MYODÉSOPIE NON SENSITIVE
Spectre fixe. — Ce fait qu'il existe certaines mouches fixes qui, une fois bien formées, ne changent jamais de position, soit par rapport l'une à l'autre, soit par rapport à l'axe optique, nous conduit naturellement à chercher quelque exemple d'un spectre lixe naturel analogue aux prototypes des diverses espèces de mouches dont nous avons déjà parlé, et qui toutes possèdent un mouvement réel en même temps qu'un mouvement apparent. Le spectre vasculaire, tel qu'on l'obtient dans l'expérience de Purkinje, et ce que l'on désigne sous le nom de couleurs accidentelles, sont les seuls exemples que je puisse m'en rappeler.
Vaisseaux sanguins et point central de la rétine, tels qu'on les voit dans l'expérience de Purkinje. — On ne doit pas clore les paupières de l'œil dont on ne fait point usage; le gauche, par exemple, mais on empêche, avec la main ou tout autre moyen, la lumière de tomber sur lui. On regarde alors fixement en avant avec l'œil droit, puis on prend une bougie allumée (l'appartement ne doit contenir aucune autre lumière) que l'on fait mouvoir lentement de haut en bas et vice versa au côté temporal de l'œil droit, ou de
(1) Chelius. Handbuch der Augenlieilkunde, Vol. I, p. 571 ; Stuttgart, 1845.
droite à gauche au-dessous de lui. Au bout de quelques secondes, on aperçoit distinctement les vaisseaux sanguins de la rétine avec toutes leurs ramifications, d'une teinte sombre, fortement grossis, et se projetant sur un fond d'un blanc grisâtre, qui ne paraît situé qu'à un pied au-devant de l'œil.
Il est indispensable que la lumière se meuve; car dès qu'elle reste stationnaire, l'image se brise en fragments et s'évanouit. Bien que ce soit là un exemple d'un spectre fixe, il faut faire observer que, pendant que la lumière se meut, l'image se déplace aussi et cela dans une direction opposée à celle de la lumière; ce qui me semble une conséquence de la distance qui existe entre les vaisseaux et la couche sentante de la rétine. Aucun spectre n'apparaît lorsqu'on éloigne et rapproche successivement la lumière de l'œil, non plus que lorsqu'on découvre et couvre alternativement cet organe.
Lorsque c'est l'œil droit qui sert à l'expérience, la partie du spectre qui correspond à l'entrée du nerf optique se montre naturellement à la droite de l'observateur; et l'on voit partir de ce point deux troncs vasculaires se portant en haut et deux qui se portent en bas, d'où ils se prolongent en prenant une forme arquée vers la gauche, pour s'évanouir vers le milieu du champ de la vision. Purkinje décrit la portion du spectre correspondant à la partie centrale de la rétine, comme offrant une forme circulaire concave.
Purkinje n'a donné aucune explication de celte remarquable expérience. En voici une destinée à suppléer à son silence et que je crois due à la plume de M. Wheatstone (1) :
« Si les vaisseaux sanguins répandus sur la surface antérieure de la rétine étaient complètement opaques, ils empêcheraient la transmission de la lumière à la matière nerveuse située au-dessous d'eux, et leurs ramifications seraient constamment visibles; mais ils sont transparents, et, dans les cas ordinaires, la quantité de lumière qui les traverse ne diffère pas beaucoup de celle qui tombe directement sur la rétine. Toutefois, lorsque celle-ci est fatiguée par une lumière intense, les veines deviennent visibles, parce que la rétine n'est plus influencée par la quantité de lumière qu'elles lui transmettent; mais cet effet n'est que momentané, car les parties qui sont ainsi abritées contre la lumière plus intense récupèrent promptement leur susceptibilité, et les images s'évanouissent; mais on peut les rendre de nouveau visibles en les déplaçant sur la rétine, et, en les faisant ainsi changer déplace, on rend ces images permanentes. »
Purkinje et Wheatstone ont indiqué des procédés à l'aide desquels on rend visibles les plus petits vaisseaux de la rétine, ainsi que son point central. Voici l'un des plus faciles :
Dirigez un œil vers une plaque de verre dépoli ou une feuille de papier, derrière et contre laquelle se trouve une bougie; faites mouvoir au-devant de l'œil et d'un côté à l'autre, en lui imprimant un mouvement de tremblotement, une carte noire percée d'un trou d'un dixième de pouce de diamètre. L'image de la lumière sur la rétine se trouvant ainsi continuellement déplacée, on voit apparaître un réseau extrêmement compliqué de vaisseaux sanguins, de couleur blanc-grisâtre, et dans lequel on voit les ramifications des troncs supérieurs s'anastomoser avec celles des inférieurs; tandis qu'on distingue, au centre du champ visuel, un petit cercle sombre où l'on n'aperçoit aucune trace de vaisseaux, et qui est le point central de la rétine.
