DE LA PSEUDO-MÉNINGITE DES MALADIES AIGUËS
misions, au milieu d'une fréquence et d'une petitesse du pouls très-grandes, mais l'hémiplégie n'a pas augmenté.
Les phénomènes sont restés à peu près les mêmes pendant deux jours, ainsi que les lésions de la rétine et de la papille.
Mort le 16 mai.
A Yautopsie, on trouva la pie-mère extrêmement injectée, formant une nappe rouge uniforme à toute la surface du cerveau, adhérant un peu à la substance corticale légèrement ramollie, et présentant sur quelques points un peu d'infiltration purulente le long des vaisseaux. A la base du cerveau, il n'y a pas d'infiltration purulente, pas plus que dans la scissure de Sylvius ; mais là on croit distinguer deux à trois granulations grises.
Les ventricules latéraux sont très-dilatés, et leurs parois ramollies, pultacées. La substance cérébrale ne présente pas de tubercules.
Dans les poumons existent un certain nombre de granulations grises demi-transparentes, et quelques-unes ont un point opaque au centre, d'autres sont jaune cru.
Les ganglions bronchiques sont tuberculeux, et, dans l'un d'eux, on constate une partie normale hyperhémiée ; dans le voisinage, quelques granulations miliaires isolées; à côté, d'autres granulations confluentes; plus loin, le tubercule homogène à l'état de crudité, et, à côté, une partie de ce tubercule ramolli, diflluent.
L'intestin est rempli de matière liquide verdàtre au milieu de laquelle on trouve une grande quantité de lombrics.
Les yeux présentent une congestion considérable de la rétine et de la choroïde. La papille est peu distincte.
Réflexions. — N'y a-t-il eu qu'une simple coïncidence entre la présence des lombrics de l'intestin et l'apparition des accidents cérébraux qui ont entraîné la mort ? C'est possible, puisqu'on a cru trouver quelques granulations grises tuberculeuses dans le cerveau, et qu'il y en avait certainement dans les poumons, ce qui établit que la méningite était tuberculeuse.
Cependant, on peut se demander si l'enfant ayant des granulations cérébrales et pulmonaires, la congestion du cerveau produite sympathiquement par les lombrics n'a pu être la cause de la phlegmasie des méninges. C'est une question insoluble, à moins de vouloir la trancher d'une façon systématique, ce que je n'ai aucune envie de faire. Je rapporte l'observation en attendant que d'autres faits viennent l'éclairer.
§ II. — De la pseudo-méningite prodromique des maladies aiguës (amygdalite, pneumonie, variole, rougeole, scarlatine).
dette forme est très-commune et donne très-souvent lieu à de graves erreurs de diagnostic. Elle est plus fréquente au début de l'angine tonsillaire qu'au début de toute autre maladie; on ne l'observe que chez les enfants d'un certain âge, qui est celui de la première enfance. Je ne l'ai jamais vue après sept ans.
a. Pseudo-méningite tonsillaire. — La pseudo-méningite tonsillaire résulte de l'inflammation aiguë des amygdales et non des phlegmasies diphthéritiques ou autres de ces glandes, ("est la conséquence d'une hyposthénie vaso-motrice congestive des méninges, amenant rhyperbémie de ces membranes, et produite par l'irritation des extrémités du grand sympathique et du nerf glosso-pharyngien. L'action est instantanée, immédiate, ('/est le phénomène initial de l'angine tonsillaire : comme dans les prodromes de la variole, sous l'influence d'une action réflexe, on \oit un rash ou exanthème prodromique apparaître plus ou moins longtemps ayant l'éruption pustuleuse de la maladie.
