DE LA PSEUDO-MÉNINGITE VERMINEUSE
tarions intestinales, gastriques, pulmonaires et tonsillaires, produire ce trouble de la circulation cérébrale qui constitue la pseudo-méningite. 11 v a différentes espèces de pseudo-méningites : la pseudo-méningite vermi- .la pseudo-méningite tonsillaire, varioleuse, pneumonique ou des maladies aiguës; et la pseudo-méningite gastralgique ou chlorotique et la pseudoméningite simple.
§ I. — De la pseudo-méningite vermineuse.
il \ a quelques années, un élève en pharmacie, habitant la rue Monsieur-le- Prince, nie fit demander. Il venait d'être pris de fièvre et d'horribles douleurs de tète, avec vomissements et un peu de constipation. Son pouls était à la fois fréquent et intermittent, avec quelques inégalités. Il venait d'avoir une épistaxis considérable. Je redoutais une méningite ou peut-être une lièvre typhoïde irrégulière, à cause de l'âge du sujet et de l'épistaxis: en un mot, j'étais incertain de la signification de ces symptômes, mais l'irrégularité du pouls, la céphalée, les vomissements et la constipation semblaient indiquer le début d'une phlegmasie cérébrale commençante. Je donnai au deuxième jour un purgatif qui amena des vomissements de bile et le rejet de deux lombrics par la bouche. Le lendemain, toute fièvre avait cessé, les douleurs de tête étaient à peine appréciables, et le malade se trouvait beaucoup mieux. Quelques jours après il était entièrement guéri.
Ce fait m'étonna beaucoup, et bien que je connusse l'action sympathique des entozoaires sur Les fonctions cérébrales, cette forme congestive, semblable à un début de méningite, me parut tout à l'ait exceptionnelle et digne d'être remarquée. .T'en parlai à plusieurs reprises dans mes leçons cliniques, et j'attendis que de nouveaux exemples se présentassent à mon observation. Cela n'a pas tardé.
A l'hôpital, en 1808. je reçus une petite fille de trois ans qui était triste et maussade depuis quinze jours. Tout à coup, elle se mit a vomir et à refuser les aliments. Elle avait de la somnolence et de l'abattement, le pouls un peu inégal el B ilier, mais elle ne se plaignait d'aucun point du corps. Elle allait peu à la garde-robe, mais des évacuations naturelles avaient lieu de temps à autre. Huit jours s,' passèrent ainsi lorsque tout à coup elle vomit plusieurs lombrics, et elle se rétablit en quelques jours.
Tous les médecins ont vu des laits de ce genre dans lesquels des accidents cérébraux de pseudo-méningite ont été occasionnés, soit par des Lombrics, soit par des oxyures : Lebon dit en avoir recueilli -2'.» observations dont il a donné le résumé (1), et un autre exemple produit par des oxyures, tenu en échec a la sagacité de trois médecins de Nantes (2).
En voici un qui s'est passé a l'hôpital des Enfants en 1867, et qui se rapporte à des oxyures. — ■ Il était caractérisé par des douleurs de tète, l'irrégularité du pouls et des hallucinations.
0 tSERVATiOM 1. — Pseudo-ménmgiU avec hallucinations. — Oxyures oernucukn-
j'cs. — Ophthalm . — Alice Docagne, âgée de six ans, l'ut amenée le I I et le 13
novembre 1867 à la consultation île l'hôpital des Enfants.
Sa mère raconte qu'elle rend avec les excréments de» quantités d'oxyures vermieulaires considérables, et que depuis huit jours (die a île vives douleurs de tète à la région occipitale, sans vomissement, ni constipation, ni changement d'humeur.
l Lebon, Journal de* connaissances médicales.
•2 Voir Bulletin de thérapeutique, 18
Elle n'a pas d'appétit. Son pouls bat 80, est inégal, et elle a eu, il y a trois jours, quelques heures d'égarement intellectuel, avec hallucination de l'ouïe et de la vue. Elle croyait s'entendre appeler et elle voyait en face d'elle des images sinistres qui la faisaient crier de frayeur. Ses pupilles sont fortement dilatées et peu sensibles à
lumière.
