IIYDROPIITIIALMIE OU HYDROPISIE DE L'OEIL
Les affections hydropiques de l'œil sont quelquefois combinées avec un état cachectique de l'économie, comme celui qui est la conséquence de la scrofule ou de la chlorose. Elles ne paraissent jamais être la conséquence d'une hydropisie générale , ni même combinées , à leur origine, avec quelque autre hydropisie locale. Le plus souvent, elles paraissent dues à l'action d'une cause locale qui a agi, non pas tant en augmentant la quantité des fluides contenus, qu'en affaiblissant la résistance des tuniques de l'œil et particulièrement celle de la sclérotique et de la cornée.
§ I Hydropisie de la cornée.
Syn. — Yésicatiou chronique de lu cornée.
J'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer (t. I, p. 859, 855 et t. II, p. 149) que l'épithéliumcle la cornée est parfois séparé de la lame élastique antérieure par l'interposition d'un liquide aqueux. J'ai vu cet état survenir sans être précédé d'aucune inflammation de l'œil et avec conservation de la transparence parfaite de la cornée ; mais il y a généralement une certaine opacité, et l'œil a été pendant plus ou moins longtemps le siège de quelque ophthalmie. L'épithélium soulevé, formant des plis lorsque les paupières sont fermées, donne la sensation d'un corps étranger dans l'œil.
On se trouve bien, dans cette affection, de la ponction delà couche d'épilhélium soulevé, et même de celle de la cornée, de l'exposition de l'œil aux vapeurs d'acide hydrocyanique et de l'administration interne des toniques.
, 2. Hydropisie des chambres de l'humeur aqueuse.
Fig. Demours, pi. LIX, iig. ô, pi. LXI, fig. S. Von Ammon, llil. I, laf. III, lig. 22-21. Uiilrymple, pi. XXIV, lig. 1.
L'hydropisie des chambres de l'humeur aqueuse, une des variétés les plus communes de rhydrophthalmie, est une suite fréquente delà cornéite. Lorsqu'elle est due à cette cause, ou qu'elle succède à une aquo-capsulile ou à une lésion traumatique de l'œil et des parties environnantes, elle acquiert rarement une dimension considérable; mais lorsqu'elle est congénitale ou constitutionnelle, elle détermine parfois une dilatation considérable de la chambre antérieure.
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Symptômes. — 1 . Au début, la cornée est simplement plus proéminente qu'à l'étal naturel. Dans beaucoup de cas, par exemple lorsque la maladie est due à la cornéite, la maladie ne va pas plus loin. Mais d'autres fois le diamètre de la cornée s'accroît en même temps que celte membrane s'amincit. Cet accroissement peut aller jusqu'à doubler le diamètre de la cornée. J'ai donné des soins à un malade qui pouvait lire, bien que sa cornée eût subi une dilatation encore plus considérable. Dans les cas avancés, cette membrane parait toujours un peu nuageuse et offre des opacités partielles, surtout près de la circonférence.
2. L'iris perd, dès le principe, la faculté de se mouvoir, et la couleur en paraît sombre. La pupille est le plus ordinairement dans un état intermédiaire entre la dilatation et la contraction, mais quelquefois elle est fort dilatée. Le cristallin s'enfonce parfois en arrière, dans l'intérieur de l'œil, entraînant av£c lui la pupille de sorte que l'iris offre l'aspect infundibuliforme. En pareil cas, le cristallin est exposé à devenir opaque. Lorsque l'hydropisie des chambres de l'humeur aqueuse succède à un coup reçu sur l'œil ou sur le rebord de l'orbite, l'iris est souvent tremblotant et la rétine insensible.
5. Le malade accuse une sensation de pression et de distension dans l'œil, rarement de la douleur, à moins qu'il ne survienne de l'inflammation.
4. Au début, l'œil est myope , mais cet état se change en un affaiblissement amaurotique de la vue, qui va rarement jusqu'à la cécité complète, si ce n'est dans les cas traumatiques. Il survient tout à coup des mouches volantes, auxquelles succède lentement l'amaurose. Lin œil atteint d'hydrophlhalmie voit parfois les objets multiples.
