‹ Traité pratique des maladies des l'oeil :Chapitre 96 sur 147 · MYODÉSOPIE SENSITIVE · texte numérisé non relu

MYODÉSOPIE SENSITIVE

§1. — Mouches volantes muco-lacrymales.

Vision de la couche de mucus et de larmes situe'e sur la surface de la cornée. — Si un œil normal ou presbyte regarde à travers une lentille concave assez profonde, ayant deux pouces et demi de foyer, ce que l'on appelle un n° 12, la flamme d'une bougie placée à environ vingt pieds de distance, il aperçoit une ligure lumineuse circulaire, tachetée sur toute sa surface de petits points arrondis, et limitée par un bord finement dentelé. Ce bord est celui de la pupille fortement agrandie; les points sont les images de la bougie multipliées par la couche de liquide située sur la surface de la cornée, et qui consiste en globules. L'image est renversée dans cette façon de la regarder; les globules de la partie supérieure de la cornée sont vus en bas, et vice versa. On les voit parfois se porter l'un vers l'autre, et se réunir de façon à constituer des points plus volumineux. Lorsqu'on abaisse la paupière supérieure, elle paraît avec ses cils s'élever de la partie inférieure du champ de la vision, et les globules, après chaque clignement, semblent flotter de bas en haut sur la cornée. Le fluide qui donne lieu à ces apparences est un mélange de larmes avec la sécrétion muqueuse de la conjonctive, étendu en petites gouttes à la surface de la cornée, et ayant pour but de maintenir cette surlace dans un état de moiteur et de transparence qui rende facile la transmission des rayons lumineux. Ces gouttelettes, en général invisibles à l'œil nu, sont rendues visib'es par celte simple expérience qui consiste à faire tomber sur chacune d'elles un faisceau de rayons divergents; chaque globule agit sur ces faisceaux de manière à les réunir, avec l'aide de la réfraction des milieux, transparents de l'œil, en foyers distincts sur la rétine.

Spectre muco-lacrymal vu dans le champ du microscope el du télescope.— Lorsqu'on penche la tête au-dessus du microscope, surtout si Ton est affecté d'un léger catarrhe de la conjonctive, les globules entraînés parla gravitation vers le centre de la cornée, deviennent visibles pour l'observateur, au point de l'empêcher de voir tout autre objet, jusqu'à ce qu'un mouvement de clignement les ait entraînés. Le spectre muco-lacrymal devient aussi parfois gênant dans les observations télescopiques. Ainsi, en regardant le soleil à travers un verre coloré, l'observateur ne peut souvent distinguer les taches qui existent sur cet astre, empêché qu'il en est par ce qui lui semble être la réflexion de quelque partie de son œil interposée entre lui et le soleil. Ce phénomène est dû à la couche de mucus et de larmes qui se trouve à la surface de la cornée.

Mouches volantes muco-lacrymales . — L'observation suivante est un exemple très rare de l'image du liquide muco-lacrymal déterminant, la sensation de mouches volantes.

Obs. 555. — J'ai été consulté par une personne très myope, qui se trouvait parfois

gênée par l'apparition, devant l'un de ses yeux, de nombreuses taches opaques arrondies, entourées chacune d'un halo. Plusieurs d'entre elles paraissaient se réunir en taches plus grandes, pour se diviser de nouveau et disparaître, et se portaient de bas en haut après chaque clignement. A la description et au dessin que le malade me donna de ses sensations, je reconnus qu'elles étaient dues simplement aux globules qui existent sur la surface de la cornée.

§ II. — Mouches volantes dépendant de la présence de corpuscules entre la surface externe de la cornée et le centre focal de l'œil.

Absence d'observations exactes sur les spectres produits par des corpuscules ainsi placés. — Méthodes pour découvrir et distinguer ces spectres. — Je ne connais point d'observations soignées de spectres dépendant de corpuscules flottant dans l'humeur aqueuse. On aperçoit facilement les dépôts formés dans la cornée ou le cristallin, en regardant à travers un trou pratiqué à l'aide d'une aiguille dans une carte noircie. On peut même, si je ne me trompe, distinguer de cette façon une fissure du cristallin, suivant la direction des rayons que forment ses fibres. On peut également, à l'aide des moyens qui l'ont apercevoir les globules de mucus sur la cornée, reconnaître les opacités de la cornée et du cristallin. On distingue ces opacités des globules muqueux, en ce qu'elles occupent un plan immédiatement postérieur dans le champ de la vision ; à ce que les images doubles qui se forment lorsqu'on expose l'œil à deux rayons lumineux divergents, sont moins séparées l'une de l'autre que les images doubles auxquelles donnent naissance les globules de mucus; et enfin à ce que les mouvements de clignotement ne leur font subir aucun changement. On les distingue des corpuscules flottant dans l'humeur vitrée, par la place qu'ils occupent dans un plan antérieur du champ de la vision ; par l'écartement plus grand de leurs doubles images; et par la facilité avec laquelle on peut renverser leur spectre comme on renverse celui des globules de la cornée. On aperçoit renversés tous les objets situés au devant du foyer central de l'œil en regardant à travers une lentille bi-concave de la façon que nous avons déjà indiquée. Pour Les apercevoir dans leur position naturelle, il suffit de regarder une chandelle placée à vingt pieds, ou une lampe de rue placée à soixante pieds, à travers une lentille biconvexe d'un pouce et demi de foyer et placée tout contre l'œil. Si Ton éloigne ce verre de la face antérieure de l'œil, de façon à ce que la cornée ne soit plus dans le foyer de la lentille, tous les objets situés sur ou dans la cornée, dans l'humeur aqueuse ou dans le cristallin, sont immédiatement renversés.

Les dépôts dans la cornée, l'humeur aqueuse ou le cristallin ne produisent jamais, que je sache, la sensation de mouches volantes. Les taches de la cornée et les opacités partielles du cristallin ou de sa capsule produisent seulement la confusion de la vue, exactement comme lorsqu'on place une épingle contre la face antérieure de la cornée. Qu'on ferme un œil, et qu'on place devant l'autre une épingle à une dislance telle qu'on la voie distinctement, puis qu'on la rapproche graduellement, elle deviendra de moins en moins distincte, et lorsqu'elle sera assez près pour loucher les cils, elle disparaîtra complètement, sans plus déterminer d'autre effet que de jeter une ombre sur toute la rétine et de faire apercevoir tous les objets environnants à travers un brouillard, si léger cependant, qu'il n'empêche pas de lire un livre imprimé, placé à la dislance ordinaire. Si l'on place alors une carie percée d'un trou d'épingle, entre l'œil et l'épingle et qu'on regarde à travers la petite ouverture, l'épingle devient de suite très distincte. A l'aide du même moyen, qui consiste dans la limitation de l'étendue du faisceau lumineux que nous laissons arriver jusqu'à la rétine, tout corpuscule ou dépôt situé sur ou dans l'œil devient visible, bien qu'à l'œil nu il puisse ne produire aucune impression.

Ainsi, dans les circonstances ordinaires, les corpuscules ou les dépôts situés au-devant du centre focal de l'œil (on pense généralement que ce centre focal est situé tout contre la face postérieure du cristallin) ne sont pas visibles pour la personne dans l'œil de qui elles existent ; et s'ils sont peu nombreux et petits, ils n'influent que faiblement sur la netteté de la vision. Peut-être deviennent-ils quelquefois visibles pour

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un œil très myope; ils constituent alors pour les personnes qui se livrent aux observations microscopiques, un inconvénient plus sérieux que les globules de la cornée, leur ombre devenant visible lorsqu'on regarde à travers un microscope ou un télescope de grande puissance, attendu qu'il n'est pas possible de s'en débarrasser par un simple c gnotement, comme du mélange de larmes et de mucus.

g III. Mouches volantes dépendant de corpuscules situés entre le centre

focal de l'œil et la couche sensitive de la rétine. — Mouches ento-hyaloîdiennes. — Mouches flottantes.

