ÉPANCHEMENT SANGUIN A L'INTÉRIEUR DE L'OEIL
loppé qu'à l'ordinaire. Dans quelques cas congéniaux, l'œil estsi volumineux que les paupières ne peuvent se fermer sans difficulté. Lorsque l'hydrophthalmie générale se développe après la naissance et que la marche en est rapide, elle s'accompagne d'une douleur excessive; l'œil perd ses mouvements et le malade le sommeil et l'appétit; il finit par tomber dans le délire et, si le cas est négligé, on peut voir survenir la carie de l'orbite et la mort.
Béer n'a rencontré cette affection que chez des sujets atteints d'un état de cachexie extrêmement avancé, et principalement chez des scrofuleux et des scorbutiques.
Les cas congéniaux se guérissent parfois sans traitement (1) : la cornée s'éclaircit, l'œil se rétracte et, s'il ne reprend pas son volume normal, au moins cesse-t-il de s'accroître (2). D'autres fois, le mal reste stalionnaire jusqu'à l'époque delà puberté: alors l'œil augmente brusquement de volume; la pupille, largement dilatée, contracte des adhérences avec la capsule qui devient opaque; l'iris se déchire par suite de l'allongement auquel il est soumis ; la rétine perd sa sensibilité et, au bout d'un certain temps, l'œil se ramollit et s'atrophie.
On a recommandé le mercure, la squine, la digitale et les révulsifs ; mais j'aurais plus de confiance dans les toniques. L'iodure de potassium et l'huile de foie de morue méritent d'être essayés. Lorsque les autres moyens échouent, il faut évacuer le contenu de l'œil comme dans l'hydropisie de l'humeur vitrée.
SECTION III
ÉPANCHEMENT SANGUIN A L'iNTÉRIEUR DE L'OEIL.
Syn. — Hœmophthalmos, hypaemia, apoplexia oculi. Das Blutauge, AU.
Fig. Von Ammon, thl. I , ta f . Il, fig. 16 et 17; taf. IX, fig. 20; taf. XV, fig. 17; taf. III, fig. S; taf. XV, lig. 21; taf. XVII, fig. i\ thl. II, taf. 4, fig. 1, 11, 16, 17, 20 — 2i.
Pour traiter complètement et méthodiquement de l'épanchement du sang à l'intérieur de l'œil, il y aurait à établir de nombreuses distinctions. Ainsi, l'épanchement peut avoir une origine traumatique ou survenir spontanément; s'effectuer dans un œil sain ou dans un œil déjà plus ou moins désorganisé; le sujet peut être d'une bonne constitution, affecté de scorbut, de purpura ou de tout autre maladie; enfin, l'hémorrhagie peut occuper la cornée, les chambres de l'humeur aqueuse, le corps vitré ou la rétine.
J'ai déjà traité (t. I, pp. 434, 61 5) de l'épanchemont de sang consécutif aux blessures de l'iris, et aux coups sur l'œil; j'aurai occasion d'ex-
(1)Ware, Op. cit., p. 285.
(2) Von Ammon a donné des ligures qui représentent l'éclaircissement progressif de la cornée en pareil cas, dans son Dàrstellungen , Theil 111, taf. VII.
pliquer ci-après qu'il survient un écoulement de sang après toutes les opérations tentées pour la formation d'une pupille artificielle, et que le même accident peut accompagner ou suivre les opérations de cataracte. Je parlerai à l'article amaurose de l'apoplexie de la rétine. On voit parfois de petites quantités de sang accompagner l'hypopion, surtout lorsqu'il est dû à la rupture d'un abcès de l'iris. Les inflammations, surtout les inflammations syphilitique et arthritique , donnent quelquefois lieu à un épanchement de sang dans la substance de la cornée ou à la surface de l'iris. Béer décrit (1) l'extravasation de sang dans la chambre antérieure comme survenant parfois dans l'ophthalmie qui se déclare dans le scorbut. Le docteur Graves (2) a rapporté un cas de purpura hemorrhagica suivi de mort, dans lequel un épanchement de sang s'effectua dans les deux yeux.
On peut établir comme règle générale que, dans quelque partie de l'œil que le sang s'épanche, il s'absorbe d'autant plus promptement que l'organe est d'ailleurs moins affecté. S'il est le siège de quelque autre affection morbide, l'absorption est lente et incomplète ; la pupille peut se fermer et l'œil s'atrophier. Le sang versé dans la chambre antérieure d'un œil sain se dissout dans l'humeur aqueuse et est absorbé dans l'espace de quelques jours, à moins qu'il ne se soit coagulé. Dans ce cas, il peut être des semaines et des mois à disparaître. Lors même que le sang reste fluide, il peut tarder longtemps à s'absorber, lorsqu'il s'épanche dans un œil dont les chambres, par suite de quelque affection antérieure, contiennent non de l'humeur aqueuse, mais du sérum jaunâtre. M. Bowman (5) suppose que les corpuscules sanguins se gonflent dans l'humeur aqueuse saine et lui abandonnent leur matière colorante, d'où leur prompte disparition. Sans nier le fait, le docteur Meyr (4) fait remarquer que, dans les plaies de l'œil où l'humeur aqueuse a été complètement évacuée et remplacée par du sang, celui-ci est parfois résorbé dans l'espace de vingt-quatre heures, pourvu que Ton ait employé les moyens convenables d'empêcher l'inflammation. Quant aux épanchements de sang clans les autres parties de l'œil, les moyens les plus propres à en favoriser l'absorption seront ceux qui empêcheront l'inflammation de se développer.
Je dois appeler tout particulièrement l'attention sur une hémorrhagie interne de l'œil, qui ne parait dépendre ni d'une lésion traumatique, ni d'une inflammation, et que l'on a quelquefois appelée apoplexie de l'œil. Cette hémorrhagie peut survenir, soit dans un œil sain en apparence, soit dans un œil qui a déjà souffert d'une affection antérieure,
(1) Lehre von den Augenkrankheilen ; vol. I, p. 653 ; Wien, 1815.
(2) Dublin Journal of the Médical Sciences ; vol. XI, p. 595 ; Dublin, 1857.
(5) Lectures on the paris concerned in opérations on t lie Eye, p. 78, London, 1849 ; [et Annales d'Oculislique, t. 55, p 62.]
(4) Beilrâge zur Augenheilkunde, p. 17 ; Wien, 1850.
ÉPANCHEMENT SANGUIN A i/lNTERlEUR DE i/OEIL. 255
Elle parait due tantôt à une hypérémie active, tantôt à un état de faiblesse passive des vaisseaux.
M. John Bell a rapporté un exemple d'épanchement sanguin dans un œil jusqu'alors sain.
Obs. 443. — Le malade était un jeune homme qui n'avait pas 20 ans et qui était déjà haut de six pieds; lorsque sa maladie débuta, sa croissance était si rapide qu'il prétendait avoir grandi de cinq pouces dans l'année. Au commencement du mois de septembre, le jour même où son mal avait débuté, il avait dîné à la hâte, de très bon appétit, et immédiatement après son repas était allé courir les champs avec un camarade. Celui-ci s'étant mis à courir, notre jeune homme le poursuivit la distance de trois à quatre cents yards. Immédiatement il s'aperçut que la vue de son œil gauche s'obscurcissait. Il s'en occupa peu d'abord; mais lorsqu'il fut arrivé à sa destination et qu'il se fut assis, il demanda aux personnes qui l'entouraient si elles n'apercevaient aucune lésion à son œil : il était recouvert de sang. L'épanchement de sang s'effectua dans les chambres ; ce liquide devint visible et la vision fut complètement obscurcie dans l'espace de 15 minutes. Il fut alors pris d'une douleur effrayante et pendant dix jours la vision de cet œil resta complètement abolie.
Le sang qui d'abord remplissait toute la chambre antérieure, étant descendu au-dessous du niveau de la pupille, la vision se rétablit graduellement. On continua pendant trois semaines à voirie sang à la partie inférieure de l'œil; puis il disparut graduellement et celui-ci reprit son aspect accoutumé, si ce n'est que, tout en bas, au-dessous du niveau de la pupille, on vit persister longtemps un petit caillot blanchâtre, reste du sang épanché. Telle fut la première attaque.
Un soir du mois de mai 4804, pendant qu'il était à souper et sous l'influence du vin, de la lumière et d'une conversation animée, il s'aperçut tout à coup que sa vue s'obscurcissait: le sang reparut dans son œil qui, le lendemain matin, devint le siège d'une douleur violente. Celte attaque fut cependant moins intense que la première.
Un peu plus d'un mois après, étant allé, au mois de juin, se baigner dans la rivière, pendant qu'il nageait et au moment où il allait sortir de l'eau, il fut encore une fois pris du même accident. Du sang s'épancha dans l'œil, et le lendemain ily éprouva des douleurs cruelles se propageant jusqu'à la tempe; mais au bout de trois semaines à un mois, sa vue était complètement rétablie et l'œil revenu à sa transparence naturelle. Vers la fin de septembre ou au commencement d'octobre, il essuya une nouvelle attaque, quoiqu'il fût bien certain de ne s'être livré à aucun excès. II fut pris en écrivant, et sans autre cause apparente. Le sang se résorba dans l'espace de temps ordinaire, et la vue revint.
Une quatrième attaque survint le 1er novembre, pendant qu'il traversait un pont entre 40 et 44 heures du soir ; mais l'abolition de la vision et l'épanchement de sang ne furent pas aussi considérables que dans les atteintes précédentes. Le sang se résorba plus promptement et le malade ne fut pas obligé de couvrir son œil aussi longtemps pour le garantir de la lumière : au bout de huit à dix jours, il put le découvrir; l'épanchement' de sang avait disparu, mais le coagulum qui occupait la chambre antérieure avait augmenté manifestement de volume. Le 3 février 4805, survint une nouvelle attaque due à des causes très évidentes. Comme c'était le jour où l'on devait élire à Edimbourg un membre pour le parlement, son régiment s'était éloigné de la ville d'une dislance de 18 milles. En se rendant aux quartiers qui lui étaient assignés, et en en revenant, il marcha avec les soldats, s'échauffa beaucoup, et attribua naturellement sa nouvelle attaque à une cause qui avait tant de rapport avec celle qui en avait amené la première atteinte.