Alors les enfants sont pris de (ic\re, avec ou sans irrégularités du pouls, et de céphalalgie avec congestion et chaleur du visage, ('/est un phénomène analogue à celui qu'on observe dans toutes les maladies aiguës de l'adulte : seulement, dans L'enfonce, qui est L'âge des sympathies violentes, la congestion cérébrale est plus
prononcée et, avec cet état vultueux et brûlant du visage, il y a une agitation indicible, dos mouvements continuels, des cris, du délire, des frayeurs et des hallucinations qui éprouvantent beaucoup les mères. En même temps, il y a de la fréquence du pouls, parfois des irrégularités et des intermittences, presque toujours un vomissement par indigestion, accidentellement de la constipation, enfin, tout ce qu'il faut pour tromper momentanément le médecin et pour égarer son jugement. Des erreurs de ce genre ne durent pas longtemps, mais elles se prolongent un ou deux jours, et c'est trop. Dès la première heure, il a fallu se prononcer pour agir, car un état aussi aigu ne peut être traité par exportation, et souvent le médecin pense avoir affaire à une fièvre cérébrale, c'est-à-dire à une méningite. Il se prononce dans ce sens, agit dans cette idée par des sangsues aux oreilles, à l'anus ou aux malléoles, et, trois jours après, les accidents cérébraux ayant cessé, il croit avoir guéri une méningite. Je connais beaucoup de médecins qui, de très-bonne foi, pensent avoir ainsi guéri des méningites qui n'existaient pas et qui n'étaient que des pseudo-méningites. Une fois même, il y a vingt ans, un médecin qui est mort est venu dans ma clientèle, en mon absence, mettre des sangsues aux oreilles d'un enfant de deux ans, qu'il crut atteint de fièvre cérébrale lorsqu'il n'avait qu'un commencement d'angine tonsillaire aiguë. J'avais cependant déclaré le matin qu'il n'y avait point de fièvre cérébrale. Néanmoins, qu'arriva-t-il ? Les sangsues coulèrent au delà du possible ; on ne put en arrêter l'hémorrhagie, et l'enfant succomba.
Vingt fois depuis lors j'ai vu des accidents du même genre, c'est-à-dire des troubles cérébraux aigus, produits sympathiques de la même cause, occasionner les mêmes incertitudes et la même erreur. Je me suis trompé moi-même, comme tant d'autres, et je l'ai dit (1).
La pseudo-méningite tonsillaire existe donc, moins comme entité morbide que comme trouble fonctionnel cérébral sympathique déterminé par l'amygdalite aiguë et formant quelquefois le prodrome de cette maladie. J'ai dit ce qu'elle était anatomiquement : une congestion cérébrale vaso-motrice ; quant à sa marche, à sa durée et à ses terminaisons, je vais maintenant les indiquer.
Elle atteint très-rapidement son plus haut degré d'intensité; car, en quelques heures, tous ses symptômes sont bien établis et n'augmentent plus. Une fois que l'amygdalite est établie, le mouvement congestif de la tête cesse, et la maladie des amygdales continue sa marche sans autre accident sympathique que la fièvre.
Cette forme de pseudo-méningite dure à peine quarante-huit heures, et elle n'en impose pas longtemps au médecin ; la cessation si rapide des accidents lui montre qu'il a su se rendre leur maître, et, s'il n'a pas vu l'angine généralement peu apparente chez les enfants du premier âge, il croit avoir triomphé d'une méningite commençante. C'est une erreur. La nature abandonnée à elle-même ou aidée de quelques révulsifs sur les membres en eût fait autant ; car jamais la pseudoméningite tonsillaire ne va au delà des symptômes que j'ai indiqués, et n'amène la mort.
Maintenant, le diagnostic est-il très-difficile : Non. Il suffit de connaître la possibilité de l'erreur pour l'éviter. En effet, chez les jeunes enfants, l'amygdalite aiguë n'est jamais accompagnée de cette dysphagie consciente ou révélée par un geste de déglutition douloureuse comme chez l'adulte, de sorte que, si l'on attend qu'un jeune enfant avertisse de* son mal de gorge ou le révèle en tendant le cou lorsqu'il avale sa salive, on se trompera nécessairement. Tl faut que le médecin
(1) Article Amygdalite de mon Traité des maladies des nouveau-nés.