Quatre espèces de spectres ènto-hyaloïdiens. — Méthodes pour les voir. — Position relative des corpuscules qui les produisent. — Si l'on regarde la flamme d'une bougie, située à deux ou trois pieds de distance, ou bien le ciel, à travers une carte noire perforée par la pointe d'une fine aiguille, ou une lentille convergente d'un court foyer, telle que l'oculaire d'un microscope composé, et si l'on regarde attentivement le champ lumineux ainsi exposé à la vue, on aperçoit quatre espèces de spectres (flg. 141), indépendamment du spectre muco-lacrymal. Le plus remarquable se montre le plus rapproché de l'œil, et consiste en séries contournées de petits globules perlés qui pendent en travers du champ de la vision a. Les plus remarquables ensuite , et les plus éloignés de l'œil, consistent en des espèces de filaments comme aqueux n'offrant aucune apparence globulaire, et pendant surtout de la partie supérieure du champ visuel b.

Je donne aux premiers le nom de spectre perlé, aux seconds celui de spectre aqueux. Surdeux plans distincts, situés entre ceux occupés par les deux premiers spectres, flottent deux espèces de globules, non agrégés sous forme de filaments, mais isolés. Ils constituent ce que j'appelle le spectre globulaire isolé. Les globules isolés, les plus éloignés de l'œil, sont troubles et mal limités, et peuvent être comparés pour l'aspect à de petits grains de sagou c. Les globules les plus rapprochés de l'œil sont clairs à leur centre, en dehors duquel ils présentent un anneau noir étroit, et encore plus en dehors une circonférence lumineuse d. Ces quatre espèces de spectres ne se mêlent jamais l'une à l'autre, de manière à intervertir l'ordre dans lequel ils se présentent à l'œil : ainsi, le spectre perlé paraît toujours le plus rapproché; puis viennent les globules isolés nettement limités ; ensuite les globules confusément limités, et eniin les filaments aqueux qui sont les plus éloignés.

Moyen de se procurer de doubles images des corpuscules situés au devant de la rétine. — Nous devons à Sir David Brewster (1) l'expérience suivante, à laide de laquelle il a jeté plus de lumière sur le sujet des mouches volantes que tous les écrivains qui l'ont précédé :

Placez deux bougies devant votre œil, à la distance de quelques pouces l'une de l'autre. Regardez-les à travers un trou d'épingle, ou une lentille bi-convexe, de façon à ce que les deux champs lumineux empiètent l'un sur l'autre. Dans l'espace formé par ces deux

(1) Transactions of the Royal Society of Edinburgli, vol. XV, p. 581 ; Edinburgh, 1845. il. 58

champs, vous apercevez des images doubles de tous les objets perceptibles situés sur l'œil, à l'intérieur de cet organe, au-devant de la couche sentante de la rétine, et entre autres les images doubles des globules muco-lacrymaux, du spectre aqueux, du spectre constitué par les globules isolés et du spectre perlé. Si les bougies sont placées à environ dix pieds de l'œil, et qu'on les regarde à travers une lentille convergente d'un pouce et demi de foyer, on voit les images douilles muco-lacrj maies très éloignées les unes des autres ; celles des filaments ou spectres aqueux un peu moins espacées; celles des globules isolés obscures, et celles des globules nettement limités encore un peu moins distantes ; enfin, les doubles images du spectreperlé sont presque l'une contre l'autre, ce qui démontre la position relative qu'occupent dans l'œil les causes qui produisent ces spectres, c'est-à-dire, la surface de la cornée pour la substance muco-lacrymale, la couche sentante de la rétine pour le spectre perlé, et l'espace intermédiaire entre la rétine et la cornée pour le spectre aqueux et celui des globules isolés.

Apparences du speclre aqueux. — Les fils pendants qui constituent le spectre aqueux paraissent un peu arrondis et diffèrent sous ce rapport des filaments perlés qui ont l'air aplati. Chacun des filaments aqueux est horné par deux lignes obscures, entre lesquelles existe un large espace clairet privé de toute apparence de globules. Ces filaments aqueux ont au moins deux fois le diamètre des filaments du spectre perlé. Ils n'occupent pas tous le même plan. Leur direction est en général verticale et légèrement flexueuse. Ils se divisent souvent vers leur extrémité inférieure en deux ou plusieurs branches qui semblent se fondre insensiblement, lis ressemblent tellement à ce que doivent être les ruisseaux de larmes descendant des canaux lacrymaux et coulant au devantde la cornée, que, à une certaine époque j'ai cru que telle était leur nature, jusqu'à ce que j'eusse découvert qu'ils sont situés sur un plan ou sur des plans postérieurs au spectre muco-lacrymal, postérieurs même à tout dépôt qui pourrait se faire sur la surface antérieure du cristallin. Ils semblent, à première vue, glisser lentement de la partie supérieure vers la partie moyenne du champ de la vision; mais ils ne possèdent ni l'étendue ni la rapidité de mouvements du spectre perlé. On les aperçoit rarement à la partie inférieure du champ de la vision, et comme on les voit renversés, ils doivent exister principalement dans la portion inférieure de l'espace ento-hyaloïdien. lis ne se courbent ou ne s'étendent que peu pendant les mouvements de l'œil; et leur déplacement ou leur rupture, que semble produire le clignement, n'est qu'une illusion.

Je n'ai donné le nom d'aqueux à ce spectre qu'à cause de son aspect, car je n'en connais ni le siège exact ni la nature. Il est probable qu'il dépend d'une cause située à une petite distance en arrière du cristallin, ou même immédiatement en contact avec la capsule postérieure.

Mouches volantes produites par le spectre aqueux. — Le spectre aqueux, dans quelques cas, s'exagère au point de donner naissance à la sensation de mouches volantes, que Ion aperçoit surtout lorsqu'on sort le matin. Quelques malades les comparent à des filaments de verre filé, placés en travers les uns des autres, ou à de minces flocons de laine. Ils se montrent un peu au-dessus du centre du champ de la vision, et semblent naturellement fort agrandis par suite de l'éloignement de la surface contre laquelle on les aperçoit. Bien que ce spectre conserve la forme de nombreux filaments aqueux qui ne paraissent jamais contenir de globules, ces filaments sont plus ou moins irrégulièrement amoncelés et décrivent souvent des zigzags. Ils se dispersent aussi promptement par un ou deux clignotements forcés des paupières (et diffèrent sous ce rapport de ceux que l'on aperçoit à travers un trou d'épingle ou l'oculaire d'un microscope composé), ou par certains actes de l'œil à la suite desquels on ne les aperçoit plus. Ces circonstances, que nous venons de mentionner, sont très propres à induire le malade

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en erreur sur le siège des objets qu'il voit, et il est plus porté à croire qu'ils occupent la surface que l'intérieur de l'œil.

Mouches volantes produites par les spectres à globules isolés. — Les globules mal limités qui sont situés immédiatement derrière le spectre aqueux, donnent rarement lieu à la sensation de mouches volantes; mais ceux de ces globules qui occupent le plan suivant, et dont les bords sont nets et noirs, deviennent fréquemment visibles à l'œil nu, sous la forme de simples points ou d'anneaux noirs. Lorsqu'on les regarde sans attention, ou sans l'aide d'aucun appareil optique, ils paraissent souvent unis au côté externe des filaments qui constituent les mouches volantes perlées.

Apparences du spectre perlé. — Presque tous les yeux, même les plus sains, et ceux qui n'ont jamais été le siège de mouches volantes, aperçoivent le spectre perlé, lorsqu'on les fait regarder un champ lumineux à travers un petit trou d'épingle, l'oculaire d'un microscope composé, ou une lentille convexe ou concave d'un court foyer. Prévost (1) avait déjà appelé ce phénomène apparence perlée, ou simplement perles.