A partir de cette époque, les paroxysmes se montrèrent périodiquement et sans cause apparente; ils revenaient, une fois par mois. L'œil était maintenu clans un état d'irritabilité constante et de douleur fréquente , de sorte que le malade était obligé de le tenir constamment à l'abri dë*la lumière : néanmoins, toutes les précautions furent inutiles. Dans le petit nombre de paroxysmes survenus à la suite d'une excitation appréciable, l'un se montra un jour du mois d'août, après une revue passée le malin, et à un dinerde cérémonie, où il avait continué à boire jusqu'à une heure avancée de la nuit. Uien qu'il ne crût pas s'être écarté des règles de la tempérance, il n'en était pas moins un peu échauffé par le vin quand il alla se coucher; il se leva le lendemain de bon matin pour aller monter sa garde, et pendant qu'il était baissé pour se laver la figure, il s'aperçut que l'épanché-
cliement de sang s'effectuait et que la vue se perdait. La seconde attaque qui mérite d'être notée survint dans des circonstances encore plus spéciales, et après une excitation beaucoup plus prononcée. Uassistailàungai souper déjeunes gens, pendant lequel il vit les lumières s'obscurcir, et en un instant son œil devint le siège d'une nouvelle suffusion sanguine.
La maladie revêtit alors une forme bien marquée; elle revenait tantôt tous les quinze jours, tantôt tous les mois; il s'écoulait rarement deux mois sans qu'il se fît un nouvel épanchement de sang. La sensibilité de l'œil était teile que le malade fut obligé de le tenir toujours couvert; chaque nouvel accès était suivi d'un paroxysme de douleur pulsative dans la tempe du côté correspondant, douleur qu'appaisail, jusqu'à un certain point, une pression forte et continue. L'épancbement se reproduisait alors presque sans cause apparente; la prédisposition était si prononcée que l'action de la moindre des causes qui l'avait d'abord produite, comme l'action de rire, de crier, de chanter, de courir, de nager, de se baisser, ou un excès devin, ramenait indubitablement l'accès.
M. Bell s'étonne, à bon droit, qu'un organe aussi délicat que l'œil puisse supporter d'aussi fréquents épancbements sanguins sans que la structure en soit complètement détruite. On doit attribuer cette immunité à la résistance des enveloppes de l'organe qui, déjà remplies et tendues par les humeurs qu'elles contiennent, ont toujours limité la quantité de l'épancbement. Lorsqu'il recueillit cette observation, le coagulum qui, par suite de son volume, n'était recouvert que d'une mince couche de sang, était presque complètement blanc, occupait toute la partie inférieure de la chambre antérieure et couvrait une portion de la pupille. La vision n'était pas éteinte, mais il y avait beaucoup à craindre qu'elle ne fût altérée d'une façon irrémédiable. Il comptait, pour empêcher le retour des épanchements de sang, sur un régime sévère, des évacuations abondantes, un séton à la nuque et des opiacés pour diminuer la sensibilité oculaire, un genre de vie tranquille, bien réglé, une nourriture peu abondante et il espérait que, lorsque la surexcitation artérielle locale serait appaisée, le caillot s'absorberait (1).
J'ai eu occasion de voir, le 27 novembre 1845, en consultation avec le docteur J. A. Robertson, le sujet de l'observation suivante, rapportée parle docteur C. Lockbart Robertson (2). C'est un exemple bien marqué d'épanchement de sang dans l'humeur vitrée, revenant à de certains intervalles sans lésions directes, et ressemblant tellement à un carcinome médullaire, que la nature du mal ne put être déterminée que par l'histoire des symptômes.
Obs. 444. — Miss ***, âgée de 29 ans, avait été affectée à l'œil droit, à l'âge de 15 ans, de spectres rouges qui, dans l'espace d'une semaine, avaient cédé aux laxatifs. Arrivée à l'âge de 20 ans, elle s'était aperçue que son œil gauche conservait l'impression des objets plusieurs secondes après qu'ils avaient été éloignés ; la vue de ce côté s'affaiblit de plus en plus, au point qu'en août 1839 elle ne pouvait plus distinguer la lumière de l'obscurité. Sous l'influence des sangsues, des vésicatoires et du mercure, administré au point d'affecter le système, la vue commença à s'améliorer au mois de décembre.
En juin 1840, elle eut une attaque de cécité, qui s'accompagna de douleur violente dans les yeux et le front, et céda aux mêmes remèdes. En janvier 1842, elle essuya une nouvelle attaque moins prononcée. Au mois de décembre de la même année, la maladie reparut brusquement aux deux yeux et céda de nouveau aux sangsues et aux mercuriaux. Pendant qu'elle était encore en traitement, en janvier 1843, une sixième attaque survint aux deux yeux. On continua les mêmes remèdes et l'on essaya ensuite l'électro-magnétisme qui amena un soulagement momentané. En août 1843, la maladie reparut brusquement pour la septième fois dans l'œil droit, à la suite d'une frayeur soudaine; les sangsues et le mercure triomphèrent encore du mal. La vue alla en s'améliorant jusqu'en mai 1845, époque à laquelle elle éprouva encore une légère attaque au même œil. La vision s'améliora de nouveau sous l'influence des sangsues et du mercure.
(t) Bell's Principles of Surgery ; vol. III, p. 270; London, 1808. Voyez une observation par Walther, Merkwûrdige Heilung eines Eilerauges, p. 61 ; Landshut, 1819. (2) Norlbein Journal of Medicine : Augusl, 1845.
ÉPANCHEMENT SANGUIN A l'iNTÉRIEUP. DE L'OEIL. 257
Après cliiique attaque, l'œil droit offrait l'aspect suivant : La conjonctive et la sclérotique étaient parfaitement saines, la pupille dilatée, mais tout à fait régulière ; la coloration et la texture de l'iris normales. En dilatant la pupille à l'aide de la belladone et en faisant tomber sur l'œil la lumière concentrée au moyen d'une lentille biconvexe, on remarquait qu'un épancliement de sang s'était effectué dans l'humeur vitrée au côté nasal, et à égale distance à peu près entre l'iris et le nerf optique. La couleur rouge disparaissait graduellement, laissant une masse d'un brun jaunâtre avec un éclat semi-métallique. Soas l'influence des mercuriaux, le volume de ce dépôt s'amoindrissait et la vision s'améliorait. Lorsque le docteur CL. Roberlson rédigea l'observation, le caillot avait environ le volume d'une noisette.
On n'apercevailaucune trace d'épancliement dans l'œil gauche.
La masse de couleur pâle, qui existait dans l'œil droit, présentait une grande ressemblance avec le carcinome médullaire; on pouvait cependant l'en distinguer par les signes suivants que le docteur CL. Robertson a fait ressortir :
1. La couleur rouge que la tumeur représentait après chaque épanchement, contrastait avec la teinte ambrée invariable, ou la teinte verdàtre du carcinome médullaire à son début; de plus, les vaisseaux isolés, que l'on voit en pareil cas se ramifier sur la tumeur, manquaient ici.
â. La pupille, au lieu d'être, comme dans le carcinome médullaire, irrégulière ef offrant son plus grand diamètre transversalement, était également et régulièrement dilatée, la couleur et la texture de l'iris restaient intactes, tandis que, dans le carcinome au début, cette membrane est amincie, injectée ou de couleur jaune rougeâtre.
3. Le volume de la tumeur décroissait et la vue se rétablissait graduellement sous l'influence des mercuriaux , tandis que dans les tumeurs malignes il n'y a jamais décroissance de la tumeur et la vision s'affaiblit de plus en plus, en dépit de tous les remèdes.
Lorsque je vis la malade avec le docteur J.A. Robertson, on voyait flotter derrière le cristallin, qui était parfaitement transparent, une pellicule jaunâtre. Je conclus que les cellules de l'humeur vitrée avaient dû être déchirées. La malade raconta qu'une des attaques avait été amenée par l'ascension qu'elle avait faite du Goatfell, montagne élevée du pays d'Arran.
Dans le cas suivant, une lésion traumatique de l'œil, qui avait produit Topacité du cristallin, parut laisser l'organe dans une disposition telle, qu'il s'y produisait une hémorrhagie interne chaque fois que le malade se livrait à quelque exercice trop violent.
Obs. 445. — Un charretier que j'avais vu atteint, quelques années auparavant, d'une cataracte lenticulaire de l'œil droit, conséquence d'un coup, vint me voir en mars 1836, la chambre antérieure de l'œil remplie de sang. Il attribuait cela à ce qu'il avait durement travaillé pendant trois nuits consécutives. Trois jours plus tard, la quantité de sang qui se trouvait dans la chambre antérieure était telle, que la cornée offrait la couleur chocolat foncé. Il existait une légère sclérotite avec chaleur et douleur de l'œil et céphalalgie. Je conseillai le repos, des applications froides sur l'œil et l'abstinence des liqueurs spiiïtueuses auxquelles le malade était adonné.
Voici un exemple d'épancliement de sang survenu dans un œil qui avait été désorganisé par l'inflammation :
Obs. 446. — Caroline Pilsen, âgée de 9 ans, d'un tempérament scrofuleux, fut confiée aux soins du docteur Von Ammon en juillet 1829. La vision était obscurcie depuis quelques mois. L'examen de la malade fit reconnaître que l'œil gauche était privé de la vue et strabique, et le droit très myope. La convexité de la cornée droite était fort diminuée et l'iris, qui était d'un jaune verdàtre, faisait une saillie anormale dans la chambre antérieure. La pupille était irrégulière, anguleuse et fort contractée. A l'œil gauche, la portion externe de l'iris était beaucoup plus large que l'interne; la pupille était oblongue et anguleuse, surtout vers son côté interne. L'iris était d'une teinte brun -verdàtre, et l'on voyait un grand nombre de vaisseaux se porter de son bord ciliaire vers le bord pupillaire. La pupille
de cet œil s'élargit de jour en jour et la sensibilité morbide de l'organe alla en croissant, de sorte que l'examen en devint fort difficile.
Un jour que la sensibilité de l'œil était moindre, le docteur Von Ammon s'aperçut que la pupille était presque à l'état naturel, mais qu'il existait, sur le cercle le plus interne de l'iris, un dépôt de matière noire d'une teinte si roncée qu'il s'imagina d'abord que l'iris y avait été absorbé. 11 remarqua aussi que le cristallin était déplacé en dedans, de sorte qu'une moitié de celte lentille se trouvait cachée derrière la moitié interne de l'iris et de la sclérotique, tandis que le bord externe de l'autre moitié était situé juste au centre de la pupille. On apercevait, à travers la portion d'humeurvitrée laissée à nu par le déplacement du cristallin, et au fond de l'œil quelque chose d'un blanc grisâtre.
