‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 58 sur 147 · TRAITEMENT MÉDICAL DE LA CATARACTE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT MÉDICAL DE LA CATARACTE

On a proposé trois méthodes différentes pour guérir la cataracte sans opération, savoir : la méthode antiphlogistique, la stimulante et la révulsive. On peut demander si réellement ces moyens ont jamais réussi, dans un cas de cataracte vraie, à rétablir la transparence des parties. Beaucoup des cas de guéri son qu'on a mis en avant n'étaient que des cas où de la lymphe plastique s'était épanchée au-devant de la capsule (1), ou bien des cas de rupture de cette membrane et d'absorption du cristallin opaque produite par Faction dissolvante de l'humeur aqueuse. Il est certain que, dans quelques autres, il n'y avait aucune trace d'affection du cristallin ni de sa capsule; il s'agissait de cas de glaucome avec amaurose commençante pris à tort pour des cataractes , et soumis à divers modes de traitement, qui réussissent assez souvent à rendre à la rétine un certain degré de sensibilité.

1. La saignée et le mercure doivent vraisemblablement produire de bons effets, si l'inflammation est la cause de l'opacité du cristallin et de sa capsule. L'efficacité de ces remèdes au début des fausses cataractes, surtout des fibrineuses, est parfaitement démontrée, mais dans les vraies cataractes on ne les a jamais ou que rarement essayés. 14 y a cependant des cas où l'on en retirerait peut-être des avantages, par exemple, tout à fait au début delà cataracte de Morgagni, affection qui, suivant Béer, doit surtout son origine à une irritation extérieure.

2. M. Ware, dans une des notes qu'il a ajoutées au traité de Wenzel sur la cataracte, déclare : « qu'il espère qu'on finira par découvrir quelque remède à l'aide duquel on pourra rendre au cristallin opaque sa transparence sans recourir à une opération; » il ajoute que «les remèdes qui, en pareil cas, fui ont paru produire plus d'effet que les autres, consistent dans l'application sur l'œil d'une ou deux gouttes d'éther, une ou deux fois par jour , et dans des frictions pratiquées sur l'œil par-dessus la paupière, avec le bout du doigt trempé dans un Uniment légèrement volatil ou mercuriel. »

M. Gondret, que j'aurai occasion de citer à propos du traitement révulsif de la cataracte, applique aussi des stimulants sur l'œil, et particulièrement l'électricité et le galvanisme, et les collyres ammoniacaux. Magendie (2), qui a publié un mémoire de M. Gondret sur ce sujet, considère les observations de ce praticien comme venant à l'ap-

(1) Benvenuio Cellini roconle à Clément VII que deux ralaractes lui étaient tombées sur les yeux. Il semblerait qu'il s'agissail de deux irilis syphilitiques, dont Bcnvenuio se guérit luimême par l'usage du lignumvilœ. — Memoirs of Bcnvenuio Cellini ; vol. I, chap. II.

(2J Journal de Physiologie, t. V, p. 41 ; Paris, 1825.

pui de ses idées sur l'influence que le nerf de la cinquième paire exerce sur la nutrition de l'œil. Après la section de ce nerf, la nutrition de l'œil s'arrête, la cornée devient opaque, et les humeurs sont transformées en une substance qui ressemble à du lait caillé. Comme il survient des changements semblables lorsqu'une maladie rend le nerf impropre à remplir ses fonctions, l'hypothèse qui fait dépendre la cataracte d'un défaut de l'action du nerf qui préside à la nutrition de l'œil, est loin d'être invraisemblable, d'autant qu'on admet généralement qu'elle est due à quelque maladie affectant les points où le cristallin puise sa nourriture. Si ces vues sont exactes, il est probable qu'en stimulant ou en modifiant de quelque autre façon l'action du nerf de la cinquième paire, on pourra agir sur la nutrition du cristallin ; ainsi, si le manque d influx nerveux produit l'opacité, une excitation pourra éloigner la tendance à la formation d'une cataracte, ou même, dans quelques cas, rétablir la transparence naturelle.

5. Le mémoire de M. Gondret que nous venons de ciler, sur le traitement de la cataracte, contient un nombre suffisant d'observations pour mériter de fixer l'attention; aucune d'elles cependant ne démontre d'une manière irréfragable qu'on puisse guérir une cataracte vraie par les moyens qu'il préconise. Le remède auquel il ajoute le plus de confiance est la cautérisation syncipitale, pratiquée soit avec le cautère actuel, soit avec un onguent préparé avec de l'ammoniaque liquide fortement concentré. Je ne saurais nier, d'une façon absolue, l'efficacilé des révulsifs énergiques à détourner l'action morbide qui produit la cataracte vraie; mais, dans la plupart des cas de M. Gondret, surtout dans ceux où l'opacité qu'on apercevait derrière la pupille avait été précédée d'inflammation, il y a de fortes raisons de penser qu'il s'agissait de cataractes fausses (1).

[(1) Voyez pour les cas de cataracte guérie sans opération : G. M. Lopez. Traitement médical de la cataracte par l'iodure de potassium et l'ammoniaque liquide, El Porvenir medico, 10 nov. 1855. Van Berchem. Cataracte guérie par un traitement médical, Ann. de la Soc. de méd. d'Anvers, 1855, p. 268. Peruzzi, Cataracte guérie par le traitement mercuriel ; Gaz. méd. de Paris, 1856.

Nous pensons que la question de la curabilité de la cataracte, sans l'intervention d'une opération chirurgicale, doit être, en général, résolue d'une manière négative. Si, dans des circonstances exceptionnelles, la vue a été rendue par le seul secours des soins médicaux à des personnes qui étaient aveugles depuis longtemps , c'est que vraisemblablement ces personnes n'étaient point atteintes de cataractes vraies. Nous ne dénierons pas cependant, et c'est la plus large concession que nous puissions faire à l'opinion contraire, que, dans certains cas de cataracte accidentelle au début, surtout de cataracte traumatique, un traitement médical peut faire disparaître l'opacité , bien que nous n'en possédions personnellement aucun exemple. Cette part laite aux partisans de la curabilité médicale de la cataracte, hàlons-nous d'ajouter que, dans notre pensée, les leutalh es que l'on fait chaque jour pour arriver à ce but sont, en général, le fait de l'ignorance ou du charlatanisme. Le chirurgien qui annonce qu'il guérit la cataracte sans opération, exploite honteusement la crédulité publique et ne fait guère que des dupes. Heureux encore les malades qui sortent de leurs mains sans avoir eu à subir d'autres atteintes que celles portées à leur bourse. On cite un vieux chirurgien qui, après avoir couru le monde pour opérer les cataractes, atteint aujourd'hui lui-même de la cataracte et incapable d'opérer encore, annonce qu'il guérit cette affection sans opération. Quand il voit qu'il n'y réussit pas, et l'on sait si les occasions doivent en être rares, il prétexte le besoin d'enlever un cil dévié, plonge une aiguille ù travers la cornée, dilacère la

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