HYDROPHTHALMIE OU HYDROPISIE DE L'OEIL
attribué à une hydropisie de la chambre postérieure. La même chose peut survenir lorsque, par suite d'un ulcère perforant de la cornée, la chambre antérieure est oblitérée par l'adhérence de l'iris à la cicatrice de cette membrane. On tempère alors la sensation de distension à l'aide delà paracentèse oculaire (1).
§ 3. Hydropisie sous sclérotidienne.
J'ai déjà eu l'occasion de mentionner (t. I,p. 858) qu'il peut s'effectuer un épanchement aqueux entre la sclérotique et la choroïde, ou entre la choroïde et la rétine, à la suite de l'inflammation.
Bien que la surface interne de la sclérotique soit unie à la surface externe de la choroïde par des nerfs et des vaisseaux nombreux, il peut néanmoins s'accumuler entre ces deux tuniques un liquide séreux assez abondant pour mériter le nom d'hydrophthalmie sous-sclérotidienne.
Les symptômes de cette maladie ressembleront, à quelques égards, à ceux produits par l'épanchement d'un liquide entre la choroïde et la rétine, et, comme ceux-ci, seront amendés par l'évacuation du liquide.
g 4. Hydropisie sous-choroiidienne.
Fig. Wardrop, pi. XV, fig 2. Panizza, Appendice, lav. I, fig. 3-C. [Sicliel, pi. XL VIII, fig. 2 à (!.]
Je puis renvoyer ici à ce que j'ai dit à l'occasion de la cornéite scrofuleuse (t. I, p. 856) et de la choroïdile, qui en général précèdent ou accompagnent l'hydrophthalmie sous-choroïdienne. Cette maladie parait devoir aussi son origine à des lésions traumatiques et quelquefois à l'ophlhaimie arthritique (p. 49).
Les auteurs ont décrit beaucoup de cas dans lesquels l'hydropisie sous-choroïdienne a été portée au point que la compression exercée parle liquide a déterminé l'absorption de l'humeur vitrée et de la rétine (2). La marche de l'épanchement et les symptômes qu'il provoque ne sont pas les mêmes dans tous les cas. Lorsqu'il s'effectue lentement, la perte de la vision est graduelle et la douleur ainsi que la rougeur sont peu prononcées. Mais si le liquide s'accumule rapidement, une forte douleur s'éveille dans l'œil et dans la tète. Au début, le malade peut encore voir de côté, mais il devient bientôt complètement amaurotique. La pupille parait d'un brun foncé lorsque l'on regarde l'œil à une certaine distance; mais en y regardant de plus près, on aperçoit derrière la pupille, le plus souvent vers le côté temporal ou le
(1) Bowman's Lectures on t lie Paris, etc., pp 77, 140; Lonilon, 1849, [et Annales d Oculistique, t. 53, p. 69.]
(2) Ziivn. Descriptio analornica oeuli liumani, p. 2'5 Gotlingœ, 1780 : Scarpa. Trallalo délie malattie, dejili occhi. vol 11, \>. 172; l'avia, 1816 : NVare's Observations on the Treatinent 6f Kpiphora, etc., p 284; London 1818. Wardrop's Morbid Anatomyof the Hunian Eye ; vol. Il, pp. 65, 2 3; London, 1818.
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côté nasal de l'œil, une opacité blanchâtre ou jaunâtre, et en partie couverte de vaisseaux rouges. Lorsque l'on examine l'œil catoptriquement, l'image droite profonde est volumineuse et distincte, mais l'image renversée n'est point visible, ce qui démontre que le cristallin est transparent, mais qu'il existe en arrière, tout contre lui, une opacité qui, bien qu'elle agisse comme repoussoir pour l'image droite profonde, empêche la formation de l'image renversée. A mesure que la maladie marche, la substance opaque, qui n'est en réalité que la rétine revenue sur elle-même, présente un aspect infundibuliforme, ou bien un certain nombre de plis parlant d'un centre et qu'on voit flotter et trembloter. M. Wardrop (1) rapporte que cet état fut pris dans un cas pour une cataracte et que l'on tenta l'abaissement, opération inutile et qui fut très douloureuse. On l'a aussi quelquefois confondu avec le cancer encéphaloïde, ce qui a conduit à pratiquer l'extirpation de l'œil. Plus tard, la pupille se dilate et se déplace même quelquefois; le cristallin devient opaque et la cornée se rétracte. L'œil peut n'avoir pas augmenté de volume, mais d'autres fois la choroïde et la sclérotique s'amincissent, et le globe de l'œil subit une dilatation partielle ou générale.