Quelques jours plus tard, le docteur Von Ammon trouva cette jeune fille couchée sur la face et endormie. Lorsqu'elle s'éveilla, il fut surpris de trouver une grande quantité de sang dans la chambre antérieure et la cornée complètement rouge; le lendemain, le sang avait entièrement disparu. Le docteur Von Ammon, ayant fait tenir la malade pendant quelques minutes la tête penchée en avant, trouva, au bout de ce temps, la chambre antérieure de nouveau remplie de sang; ce liquide se portait d'un côté à l'autre, suivant les mouvements de la tête. En regardant quelques heures après, à l'aide d'une loupe, on reconnut que quelques parcelles du sang adhérent à l'iris avaient pris une couleur plus sombre; le lendemain, celte coloration était d'un brun foncé et, quelques jours après, complètement noire. Ces tâches, une fois formées, ne disparaissaient plus, à moins qu'elles ne siégeassent sur le cercle ciliaire de l'iris et ne fussent très-pelites. Cet état de l'œil persista pendant deux mois, et le léger degré de vision qui avait persisté jusqu'alors, disparut complètement. La cornée conserva sa transparence, mais s'aplatit de plus en plus; la coloration noire du bord de la pupille et du reste de l'iris augmenta.
En février 1830, la jeune fille éprouva une légère fièvre inflammatoire pendant laquelle l'ecchymose de l'œil s'accrut beaucoup et noircit plus rapidement la surface antérieure de l'iris. L'extravasation sanguine s'arrêta enfin sous l'influence de la teinture d'iode (1).
On a rapporté des cas qui démontrent que l'hémophthalmie peut être supplémentaire de l'écoulement menstruel (2), revenant tous les mois jusqu'à ce que les règles fussent bien établies (3), ou se montrant par suite de la suppression de celles-ci (4-).
Dans rhémophthalmos spontané, le pronostic doit toujours rester douteux, la maladie ayant une grande tendance à reparaître et àamener l'altération des tissus les plus importants de l'œil.
On doit veiller à la santé générale du malade et lui recommander un régime approprié, des exercices modérés et bien réglés, l'abstention de toute occupation trop longtemps continuée, surtout de celles qui exigent que le malade reste longtemps la tète inclinée en avant.
Quand la maladie est la conséquence d'une liypérémie active, la saignée générale ou locale, suivant les circonstances, les purgatifs, les applications froides sur les yeux et la tète conviennent au premier abord. On aide ensuite à l'absorption du sang épanché à l'aide du mercure. Dans les cas cachectiques, dans ceux dus à la faiblesse des vaisseaux, les antiscorbutiques, les astringents et les toniques sont nécessaires. Il faut dans tous les cas couvrir les yeux et maintenir la
(1) Zeitschrift fur die Oplithalmologie ; vol. I, p. 103 ; Dresden, 1830.
(2) Walther, Op. cit., p. 50,
(5) Tyrrell's Practrcal Work on the Diseasesof lise Eje ; vol. F, p. 40 ; London, 1840. (4) La Lancette; citée dans le London Médical Gazette, October 1829 ; p. 123.
TUMEURS NON MALIGNES DU GLOBE DE l'oEIL. 259
pupille dilatée avec la belladone. Quelques cas réclameront la paracentèse de la cornée (1).
SECTION IV
J'ai décrit, dans les cinq dernières sections du chapitre IV, certaines excroissances et certaines tumeurs de la conjonctive qui, en général, se distinguent aisément des affections prenant naissance sur les tuniques propres de l'œil ou à leur intérieur.
Il importe beaucoup de savoir que différents tissus de l'oeil peuvent devenir le siège de dépôts, de tumeurs et de dégénérescences fongueuses qui n'appartiennent pas à la classe des affections malignes et peuvent disparaître spontanément. Il y a lieu de croire que ces productions ont souvent été prises pour des affections malignes, et surtout pour des fongus hématodes.
Variétés. — 1 . Des dépôts de sang ( V. Obs. 444), de lymphe ou de pus, dans différents tissus de l'œil, revêtent parfois l'aspect de productions fongueuses. Quelques-uns de ces dépôts peuvent s'organiser, ce qui ajoute encore à la ressemblance qu'ils présentent avec certaines tumeurs. 2. D'autres fois, des tubercules scrofuleux, semblables à ceux que Ton rencontre fréquemment dans le cerveau des enfants qui meurent d'hydrocéphale se forment sur l'œil ou à son intérieur. 3. On trouve des tumeurs fibreuses ou fibro-plastiques (V . 1. 1 , page 561), fixées à la sclérotique ou enfoncées dans sa substance ou dans celle de l'iris ou de la choroïde. Lorsque de semblables tumeurs siègent profondément dans l'œil, on ne les distingue qu'avec peine du fongus hématode. 4° On rencontre aussi à l'intérieur de l'œil des kystes ou des tumeurs enkystées.
§ I. Tumeurs non malignes de la sclérotique et de la cornée.
J'en ai vu plusieurs ressemblant à des tubercules scrofuleux, mais qui étaient plutôt des tumeurs fibro-plasliques, naissant de la sclérotique, isolément ou par groupes, mous ou durs, mais peu ou pas vasculaires. Ces tumeurs ressemblent extérieurement au molluscum contagiosum, que l'on rencontre souvent sur les paupières des enfants ; mais à l'examen microscopique, on les trouve toutes différentes, et
[(1) Voir sur lTiéinoplillialmie : Carron du Viu.ards. Considérations pratiques sur les épanohements sanguins dans l'œil et ses annexes; Annales d'Oculistique, t. I, p. 157. Becer. Das Blulaugeoder die Blulergiessungen in das Auge(Sammlung ophtlialmologiseher Preisschrifften, von FI. Cimier) Brussel und Leipzig, 1843. J. Dixon. De l'épancheinent de sang dans le corps vitré. Annales d'Oculistique, t. XXXI , p. 228, el Praelieal Sludy of Diseases of Oie Eye , p. 192. note. Vki.peau. Sur le pronostic de l'hérnophthalmie, Médical Times and Gazelle 1855, J une 23, p. 052.]
offrant une structure fibreuseconfuse. Les sujets que nous avons vus en proie à celte affection étaient, la plupart du temps, des enfants cachectiques, présentant souvent des engorgements scrofuleuxà d'autres parlies du corps, et dont les yeux avaient déjà été atteints d'ophlhalmie interne. Lorsque la conjonctive vientà se déchirer, ces tumeurs peuvent devenir le siège d'un travail d'ulcération lente qui les détruit, envahissant la cornée et amenant l'atrophie de l'œil. Ces sortes de tumeurs occupent beaucoup plus fréquemment le côté temporal du globe de l'œil que tout autre région de l'organe. Au début, elles sont de couleur blanchâtre; mais plus tard elles s'ulcèrent, la surface en devient rouge et donne parfois naissance à un fongus uni à la sclérotique par un pédicule, et qui s'accroît parfois au point de recouvrir presque tout l'œil. Dans un cas que j'ai vu avec le docteur Anderson, la tumeur fut détruite par ulcération, ne laissant la choroïde recouverte que d'une pellicule si mince que le point de l'œil qu'elle avait occupé paraissait presque noir: l'intérieur de l'œil resta sain. Plusieurs des malades que j'ai vus succombèrent ensuite à une affection chronique des poumons.
J'ai trouvé qu'au début les sangsues et les vésicatoires derrière loreille étaient utiles. Il importe beaucoup d'améliorer la santé générale par l'habitation de la campagne, un régime doux et nourrissant et l'emploi des toniques.
Obs. 447. — Une petite fille, d'environ 7 ans, avait sur !a joue et le menton plusieurs tubercules scrofuleux, et au côté temporal de l'un de ses yeux une tumeur qui paraissait de même nature. La conjonctive qui la recouvrait s'ulcéra et la tumeur devint aussi grosse qu'une noisette. La couleur en était blanche, la consistance molle, et elle comprenait évidemment la sclérotique. La malade mourut de phthysie tuberculeuse.
Obs. 448. — Une jeune demoiselle, d'environ 12 ans, avait un tubercule scrofuleux fixé à la partie supérieure de la sclérotique; l'œil avait beaucoup souffert d'une oplithalmie scrofuleuse interne: ce tubercule était de couleur jaunâtre, il s'agrandit lentement jusqu'à acquérir le volume d'une amande et paraissait sur le point de tomber en suppuration, mais il ne fournissait point encore de pus. La santé générale était fort affaiblie, et j'appris que la malade n'avait pas tardé à succomber aux mêmes symptômes que celle ci-dessus.
Obs. 449. — On amena à ma consultation une jeune fille qui offrait un amas de tubercules scrofuleux sur la moitié inférieure de la sclérotique, tout contre la cornée. La vue de cet œil était obscurcie, la cornée trouble et la pupille attirée vers le côté de l'œil où les tumeurs étaient situées. L'application de quelques sangsues améliora cet état.
Obs. 450. — Le docteur Ferrie m'amena de la maison de refuge un jeune garçon offrant une tumeur qui occupait le côté temporal de l'œil. Elle s'était ulcérée et présentait une surface rouge et granuleuse. L'œil était complètement dévié en dedans. La tumeur paraissait fluctuante, doublée qu'elle était par la choroïde et remplie par l'humeur vitrée, comme dans un staphylôme de la choroïde. On l'excisa et la partie enlevée fut examinée au microscope par le docteur Anderson.
[Obs. 451. — Petit kyste aqueux situé dans la sclérotique d'un enfant., et traité avec succès par l'ablation de la portion proéminente du kyste. — Un enfant, âgé de 10 ans, avait sur la sclérotique une tumeur semi-transparente, solide, ovale, du
volume d'un petit pois, et située contre la circonférence de la cornée, où son existence avait été signalée depuis plusieurs années. La conjonctive n'avait subi aucun changement. Elle avait été ponctionnée, et il s'en était échappé un fluide aqueux; mais une nouvelle accumulation s'était bientôt reformée. Deux ou trois chirurgiens, qui avaient vu le cas conseillaient de ne recourir à aucune opération. Comme celte tumeur constituait déjà une légère difformité et qu'elle allait en s'accroissant, mon avis fut qu'il fallait opérer. Je ponctionnai le kyste et j'en enlevai la portion proéminente avec des ciseaux courbes. Il était mince mais coriace; ses parois étaient assez solides pour que la tumeur conservât sa forme après avoir été ouverte. Sa surface interne était lisse et l'on apercevait au centre de sa base une petite ouverture arrondie qui paraissait traverser la sclérotique. La surface, mise à nu par l'opération, se guérit lentement sans aucun symptôme fâcheux, et la difformité disparut complètement. Deux ans après l'opération, l'œil continuait d'aller parfaitement bien.