Couleurs accidentelles. — Dans les expériences relatives à la production des couleurs accidentelles que nous avons rapportées dans la section précédente, le spectre, bien que fixe quand l'œil reste en repos, se porte néanmoins, suivant les mouvements de l'œil, en haut, en bas, ou d'un côté à l'autre, suivant les muscles que l'on contracte, même lorsque les paupières sont fermées. Si nous déterminons une impression sur la rétine, à l'aide d'un pain à cacheter coloré, par exemple, et que nous nous bornions à fermer les paupières, comme dans cette action la pupille est un peu soulevée parce que l'œil est également contenu entre les droits supérieur et inférieur, le spectre se montre suivant une ligne horizontale, ou un peu au-dessus, et persiste ainsi jusqu'à ce que nous tournions volontairement l'œil dans quelque autre direction. En contractant de nouveau le muscle orbiculaire des paupières, le globe de l'œil roule en haut et le spectre s'élève.
Les spectres dans ces sortes d'expéiiences sont en général prompts à s'évanouir; mais, en portant la lumière qui les produit à un haut degré d'intensité, on peut les rendre plus ou moins durables, comme dans le cas de Sir Isaac Newton, qui, en regardant l'image du soleil réfléchie par un miroir, produisit un spectre lumineux entouré de couleurs, d'une
(1) Journal of the Royal Institution of Greal Brilain, vol. I, p. 111 ; London, 1831.
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persistance telle que, pour s'en débarrasser, il fut obligé de s'enfermer pendant trois jours dans une chambre obscure; ou celui rapporté par Buffon, d'un de ses amis qui, après avoir regardé une éclipse de soleil par un petit trou, vit pendant plus de trois semaines l'image colorée de ce corps céleste sur tous les objets qu'il regardait.
Spectres persistants. — Mouches fixes. — Il y a quelque raison de croire non-seulement que les mouches fixes, comme on les appelle, ont dans quelques cas de la ressemblance avec les spectres dont nous venons de parler, tant sous le rapport de la forme que sous celui de l'espèce d'affection de la rétine dont elles dépendent , mais encore qu'elles ne sont, dans certains cas, que des spectres persistants, conséquences d'une surexcitation du nerf de la vision et de l'épuisement de la faculté sensitive. Le cas de Buffon lui-même peut être cité comme un exemple de cette espèce.
« J'ai vu, dil-il, pendant plus de trois mois, des points noirs en si grande quantité, que j'en conçus beaucoup d'inquiétude. J'avais probablement fatigué mes yeux en répétant trop fréquemment les expériences précédentes (celles sur les couleurs accidentelles), et en regardant le soleil; car c'est à cette époque qu'apparurent ces points noirs que je n'avais jamais aperçus jusqu'alors. Ils en arrivèrent à me fatiguer tellement, surtout lorsqu'en plein jour je regardais quelque objet fortement éclairé, que j'étais obligé de détourner les yeux : le jaune surtout m'était insupportable, et je fus obligé de faire remplacer par des rideaux verts, les stores jaunes de mon appartement. M'élant attaché à éviter de regarder les couleurs vives et les objets brillants, le nombre des points noirs diminua graduellement, et à présent je n'en suis plus incommodé. Ce qui me donna la conviction que ces points noirs étaient le résultat d'une trop forte impression de la lumière, c'est qu'après avoir regardé le soleil, je voyais toujours pendant un certain temps une image colorée recouvrant tous les objets; et surveillant attentivement les diverses dégradations de cette image colorée, je remarquai qu'elle perdait graduellement ses couleurs, de sorte que je ne voyais plus sur les objets qu'une tache noire, d'abord assez grande, mais qui diminuait insensiblement, et finissait par se réduire à un point noir (1). »
Quinze ans environ après l'attaque qu'il a ainsi décrite, Buffon, qui étudiait beaucoup et était très myope, en eut une autre qui, commençant par de la photopsie, fut suivie de l'apparition devant son œil gauche du spectre d'un anneau ou disque noir, recouvrant tous les objets et l'empêchant de lire. Après un jour et deux nuits, cette sensation s'amoindrit de façon à lui permettre de voir les objets à droite et en bas. Pendant quinze jours, il ne put voir la plume avec laquelle il écrivait. Ses yeux s'enflammèrent, ce qui l'obligea à leur donner du repos, et, au bout de quelques mois, le spectre se brisa en fragments et sa vue se rétablit (2).