Traitement. — Dans les cas où l'on soupçonne une hyclrophlhalmie sous-choroïdienne, il ne saurait y avoir de doute sur la convenance d'imiter la conduite de M. Ware, qui pratiquait la ponction de l'œil dans le point où l'on introduit d'ordinaire l'aiguille dans l'opération de la cataracte. M. Ware recommandait de se servir d'une aiguille cannelée, afin que le liquide s'échappât avec plus de certitude; mais il vaut mieux ponctionner avec une large aiguille à cataracte, ou avec la pointe d'un couteau à extraction, et tenir les bords de la plaie écartés à l'aide d'une petite sonde. Il faut, en pratiquant la ponction, diriger la pointe de l'instrument de telle sorte qu'elle n'aille point blesser l'hémisphère postérieure de la capsule du cristallin. On peut répéter de temps en temps l'opération, si la maladie le demande. (T. t. l,p. 659.)
Le premier cas rapporté par M. Ware offre un bon exemple de la maladie et du soulagement que procure la paracentèse :
Obs. 440. — Une dame, âgée de 45 ans, reconnut dans la vue de son œil gauche un trouble dont il lui l'ut impossible d'assigner la cause. Elle supposa qu'il était dû soit à un froid, soit à la cessation d'un écoulement ebronique de l'une de ses jambes. Elle s'aperçut de ce trouble par hasard, en essayant de regarder de l'œil gauche pendant que le droit était fermé. Au bout d'un certain temps, la vision de ce côté se perdit presque complètement; les objets placés directement devant l'œil n'étaient plus perçus, et lorsqu'on les portait en dehors de l'axe visuel, ils étaient obscurs et confus- L'aspect de l'œil n'offrait aucun changement; la pupille n'était ni trouble, ni nuageuse. En décembre 1 804, deux ans environ après qu'elle eût constaté l'obscurcissement de sa vue, elle commença à ressentir de la douleur dans l'œil qui s'enflamma légèrement. Dieu que l'inflammation ne se montrât jamais fort intense, la douleur s'accrut considérablement, envahissant l'œil et la
(1) Op. cil., vol. Il, p. 67, 274.
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têle et augmentant surtout pendant la nuit. La pupille commença alors, pour la première l'ois, à se dilater et présenta un brouillard; mais le degré de l'opacité n'était nullement en rapport avec la perte totale de la vision.
On essaya à diverses reprises, mais sans résultat, les sangsues, les vésicatoires, les fomentations de décoction de têtes de pavots et l'opium à haute dose. Le deuto-chlorure de mercure à l'intérieur ne réussit pas mieux. La marche de la maladie et l'état dans lequel se trouvait alors celte dame, ressemblant beaucoup à ce qu'avait éprouvé un autre malade, dans l'œil duquel M. Ware avait trouvé, après la mort, un épanchement sous-choroïdien avec coarclation de la rétine, ce chirurgien fut amené à penser que la violente douleur que celte malade éprouvait pourrait bien tenir à la même cause. 11 pensa aussi que l'évacuation du liquide déterminerait du soulagement. L'opération n'offrait aucune difficulté et la malade l'acceptait, disposée qu'elle était à se soumettre à tout, tant la douleur qu'elle ressentait était violente.