Les lignes du spectre perlé pendent dans le champ de la vision aussi souvent dans le sens transversal que dans le sens vertical. Au début, lorsqu'on vient de diriger l'œil vers un champ lumineux, dans l'une ou l'autre des méthodes que nous venons de mentionner, on peut n'apercevoir que quelques petits globules perlés; mais, après avoir regardé fixement pendant un court espace de temps, on en aperçoit des cordes nombreuses, entrelacées de diverses façons et présentant une grande variété de nœuds, de boucles et d'agglomérations. Ils sont quelquefois si nombreux, qu'ils forment une pluie ou un nuage étendu. Les filaments perlés sont de longueur différente: quelques-uns sont très courts, d'autres s'étendent à travers tout le champ de la vision. Assez fréquemment, quelques-uns se terminent brusquement en une sorte de bulbe. Les globules ou perles qui forment les fils ou chapelets, ne semblent réunis que par simple apposition, sans être contenus dans aucune espèce de tube. Quelquefois, néanmoins, les globules sont un peu confus, et alors les filaments ont un aspect qui se rapproche du tubulaire. Les globules sont toujours sur une seule rangée; ils paraissent dénués de tout noyau. Ils n'ont pas tous le même diamètre, mais tous sont plus petits que les globules isolés. Je ne suis pas convaincu que les filaments perlés occupent tous le même plan, mais il est évident que tous sont situés sur un plan postérieur au spectre à globules isolés.

Mouvements apparents et mouvements réels du spectre perlé. — La portion du spectre perlé qui se montre au centre du champ de la vision ne jouit que de peu de mouvements réels, moins peut-être que le spectre aqueux que l'on aperçoit au delà. Tous deux participent évidemment aux mouvements de l'œil, ce qui les fait paraître très mobiles. Mais si l'on examine le champ visuel vers sa circonférence, ou si l'on dirige brusquement l'œil en haut, on aperçoit d'autres spectres perlés, qu'il est difficile ou impossible à l'observateur d'amener directement devant lui, et qui, lorsqu'il réussit en partie à le faire, disparaissent promptement, par suite d'un mouvement réel qui leur appartient, et par une apparence de mouvement étendu, dû à leur obliquité par rapport à l'axe de la vision. Ce sont ces derniers spectres surtout qui produisent les mouches volantes perlées.

Apparences des mouches volantes perlées. — Ceux qui commencent à en être incommodés, ont d'abord leur attention excitée par l'apparition d'un ou de plusieurs corps noirs dansant dans l'air au-devant d'eux, ce qui les porte à supposer qu'un morceau de suie est collé à leurs cils, ou qu'un petit fil de toile d'araignée est suspendu au bord de leur chapeau. En essayant de balayer l'objet supposé, ils reconnaissent leur erreur.

(1) Mémoires de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, t. V, p. 244 ; Genève, 1852.

Dans d'autres cas, ce que Ton aperçoit d'abord est un léger nuage qui ressemble un peu à l'aile d'une mouche, ou bien ce sont des filaments semi-opaques comme ceux d'une toile d'araignée. Le spectre est parfois assez sombre pour qu'on le compare à un morceau de dentelle noire.

Lorsqu'on dirige les yeux d'un côté à l'autre, le spectre se meut aussi, et avec une telle rapidité apparente, qu'il semble qu'un cousin ou une petite mouche croise le champ de la vision.

Le malade reste souvent clans cet état pendant des mois ou des années sans s'en préoccuper. D'autres fois, la figure annulaire de la portion la plus sombre de la mouche est trop frappante pour ne pas être remarquée, et le malade la désigne souvent sous le nom d' 'étoiles noires. Si le malade vient par hasard à regarder fixement un ciel serein pendant une minute ou deux, il voit souvent ce qui jusqu'alors lui avait paru ressembler à un léger nuage, à un morceau de toile d'araignée, ou à l'aile d'un insecte, se résoudre en un grand nombre de petits globules ou de petits anneaux qui suivent les mouvements de l'œil et semblent réunis par une pellicule invisible ; de sorte que, bien que leur position relative varie quelquefois, ils ne se séparent jamais les uns des autres.

Un examen plus attentif de ses mouches volantes, fait en regardant le ciel ou la terre couverte de neige, peut faire découvrir au malade une apparence de tubes entrelacés. Le tube est limité par deux lignes, tandis que son centre est occupé par une chaîne de points obscurs ou de globules qui ne sont pas en général assez volumineux pour remplir le diamètre du tube; de sorte que, tandis qu'il compare la totalité du spectre à un serpent enroulé, il ajoute parfois que ce qu'il contient dans son intérieur ressemble à la substance desséchée qui existe dans la cavité d'une plume, à écrire. Ces globules, toutefois, n'ont pas tous la même dimension ; on en aperçoit çà et là quelques-uns plus gros que les autres, qui remplissent le diamètre du tube et offrent davantage l'aspect nucléé, et assez souvent un ou deux des anneaux du spectre à globules isolés semblent attachés à la face externe du tube. L'observateur remarque aussi, dans quelques cas, que les tubes paraissent se terminer par des extrémités bulbaires sombres, comme si elles étaient formées par des agglomérations de globules. Les taches sombres, ou étoiles noires, qu'il avait d'abord aperçues, lui paraissent maintenant formées par ces agglomérations ou, en d'autres points, par une disposition ressemblant à des tubes se recourbant sur eux-mêmes pour se doubler. Ces points noirs sont souvent si denses que, à une bonne lumière, on les aperçoit même à travers les paupières fermées.

Si le malade observe ses mouches volantes à travers l'oculaire d'un microscope composé et contre la flamme d'une chandelle, l'aspect d'un tube contenant des globules n'est point aussi frappant que lorsqu'il les examine à l'œil nu contre le ciel; de sorte qu'il ne voit que des chapelets

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ou une pluie de globules privés de noyaux. L'aspect tubulaire est produit, en effet, par ce fait que les portions d'anneaux ou de globules qui se touchent deviennent obscures, tandis que les portions par lesquelles ils ne se touchent pas continuent à être plus ou moins distinctes. C'est ce qui fait que les parois des tubes n'ont pas l'aspect de lignes droites, mais celui de lignes ondulées. Les mouches perlées sont surtout apparentes lorsque le malade regarde un ciel serein, un nuage peu épais, la terre couverte de neige , une muraille blanche, ou quelque chose d'analogue. Il les aperçoit rarement pendant le crépuscule, à la lumière d'une chandelle , lorsqu'il regarde quelque objet sombre, ou bien encore lorsqu'il se trouve dans un lieu peu éclairé. Ils le fatiguent moins pendant les jours sombres d'hiver que pendant l'été. Il est rare qu'il les aperçoive lorsqu'il regarde des objets rapprochés ou quand il laisse ses yeux en repos.

Position des mouches volantes perlées . — Leurs mouvements apparents. — Les mouches perlées ne se trouvent que rarement, ou même jamais, dans l'axe de la vision; elles en sont le plus souvent écartées d'un grand nombre de degrés, en dedans, en dehors, en haut ou en bas, mais le plus fréquemment en dehors, ou dans la direction de la tempe, comme si leur cause siégeait près de l'entrée du nerf optique. Le malade a d'autant plus de difficulté à en examiner la configuration et la structure apparente, que la positionen est plus oblique ; car chaque fois qu'il tente de les amener directement devant lui, ils fuient de façon à ne plus pouvoir être vus que de côté. Ils participent aussi aux mouvements de l'œil et s'élancent en haut, en bas, ou d'un côté à l'autre, suivant la direction imprimée à l'organe, justifiant par leurs mouvements apparents le nom de mouches volantes qu'on leur a donné par comparaison.