Apparences diverses des mouches fixes ou rétiniennes . — Les mouches fixes sont parfois uniques; mais souvent elles sont multiples. Leurs dimensions et leurs formes varient extrêmement. Elle ne sont pas toujours fixes dès le début; mais, après avoir affecté l'un des côtés de l'axe optique, elles peuvent se porter à l'autre, fait qui indique peut-être qu'elles sont dues à un épanchemcnt de sang fourni
(1) Mémoires de l'Académie Royale des Sciences, pour 1743, p. 156 ; Paris, 1746.
(2) Histoire de l'Académie Royale des Sciences, pour 1760, p. îi'ô ; Paris, 1766.
par les vaisseaux rétiniens. Elles sont parfois semi-transparentes au début, mais ensuite leur couleur est généralement noire, ou du moins beaucoup plus sombre que celle des mouches flottantes ou ento-hyaloïdiennes. Elles sont souvent si noires que, quand les deux yeux sont ouverts et que la mouche n'affecte que l'un d'eux, la figure d'une personne qui se tient devant le malade semble effacée, ou sa tète coupée; la flamme d'une lampe à gaz semble éteinte. Leur couleur change toutefois d'une façon remarquable et devient d'un blanc grisâtre lorsque l'œil est fermé, pour reprendre instantanément la teinte d'un noir de velours quand il est rouvert à la lumière. Quelquefois, lorsqu'on ferme l'œil, la mouche fixe offre la couleur de l'objet qui a impressionné en dernier lieu la rétine.
Les mouches fixes font parfois paraître les objets blancs, comme s'ils étaient couverts de grandes taches noires mal limitées. Quelquefois le malade voit dans l'air la forme de lettres noires , comme celle d'un T ou d'un X par exemple. Dans d'autres cas, il dit qu'il lui semble voir comme à travers un tamis dont les interstices diminueraient de plus en plus, jusqu'à ce que la cécité devienne complète.
Une mouche fixe, occupant le centre du champ de la vision et s'étendant graduellement jusqu'à la circonférence, se termine par une des variétés les plus rebelles d'amaurose. On doit l'attribuer à un changement de structure survenu dans le point central de la rétine, résultat évident, dans quelques cas, d'un état de surexcitation de l'œil amené par l'application continue à de petits objets. « Ce que je vois, me disait un littérateur en voie de perdre la vue, ressemble à un pain à cacheter noir qui couvrirait les objets. Il devient de plus en plus large, car autrefois je pouvais lire au delà de son bord, mais actuellement je ne le puis plus. »
Millier dit que la figure vasculaire, observée dans l'expérience de Purkinje, s'aperçoit quelquefois avec un caractère lumineux. « J'ai souvent vu cette figure lumineuse ramifiée dans le champ obscur de la vision, quand, après avoir monté un escalier, je me trouvais brusquement dans l'obscurité, ou lorsque je plongeais brusquement ma tète sous l'eau en me baignant. Cette apparition lumineuse est évidemment l'effet de la compression que les vaisseaux remplis de sang exercent sur la rétine (1). » Une pression modérée sur la rétine produit toujours une sensation lumineuse ; mais si l'on augmente cette pression, on détermine l'obscurité. Les malades disent quelquefois que le spectre qu'ils aperçoivent a l'aspect d'une araignée avec les pattes étendues ; mais généralement, lorsqu'on indique au malade la manière d'examiner soigneusement cette espèce de spectre, il reconnaît qu'il s'agit de mouches perlées ou flottantes. Si l'on reconnaissait
(1) Op. cil., vol. Il, p. 1211.