La papille est petite, confuse, voilée par une hyperhémie capillaire sanguine assez intense, et il n'y a rien dans les vaisseaux de la rétine.
Calomel, 0,50. L'enfant a rendu un grand nombre de vers de l'espèce oxyure. Pas d'hallucination ; trois jours après, elle fut guérie.
Maintenant, on peut se demander ce que devient et ce que peut devenir une pseudo-méningite vermineuse. N'est-ce qu'une simple congestion cérébrale et méningée de nature réflexe, simple fluxion due à la paralysie vaso-motrice, sans mélange d'inflammation, et n'y a-t-il pas à craindre que cette fluxion prolongée n'entraîne une vraie méningite? Ici, je fais mes réserves, et je n'essayerai pas de résoudre par des affirmations prématurées ce que je crois être une incertitude.
Dans les cas que j'ai observés, la pseudo-méningite ou simple fluxion des méninges s'est terminée par le retour rapide à l'état normal, après l'évacuation des lombrics ou des oxyures, mais on peut craindre qu'il n'en soit autrement. En effet, une loi d'anatomie pathologique générale nous apprend qu'il n'y a pas de congestion prolongée d'un tissu ou d'un organe qui n'entraîne des proliférations cellulaires abondantes et qui ne fasse, soit des leucocytes, soit des cytoblastions. D'après cette loi, une simple congestion des méninges ou pseudo-méningite pourrait entraîner une méningite. C'est ce qui arrive déjà à la suite de la congestion cérébrale typhoïde qui peut occasionner une méningite typhoïde, et dans la congestion des poumons qui entraîne la pneumonie typhoïde. C'est ce qu'on voit dans l'hyperhémie conjonctivale suivie de sécrétion muco-purulente, etc. Or, si une plilegmasie peut naître d'une fluxion par paralysie vaso-motrice, on ne saurait affirmer qu'il soit impossible que la pseudo-méningite ne dégénère en vraie méningite.
Cela étant dit, j'ajouterai que j'ai vu un cas dans lequel cette transformation a eu lieu ; mais, dans la crainte d'être dupe d'une coïncidence, je ne publie ce fait que sous bénéfice d'inventaire, et en faisant mes réserves.
Observation II. — Lombrics, accidents cérébraux de méningite. — Ophthalmoscopie. — Mort. — Eugénie Hamelin, âgée de quatre ans, entrée le 9 mai 1868, au n° 47 de la salle Sainte-Catherine, à l'hôpital des Enfants, service de M. Bouchut.
Cette enfant, élevée en Normandie, où elle a eu la petite rougeole et la scarlatine, est à Paris depuis trois mois. Depuis lors elle a rejeté beaucoup de vers lombrics. Un biscuit vermifuge lui en a fait rendre une quantité, et le 2 mai elle a été prise de violents maux de tête, sans vomissements, avec constipation et fièvre.
On l'amène à l'hôpital, et là elle rend spontanément un lombric par la bouche, plusieurs autres par les selles ; le calomélas en fait rendre d'autres.
L'enfant restait somnolente, à peu près sans connaissance, avec un peu d'hémiplégie incomplète à droite, sans anesthésie ; elle poussait des cris et des soupirs ; elle avait des rougeurs intermittentes du visage, et une température de la peau variant entre 38 degrés le matin et -40 le soir.
A l'hôpital, il n'y a pas eu de vomissements et pas de garde-robes.
Les yeux présentaient une névrite optique très-caractérisée, avec des stases veineuses, des dilatations variqueuses des veines rétiniennes, et un nuage hyperhémique couvrant la papille.
L'enfant a pris pendant deux jours le calomel contre les vers, puis pendant deux jours 1 gramme de sulfate de quinine, et à ce moment ont apparu de violentes con-