Mouvements réels des mouches volantes. — Lorsqu'une mouche volante n'est pas très éloignée de l'axe de la vision, il est facile au malade de la maintenir fixée pendant un certain temps sur un point spécial du tableau qu'il a devant lui, ou au centre du champ lumineux que présente une bougie lorsqu'on la regarde à travers un verre convexe ou un verre concave. Les mouches perlées, toutefois, ont un mouvement qui leur est propre, excité sans aucun doute par celui de l'œil, mais encore plus étendu que leur mouvement apparent, et qui est rendu en partie visible lorsque l'œil est en repos. Ainsi, par exemple, si le malade, après avoir regardé horizontalement devant lui, lève brusquement les yeux vers un point situé d'environ 50 degrés au-dessus de l'horizon, et les fixe sur ce point, il remarque que les mouches s'envolent beaucoup au delà de cette hauteur, et même qu'elles se portent au delà du champ de la vision, puis qu'elles descendent devant lui et se portent en bas jusqu'à ce qu'elles disparaissent, montrant évidemment que, quelle que soit la nature ou le siège des corpuscules par lesquels le spectre est

produit, ils ne sont point fixes, mais jouissent au contraire dune certaine liberté.

Quelques auteurs (1) décrivent les mouches volantes comme s'élançant brusquement en haut, puis se précipitant en bas; mais ces mouches ne bougent point, à moins qu'elles ne soient agitées par les mouvements du globe de l'œil; et quoique ceux qu'elles exécutent par suite du choc que leur communique le déplacement de l'œil soient rapides, celui par lequel elles retournent à leur place primitive est lent comparativement.

Si les corpuscules qui produisent les mouches perlées étaient situés au devant du centre focal de l'œil, leur mouvement réel correspondrait avec le mouvement apparent du spectre ou mouches, c'est-à-dire qu'ils descendraient à l'intérieur de l'œil lorsque les mouches paraissent descendre. Si, au contraire, ils sont situés derrière le centre focal, la descente apparente des mouches est due à l'ascension réelle des corpuscules. Quel que soit le siège d'un corpuscule, qu'il soit en a, ou en a' (fig. 442). son image paraîtra comme si elle était

projetée hors de l'œil suivant une ligne droile continue, passant à travers le corpuscule, et tombant perpendiculairement sur la rétine en A. Un corpuscule situé en b, au devant du centre focal de l'œil, C, ou en b, qui est situé derrière ce centre, formera son image en B, et produira la sensation d'un spectre hors de 'œil, dans la direction de la ligne B If b. Si le corpuscule est situé en a, et s'enfonce à l'intérieur de l'œil en b, son image se déplacera sur la rétine de A en B, et son spectre paraîtra au malade descendre de A' en B\ Mais si ce corpuscule est situé en cï, il flottera seulement vers le haut de a' en b' dans l'humeur vitrée, son image se portera sur la rétine de ^1 en B, et son spectre paraîtra au malade descendre de A' en B\

Si donc la cause des mouches perlées, qui paraissent toujours descendre quand l'œil est fixé sur quelque objet élevé, résidait quelque part au devant du centre focal de l'œil C, cette descente apparente des mouches dépendrait d'une descente réelle des corpuscules qui les produisent; mais si la cause est située derrière le centre focal C, la descente apparente des mouches dépendra d'une ascension réelle des corpuscules.

Outre les mouvements d'ascension et d'abaissement, les mouches perlées présentent des mouvements latéraux, aussi bien que des changements relatifs dans les positions de leurs diverses parties, mais ils sont moins prononcés que les premiers. S'il existe trois ou quatre étoiles noires, comme on les appelle, dans le réseau qui flotte devant l'œil, on peut les voir former tantôt une ligne droite, tantôt des angles les unes par rapport aux autres, suivant les positions diverses que leur font prendre les mouvements variés de l'œil. L'extrémité supérieure du spectre en chapelet semblera parfois se courber en une direction, et l'extrémité inférieure en une autre. Les filaments paraissent parfois se dérouler, puis s'entortiller de nouveau pour reprendre leur première

(1) Bler. Lclire von ilcn Augonkranklicileii, Band II, p. 424 ; Wien, 1817.

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forme. On observe quelquefois un mouvement d'oscillation, comme si la toile vacillait et se portait tantôt en arrière, tantôt en avant. Tous ces mouvements sont dus aux déplacements de l'œil; mais il est facile de s'apercevoir que leur étendue est plus considérable- que celle du mouvement de l'organe.

Siège des causes efficientes des mouches volantes perlées. — On a fait beaucoup de conjectures sur le siège qu'occupent les corpuscules ou filaments qui donnent naissance aux mouches perlées. On a tour à tour supposé que la cause efficiente de ce symptôme occupait la surface de la cornée, l'humeur aqueuse, l'humeur de Morgagni, l'humeur vitrée, l'intervalle qui existe entre la membrane hyaloïde et la rétine, la rétine et la choroïde. Que les mouches perlées ne soient point produites par des corpuscules situés sur la surface de la cornée ou dans l'humeur aqueuse, c'est ce que démontre ce fait, qu'elles sont situées sur un plan beaucoup postérieur aux corpuscules qui produisent le spectre muco-lacrymal et le spectre aqueux ; c'est qu'elles ne se mélangent jamais avec ces spectres, qu'elles ne changent point de position dans l'expérience qui renverse celle du spectre muco-lacrymal, et que leurs deux images sont rapprochées l'une de l'autre lorsqu'on les examine au moyen de deux rayons divergents de lumière. Le fait que des images doubles du spectre perlé se produisent toujours dans ce mode d'examen, démontre que la cause n'en réside ni dans la couche sentante delà rétine, ni dans la choroïde.

Je ne prétends point décider d'une manière absolue que, dans aucun cas, les mouches flottantes n'ont leur siège dans les parties de la rétine situées au-devant de sa couche sentante, et en particulier sur les ramifications de ses vaisseaux sanguins, surtout puisqu'on a constaté que la cause du spectre perlé n'est quelquefois située qu'à 1/85 de pouce de la couche sentante: c'est là une des mesures de Sir David Brewster. Il est démontré que la couche sentante n'est pas la partie affectée, par ce fait que, entre les diverses portions des mouches et à côté d'elles, l'œil voit distinctement tous les objets avec une entière netteté, et par cet autre fait, que les portions mêmes de la rétine sur lesquelles tombent les ombres qui occasionnent l'apparition des mouches, sont trouvées parfaitement sensibles par le malade, lorsque les corpuscules s'élèvent hors du champ de la vision.

Dimension du filament élémentaire du spectre perlé. — Sa distance de larétine. — Tout spectre paraît d'autant plus grand qu'on le voit sur un plan plus éloigné de l'œil; sa grandeur angulaire reste, bien entendu, la même. La dimension des mouches enroulées ou agglomérées ensemble est indéfinie. Sir David Brewster m'informe qu'une mouche qu'il voit « couvrirait tout le disque de la lune, car elle consiste en un nœud de filament.» Mais c'est une question intéressante que de savoir quelle est la dimension du filament élémentaire ou isolé du spectre perlé, ou des globules dont l'assemblage constitue le filament perlé. Sir David Brewster, en regardant à travers une très petite ouverture deux lumières brillantes, obtient sur la rétine, au moyen de deux rayons divergents, des images doubles de tous les objets placés à l'intérieur du globe de l'œil ; et à l'aide de ces moyens

il détermine le diamètre de la mouche ou de ses filaments, et la distance à laquelle elle se trouve de la rétine.