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qu'il ne possède aucun mouvement réel et qu'il ne produit point une image double sur la rétine lorsqu'il est exposé à deux rayons lumineux divergents, on serait conduit à l'attribuer à un état variqueux des vaisseaux sanguins de la rétine. Il est assez probable que cet état des vaisseaux était la cause d'une apparence particulière vue par une pauvre femme à qui je donnais des soins, et qui, complètement amaurotique d'un œil, était en voie de perdre rapidement la vue de l'autre. « Pendant quelque temps, disait-elle, j'ai vu deux buissons devant cet œil, et maintenant les deux se confondent. »
Quand le globe de l'œil bouge, la mouche fixe semble se mouvoir avec la même vélocité; nous en avons un exemple dans la carphologie, ou lorsque le malade épluche ses couvertures. La figure d'une souris courant sur le plancher est un spectre que j'ai vu accompagner l'insensibilité d'une portion de la rétine et annoncer une amaurose complète. La distinction clés mouches fixes d'avec les mouches flottantes exige donc, de la part du malade, beaucoup d'attention et un grand pouvoir d'observation. Quelquefois il est affecté des deux espèces de mouches. Ainsi, Hellwag rapporte que, en regardant à travers une carte percée d'un trou d'épingle, il voyait deux choses : des points noirs fixes qui ne changeaient point de position les uns par rapport aux autres ni par rapport à l'axe optique, et une toile semitransparente mobile composée de chaînes entrelacées (1).
Les affections des vaisseaux de la rétine sont les causes probables des mouches fixes. — On admet généralement qu'un état morbide des vaisseaux de la rétine, dans lequel ils sont soudainement distendus au delà de leur diamètre naturel, ou même rompus, de façon que du sang s'épanche à la surface ou dans la substance de cette membrane (apoplexia retinai), peut, par la compression qui en résulte, donner naissance à une abolition partielle de la vision et à des mouches fixes. Il en est vraisemblablement de même de la dilatation partielle de ses artères et de l'état variqueux de ses veines. On a trouvé l'artère centrale de la rétine dans un état anévrysmatique évident.
Mouches fixes suite de paralysie partielle de la rétine. — On a supposé que la substance nerveuse de la rétine est susceptible d'être frappée de paralysie dans certaines portions de son étendue, indépendamment de toute affection de ses vaisseaux sanguins. Andreae compare cet état supposé de la rétine à celui dans lequel se trouve le cerveau dans l'apoplexie nerveuse ; il l'appelle une perte de fonction par suite d'une insuffisance d'action vitale. Il dit que les mouches qui dépendent de cette cause disparaissent pendant un certain temps sous l'influence de certains excitants physiques et moraux, tels qu'un joyeux repas, un verre ou deux de vin, ou une conversation agréable.
(2) Observation citée par Andre.e, Op. cit., p. 21.
Mouches fixes su,ile de mélanose et de névrôme de la rétine. — On ne saurait guère clouter que les petits points noirs qui, dans certains cas, se déposent sur la surface concave de la rétine et constituent ce que l'on a appelé mélanose de la rétine, et les corps plus volumineux qui, dans d'autres cas, se rencontrent à sa surface convexe, et auxquels on a donné le nom de névrômes, ne donnent quelquefois naissance à des mouches fixes.
Obs. 556. — Langenbeck rapporte l'observation d'un homme qui avait été pendant longtemps fort dérangé par des mouches. A l'autopsie, ni l'humeur aqueuse, soigneusement conservée et examinée au microscope, ni l'humeur vitrée, ni le cristallin, ne laissèrent rien apercevoir d'anormal. La rétine et les tuniques de l'œil ne présentaient rien d'anormal à l'œil nu. Les vaisseaux de la rétine n'étaient point agrandis, ni plus nombreux, ni plus remplis de sang qu'à l'ordinaire. En examinant cette membrane au microscope, on vit que toute la surface interne était couverte de points noirâtres ou bruns qui semblaient formés par des molécules de pigment noir, rassemblées dans de petits globules environ dix fois plus gros que les globules médullaires de la rétine. Ils étaient également disposés, et dans un certain ordre, sur la rétine, principalement le long du trajet des vaisseaux sanguins. On les apercevait dans chaque rétine, mais plus noirs et plus nombreux dans celle de l'œil gauche.