M. Ware introduisit, un peu plus en arrière que le point choisi dans l'abaissement de la cataracte, une aiguille en fer de lance. Aussitôt que l'instrument eut pénétré dans l'œil, il s'en échappa un fluide jaunâtre, en quantité suffisante pour mouiller complètement un mouchoir de poche ordinaire. On maintint l'aiguille dans l'œil pendant une minute, afin de permettre au liquide de s'écouler : aussitôt qu'on la retira, l'écoulement cessa. L'opération eut pour résultat de diminuer considérablement la tension de l'œil. On recouvrit celui-ci d'une compresse trempée dans une solution saturnine et l'on fit coucher la malade. Elle continua à souffrir pendant dix minutes, puis s'endormit d'un sommeil profond qui dura deux heures ; à son réveil, son œil était tout à fait bien. On humecta de nouveau la compresse avec la solution saturnine et l'on donna quelque nourriture. Elle passa la nuit suivante fort bien sans recourir au laudanum, dont cependant elle était auparavant, obligée de prendre de fortes doses. On continua les mêmes applications sur l'œil qui resta ensuite exempt de douleurs et presque sans aucune trace d'inflammation. La pupille resta dilatée mais ne devint pas opaque. Environ trois semaines après l'opération, la malade prit un rhume; son œil devint plus sensible qu'à l'ordinaire. M. Ware craignait qu'un nouveau liquide s'épanchât dans le lieu qu'occupait l'ancien et que la douleur revînt ; mais cet accident fut heureusement prévenu par l'application d'un vésicatoire sur le côté de la tète (i ).
Bien que robservalion suivante soit rapportée par une autorité sérieuse, celle du professeur Panizza, comme un cas de fongus médullaire, je crois que le lecteur pensera avec moi que les caractères trouvés à l'autopsie autorisent à le ranger dans le chapitre relatif à l'hydropisie sous-choroïdienne , la couleur, la consistance et les rapports de la masse morbide différant essentiellement de ce que Ton observe dans le fongus hématode.
Obs. 441. — Le malade était un bel enfant, bien portant, âgé de 20 mois, affecté de ce que l'on considéra comme un fongus malin ou médullaire, engendré par une ophthalmie interne grave, consécutive à une dentition douloureuse. On avait observé depuis un mois des sjmptômes que l'on attribuait au fongus. L'œil malade avait le même volume que celui du côté opposé, était parfaitement mobile et non enflammé; la pupille était dilatée et immobile. Derrière elle, et évidemment au fond de l'œil, on apercevait un point d'un jaune pâle, divisé en trois éminences comme tuberculeuses par des sillons dans chacun desquels un vaisseau rouge venait se ramifier. Le point s'apercevait mieux et semblait plus rapproché de la pupille lorsque l'on regardait dans l'œil de haut en bas, que lorsqu'on y regardait de bas en haut. Lorsqu'on regardait dans l'axe de la vision, il semblait plus éloigné et plus profond. La vision était entièrement perdue.
Douagana extirpa l'œil le 10 décembre 1822, six semaines après le commencement de la maladie. En 1826, lorsque Panizza publia l'observation, le mal n'avait point récidivé.
(I) Remiii'kson llic Oplilliulmy, etc., p. 253 ; London, 1814. Voyez aussi Wahe's Observations on tlie Cutaraclund Giitta Serena ; p. iôô ; London, 1812.
L'œil extirpé offrait le volume et la forme ordinaires, mais il était un peu plus dur que de coutume. Le nerf optique paraissait sain. On apercevait à travers la cornée le point coloré en jaune; l'humeur aqueuse s'écoula quand on enleva la cornée. L'iris était sain ; en le détachant du cercle ciliaire, on mit à nu le cristallin qui était parfaitement transparent et renfermé dans sa capsule. Vu à travers le cristallin, le point paraissait situé au fond de l'œil, mais en ouvrant la capsule et en enlevant la lentille, on reconnut qu'il était tout contre la capsule postérieure. Son éloignement apparent, lorsqu'on le regardait à travers le cristallin, était donc une illusion d'optique. En enlevant dans l'étendue d'une ligne la choroïde qui était saine, ainsi que les procès ciliaires, on mit à nu une substance jaunâtre molle et fongueus:1, qui paraissait contenir un liquide. A sa partie supérieure se voyait une aire triangulaire où la membrane hyaloïde était saine et l'humeur vitrée limpide. En ponctionnant Thyaloïde et en laissant écouler une petite quantité d'humeur vitrée, on fit surgir tout à coup une des trois proéminences jaunâtres qui vint prendre la place de l'humeur vitrée qui s'était échappée. Panizza en inféra que l'humeur vitrée avait été atrophiée par le développement de la tumeur.