« Les filaments ou mouches de la partie antérieure de l'humeur vitrée, dit-il, auront leurs images doubles très distantes ; ceux qui sont situés à la partie moyenne auront leurs doubles images plus rapprochées, et ceux qui sont contre la rétine auront leurs images si rapprochées, qu'elles pourront empiéter l'une sur l'autre; tandis que tout objet situé sur la rétine elle-même, toute tache noire due à une absence de sensibilité, ne donne lieu qu'à la formation d'une seule image. Si l'on mesure alors la distance qui existe entre les deux sources de lumière, ainsi que leur distance du centre de la direction visible, quand les deux images des filaments, etc., se trouvent précisément en contact, on peut déterminer la dimension du filament et sa position exacte, aussi bien que sa distance de la rétine- En faisant celle expérience, j'ai d'abord trouvé que l'angle de la grandeur apparente du filament, A, B, C (il s'agit d'un filament élémentaire) était de huit minutes, et conséquemment qu'il sous-tendait cet angle au centre de la direction visuelle. Actuellement, si nous estimons le rayon de la rétine à 0,524 de pouce, le diamètre de l'ombre du filament sera de 0,00122, oui/320 de pouce, et sa distance de la rétine, de 0,0118, ou 1/85 de pouce (1).»

En projetant sur un micromètre le spectre d'un filament élémenlaire, que je vois avec mon œil droit, et en en marquant la dimension apparente, l'ombre mesurait 1/600 de pouce; ce qui ne diffère pas beaucoup du calcul de Sir David Brewster.

Quels sont les filaments ou corpuscules situés dans l'humeur vitrée qui déterminent les mouches aqueuses à globules isolés, et perlées? — Comme, au moyen d'expériences convenables, on peut rendre le spectre perlé visible pour tous les yeux, soit jeunes, soit vieux (et il en est de même, je crois, pour le spectre aqueux et celui à globules isolés), la cause efficiente, ou l'objet que l'on voit ne peut guère être le résultat d'une maladie, bien que ceux qui deviennent sensibles à l'existence de ces spectres, au point d'avoir ce que l'on appelle des mouches volantes, le doivent certainement à quelque condition anormale de l'œil. Quant à la question de savoir quels sont les filaments et les corpuscules que l'on voit, on ne peut se livrer qu'à des conjectures; on n'a pas fait à ce sujet d'observations décisives, ni sur le vivant ni sur le cadavre.

Si tous les corpuscules ou filaments étaient situés tout contre la rétine, comme ceux qui produisent le spectre perlé, nous pourrions être portés à supposer qu'ils consistent en petits fragments du système capillaire de la rétine, soulevés et dégagés par quelque accident de leur position naturelle dans la couche de libres grises, et vacillant entre elle et l'iiyaloïde. Mais la succession des plans occupés par les corpuscules et filaments nous oblige à renoncer à l'idée qu'ils n'occupent qu'un espace si restreint, et à les reporter dans l'intérieur de l'humeur vitrée.

« S'ils étaient fixes, ou régulièrement distribués, dit Sir David Brewster, nous pourrions les regarder comme des vaisseaux transparents qui nourrissent l'humeur vitrée; mais, constitués par des portions détachées et flottantes, ils ressemblent davantage à des restes de quelque tissu organique dont les fonctions ne sont plus nécessaires (2). »

Celte observation concorde d'une façon remarquable avec ce fait que les artères, généralement au nombre de deux, partant de l'artère centrale de la rétine et se rendant à travers le corps vitré à la capsule postérieure du cristallin, quoique charriant du sang chez le fœtus, n'existent chez l'adulte qu'à l'état d'oblitération ou de ligament. Il existe donc dans l'humeur vitrée, des débris d'un tissu organique dont les fonctions ont cessé, débris consistant en filaments, ou en vaisseaux sanguins contractés, dont aucun n'excède vraisemblablement 1/500 de pouce de diamètre, et dont le plus grand nombre est probablement plus petit. Dans le fœtus, la surface externe de la membrane hyaloïde est aussi recouverte de vaisseaux sanguins provenant de l'artère centrale de la rétine, et dont la persistance chez l'adulte, si ce n'est à l'état d'oblitération, doit être considérée, selon moi, comme rare et exceptionnelle.

En supposant la membrane hyaloïde douée du plus léger degré de mobilité, l'ombre, à l'état de diffraction, de ces vaisseaux oblitérés que nous venons de mentionner, tombant sur la rétine, pourrait fournir une explication plausible des mouches perlées; tandis que celles du spectre à globules isolés ou du spectre aqueux pourraient être rapportées aux restes des artères capsulaires.

(1) Ibid., p. 582.

(2) lbid., p. 384.

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Il existe, ainsi que M. Donné l'a fait voir (1), tant dans l'humeur aqueuse que dans l'humeur vitrée, un grand nombre de corpuscules microscopiques, ayant de -1/4000 à 1/5000 de pouce de diamètre, et d'une pesanteur spécifique moindre que le fluide dans lequel ils sont contenus. Comme l'apparence d'un tube contenant des globules, peut être, dans les mouches perlées, entièrement due à la diffraction, tout le phénomène des spectres à globules isolés et du spectre perlé peut être rapporté, avec beaucoup de probabilité, à l'enchaînement de globules transparents attachés aux. minces lamelles ou filaments qui parcourent le corps vitré et lui donnent de la consistance. Comme le spectre aqueux, vu soit à l'œil nu, soit à travers une petite ouverture, ne laisse voir aucune apparence de globules, on peut le considérer comme dû simplement à de minces filaments transparents.

Action sur la lumière des filaments et des corpuscules qui occasionnent les mouches. — Par suite de la parfaite identité qui existe avec le phénomène de la diffraction de la lumière produite par des fibres transparentes, Sir David Brewster attribue les apparences qu'offrent les mouches volantes que nous décrivons à des ombres formées sur la rétine par de la lumière divergente passant auprès et à travers des filaments et des particules transparentes; manière de voir qui s'était aussi offerte à Prévost. Quand Sir David Brewster dit « lumière divergente, » il fait allusion aux expériences dans lesquelles on fait diverger d'un point situé à l'intérieur de l'œil la lumière qui tombe sur la rétine. On aperçoit très distinctement les mouches lorsqu'on regarde à travers un diaphragme percé d'une petite ouverture, ou une lentille, de façon à produire à l'intérieur de l'œil de la lumière divergente; mais les phénomènes de la diffraction sont également visibles, que les rayons lumineux soient convergents, parallèles, ou divergents; et il en est de même des mouches perlées. A la vérité, l'identité du phénomène des mouches perlées avec ceux de la diffraction produite par des libres, se constate d'une façon beaucoup plus frappante lorsqu'on regarde les mouches à l'œil nu, et sur un fond formé par le ciel, que de toute autre manière. Ce qui, vu à travers un trou d'épingle, apparaît comme un chapelet de globules, ressemble, lorsqu'on le regarde à l'œil nu comme nous venons de le dire, à un tube dont la partie centrale est parcourue par une ligne noire; ce qui est certainement dû à deux courants lumineux qui glissent autour du filament qui s'interpose entre eux. Sir David Brewster dit que les deux lignes qui bornent les filaments qu'il voit, sont colorées, et ont à leur côté externe une ou plusieurs franges qui le sont aussi: c'est encore une particularité que l'on peut rapporter à l'interférence de la lumière.

On peut aussi attribuer le spectre à globules isolés nettement limités à la diffraction de la lumière produite par de petites sphérules; mais le spectre à globules isolés, mal délimités, et le spectre aqueux laissent voir moins distinctement des anneaux alternatifs ou des bandes ; ce qui est dû, sans aucun doute, à la plus grande dislance à laquelle ils se trouvent placés de la rétine, écran sur lequel tombent les ombres qui ont subi la diffraction, et qui, pour laisser voir distinctement les phénomènes provenant de l'interférence, a besoin de se trouver à une certaine distance du corps dont il reçoit l'ombre.

Sujets chez qui l'on rencontre les mouches perlées. — En parlant des filaments qui produisent les mouches volantes, Sir David Brewster fait remarquer que, « comme ils existent à tous les âges, aussi bien chez les jeunes gens que chez les vieillards, ils ne sont point le résultat de la maladie et n'indiquent pas non plus son approche. » Il est certain que tout le monde peut voir le spectre perlé, en le cherchant à travers un trou d'épingle ou l'oculaire d'un microscope composé.