La myodésopie chez ce malade était continue, bien qu'elle augmentât par intervalles, surtout lorsqu'il buvait des liqueurs spiritueuses. Quelques-unes des mouches flottaient devant ses yeux, mais le plus grand nombre étaient fixes. Lorsqu'il écrivait, son papier lui paraissait parsemé de grains de tabac à priser : cette ressemblance était si complète que souvent il essayait de les balayer.
Les petites tumeurs appelées névrômes paraissent produites par la rétinite chronique : elles recouvrent la surface convexe de la rétine et sont rouges, pellucides et un peu proéminentes: quelques-unes s'aperçoivent à l'œil nu, ayant deux fois le volume d'une graine de pavot ; d'autres sont si petites qu'on ne peut les voir qu'au microscope. Elles sont mélangées de points noirs et entourées de stries de pigment. Quelques-unes offrent à leur centre une dépression semblable à un ombilic, et contenant un point noir. Elles sont enfouies dans la substance corticale de la rétine; il se peut qu'elles soient des accroissements morbides des globules médullaires. La couche cellulo-vasculaire de la rétine est en pareil cas plus épaisse et plus ferme qu'à l'ordinaire , d'une couleur blanchâtre, parcourue par des vaisseaux rouges et facile à séparer des autres couches. Telle est la description que donne Langenbeck de cet état morbide de la rétine (1).
C'est par conjecture que l'on a admis que les névrômes, aune période voisine de leur début, occasionnent des mouches fixes. Finalement, ils déterminent une amaurose complète, et on ne les rencontre que sur des yeux complètement privés de la vue.
On ne saurait être trop réservé dans les conclusions à tirer relativement aux symptômes que certains états pathologiques peuvent déterminer sur la vision, et en particulier sur les symptômes qui peuvent
(1) De relinà. Obscrvaiioncs analomico-palhologicœ, p. 159 ; Gottingœ, 1856.
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être la conséquence de certaines altérations morbides de la rétine. La rétinite, par exemple, qui, contrairement à ce que Ton aurait pu supposer, ne s'accompagne pas de douleur, amène un épanchement sur la surface concave de la rétine, accompagné d'un obscurcissement général de la vue, et lorsque le traitement est parvenu à faire diminuer la maladie, l'apparition, non de mouches fixes, mais de mouches flottantes. Les névrômes siégeant sur la surface convexe de la membrane sont plus dangereux pour la vision que la mélanose qui, de son côté, est plus sujette à produire des mouches fixes, sans amener la cécité complète. La relation intime qui existe entre les diverses portions de la rétine, considérée comme surface sensorielle, etl'aclion réciproque quechacune de ces portions exerce sur les autres, sont probablement plus marquées sur la surface convexe, qui en réalité a une structure plus nerveuse que vasculaire, que sur la surface concave de celte membrane. C'est pourquoi les névrômes peuvent produire par irradiation l'amaurose complète, tandis que la mélanose n'occasionne que des mouches fixes. Les points mélaniques, bien qu'ils soient extrêmement nombreux, ne détruisent pas la vision, parce qu'ils sont situés sur une des couches les moins importantes de la rétine ; les névrômes, quoique moins nombreux et laissant probablement entre eux un grand nombre d'espaces clans lesquels la rétine n'est pas altérée, produisent l'abolition complète de la vision, parce qu'ils siègent dans une matière nerveuse qui exerce une certaine influence sur les parties voisines ; fait analogue à ce que nous savons des fonctions de la rétine à l'état sain.
États morbides de la choroïde qui produisent probablement des mouches fixes. — Si nous ne devons parler qu'avec réserve de la rétine comme siège des causes efficientes des mouches fixes, c'est encore d'une façon plus douteuse que nous signalerons la choroïde comme pouvant les déterminer. Les observations nécroscopiques manquent ici complètement; aussi n'est-ce que comme probabilités que nous pouvons indiquer des épaississements partiels de la choroïde, la dilatation de ses vaisseaux, des dépôts sur ses surfaces, comme des causes qui, en comprimant la rétine, occasionnent d'abord la photopsie, puis ensuite des mouches fixes.