Celle-ci était molle, élastique et, dans les points occupés par les sillons, la sonde pouvait écarter un peu les saillies qu'elle formait. Panizza, voulant connaître plus complètement les rapports de la tumeur qui paraissait être la rétine à l'état de fongus, enleva une portion de la sclérotique vers la partie postérieure de l'œil; il allait inciser la choroïde, lorsqu'il s'échappa brusquement un liquide jaune serein : les trois éminences tuberculeuses s'affaissèrent immédiatement un peu ; le fluide qui s'était échappé se coagula par son contact avec l'alcool dans lequel on plongea l'œil pour empêcher le reste de s'écouler. Le liquide était glulineux et avait un goût salé; lorsque l'alcool l'eut transformé en une masse homogène et consistante, sa couleur jaunâtre avait beaucoup diminué. On laissa l'œil dans une coupe remplie d'alcool, et le lendemain on le trouva adhérent au fond du vase par la coagulation d'une certaine quantité du liquide qui s'en échappait.
Panizza, continuant sa dissection, enleva la partie postérieure de la sclérotique et delà choroïde qui étaient saines, et mit à nu l'intérieur de l'œil rempli par la substance jaunepaille. Cette substance était granuleuse et, lorsqu'on la prenait entre les doigts, se réduisait en une poudre fine. Comme il n'existait aucune trace de la rétine au-dessous de la choroïde, il parut probable que la tumeur était le produit d'unedégénérescence fongueuse delà rétine, d'autant que la tumeur se continuait avec le nerf optique à son entrée dans l'œil. Le nerf offrait aussi la même couleur que la tumeur. Celle-ci était un peu inégale à sa surface, mais présentait partout une substance consistante granuleuse, que l'analyse démontra être complètement albumineuse.
Panizza remarqua que le nerf optique, s'élalant graduellement , semblait passer dans la tumeur. Enlevant soigneusement la substance granuleuse molle, il trouva, à sa grande surprise, la rétine offrant une forme conique, rétractée, plisséesur elle-même et occupant le centre de la tumeur. Elle s'étendait de l'entrée du nerf optique aux éminences dont nous avons déjà parlé, celles-ci n'étant en réalité que des protubérances de la rétine, produites par la pression du fluide jaunâtre renfermé derrière elle. D'où il ressort que la tumeur ne consistait pas dans un fongus de la rétine, mais dans l'accumulation graduelle du liquide jaunâtre entre la choroïde et la rétine, celle-ci ayant été repoussée vers le centre de l'œil. L'humeur vitrée avait dû nécessairement disparaître en proportion de l'accroissement du dépôt morbide; c'est pourquoi l'on n'en trouva qu'une petite quantité. L'anatomie, qui nous fait connaître avec quelle solidité la terminaison antérieure de la rétine adhère à la grande circonférence du cercle ciliaire, permet de comprendre comment le fluide rassemblé entre la choroïde et la rétine n'avait pu s'introduire dans la chambre postérieure et de là dans l'antérieure. Celte particularité anatomique explique très-bien aussi comment la rétine, pressée de toutes parts par le fluide qui s'accumulait entre elle et la choroïde, avait été séparée de celle-ci, s'était plissée vers le centre de l'œil et, comprimant Thyaloïde, avait progressivement diminué la sécrétion de l'humeur vitrée. C'est ce même fluide qui avait poussé en avant la rétine, sous la forme de trois éminences arrondies, séparées par des sillons. H est encore évident que, si la sécrétion morbide s'était accrue, elle aurait refoulé la rétine contre le cristallin, celui-ci contre l'iris et ce dernier contre la cornée, irritant toutes ces parties, les rendant opaques et les atrophiant (1).
(1) Sul Fungo Midôllarc dell'Occliio; Appendice di Bartolomeo Panizza, p.9;Tav. I, fïg. 3. i, 5,6; Pa via, 1826.
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§ 5. Hydropisie du corps vitré.
Fig. Von Ammon, thl. 1. laf. IV, fig. 20, laf. VU, fig. 8 et 11.
L'hydropisie du corps vitré est caractérisée par les symptômes suivants :
1 . Augmentation de volume du globe de l'œil, surtout en arrière de la cornée qui est repoussée en avant, mais sans éprouver d'autre changement, tandis que la sclérotique fait saillie entre les muscles droits et que l'œil prend une forme un peu carrée.
2. La quantité de l'humeur aqueuse diminue et l'iris est poussé en avant, ou même appliqué contre la cornée; la coloration n'en est pas altérée et la pupille n'est pas fort dilatée.