Obs. 452. — Kyste plu* volumineux de la sclérotique; excision de sa portion proéminente. — Un monsieur, âgé d'environ 30 ans, d'une constitution robuste et d'un tempérament pléthorique, avait perdu un œil par suite d'une inflammation violente qui avait occasionné une opacité étendue de la cornée avec adhérence de l'iris. Il se développa dans la sclérotique un kyste qui acquit lentement le volume d'une amande, ce qui nonseulement accrut la difformité, mais détermina de l'irritation lorsque l'œil ou les paupières se mouvaient. J'enlevai la portion externe du sac, comme dans le dernier cas. mais je ne revis plus ce malade (1). T. W.J
',' 2. Tumeurs non malignes de l'iris.
Fig. Dairymple, pi. XXXI, fig. 1 et 3. Rittericli, pi. I, Hg. Ji.
J'ai rencontré deux espèces de tumeurs non malignes de l'iris, les unes enkystées et les autres solides.
1 . J'ai vu un kyste se former dans l'iris à la suite d'une blessure. Il était semi-transparent et paraissait rempli d'un liquide ténu; mais comme il n'augmentait pas de volume et n'occasionnait point de souffrance, on n'y toucha point.
Obs. 453. — Une dame éprouvait une douleur vive dans l'un des yeux; on y voyait une sorte de petite vésicule faisant saillie dans la chambre antérieure, et qui naissait de dessous le liord ciliaire de l'iris derrière le bord inférieur de la cornée. Cette vésicule s'accrut graduellement, séparant de plus en plus l'iris d'avec la choroïde, et augmenlant la souffrance. Je ponctionnai celle vésicule ou tumeur enkystée, à travers la cornée, avec le couteau à iris. Il s'en échappa une petite quantité de liquide et le kyste se contracta au point de ne plus être visible. La douleur disparut. La plaie du kyste se cicatrisa; celui-ci se remplit de nouveau et redevint visible (fig. 24) et même plus volumineux qu'auparavant. Je le ponctionnai une seconde et une troisième fois, à des intervalles de six à huit semaines. Après la troisième ponction, il ne se remplit plus. L'iris reprit sa position normale et la vision fut conservée.
(Pig- 24.)
Mon opinion, à cette époque, fut que le kyste s'était formé dans la chambre postérieure et était venu poindre entre le bord de l'iris et
(1) Hays. Edition américaine, de Lawrencce, p. 553, Philadelphia, 1834.
262 AUGMENTATION DU VOLUME DU GLOBE DE l'oEIL, ETC.
celui de la choroïde; mais je me range maintenant à l'opinion de M.Bowman,qui pense qu'il s'agissait de la sécrétion morbide d'un fluide entre l'iris et son épithélium postérieur, communément appelé uvée.
« Cette maladie, dit M. Bowman, ne s'accompagne d'aucune autre; la marche en est lente, et elle se décèle d'abord par la saillie d'une portion de l'iris se portant vers la cornée. Je pense qu'au début le liquide pousse l'uvée en arrière vers le ligament suspenseur du cristallin ; mais bientôt ces parties résistantes arrêtent la marche de la tuméfaction dans cette direction, et le liquide, continuant à s'accumuler, commence à pousser en avant le tissu propre de l'iris, qui le sépare de la chambre antérieure. De ce côté, la résistance est moindre. Les fibres si extensibles de l'iris cèdent lentement et, au bout de plusieurs mois, forment au-devant du fluide une poche très saillante qui se met en contact avec la cornée, dans une telle étendue que la pupille se trouve complètement déjetée de côté, ou même tout-à-fait soustraite à la vue, la tumeur venant se recourber au-devant de cette ouverture.
Si l'on ponctionne la face antérieure du kyste, les fibres de l'iris distendu, qui n'ont point perdu leur contractilité, en chassent avec force le contenu transparent, et au bout de quelques minutes toute trace de la maladie disparaît, l'iris ayant repris, à tous égards, son aspect naturel. Le kyste est cependant fort disposé à se remplir plus d'une fois (1). »
Le traitement à adopter dans les kystes de l'iris consiste à les ponctionner à travers la cornée (2). Si ce moyen échoue, il faut ouvrir la cornée dans une grande étendue, saisir la partie antérieure de la tumeur avec le crochet de Schlagintweit ou la pince à canule, l'attirer à travers la plaie de la cornée et la retrancher d'un coup de ciseaux. Il faut se garder de tenter l'ablation totale du kyste.
Le cas suivant , que rapporte M. Turner de Keith , me paraît de même nature que ceux que nous venons de citer (5).
Obs. 454. — Une femme, âgée de 62 ans, se présenta avec une tumeur enkystée faisant saillie à travers la pupille et occasionnant une inflammation intense. Elle formait comme un petit sac membraneux semi-transparent, et occupait la plus grande partie de la chambre antérieure. M. T... la ponctionna à travers la cornée; le contenu s'échappa dans l'humeur aqueuse, et le kyste s'affaissa.
[L'observation suivante, inédite, nous est communiquée par M.James Dixon : (Janvier 1837.) *
Obs. 455. — Dilatation cystiforme de l'iris. — Réapparition du kyste après des ponctions répétées et la déchirure des parois.
L'observation qu'on va lire est celle d'un fait fort rare; je n'ai jamais rien vu de sem-
(1) Bowman. Lectures on the parts, ete , p. 75 [et Annales d'oculistique, t. 53, p. 68.]
(2) Voyez un cas par Dalrymple, dont la guérison fut obtenue à l'aide de trois ponctions ; Lancet, August 51, 1844 ; p. 715 : un autre par Wiiarton Jones, dans lequel le kyste suppura après avoir été ponctionné deux fois; II). June 12, 1852, p. 568.
(5) Montldy Journal of Médical Science ; vol. I, p. 270 ; Ëdinburgh. 1841.
blable dans ma pratique ni dans celle de mes confrères. Les points les plus remarquables en sont : le nombre d'années pendant lesquelles le travail morbide a continué et la réapparition du kyste après la déchirure de ses parois antérieures. Une troisième circonstance utile à noter, c'est que la transparence de la cornée n'a pas souffert la moindre atteinte.
La figure {V- lig. 25) ne représente que très imparfaitement l'état des cboses car il est très difficile de rendre sur le bois la nature diaphane du kyste, quoique j'aie l'ait le dessin avec beaucoup de soin.
« En 1834, Elise S..., alors âgée de 17 ans, se blessa l'œil droit avec une fourchette à deux dents. L'une de celles-ci pénétra dans la sclérotique à environ une ligne du bord inférieur et interne de la cornée. On suppose que l'autre porta sur la cornée. On ne sait si cette dernière fut traversée et l'iris lésé par la pointe de la dent, mais il y eut, pendant trois à quatre mois, de la sensibilité et de l'irritation du côté de cet œil. Bientôt cependant tout rentra dans l'ordre; la vision se rétablit complètement, au point de permettre à la malade de lire parfaitement de cet œil.
Vers l'hiver de 1846, il y eut, de temps en temps, de l'irritation et de la phoiophobie, et au mois de mai de l'année suivante, Elise S... fut reçue à l'hôpital de Moorfieltls, dans le service de feu Dalrymple. Il y avait alors une légère zone vasculaire sur la sclérotique ; la cornée élaiL saine et l'on remarquait, au tiers supérieur de la chambre antérieure, un kyste qui remplissait cet espace et faisait saillie sur l'iris en recouvrant la portion supérieure de la pupille. La partie inférieure de celle-ci était noire, exempte d'opacité, et donnait libre passage aux rayons lumineux. La vision de ce côté n'était cependant pas aussi parfaite que de l'autre. Les parois du kyste étaient fort minces et semblaient formées par le tissu fibreux de l'iris.
Le 20 mai, Dalrymple introduisit une aiguille à cataracte dans le kyste à travers la cornée; de cette façon le liquide contenu dans la poche se mêla à celui de la chambre antérieure. — Le kyste s'affaissa aussitôt; la pupille récupéra sa forme circulaire, et la partie supérieure de l'iris reprit presque son aspect ordinaire; on aurait dit, néanmoins, que les fibres en avaient été légèrement contusionnées.
Le kyste ne mit qu'un mois à se remplir de nouveau et à reprendre son volume antérieur; la sensibilité et l'imperfection de la vision du côté de l'œil droit reparurent. A cette époque, la malade passa dans le service de M. Dixon par suite du décès de Dalrymple. — M.Dixon lit la ponction du kyste et obtint des résultats semblables à ceux qui avaient suivi la première opération.
Tout resta dans l'ordre, et la malade, qui est cuisinière, put s'occuper de ses travaux jusqu'au mois d'août 1848. Le kyste se remplit alors de rechef et fut vidé comme auparavant.
Tout marcha bien jusqu'au mois de février 1855; la malade vint alors de nouveau trouver M. Dixon,en présentant les mêmes symptômes que jadis; seulement, le kyste était plus gros et recouvrait les deux tiers supérieurs de la pupille. La vision était aussi plus entravée qu'elle ne l'avait été auparavant, probablement par suite de la pression exercée par la tumeur sur la rétine, par l'intermédiaire du cristallin et de l'humeur vitrée, vu que le kyste avait augmenté de volume. M. Dixon, dans le but d'empêcher un nouveau développement du kyste, eut recours à l'opération suivante, pensant réussir en déchirant complètement les parois : Il fit usage de deux aiguilles à la fois, les introduisit dans deux points opposés de la cornée, et fit ainsi la déchirure des parois antérieures du kyste dans divers sens, en laissant flotter les lambeaux minces et déliés qu'il avait ainsi obtenus. L'opérateur fit ensuite la ponction de la cornée avec une aiguille large et tranchante, et évacua ainsi le liquide contenu dans la chambre antérieure. Un fait intéressant, c'est que, après la déchirure du kyste, l'iris reprit à peu près son aspect naturel. Il paraissait évident que le kyste était constitué par les libres épanouies de l'iris et, de celle façon, celles-ci effacèrent, par leur élasticité, une fois le liquide évacué, les traces de la maladie, presque aussi complètement qu'il était arrivé à la première ponction, huit ans auparavant. A quelques jours de l'opération, alors que la chambre antérieure était de nouveau remplie d'humeur aqueuse, l'œil paraissait revenu à l'état normal. La pupille était presque circulaire et la vision si bonne que la malade lisait à peu près aussi bien de cet œil que de l'autre.