Il est également vrai que beaucoup d'individus qui ne se plaignent point formellement de mouches volantes, ou qui ne se croient a flec tés d'aucune maladie des yeux, voient les mêmes objets que ceux qui produisent le spectre perlé. « J'ai été consulté, dit Demours, il n'y a pas longtemps , par une dame qui était persuadée que ces fantômes flot-

(1) Archives générales de médecine, t. XXIII, p. 113; Paris, 1850.

lants qu'elle avait commencé à apercevoir, produiraient la cécité. Je trouvai chez elle vingt personnes, que je demandai la permission de questionner : sur ces vingt personnes, sept éprouvaient le même phénomène depuis un grand nombre d'années sans en avoir jamais parlé ; une jeune personne ajouta qu'elle s'amusait beaucoup à voir descendre ces corpuscules dans l'air (1). » « Ces mouches, dit Weller, ne sont évidemment pas vues ou sont entièrement négligées par ceux qui, absorbés par leurs affaires, n'ont pas le temps de penser à leur maladie (2). » D'un autre côté, elles ne sont jamais plus gênantes que lorsqu'elles coexistent avec une autre affection de l'œil, telle que l'asthénopie, ou une maladie d'un autre organe, comme la dyspepsie. Toute affection qui rend incapable de travail et porte à s'occuper de ses souffrances, comme l'hypochonclrie, est extrêmement propre à amener la découverte de mouches volantes et à remplir l'esprit de craintes sur les résultats qu'elles peuvent amener.

État des yeux des personnes affectées de mouches ento-hyaloïdiennes. — Les yeux des sujets incommodés de mouches flottantes n'offrent aucun symptôme objectif qui puisse faire découvrir l'existence d'une pareille affection. Néanmoins, les yeux normalement conformés sont rarement sujets aux mouches volantes. Lorsqu'une personne se plaint beaucoup de ce symptôme , on trouve presque toujours qu'elle est myope ou presbyte, ou myope d'un œil et presbyte de l'autre. Ceci démontre que l'interception des rayons lumineux provenant des objets extérieurs, par des filaments situés au-devant de la rétine, ou même la formation d'ombres agrandies par diffraction, produit comparativement peu d'effet quand le reste des rayons lumineux est convenablement rassemblé en foyer sur cette membrane. La dilatation des images des objets extérieurs favorise la perception des mouches qui, à leur tour, s'éteignent en grande partie lorsque la vision est parfaite.

Causes excitantes des mouches enlo-hyaloïdiennes. — La plupart des malades qui se plaignent de voir des mouches perlées, attribuent l'origine de leur affection à quelque cause excitante. Il est néanmoins extrêmement probable que, dans beaucoup de cas, il n'existe qu'une simple coïncidence entre l'apparition des mouches et les circonstances auxquelles ils les attribuent, et nullement un rapport de cause à effet.

Les causes excitantes suivantes sont celles que l'on trouve le plus fréquemment mentionnées :

\ . Excès d'exercice des yeux sur de petits objets, comme dans la lecture, l'écriture, la peinture et autres occupations semblables ; une grande contention d'esprit, et, comme causes concomitantes, le manque d'exercice convenable et la position penchée du corps.

Un monsieur qui pratiquait la chirurgie, et qui avait suivi mes

(1) Traité des maladies des yeux, t. III, p. 422 ; Paris, 1818.

(2) Icônes ophlhalmologicœ, p. 40; Lipsiœ, 1824.

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leçons sur les maladies de l'œil, vint me consulter pour des mouches. Lui ayant demandé s'il pouvait les rapporter à une cause quelconque, il me répondit qu'il les attribuait positivement à ce qu'il avait lu d'un bout à l'autre le Dictionnaire chirurgical de Cooper, livre très volumineux et imprimé en petit caractère. Ce malade mourut peu après d'apoplexie.

Charles Bonnet ayant consulté Van Swieten pour des mouches perlées et dont il attribuait l'apparition à un trop grand usage du microscope, Van Swieten lui répondit que, ayant lui-même beaucoup employé le microscope à l'examen d'injections anatomiques, alors qu'il était jeune, il avait été affecté des mêmes phénomènes que lui(l). Hanmann (2) dit qu'il prit une myodésopie en se fatiguant les yeux à étudier le grec, à une époque où ils étaient déjà fort affaiblis par une maladie antérieure.

Rien ne contribue autant à accroître la perception des mouches volantes, que l'étude assidue et fréquente de ce phénomène en regardant à travers un trou d'épingle, des lentilles, etc. Ces expériences semblent leur donner naissance, et celui qui les a ainsi découvertes une fois, continue à les voir et ne peut plus s'en débarrasser. « Presque tous les mathématiciens et les observateurs au microscope que je connais, dit Walther (5), ont des mouches volantes ; phénomène que l'on peut rapporter à un état d'épuisement de l'œil et à l'usage exagéré que l'on fait de la vue. »

2. C'est une opinion commune, que les mouches sont un signe de congestion vers la tète et les yeux, et qu'elles sont souvent les précurseurs de l'apoplexie. L'abus des yeux nuit probablement en déterminant une congestion. Les malades rapportent aussi quelquefois leurs mouches à d'autres influences de nature à déterminer un afflux de sang au cerveau. Ainsi, un de mes malades me disait que l'excitation produite par des rapports sexuels auxquels il s'était livré, étant sous l'influence du vin, avait déterminé chez lui l'apparition soudaine de mouches volantes.

5. Les maladies fébriles produisent fréquemment les mouches, et aucune n'exerce plus cette influence que la fièvre catarrhale épidémique appelée influenza. Le docteur Stark attribue l'origine de cette maladie chez lui à des études prolongées pendant qu'il était atteint d'influenza , en même temps qu'il se fatiguait les yeux à des recherches microscopiques (4).

h. Les affections inflammatoires des yeux sont fréquemment suivies

(1) Mémoires de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, t. V, p. 262: Genève, 1852.

(2) Ammon's Monalschrift fur Medicin, Augenheilkunde und Chirurgie, vol. III, p. 427; Leipzig, 1840.

(3) Grafe und Wallher's Journal der Chirurgie und Augenheilkunde, vol. III, p. 19; Derlin, 1822.

(4) Edinburgh Médical and Surgical Journal, vol. LX, p. 599 ; Edinburgh, 1845.

de l'apparition de mouches perlées et de leurs congénères. Je les ai vues produites non-seulement par larétinite, l'irilis et l'ophlhalmie post-fébrile, mais même par la conjonctivite catarrhale.

5. Les personnes qui ne dorment pas assez , celles qui sont, plusieurs nuits de suite, arrachées à leur sommeil, et surtout celles qui passent beaucoup de nuits successives à veiller, en dormant peu, même pendant le jour, sont fréquemment atteintes de myodésopie.

6. On accuse souvent comme causes de mouches un dérangement de la digestion. Rien n'est plus commun, lorsqu'une pareille affection oculaire se développe, que d'entendre le malade et le médecin s'écrier : cela dépend de l'estomac ! Il est certain que cette affection s'observe fréquemment chez des malades atteints de dérangement de l'estomac et des intestins, qui sont sujets, par exemple, à l'inappétence, aux indigestions, aux acidités, aux flatulences et à la constipation.

7. M. Wardrop (1) a indiqué comme cause de mouches un trouble de l'action du cœur. Par suite de quelque changement survenu dans l'action de ce viscère, ou de son hypertrophie, le sang, pense-t-il, se distribue inégalement au cerveau et aux nerfs ; ce qui produit , entre autres effets , l'apparition de mouches , qu'il appelle « spectres oculaires. » Les symptômes concomitants sont : l'agitation de la circulation, un frémissement particulier du pouls, une sensation d'eau clans la tête, un sifflement dans les oreilles, l'accroissement d'impulsion du cœur.