États morbides des nerfs optiques et du cerveau déterminant probablement des mouches fixes. — De même que les nerfs optiques et l'encéphale déterminent des sensations lumineuses, même après que le globe de l'œil a été extirpé, de même ils peuvent être la cause de spectres noirs et d'amaurose partielle. C'est un fait bien connu que les affections du cerveau peuvent produire l'hémiopie.
Obs. 557. — Le docteur Delafield (-1) rapporte l'observation d'un vieux Monsieur qui finit par devenir complètement aveugle; l'un des premiers symptômes qu'il éprouva fut,
(1) Noies et additions au Travers' Synopsis of Ihe Discases of Ihe Eye, p. 514; New- York, 1825.
en se promenant, de s'imaginer voir à lerre des objets qui lui interceptaient le passage, et qu'il s'efforçait d'éviter en faisant de grands pas et en levant fortement les pieds. Ces spectres étaient peut-être des mouches fixes. A Tautopsie, les yeux parurent sains à tous égards, tant par leur plénitude que par leur transparence. On ne dit point toutefois que l'on ait examiné la rétine au microscope. Les ventricules du cerveau contenaient beaucoup de liquide, et les nerfs optiques, au niveau et à partir du ganglion opticum (chiasma?) étaient raccornis, ou plutôt absorbés, de sorte qu'ils paraissaient aplatis et de couleur jaune paille. Il ne restait que la gaîne du nerf, la substance médullaire ayant entièrement disparu.
Symptômes qui coïncident avec les mouches fixes. — Dans la plupart des cas où les mouches fixes constituent un symptôme saillant, on trouve toujours une combinaison de divers autres symptômes subjectifs, tels que la photopsie, ou sensation d'étincelles et de halos lumineux ; des mouches flottantes (la rétine conservant les impressions d'une façon anormale); des spectres oculaires; l'apparition et la disparition alternatives de petits objets; l'hémiopie; la vision partielle et oblique; la sensation d'un nuage qui flotte devant les yeux et à travers lequel s'établissent des ouvertures par lesquelles les petits objets sont vus par moments, pour redevenir ensuite obscurs; les objets brillants paraissant entourés alternativement d'ombre ou de lumière tremblotante ou ondulante; les contours des objets mal limités et nuageux, comme s'ils étaient bordés de brouillards ; les lignes perpendiculaires paraissant déformées ; les caractères d'impression rompus ou à dentelures ; les objets circulaires dépouillés de leur figure régulière. On ne doit point confondre ce qui appartient aux mouches fixes avec ce qui dépend d'autres causes. Le lecteur trouvera une observation intéressante dans laquelle existe ce mélange de symptômes; elle a été publiée par le malade lui-même, M. Keir, dans The Lancet, October 1, 4842. L'observation du professeur Roze offre un exemple de la même nature. Outre la sensation d'un disque qu'il voyait devant l'un de ses yeux, les objets lui apparaissaient courbés, déformés, et frangés; les lettres étaient brisées ; les objets se montraient colorés en bleu et en vert ; le disque s'agrandit et son opacité augmenta, et à la fin la vision s'éteignit dans une moitié de la rétine : l'autre moitié voyait comme à travers un brouillard épais (1).
Traitement des mouches fixes. — La plupart des cas de mouches fixes sont incurables, ainsi qu'on peut en juger d'après la nature des causes efficientes qui les produisent. Dans les cas susceptibles de traitement, on se trouvera probablement bien des déplétifs sous toutes les formes, du mercure, de l'iodure de potassium et des révulsifs, auxquels on fera succéder les toniques généraux et locaux, de manière à diminuer l'état de distension des vaisseaux et à les ramener à leur diamètre normal. Si la maladie a succédé à la disparition d'un écoulement habituel, on tentera de le rétablir ou d'y suppléer par un autre. La meil-
(1) Histoire de l'Académie Royale des Sciences, pour 1760, p. 54; Paris, 1766.