Au commencement d'octobre, le kyste avait repris exactement le même développement, qu'auparavant; la vison était obscure et la sensibilité extrême.
Le 12 octobre, M. Dixon lit une ouverture au bord externe de la cornée avec une large aiguille, introduisit un crochet mousse (crochet de Tyrrell), et tâcha de tirer au dehors une partie du kyste. Dans cette opération, la capsule du cristallin, qui avait échappé dans toutes les manœuvres précédentes, fût légèrement lésée : cet accident entraîna l'opacité de la lentille, qui se lit graduellement. 1! y eut ensuile un peu d'iritis chronique et il s'établit des adhérences entre le bord pupillaire et la partie antérieure de la capsule du cristallin.
La malade revint à l'hôpital le 3 janvier 1856, le kyste de nouveau distendu. M. Dixon se contenta d'en faire la ponction avec une aiguille à cataracte. En quatre jours, le kyste était distendu de rechef, mais plusieurs mois se passèrent sans irritation à l'œil. C'est au mois de juillet 1856 qu'on en prit le dessin. D n'y avait alors qu"une petite partie d'iris à l'état normal derrière la portion intérieure de la cornée; cette partie d'iris, qui n'était point envahie par le kyste, formait une surface plane regardant obliquement en haut [Fig. 25.] et en avant. Le reste de la chamhre antérieure était rempli
par le kyste; ce dernier présentait une couleur foncée, à cause de l'extrême ténuité de ses parois et de la profondeur de sa cavité. Il y avait, à la partie antérieure, un rétrécissement dans le sens vertical , la surface se trouvant ainsi légèrement ondulée. Quelques fibres d'une couleur claire étaient épanouies sur les côtés du kyste, près du bord externe et interne de la cornée; ces fibres semblaient former les restes du tissu normal de l'iris. Le feuillet postérieur du kyste se voyait fort bien à l'aide de rayons lumineux concentrés et présentait des taches et des stries blanchâtres. — La lumière ne se transmettait pas à travers le feuillet postérieur du kyste à l'aide de l'ophthalmoscope, ni au-dessous du bord inférieur, la pupille paraissant ainsi complètement oblitérée. D est probable, cependant, qu'il existe une petite fente qui permet aux rayons lumineux d'arriver jusqu'à la rétine, car la malade peut, de cet œil. compter les doigts et reconnaître des objets tels que du papier, des plumes, etc., présentés à une forte lumière. La malade est en traitement en janvier 1857 , date de la remise de celle observation (1). T. W.]
2. Les tumeurs solides de l'iris ont été fort bien décrites par Delarue (2), sous le titre : des excroissances charnues de l'iris ; on en a publié beaucoup d'observations qui se rapportent, en général, à des tubercules scrofuleux. Ordinairement, l'iris devient d'abord blanchâtre en un point, puis se soulève en forme de tumeur de couleur jaunâtre , avec des vaisseaux qui se ramifient par-dessus. Ces sortes de tumeurs suppurent quelquefois et se font jour à travers la sclérotique, après quoi l'œil s'atrophie (5).
Obs. 456. — On amena au docteur Ritterich une enfant pâle et faible, âgée d'environ 8 ans, et affectée d'une carie des os du pied gauche et d'une maladie de l'œil droit. En outre d'une légère photophobie et d'une rougeur modérée de la conjonctive, il trouva une tumeur au bord pupillaire de l'iris, mais n'en embrassant pas toute l'étendue. L'iris, qui partout ailleurs était contracté, était dilaté dans ce point, et la pupille immobile. La petite malade ne voyait point de cet œil et se plaignait d'y ressentir de temps en temps de la
[(1) Voir pour les kystes de l'iris : White Cooper. London Journal of Medieine. Sept. 185?, pp. 787-792, H. Waltok. Annales d'Oculislique, t. XXXII, p. 194. A. Kicimkd Gazelle hebdomadaire, 1854, p. 1082, et Ann. d'Ocul. t. XXXIII, p. 57. Stoeber. Gaz. heb 1855, p. 55, el Ann. d'Ocul. t. XXXIII, p. GO.]
(2) Cours complet des maladies des yeux : p. 206 ; Paris, 1820.
[(5) Elle prend quelquefois naissance dans l'ophlhalmie calarrlio-rhumatismale grave. La cornée s'infiltre de pus; elle éclale sur un point de son étendue; l'iris se précipite dans l'ouverture, fait saillie au dehors et envoie des granulations charnues qui acquièrent une dimension considérable, au point de recouvrir toute la surface de la cornée. Il n'est point facile de les détruire avec le caustique ; il faut les retrancher d'un coup de ciseaux. (Note de M. Mac- Icenzie.)]
douleur. Au bout d'un certain temps, la tuméfaction s'étendit à tout le bord ciliaire de l'iris et se rapprocha de la cornée. Le docteur Kitterich considéra d'abord la maladie comme un abcès; mais en essayant de l'évacuer par la cornée, il reconnut qu'il s'agissait d'une excroissance fongueuse de l'iris. 11 fut ensuite longtemps sans voir la malade, et lorsqu'il la revit, il trouva la tumeur fort augmentée de volume; de sorte que, craignant de lui voir envahir tout l'organe, il proposa d'enlever la partie antérieure de l'œil. Mais on fui un an sans lui ramener la malade, et à celte époque il trouva l'œil atrophié et la cornée remplacée par une cicatrice épaisse. La santé de l'enfant s'était beaucoup améliorée, et son pied allait si bien qu'elle pouvait marcher; il en était sorti plusieurs esquilles. La mère dit que la guérison s'était effectuée spontanément (1).
Obs. 457. — Chez un garçon, âgé de 3 ans environ, il se déposa un petit flocon de lymphe à la partie inférieure de l'iris. La pupille n'en n'était pas embarrassée et continuait à se mouvoir comme à l'ordinaire. H n'existait ni ophthalmie, ni irritabilité à la lumière. En quinze jours, la masse de lymphe augmenta tellement qu'elle remplit la moitié inférieure de la chambre antérieure. Il s'effectua ensuite dans la lymphe un travail d'organisation et dans la cornée une action analogue à l'inflammation. Elle devint trouble et vasculaire; l'iris contracta avec elle des adhérences : une masse bleuâtre vint faire saillie dans le lieu occupé par le ligament ciliaire; cette masse s'ulcéra ou suppura conjointement avec la totalité de la cornée, et l'on vit saillir un fongus très développé et de mauvais aspect. Ce fongus diminua progressivement et finalement se cicatrisa (2).
Obs. 458. — Sur un garçon, âgé de 8 à 9 ans, M. Lawrence vit une excroissance qui paraissait uniquement vasculaire; elle avait une légère teinte brune, égalait le volume d'un pois, naissait de l'iris et n'occasionnait pas beaucoup de douleur ni de rougeur; il n'existait aucune opacité au niveau de la pupille. Elle détermina l'ulcération de la cornée et vint ainsi se montrer à l'extérieur. Le malade partit. M. Lawrence apprit que la tumeur s'était affaissée au bout d'un certain temps el que l'œil s'était atrophié (3).
Obs. 459- — Sarah Macniven, âgée de 19 ans, fut admise au Glasgow Eye Infirmary le 17 février 1835. Cinq semaines environ avant son admission, son œil gauche avait été le siège d'une violente inflammation, accompagnée de douleur dans l'œil et dans la région péri-orbitaire. La conjonctive et la sclérotique étaient injectées de sang, la cornée légèrement nébuleuse, la cou'eur de l'iris un peu altérée, la vision très imparfaite et les mouvements de la pupille paresseux. Au fond de la chambre antérieure, il y avait une masse jaunâtre, offrant l'aspect du pus et parsemée de stries rougeàlres, comme si la surface en eut été parcourue par des vaisseaux. Cette substance jaunâtre s'accrut graduellement et prit l'aspect d'un tubercule scrofuleux. La tumeur diminua considérablement, et les symptômes inflammatoires s'affaiblirent par l'usage interne du mercure, du quinquina et de la belladone. La malade fut prise alors d'insomnie, d'illusions d'optique, de délire et de perte de mouvement du bras droit. Elle mourut le II avril. On ne put obtenir l'autorisation d'examiner le corps; mais il est probable qu'il existait dans le crâne d'autres tubercules scrofuleux, semblables à celui qui était fixé sur l'iris.
Obs. 460. — Maître-Jan (4) rapporte le cas d'un soldat dont l'œil était complètement recouvert d'une excroissance charnue qu'il compare à un champignon et qui faisait saillie entre les paupières. 11 la détruisit à l'aide d'applications répétées d'une partie de sublimé corrosif sur quatre de croûte de pain sèchée, el découvrit alors que la racine en était étroite, qu'elle s'était fait jour à travers un ulcère de la cornée et qu'elle provenait de l'iris. L'usage continu des escharotiques détermina la formation d'une eschare comprenant la partie antérieure de l'œil : le cristallin et l'humeur vitrée s'échappèrent, après quoi la douleur cessa et l'ulcère se cicatrisa (5).
(1) RiTTEiticii. Jalirliche Beitrage zur Vervollkommnung ilef Augcnheilkunst ; vol. I, p. 37.
(2) T realise on some Praclical Points relatingto llie Diseuses uf llie Eye, by J. C. Saunders, p. 119; London, 1811.
(3) Lawrence. Trealise on Diseuses of llie Eye, p. 593 ; London, 1855.
(4) Traité des maladies de l'OEil, p. 4;>6 ; Troyes, 1711.
[(5) Voir une observation de tumeur encore inconnue de la cornée siégeant dans la chambre antérieure el attribuée à l'iris, dans Desmahres. Op. cit., 2e éd., t. Il, p. 505.]
il. 23
§ 3. Tumeurs non malignes de la choroïde et du corps ciliaire.