8. Une autre cause à laquelle on attribue souvent l'origine des mouches, est ce que l'on a appelé nervosité, faiblesse des nerfs, ou l'affaiblissement, ou un état morbide apparent du système nerveux. Ainsi, M. Lawrence dit que cette maladie survient « lorsque l'énergie du système nerveux est affaiblie par le poids des affaires, l'anxiété ou le chagrin , par une affliction intense et continue , ou par un chagrin auquel on ne peut résister (2). »

M. Ware dit que « quand la sensibilité se trouve morbidement excitée, comme cela se voit à la suite d'un affaiblissement général, ou d'une grande anxiété, la rétine (sur la surface de laquelle une plus grande quantité de substance médullaire nerveuse se trouve étalée, proportion gardée, que sur aucune autre partie du corps) se trouve morbidement impressionnée par tous les petits points ou les petites saillies qui peuvent se trouver en contact avec elle. » M. Ware attribue donc les mouches à une compression exercée par de petites particules sur la rétine et à une sensibilité morbide de cette membrane. « La cause excitante la plus commune de l'apparition de ces particules, ajoute-t-il, me parait être l'application de l'esprit sur des sujets qui occasionnent l'anxiété ou le chagrin (5). »

(1) Lancet, September 13, 20, 1854, pp. 887, 924.

(2) Treatise on Diseases of (he Eye, p. 582; London, 1841.

(5) Médico-Chirurgical Transactions, vol. V, pp. 266, 272; London, 1814.

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Avant de présenter quelques remarques sur les causes excitantes que nous venons d'énumérer, il convient de rappeler que les mouches enlo-hyaloïdiennes sont sujettes, indépendamment du degré de lumière auquel les yeux sont exposés, ou de l'état général du corps ou de l'esprit de la personne affectée, à varier de temps en temps sous le rapport du nombre et de l'intensité, quoique ces variations soient moins considérables et moins soudaines que quelques auteurs ne l'ont prétendu. Delà la question de savoir si, invisibles dans certaines circonstances, elles ne cessent pas de l'être par suite d'un accroissement de la sensibilité de la rétine.

« Cette supposition, fait observer Sir David Brewster, n'est nullement probable, parce que les mouches n'étant point visibles par une lumière qui proviendrait d'elles, une augmentation de la sensibilité de la rétine affecterait également le champ lumineux sur lequel on les voit. Mais, comme ce point a quelque importance, tant sous le rapport physiologique que sous le rapport médical, je l'ai soumis, ajoute-l-il, à des expériences directes. Dans ce but, j'examinai les mouches le matin, avant que la sensibilité de la rétine eût été diminuée par l'exposition à la lumière du jour, et je trouvai que ni leur nombre ni leur intensité n'avaient augmenté. Je variai cette expérience en diminuant la sensibilité de la rétine, ce que j'obtins en maintenant contre l'œil et près de l'axe de la vision, une flamme brillante de gaz, jusqu'à ce que la rétine eût perdu sa sensibilité pour tous les rayons du spectre, à l'exception d'un petit nombre des plus réfrangibles. Dans ce cas aussi, les mouches étaient aussi nombreuses et aussi distinctes qu'auparavant. Nous pouvons donc tenir pour certain que les mouches décrites par M. Ware, pour autant qu'elles eussent le même caractère que celles que l'on voit dans l'œil sain, ne sont nullement influencées par les variations de sensibilité de la rétine (1). »

Si nous recherchons quel est le mode probable d'action de plusieurs des causes excitantes des mouches , nous voyons que toutes ont une tendance à produire un afflux de sang dans les vaisseaux de la tête et des yeux. L'excès d'exercice des yeux sur de petits objets, l'intempérance, l'orgasme vénérien, la réunion de ces deux causes, les maladies fébriles, une excitation extraordinaire du cœur, ou une maladie de cet organe, sont toutes causes qui , on nous l'accordera sans peine, ont évidemment cette tendance. Quant aux désordres de la digestion, que l'on accuse fréquemment de produire la myodésopie, je suppose que, dans la plupart des cas , le dérangement de l'estomac et l'affection oculaire ne sont que des effets coïncidants, dus à une seule et même cause, telle qu'une nourriture mal appropriée, le manque de surveillance de l'action des intestins, un état de torpeur du foie, et très fré-

(1) Op. cit., p. 385.

quemment, même lorsqu'on le suppose le moins, l'abus de l'alcool, surtout sous forme de gouttes et de cordiaux. Le poids des affaires, l'anxiété et les chagrins, qui constituent une autre série de causes, agissent, suivant toute apparence, exactement de la même manière, déterminant (il se peut que ce soit chez des personnes dont la santé est affaiblie) une congestion de la tête et des yeux.

Le manque de sommeil ne fait pas exception au principe général que toutes les causes excitantes de la myodésopie agissent en produisant une congestion. Que l'état de veille soit dû à la maladie ou à l'emploi des moyens artificiels, tels que l'usage du café, queBereis (i) signale particulièrement comme une cause de mouches, aux exigences professionnelles, à des études prolongées, il amène toujours une action irrégulière du système circulatoire et un afflux de sang vers les organes de la vision.

Pronostic des mouches entohyaloïdiennes. — Comme cette sorte de mouches se montre souvent brusquement, leur apparition alarme d'ordinaire le malade, qui se croit tout d'abord menacé de perdre la vue par une cataracte ou une amaurose, affections qui n'ont aucun rapport avec cette espèce de spectres. En supposant même que les mouches s'accroissent graduellement, leur accumulation, portée au plus haut degré, ne peut jamais se terminer par la production d'une amaurose et encore moins par celle d'une cataracte. Le praticien devra néanmoins rechercher, dans chaque cas, si, indépendamment des mouches, il n'existe aucun des symptômes de ces deux maladies. On s'assure de l'existence ou de l'absence d'une cataracte par l'épreuve catoptrique (F. p. 560). Nous ne possédons aucun moyen aussi simple et aussi certain de reconnaître l'amaurose. Mais si la pupille se meut avec sa vivacité naturelle, si le malade peut lire avec l'œil suspect un petit caractère d'impression, nous pouvons lui affirmer qu'il n'est point affecté d'amaurose.

Le malade nous demande souvent si les particules flottantes et les filaments qu'il aperçoit n'iront pas en augmentant jusqu'au point de le priver de la vue : elles peuvent s'accroître, à la vérité, mais elles ne le font que très lentement, et jamais au point de gêner la vue. Lors même que tout le champ de la vision offre des spectres ento-hyaloïdiens, le malade est encore capable de lire, bien que, s'il continue de le faire, les mouches se rassemblent parfois de façon à rendre obscures, pendant un certain temps, des portions de la page ouverte devant lui. Elles restent souvent stationnaires pendant dix ou vingt ans, et, bien qu'alarmé au début de leur apparition, le malade finit par s'y habituer et par ne plus s'en inquiéter. Je pense que l'accroissement de la myodésopie est dû plutôt à ce que l'œil devient plus sensible à la perception des cor-

(1) Disserlatio de maculis antè oculos volitantibus ; Helmstâdt, 1795; citée par Andrew, Gràfe imd Wallher's Journal der Chirurgie und Augenheilkunde, vol. VIII, p. 16; Berlin, 1825.

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puscules, causes de la maladie, qu'à une augmentation dans le nombre de ces corps mêmes. Cet accroissement de susceptibilité provient de l'abus des yeux, et aussi de ce que le malade cherche et examine trop ses mouches.

On peut citer beaucoup d'autorités à l'appui de l'opinion que les mouches en to-hyaloïdiennes ne s'accroissent qu'avec une extrême lenteur, ou restent complètement stationnaires, et finissent même par devenir moins visibles.

« Je connais beaucoup de personnes qui sont venues se plaindre à moi de choses semblables il y a quinze à vingt ans, et qui sont encore aujourd'hui dans ie même état. » (Maître- Jan) (l).