5. Les paupières se contractent difficilement sur le globe de l'œil, et les mouvements de celui-ci sont souvent gênés en proportion de l'augmentation deson volume. Il devient en même temps plus dur au toucher, et la sclérotique, qui prend nécessairement part à la distension forcée de la cornée, s'amincit et parait bleue, comme celle des jeunes enfants. La circonférence de la pupille contracte souvent des adhérences avec la capsule devenue opaque; l'iris est déchiré par suite de la dilatalion des parties environnantes, et absorbé.
6. Au bout d'un certain temps, la cornée et la sclérotique deviennent flexibles et flasques ; l'œil est en partie atrophié et la rétine complètement insensible.
Causes. — Quand cette maladie n'est pas le résultat évident de quelque lésion traumatique ou de quelque ophlhalmie, les causes en sont obscures. On a signalé parmi elles la suppression brusque d'une éruption cutanée.
Pronostic. — Lorsque l'hydropisie des chambres de l'œil est lq conséquence d'une cornéite ou d'une aquo-capsulite, elle persiste ordinai-
renient pendant toute la vie sans s'aggraver; mais lorsqu'elle succède à une lésion traumatique, ou qu'elle dépend de quelque cachexie, elle peut dégénérer en une hydropisie générale de l'œil.
Quand la vue est assez bonne et seulement raccourcie, il ne faut rien tenter sur l'œil directement.
Obs. 439. — Un marin fut envoyé de Montrose pour me consulter, le 31 juillet 1833. Il avait 21 ans. À l'âge de 7 ans, une chute qu'il avait faite sur le nez avait provoqué une épistaxis ahondante et une cornéite aux deux yeux, mais surtout à l'œil droit. Cette maladie avait déterminé l'hydropisie des chambres de l'humeur aqueuse qui, par suite des progrès qu'elle avait faits, l'empêchait d'exercer sa profession de marin. Le diamètre de la cornée gauche atteignait 12/20 de pouce; la droite était un peu moins grande. Il y avait eu une tache sur la cornée droite. Actuellement les deux cornées sont fort proéminentes, mais complètement transparentes. Lorsque l'on fait arriver la lumière obliquement sur la cornée, en la concentrant, la surface interne de la sclérotique paraît transparente. Le malade peut lire à la distance de 4 1/2 pouces. A l'aide de verres concaves, il aperçoit de plus petils objets, mais il ne distingue pas mieux. 11 a essayé les révulsifs et le mercure sans avantage. Je l'ai dissuadé de toute opération.
Traitement. — 1 . Lorsque la maladie est la suite d'une lésion traumatique, on se trouve bien de l'application d'une série de vésicatoires à la tempe et derrière l'oreille, et de l'usage interne du mercure combiné avec les purgatifs.
2. Si l'on soupçonne que le mal est dû à la disparition d'une éruption cutanée à laquelle le malade était depuis longtemps sujet, il est indiqué de provoquer une éruption artificielle à l'aide de frictions avec le tartre émétique.
5. Au début, et surtout lorsque la maladie a une origine locale, on s'est bien trouvé de frictions autour de l'œil avec un onguent mercuriel.
4. Si la maladie est plus avancée et la vision fort affectée, mais que la sclérotique n'ait point encore subi un changement de coloration qui annonce qu'elle soit comprise dans la dilatation, on doit recourir à la paracentèse oculaire (1). On pratiquera à la cornée, et à la dislance d'une demi-ligne de la sclérotique, une incision longue de deux lignes. Béer recommande non-seulement d'évacuer l'humeur aqueuse, mais encore de rouvrir la plaie plusieurs jours ou même plusieurs semaines de suite. Il a observé plus d'une fois que les remèdes généraux employés sans succès avant cette opération, réussissaient après qu'elle avait été pratiquée. Si elle ne parvient pas à guérir, elle agit au moins comme palliatif, et pourvu qu'on ne fasse point une ouverture trop grande, on peut y revenir avec avantage à plusieurs reprises.
La description que nous venons de donner s'applique soit à l'hydropisie des deux chambres de l'œil, soit à celle de la chambre antérieure seule. Dans les cas où la pupille est close, on voit parfois la sclérotique former une saillie au niveau des procès ciliaires , ce que l'on a
(1) Nuck. De tluclibus oeulorum aquosis ; p. 120 ; Lugduni Balavorum, 1725.