La partie postérieure de la choroïde est quelquefois le siège d'une tumeur qui est probablement de la nature du tubercule scroluleux ou du tissu îibro-plaslique. Elle sépare cette membrane en deux lames entre lesquelles elle se dépose. Les tumeurs non malignes s'observent beaucoup plus fréquemment dans la partie antérieure de la choroïde.
Obs. 461. — Un enfant, âgé d'environ 6 ans, fut confié aux soins de M. Lawrence, au Londoa Ophthalmic Infirmary ; il était atteint à un œil d'une inflammation externe, accompagnée d'un tel gonflement des paupières, qu'on ne put s'assurer exactement de l'état de l'organe. La chaleur de la peau, la fréquence du pouls, l'enduit qui recouvrait la langue, la douleur vive qui occupait l'œil et la tète, l'agitation, l'insomnie, tout démontrait que l'inflammation locale était intense. Au bout de trois ou quatre jours, par suite de l'emploi des sangsues et de moyens externes convenables, M. Lawrence réussit à pouvoir examiner l'œil qui présentait une rougeur vive, avec trouble de la cornée; l'iris était poussé en avant et la pupille en partie opaque. En dépit du traitement antiphlogistique, l'enfant continua à souffrir : une tumeur vint graduellement se montrer derrière la circonférence de la cornée; elle était de couleur jaunâtre et avait la dimension d'une fève. Deux ou trois autres tumeurs se montrèrent ensuite; elles étaient plus petites que la première et disposées en série régulière, à une petite distance de la circonférence de la cornée. L'inflammation conserva son intensité malgré l'usage fréquent des sangsues et des purgatifs. A la fin elle s'apaisa ; la douleur s'amoindrit, les tumeurs diminuèrent de volume, la cornée se rétracta complètement, l'œil s'atrophia et l'enfant se rétablit sans éprouver d'autres accidents (1).
Obs. 462. — Une fille d'environ 10 ans vint trouver M. Saunders afin de savoir de lui si elle était irrévocablement aveugle. Il n'y avait aucun doute à avoir sur ce point, puisque l'œil affecté ne donnait aucun signe de sensibilité.
La sclérotique était plus injectée que de coutume, mais non enflammée. Les vaisseaux étaient gros et tortueux. L'iris paraissait deux fois aussi éloigné de la cornée qu'à l'état normal. La pupille était dilatée et l'iris présentait plusieurs vaisseaux distincts. La cornée, l'humeur aqueuse, le cristallin et l'humeur vitrée étaient transparents à cette époque. Dans l'espace de quelques semaines, le cristallin devint opaque; l'iris, couvert de lymphe et aussi rouge que s'il avait été injecté, s'avançait vers la cornée qu'il touchait. Peu de temps après, une excroissance bleuâtre se fit jour au dehors à la partie supérieure de l'œil, dans le point où la choroïde s'unit avec le ligament ciliaire. Elle s'accrut rapidement et devint aussi volumineuse que la portion antérieure du globe de l'œil. Elle s'ulcéra et fournit d'abord un fluide aqueux, puis du pus et de la lymphe glutineuse. Au bout de quelques mois, l'ouverture se ferma; l'œil, dont le volume avait beaucoup diminué, resta exempt de souffrances et conserva même quelques vesliges de la cornée; l'excroissance bleuâtre disparut complètement. Pendant toute la durée de ce travail, il ne survint rien qui ressemblât à une inflammation aiguë, et la douleur fut fort insignifiante (2).
Obs. 463. — Un enfant scrofuleux eut, pendant un an, une ophlhalmie scrofuleuse avec un ulcère du bord inférieur de la cornée qui se perfora. On vit saillir graduellement à travers l'ouverture une tumeur dure, irrégulière, d'un blanc rougeâtre. H survint vers la même époque une atrophie du bulbe de l'œil et le tabès mesenterica, et peu après une hydrocéphale sub-aiguë.
L'œil fut examiné par Jaeger, qui s'assura que la maladie provenait du corps ciliaire et
(1) Op. cit., p. 591.
(2) Op. cil., p. 117.
TUMEURS NON MALIGNES DU GLOlîE DE i/OElL, ETC. 207
que les autres tissus, quoique atrophiés, n'étaient point unis à la tumeur qui s'était portée au dehors, entre l'iris et la cornée (1).
Obs. 464 — Une femme, âgée de 40 ans, d'une diathèse arthritique, s'adressa au professeur Hosas pour un longus situé dans la chambre antérieure de l'œil et qui paraissait prendre naissance aux procès ciliaires et comprenait un tiers de l'iris. Le reste de cette membrane, y compris son bord pupillaire, était sain aussi bien que les autres tissus de l'œil. On tailla avec le couteau à cataracte un lambeau à la partie externe et inférieure de la sclérotique à environ une demi-ligne de la circonférence de la cornée, et l'on pratiqua l'excision du fongus, avec lequel sortirent le cristallin et une portion de l'humeur vitrée. En quelques semaines la plaie fut guérie; la cornée resta plate et nébuleuse à sa partie inférieure et externe : en regardant en bas dans l'œil, on voyait la pupille dilatée; la vision ne consistait que dans la simple perception de la lumière, et il n'existait plus aucune trace de la tumeur (2).
§ 4. Dépôts ou tumeurs non malignes occupant la place de l'humeur
vitrée.
Fig. Dalrymple, pi. XXII, fig. 6.
On peut considérer comme généralement admise l'opinion qu'il survient fréquemment dans les parties profondes de l'œil des changements de structure qui donnent lieu aux symptômes du fongus hématode de l'œil , mais qui cependant ne dégénèrent jamais en affections malignes. Ces cas ne sont pas rares après les lésions traumatiques. Ils constituent un état morbide de l'œil que Béer comprenait , avec d'autres altérations des parties profondes de l'œil d'une nature toute différente, sous la dénomination d'œil de chat amaurotique. Quand ces sortes de cas succèdent évidemment à une blessure, on les appelle œil de chat traumalique. Il faut les examiner avec beaucoup de soin pour les distinguer non -seulement des tumeurs malignes , mais encore de l'hémophthalmie postérieure et de l'hydropisiesous-choroïdicnne. (V. 1. 1, pp. 693, 700.)
Les lésions traumatiques qui donnent à l'œil les apparences que nous venons d'énumérer, pénètrent rarement à travers les tuniques. Je les ai vues survenir à la suite d'un coup sur l'œil ou d'une incision de la conjonctive. Après une inflammation assez intense de la conjonctive et de la sclérotique, la vue devient trouble, tandis que, derrière la pupille, quelquefois du côté de l'œil opposé à celui qui a été blessé, d'autres fois au fond de l'organe, apparaît un dépôt blanchâtre ou jaune rougeàtre, résultat d'un épanchement de lymphe plastique entre la choroïde et la rétine, ou entre celle-ci et l'hyaloïde. Au bout d'un certain temps, il se forme, une cataracte, puis l'œil s'affaisse.
Si l'on extirpe des yeux en cet état, parce qu'on les croit affectés de fongus hématode, le malade, après sa guérison, continue à aller bien,
(1) Cakstatt. Uber Markschwamm des Auges and amaurotiselies Katzenauge, p. 78 ; Wurlzburg, 1851.
(2) Handbuch der llieorclisehen und practischen Augenheilkunde, von Anton Uosas ; vol. II, p. C17; Wien, 1830.
268 AUGMENTATION DU VOLUME DU GLOBE DE l'oEIL, ETC.
ce qui a fait croire qu'il y a des exceptions à celle règle que l'ablation de l'œil atteint de fongus échoue toujours. MM. Wishart (1) et Porter (2) ont probablement commis cette erreur dans deux cas qui ont été publiés. Dans le cas de M. Wishart, la maladie avait succédé à un coup, et dans celui de M. Porter le fongus était en partie contenu dans deux kystes : dans l'un et l'autre cas le nerf optique était sain. Toutes ces circonstances me portent à penser qu'il ne s'agissait point de fongus hématode. Dans la seconde édition de cet ouvrage, imprimée en 1854, je disais que, sur une adulte auquel j'avais extirpé l'œil quatre ans auparavant pour un fongus hématode, il n'était point survenu de récidive. Cette malade a continué d'aller bien pendant les vingt années qui ont suivi l'opération; mais un nouvel examen de l'œil extirpé et la comparaison des symptômes qu'elle avait éprouvés avec ceux de quelques affections non malignes que j'ai observées depuis, ou dont j'ai lu la description, m'ont porté à croire qu'il ne s'agissait certainement pas d'un fongus hématode. Ce qui m'a conduit à ce changement d'appréciation, c'est que l'une des masses fongueuses s'était développée dans la substance de la choroïde et que l'autre, qui occupait la place de l'humeur vitrée et était attachée à la terminaison du nerf optique, était contenue à l'intérieur d'un kyste solide distinct.
M. Lawrence rapporte qu'il a rencontré des enfants offrant les symptômes du fongus hématode de l'œil au premier degré, c'est-à-dire le changement de couleur de la pupille, la réflexion métallique du fond de l'œil, etc., et qu'il ne les a point opérés, connaissant le résultat invariablement fâcheux qui suit l'extirpation. Dans quelques-uns de ces cas néanmoins, contrairement à son attente, les choses sont restées pendant un certain temps dans l'état que nous venons d'indiquer; puis l'œil est revenu sur lui-même et s'est atrophié (3).
M. Travers a aussi publié quelques remarques importantes sur les difficultés du diagnostic du fongus hématode. Il est d'avis que l'aspect du fond de l'œil ressemblant au tapis des animaux, que l'on observe dans la première période, est un signe auquel on ne peut se fier. Il rapporte avoir vu plusieurs cas dans lesquels ce symptôme existait et où, après être resté un certain temps dans cet état, l'œil s'est affaissé; de sorte que l'on peut bien croire qu'il ne s'agissait pas d'affections malignes. Cependant, comme on avait dans ces cas employé pendant longtemps le mercure, soit comme altérant, soit pour entretenir une salivation prolongée , on peut les considérer comme des cas d'affections malignes guéries par le mercure. Une circonstance qui prouve qu'ils offraient beaucoup d'analogie avec les tumeurs médullaires, c'est que, dans l'un d'eux, M. Travers fut sur le point d'extirper l'œil, et que
(i) Edinburgh Médical and Surgieal Journal ; vol. XIX, p. 51 ; Edinburgh, 1823. 12) Dublin Journal of Médical Science ; vol. IX, p. 263 ; Dublin, 1836. (3) Leçons dans t lie Lanect ; vol. X, p. 518 , London, 1826.
