d'un caractère beaucoup moins aigu, et le traitement a sur elle beaucoup moins de prise.
Traitement. — Les déplétifs, les révulsifs, les altérants au début, les toniques à une période plus avancée, tels sont les moyens qui se présentent d'eux-mêmes comme offrant quelque chance d'être utiles dans cette affection. J'ai quelquefois réussi à guérir complètement l'inflammation aiguë de l'hémisphère antérieure de la capsule. Dans un cas que j'ai traité récemment, on apercevait, le premier jour, deux petits points rougeâtres paraissant provenir de derrière la circonférence de la pupille. Dans l'espace d'une semaine, tous les symptômes disparurent sous l'influence de la saignée, des sangsues, du calomel avec l'opium et de la belladone. La bouche fut rendue très malade. A l'état chronique, je dois avouer que cette ophthalmie s'est montrée entre mes mains l'une des plus rebelles. On m'a envoyé en consultation un très grand nombre de cas, que le plus souvent on avait confondus avec l'iritis, et qui avaient été traités pendant longtemps au moyen de remèdes variés, parmi lesquels figurait le mercure, mais sans aucun résultat avantageux.
SECTION XXXV