« Ces espèces de fantômes qui augmentent parfois lentement pendant les cinq ou six premières années, persistent ensuite tout le reste de l'existence sans amener aucune espèce d'inconvénient... Je connais des personnes qui les ont vus pendant trente, quarante ans et plus, sans que le nombre ou la figure en ait éprouvé le moindre changement (2). » (D cm ours.)

« Vingt-cinq ans après que cette malade m'eût consulté pour cette affection, je la revis. Son état physique et mental était excellent. Elle apercevait encore parfois des corpuscules; mais ils étaient devenus si peu apparents qu'elle ne les voyait plus qu'à une forte lumière et seulement lorsqu'elle prenait la peine de les chercher. Je dois dire que, à l'époque où je la revis, sa fille venait précisément de se marier, tandis que, lorsqu'elle m'avait consulté la première fois, elle venait de perdre son mari (3). » (Ware.)

« Douze ans après, j'eus occasion de revoir ce monsieur; il m'apprit que sa vue était restée parfaite, et qu'il pouvait, de ses deux yeux, distinguer les plus petits objets. Toutefois, à une lumière vive, il apercevait encore les corpuscules comme auparavant, lorsqu'il les cherchait; mais il était maintenant tellement habitué à les voir, qu'ils ne lui occasionnaient plus le moindre malaise (4). » (Ibid.)

« Il y a certainement de vingt à trente ans que j'ai vu pour la première fois ces apparences, disait Prévost à l'âge de 50 ans; et il ajoutait à 79 : J'ai joui d'une bonne vue jusqu'à l'âge avancé où je suis; mon cas vient tout à fait à l'appui de l'opinion des oculistes qui pensent que ces apparences sont de peu d'importance (5). »

« Ils sont d'une nature tout à fait innocente et se montrent chez des personnes dont la vue est des plus perçantes. J'y suis sujet depuis mon enfance (6). » Millier.

Traitement des mouches ento-hyaloïdiennes. — Les mouches flottantes ou ento-hyaloïdiennes ne cèdent que très rarement au traitement médical. Si elles existent depuis longtemps, et qu'elles n'aillent pas en s'accroissant, il est inutile d'intervenir. Quand elles sont d'origine récente et que leur cause excitante est évidente, on arrive parfois à les guérir. Le traitement qui a le plus de chances de réussir est le suivant : 1. On doit mettre le malade en garde contre toutes les causes excitantes, qu'il doit s'attacher à éviter ; telles sont : l'abus des yeux, les excès de toute sorte, les veilles, l'usage de l'alcool sous quelque forme et en quelque quantité que ce soit. « Les seuls moyens qui procurent souvent une amélioration, dit Walther, sont le repos des yeux et la

(1) Traité des maladies de l'œil, p. 281 ; Troyes, 1711.

(2) Op. cit., t. 111, p. 421.

(5) Op. cit., p. 258.

(4) Ibid.. p 260.

(Ijj Op. cil., p. 247.

(G) Eléments of Physiology, traduits par lialy, vol. 11, p. 1214; London, 1842.

cessation de toute occupation de nature à les affaiblir. J'ai connu des malades qui, après avoir été tourmentés pendant plusieurs années par des mouches volantes, s'en sont complètement débarrassés en donnant à leurs yeux un repos continu et prolongé ; toutefois, ils les voyaient reparaître, dès qu'ils travaillaient plusieurs jours de suite de manière à se fatiguer la vue (1). »

2. S'il y a faiblesse d'estomac et constipation, on prescrira d'abord les laxatifs, puis les toniques. On doit essayer tous les moyens propres à fortifier la constitution et surtout le système nerveux. Le quinquina, le fer et les bains froids sont les moyens qui remplissent le mieux cette indication. Richter rapporte le cas d'une dame qui fut affectée de cette maladie à la suite d'un accouchement laborieux, et qui en fut complètement débarrassée par l'usage continu de l'éther sulfurique. Dans un autre cas où la digestion était fort affaiblie et le malade tourmenté par des éructations acides, un mélange de fiel de bœuf et d'assa fœtida produisit beaucoup de bien (2). Le malade évitera soigneusement tous les aliments ou toutes les boissons capables de produire des acidités, des flatulences et d'autres signes de mauvaise digestion. Le docteur Cheyne(o) a vu un malade guérir après avoir renoncé à l'usage du sucre.

5. L'état de torpeur du foie réclame l'usage de petites doses de blue pill, soit seules, soit combinées avec des purgatifs. J'ai vu un léger traitement mercuriel amener la guérison, probablement par suite de son action résorbante. J'ai parfois réussi à faire disparaître complètement les mouches volantes récentes, au moyen del'iodure de potassium.

4. Lorsque les symptômes d'afflux du sang vers la tête sont bien marqués, la phlébotomie, l'artériotomie, les sangsues ou les ventouses à la tête et les révulsifs sont indiqués. Sur douze cas traités par le docteur Schlagintweit, huit, dit-on, furent guéris à l'aide des diluants, des dérivatifs et de la saignée du pied (4).

5. Lorsque les mouches paraissent dépendre d'une maladie du cœur, M. Wardrop recommande d'appliquer des sangsues sur cet organe jusqu'à ce que son impulsion diminue. L'accomplissement de cette indication peut être favorisé par l'administration de petites doses d'antimoine et l'usage des laxatifs. Si le malade se plaint de froid aux pieds, on lui fera prendre, au moment du coucher, des pédiluves chauds, et il est bon de faire remarquer que ce remède, si simple qu'il soit, peut avoir une grande importance lorsque la maladie coïncide avec la difficulté de trouver le sommeil. Comme le cœur reste dans un état d'irritabilité après que l'on en a diminué l'impulsion, M. Wardrop essaie d'en triompher par l'administration du sulfate de fer.

(1) Op. cit., p. 20.

(2) Richter's Anfangsgrûnde (1er Wundarlzneykunst, Band III, p. 5U- Gôllingen, 1804.. (5) Cases of Apoplexy and Letliargy, p. 154; London, 1812.

(4) Ammon'sZeitschrift fur die Oplilhalmologie, vol. II, p.47 ; Dresden, 1852.

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6. Ware paraît avoir fait usage surtout des antispasmodiques dans le traitement des mouches ; ainsi, il prescrivait de prendre deux ou trois fois par jour une petite dose de teinture de valériane, mélangée avec une égale quantité de teinture de castoreum, et à laquelle il ajoutait parfois la mixture camphrée, ou l'infusion de cascarille.

7. On se trouve bien de l'exercice en plein air, et d'un changement de résidence, ainsi que d'occupations et de distractions de nature à écarter de l'esprit toute anxiété ou tout chagrin. On s'est quelquefois bien trouvé d'une saison passée aux eaux, probablement beaucoup plus par suite du changement de scène, de la tranquillité d'esprit, de l'exercice du corps et de la régularité de régime que l'on trouve dans ces lieux, que par suite de l'action des eaux mêmes.

8. Si l'on éprouve de la chaleur, de la pesanteur ou du malaise dans les yeux, on doit les laver avec quelque lotion froide ou chaude, suivant que l'une ou l'autre température convient mieux au malade. L'eau froide, simple ou mélangée d'une petite proportion de spiritus œtheris nitrosi, convient dans le premier cas ; dans le second on emploiera l'eau tiède ou une infusion chaude d'une herbe aromatique quelconque. On a aussi recommandé d'éponger, matin et soir, le front, les tempes et la face externe des paupières avec de l'esprit camphré de romarin, de l'eau de Cologne ou quelque alcoolat semblable.

9. Rust (1), continue, paraît-il, à recommander la ponction de la cornée dans la myodésopie; opération que l'on avait d'abord proposée dans le but de permettre à la cause du mal de s'échapper hors de l'œil, que Demours a essayée sans succès , mais qui a été suivie entre les mains de Rust, dit-on, de la disparition des mouches. S'il en a été réellement ainsi, l'opération aura probablement agi de la même façon que dans les ophthalmies , en faisant cesser l'état de turgescence des vaisseaux.

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