L'opération ne fut point faite parce qu'une seule voix s'y était opposée dans une consultation à laquelle assistaient plusieurs médecins éminenls. Plusieurs années avant que M. Travers publiât son histoire, la malade dont il s'agit élait guérie, mais avec perte de la vision , et depuis lors sa santé restait bonne.
L'expérience m'a démontré que l'inflammation des tissus internes de l'œil, consécutive à une lésion traumatique, se termine fréquemment par un dépôt, apparemment de lymphe plastique, qui donne au fond de l'œil un aspect qui ressemble beaucoup à celui d'une tumeur médullaire au début. Le premier cas de cette espèce que j'ai observé s'est olfert à moi en 1815; l'inflammation était la conséquence d'un coup porté sur l'œil par une pelote de neige. J'ai remarqué que , dans quelques-uns des cas dont je parle, le bord ciliaire de l'iris paraissait ridé, son grand cercle était attiré un peu en arrière, et le petit faisait saillie en avant et était plus large qu'à l'ordinaire : la pupille est dans un état de dilatation moyenne, et l'uvée forme un bord frangé à la circonférence; la surface du dépôt ou de la tumeur qui existe au fond de l'œil est d'une teinte pale, quelquefois jaunâtre ou rougeàlre, et n'est pas aussi bien caractérisée que dans les cas d'affection maligne. L'image droite profonde de la bougie est fort agrandie par ces sortes de dépôts qui agissent évidemment sur elle comme repoussoir. Parfois il s'établit des points de suppuration à travers la sclérotique et la conjonctive, et le plus fréquemment au-dessous du bord inférieur de la cornée. Après la rupture de ces petits abcès, un fongus charnu vient d'abord faire saillie, puis s'affaisse et le globe de l'œil s'atrophie.
M. Travers rapporte que, dans l'œil d'une jeune dame, la surface de couleur fauve brillante, avec des vaisseaux se ramifiant sur elle, était si fortement marquée, qu'il l'aurait certainement prise pour une affection maligne au début, si elle n'avait succédé à une plaie faite par de tins ciseaux quinze jours auparavant. L'instrument avait passé obliquement entre la circonférence de l'iris et le corps ciliaire. Ll s'en était suivi une inflammation profonde, et trois jours après une cécité complète. Le cristallin resta transparent pendant plusieurs mois, de façon à permettre d'observer les symptômes décrits. A la lin, à l'inflammation chronique de la pupille vint s'ajouter une cataracte avec constriction de la pupille, et l'œil, dont le volume ne s'était jamais accru, s'affaissa gra duellemen l .
De ce que j'ai vu des tumeurs non malignes de l'intérieur de l'œil, je crois que l'on peut conclure que les symptômes, ressemblant à ceux du fongus médullaire, peuvent toujours être considérés comme douteux quand ils surviennent évidemment à la suite d'une plaie ouaulre lésion traumatique, ou lorsqu'ils succèdent à quelque affection scrofuleuse des autres organes du corps.
M. Travers fait remarquer que l'augmentation de volume produite
par rhydrophthalmie, ou au contraire la diminution de volume due à l'absorption interstitielle du contenu de l'œil, indiquent sûrement que l'affection n'est point maligne (1).
Obs. 465. — Agnès Campbell, figée île 12 ans, fut admise au Glasgow Eye Infirmary le 26 décembre 1833. Six jours auparavant, on lui avait lancé sur fœil gauche un mélange d'acide sulfurique et d'eau contenant des particules de verre cassé. Il existait à l'angle interne de l'œil, et à environ deux lignes et demie du bord de la cornée, une cicatrice irrégulière qui semblait avoir été produite par un des fragments de verre. En explorant avec la sonde, on ne sentait ni inégalité ni solution de continuité de la sclérotique. L'œil blessé conservait à peine une faible perception de la lumière. La pupille était dans un état de dilatation moyenne, mais se contractait momentanément lorsqu'on exposait brusquement l'œil sain à l'action de la lumière, puis reprenait promplemenlson premier état. La conjonctive était rouge; l'iris, ridé vers sou bord ciliaire, avait pris aussi une teinte rouge. La douleur était fort insignifiante. On appliqua des sangsues et l'on prescrivit le calomel avec l'opium.
Pendant quelque temps, l'inflammation alla en augmentant, puis diminua. Plus lard, le fond de l'œil offrit l'aspect glaucomaleux. Le 13 janvier 1834, on trouva le globe de l'œil revenu sur lui-même et changé de forme par suite de l'action des musclesdroits ; la pupille offrait une teinte jaune verdàtre, et il semblait que la rétine fût poussée en avant, du côté où l'œil avait été blessé. Plus tard, enfin, on aperçut au fond de l'œil un reflet brillant, d'un blanc rougeàtre, très semblable à ce qui se voit dans le fongus médullaire commençant, tandis qu'on apercevait une matière gris blanchâtre déposée un peu derrière l'iris, vers le côté nasal de l'œil. L'organe continua à s'affaisser; néanmoins, la malade distinguait encore la lumière d'avec l'obscurité. Dans l'espace de quelques mois, le cristallin devint opaque.
Obs. 466. — Charles Kelly, âgé de 11 ans, fut admis au Glasgow Eye Infirmary le 27 septembre 1832. La conjonctive et la sclérotique droite étaient injectées, la cornée un peu trouble, la pupille dilatée et immobile; la couleur de l'iris avait passé du gris-bleu au brun-jaunàlre; plusieurs taches près de la circonférence externe de l'iris étaient d'un rouge de sang; la chambre antérieure était agrandie, l'iris dirigé en arrière et la vision semblait éteinte. En examinant le fond de l'œil, on apercevait une teinte jaunâtre tout à fait semblable à celle qui se voit au début du fongus médullaire.
Huit mois avant qu'il se présentât à l'infirmerie, il avait eu une fièvre après laquelle sa mère avait remarqué qu'il ne pouvait lire longtemps de suite; elle pensa qu'il lui était resté une faiblesse dans la tête et des vertiges. Il avait eu aussi de fréquents vomissements. On n'avait cependant remarqué l'aspect de son œil que dix jours ayant qu'il se présentât à l'infirmerie; quatre jours auparavant, il avait été fort effrayé d'un orage accompagné d'éclairs et de tonnerre, et immédiatement après il avait été pris de douleurs dans le côlé droit de la tête.
Ni le docteur Rainy, ni M. Nimmo, ni moi, n'hésitâmes à déclarer qu'il s'agissait d'un fongus médullaire. Nous conseillâmes l'extirpation de l'œil, mais la mère n'y ayant point consenti, nous prescrivîmes le calomel avec l'opium. — Le 29 septembre, l'œil était moins irritable et l'enfant dormait mieux ; mais la teinte jaunâtre du fond de l'œil était plus distincte. — Le 10 novembre, l'injection de la conjonctive avait augmenté, le globe de l'œil était agrandi et présentait une proéminence considérable vers le canthus interne; la chambre antérieure avait diminué d'étendue par suite de la saillie de l'iris en avant, tandis que l'on voyait le cristallin poussé à travers la pupille et venant se mettre en contact avec la cornée. — Le 21, l'œil avait tellement augmenté de volume, que les paupières ne pouvaient plusse rapprocher. La saillie dont nous avons déjà parlé s'élevait plus en pointe et la cornée paraissait ulcérée. — Le 31 décembre, le point saillant du côté interne de l'œil s'était ouvert et avait laissé échapper une grande quantité de matière purulente épaisse. La cornée était opaque et son étendue fort réduite. Avant cela, on avait remarqué un gonflement scrofuleux de l'annulaire gauche. — Le 1er juin 1833, l'œil s'était assez affaissé
(i) Observations on tlie Local Diseases lermeil Malignaiil , by Bojamia Tiuvers , Medico- Ghirurgical Transactions ; vol. XV, p. 2ô.'>; London. 1829.
pour permettre aux paupières de se fermer. La quantité de pus qui s'écoulait avait été considérable, mais elle allait en diminuant. Ce qui restait de l'œil avait un aspect granuleux d'une couleur brun-rougeàlre. — Le 17 avril 1834, les paupières étaient fort affaissées par suite de l'atrophie extrême de l'œil. Le doigt s'était ouvert et avait laissé échapper du pus grumeleux. L'introduction d'une sonde fit reconnaître qu'il y avait carie.
Obs. 467. — Un garçon d'environ 10 ans entra dans le service de M. Lawrence au St-Bartholomew''s Hospital pour une plaie de l'œil qu'il avait reçue trois ou quatre jours auparavant. La pointe d'une fourchette, lancée avec force, avait perforé la paupière supérieure et la cornée. L'œil était enflammé et douloureux, et la pupille occupée par une pellicule grisâtre qu'à la première inspection M. Lawrence supposa due à l'opacité du cristallin. Les sangsues et les autres moyens antiphiogistiques diminuèrent l'inflammation et firent disparaître l'opacité régnant dans la pupille. Néanmoins, l'inflammation reparut, et peu après l'on aperçut une coloration d'un jaune brillant qui s'étendit graduellement à tout le fond de l'œil. La couleur de l'iris était changée, la pupille immobile, dans un état de dilatation moyenne et claire, la vision éteinte, bientôt le globe de l'œil devint mou au loucher et commença à s'affaisser; l'atrophie était déjà fort avancée lorsque, le cristallin étant devenu opaque, vint empêcher de suivre les changements qui s'opéraient au fond de l'œil; celui-ci finit par s'atrophier complètement (1).
Anatomie pathologique. Il est à espérer que, maintenant que l'attention a été appelée sur ce fait, qu'il peut exister à l'intérieur de l'œil diverses altérations simulant la maladie appelée fongus hématode, ceux qui, soit après la mort du malade, soit après l'extirpation d'yeux ainsi affectés, auront occasion de les disséquer, apporteront la plus grande attention à leur examen.
On trouvera probablement dans certains cas que les symptômes sont dus, surtout lorsqu'ils ont promptement succédé à une lésion traumalique de l'œil, à un épanebement de sang, de lymphe plastique ou de pus, dans les cellules de l'humeur vitrée, à la surface de la rétine, ou entre la rétine et la choroïde; d'autres fois on trouvera des tubercules scrofuleux ou autres naissant du nerf optique, enfouis dans la choroïde ou adhérents à quelque autre tissu. Le nerf optique au delà de l'œil est habituellement sain ou rétracté, tandis que dans le fongus hématode il est généralement épaissi et malade.
M. Travers a extirpé l'œil d'un enfant de huit mois, qu'on supposait atteint de fongus hématode au début. En pratiquant la section de l'œil, on trouva les cellules de l'humeur vitrée remplies dune substance lardacée opaque. L'enfant grandit et devint un garçon vigoureux; son autre œil resta sain. Il est évident qu'une substance lardacée, opaque, ressemblant à du lait caillé ou à du riz inondé cuit, tous termes de comparaison dont se sert M. Travers (2) en parlant du contenu des cellules de l'humeur vitrée, indique un état morbide autre que celui propre au fongus hématode.
L'observation suivante (3) a été publiée comme un cas de fongus hématode; mais la dissection y a iail voir des altérations morbides
(l)Op cil., p. 617.
(2) Op. cil., pp. 20-2, 40(1 ; pi. III. fiii. 7.
(5; Lanccl, vol. XI, p. 87 ; Loixlon, 1827.
272 AUGMENTATION DU VOLUME DU GLOBE DE l"0EIL, ETC.
tout à fait distinctes de celles que Ton observe dans les vrais cas de cette affection. Elles ressemblent beaucoup à ce que M. Travers a vu dans celui que nous venons de citer.
Obs. 468. — Un garçon, âgé de 2 ans et 8 mois, confié aux soins de M. Wardrop, devint hydropique et mourut après avoir été deux l'ois soumis à la paracentèse abdominale.
On avait remarqué, quelques jours avant sa mort, un aspect particulier de l'œil gauche ; le fond de la chambre de l'humeur vitrée offrait un reflet métallique, dû à la présence d'un corps opaque jaunâtre.
A l'autopsie, on trouva dans l'abdomen un sac qui adhérait au péritoine et contenait une grande quantité d'un fluide purifornie mélangé avec du sérum. Ce sac était formé par la séparation et l'épais issemenl des deux lames du grand épiploon. Il existait entre les deux lames du petit épiploon un autre kyste contenant environ une pinte d'un fluide semblable.
Le nerf optique de l'œil affecté ressemblait parfaitement à celui du côté opposé depuis la couche optique jusqu'à son entrée dans l'œil. La consistance ni la densité de la sclérotique n'étaient sensiblement altérées. La choroïde paraissait un peu plus pale qu'à l'ordinaire; déchirée sur un point pendant la dissection, elle laissa échapper un fluide crémeux. En renversant la choroïde, on vit la chambre de l'humeur vitrée remplie d'une masse opaque blanchâtre, à la partie antérieure de laquelle se trouvait le cristallin. L'immersion dans l'alcool rendit la rétine plus opaque que la production nouvelle; son aspect était naturel et elle enveloppait la production morbide. La membrane hyaloïde entourait aussi la tumeur et était devenue opaque dans quelques points où elle adhérait fermement au produit anormal. Celui-ci présentait une masse consistant en granules ou lobules unis par une membrane finement réticulée. Elle semblait avoir pris naissance dans le point où le nerf optique traverse la sclérotique ; du moins était-elle unie à ce point par un petit pédicule qui se continuait avec la portion la plus considérable attachée à la choroïde. La structure de ces diverses portions était parfaitement identique, c'est-à-dire qu'elles étaient formées par de petits granules du volume d'un grain de millet environ et réunis par une membrane réticulée.
La maladie qui, dans l'observation suivante, détruisit la rétine et le corps vitré et simula un fongus hématode, parait avoir été une bydrophtbalmie postérieure.
Obs. 469. — Sur l'œil gauche d'un enfant, âgé de S mois, M. Critchctt trouva la conjonctive et la sclérotique congestionnées, la surface antérieure de l'iris terne et la chambre antérieure un peu diminuée de volume par la saillie en avant de l'iris. 11 traita cette affection pendant environ un mois pour une iritis scrofuleuse sans obtenir d'amélioration. Un changement complet s'effectua néanmoins bientôt; la sclérotique s'amincit et prit une teinte noire, tandis qu'une masse jaune brillante, s'avançant graduellement de la partie postérieure de l'œil, vint élargir la pupille et pousser le cristallin contre la cornée. On supposa qu'il s'agissait d'une tumeur médullaire, et l'œil fut extirpé. 11 ne survint aucun symptôme fâcheux et, trois mois après, la santé de l'enfant allait en s'amélioranl notablement.
En ouvrant l'organe malade, dont le volume n'était point augmenté, on trouva les parties dans l'étal suivant : immédiatement derrière la cornée se trouvait l'iris, derrière celui-ci le cristallin, tous deux si étroitement appliqués contre la cornée qu'ils oblitéraient presque complètement les chambres de l'humeur aqueuse. La moitié antérieure du cristallin était transparente; sa moitié postérieure, légèrement opaque, présentait, près de son centre, une petite élevure noduleuse, appliquée contre une membrane finro-vasculaire jaunâtre, opaque, unie et luisante, inséparablement unie à une masse gélatineuse qui se trouvait derrière elle et était constituée par les éléments rompus de la rétine, ayant subi des modifications. Les procès ciliaires étaient refoulés en arrière. Le reste de la cavité oculaire était occupé par un fluide albumineux, grumeleux, qui se trouvait en contact avec la choroïde; on n'apercevait aucune portion de l'hyaloïde ni de la rétine étalée. Le fluide
TUMEURS NON MALIGNES DU GLOBE DE l'oEIL, ETC. 275
tenait en suspension des corpuscules sanguins, des granules graisseux, des corpuscules d'exsudation, des cellules de pigment et quelques cellules délicates d'épi thélium vibralîle. Le nerf optique, à son passage à travers la sclérotique et un peu au delà, était atrophié. Dans ce cas, une hémorrhagie fournie par la choroïde doit avoir séparé la rétine du nerf optique et l'avoir poussée en avant vers le cristallin. Les débris de la choroïde auront fourni quelques-uns des éléments trouvés dans le fluide qui occupait la place de l'humeur vitrée (1).
Non seulement les tumeurs non malignes peuvent revêtir un aspect formidable et détruire l'œil, mais leur volume et les fâcheux effets qu'elles déterminent peuvent exiger l'extirpation de l'organe. En général néanmoins, l'œil affecté s'atrophie et ne donne plus lieu à aucun inconvénient.
[L'observation suivante publiée par M. Metaxas (2) offre un cas très remarquable de tumeur fibreuse de la rétine.
Obs. 470. — Un homme de 79 ans, d'une constitution faible et d'un tempérament lymphatique, est admis comme aliéné à l'hospice de tjieètre, dans le service de M. Moreau (de Tours), le Ier août 1856. Il meurt le 10 à dix heures du malin, et son corps est immédiatement transporté à l'amphithéâtre.
Vingt-quatre heures après la mort, on peut constater les lésions suivantes :
L'œil droit est sain; l'œil gauche offre d'une manière générale, à l'aspect extérieur, quelque chose de terne, d'opaque. La convexité de la cornée est à l'état physiologique; aucune déformation, aucune tache ne s'y fait remarquer. En regardant de côté le globe oculaire, on voit la chambre antérieure considérablement diminuée selon le diamètre antéro-postérieur. La face postérieure de la cornée est saine; pas de synéchie antérieure. L'iris présente la teinte verdàtre particulière à l'inflammation chronique de ce diaphragme. La pupille est complètement oblitérée. On incise transversalement l'iris dans toute sa largeur avec les plus grandes précautions, de peur d'atteindre la capsule; malheureusement, on ne peut arriver à ce but par suite d'adhérences intimes multipliées entre la face antérieure de la capsule et la face postérieure de la membrane (synéchie postérieure). Une pression légère opérée avec les doigts sur le globe oculaire fait sortir le cristallin par l'ouverture pratiquée à l'iris. Cette lentille opaque à sa périphérie offre à son centre une dureté remarquable et une opacité non moins grande, signes non équivoques de cataracte mixte.
Il est difficile de constater l'état du corps vitré, mais il est extrêmement probable qu'il y avait synchysis étincelant, car la portion qui touche à la rétine offre une grande quantité de cristaux de cholestérine, faciles à reconnaître avec le microscope.
Voici maintenant quel était l'état de la membrane rétinienne : A la face antérieure est une tumeur d'un blanc sale, dure au toucher comme du cartilage. Sa forme est pyramidale, son sommet est tourné en avant, sa base tournée en arrière. Le volume de cette base offre en hauteur 5 millimètres et en largeur 10 millimètres. Une ligne menée du sommet au centre de la base présente une longueur de 14 millimètres; elle est située immédiatement en dedans et un peu en bas de la papille du nerf optique, qu'elle envahit en outre complètement sans la dépasser en dehors. Très intimement adhérente à la rétine, avec laquelle elle fait corps, elle s'avance jusqu'aux insertions antérieures de cette membrane. La moitié externe de la rétine est décollée de la choroïde et repliée au-devant de la tumeur. La choroïde est entièrement saine par sa face externe; elle adhère fortement avec la rétine au niveau de la tumeur, et dans toute l'étendue de cette tumeur offre un épaississement très remarquable de 2 millimètres au moins, et une coloration grisâtre. Elle ne peut être séparée que par déchirement.
L'examen microscopique de la tumeur est fait par M. Dézaneaux, interne du service de
(1] Lancet, Mardi i, 1854, p. 242. Je dois à M. James Dixon quelques-unes des particularités ajoutées à celte observation.
[(2) Gazette des hôpitaux, 1856, n" 108.]
M. Després, et 1res familier avec les recherches microscopiques. En voici le résultat décrit par lui-même :
« Comme élément de cette tumeur, j'ai trouvé un tissu fibreux sous forme de petits faisceaux, larges d'un millimètre, solidement unis entre eux par de la matière amorphe, transparents et ne se décomposant nettement en fibrilles que sur les bords. Entre ces faisceaux étaient irrégulièrement disséminés des myclocytes entièrement analogues à ceux qui entrent dans la structure de la rétine à l'état sain, assez nombreux pour représenter le dixième environ de la masse totale de la tumeur. Ils affectaient la forme de noyaux ovoïdes de 6 millimètres, sans nucléoles, mais remplis en partie de très fines granulations élémentaires. Enfin, la tumeur renfermait encore une quantité considérable de larges cristaux de clioleslérine. Je n'y ai pas trouvé de vaisseaux. T. W.j