CHAPITRE XXXIII
DE LA PACHYMÉNINGITE.
La pachy méningite crânienne ou inflammation de la dure-mère est très-rare chez les enfants.
On la rencontre surtout dans les cas de nécrose des os du crâne dans une plus ou moins grande étendue, dans les cas de carie du rocher et dans quelques cas de tuhercules superficiels du cerveau ayant contracté des adhérences avec la duremère et à la suite de la phlébite des sinus de la dure-mère.
Alors la dure-mère est épaissie, couverte d'un feutrage cellulo-vasculaire ou purulent plus ou moins étendu.
Il y a toujours un certain degré de méningo-encéphalite partielle, avec thrombose des veines méningées ou des sinus.
Cette pachyméningite offre tous les symptômes de la méningite tuberculeuse.
La pachy 'méningite spinale est toujours le résultat du mal de Pott. Alors elle occupe la région cervicale dorsale ou lombaire, selon le siège de la carie vertébrale. Celle-ci a été bien étudiée par Michaud (1) et Joffroy (2). Les lésions anatomiques sont :
1° Lésions centrales. — a. Altération des méninges. Tumeur fusiforme au niveau du renflement cervical de la moelle. La dure-mère, très-épaissie, est formée d'un tissu fibreux disposé en couches concentriques ; la pie-mère, épaissie à un moindre degré, lui adhère d'une manière plus ou moins intime. Chose remarquable, tandis que la pachyméningite crânienne s'accompagne souvent d'hématomes, les. hémorrhagies interstitielles sont ici très-rares, et la lésion, dans le plus grand nombre des cas, est purement hyper trophique. Elle débute parla face interne de la dure-mère, et amène consécutivement un certain degré de pachyméningite externe et des adhérences avec le ligament vertébral postérieur. Le processus est donc trèsdifférent de celui de la pachyméningite externe primitive, étudiée dans le mal de Pott (3), et qui ne s'accompagne pas généralement de lésions sur la face profonde. — r>. Altérations de la moelle. Myélite aiguë, subaiguë ou chronique d'emblée, consécutive à la phlegmasie de la dure-mère ; tantôt corticale, tantôt profonde, et transformant le cordon médullaire en un tissu conjonctif dense, fibroïde, vasculaire, confondu avec les méninges épaissies. La moelle est alors constamment aplatie dans le sens antéro-postérieur, et cet aplatissement n'est pas dû à une compression qu'exerceraient les méninges hypertrophiées, car on le rencontre aussi dans les myélites chroniques sans méningite. Au milieu du tissu inflammatoire, on rencontre des cavités remplies de sérosité ou de matière amorphe granuleuse, véritables foyers
(li Michaud, De la méningite et de la myélite dans le mal vertébral. Thèse de Paris, 1808. (2) A. Joiîrov, De la j)achyméningite cervicale hypertrophique d'origine spontanée. Thèse, Paris, 1873, n° 70.
(3i Michaud, De la méningite et de la myélite dans le mal vertébral. Thèse de Paris, 1808.
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de désintégration, analogues à ceux qui se produisent dans les ramollissements de l'encéphale et peuvent arriver à la formation de kystes entourés d'une paroi propre. V ce sujet, Joiîroy réfute l'opinion allemande, qui \oit dans ces cavités une dilatation du canal central, amenée par la rétraction du tissu inflammatoire, comme la dilatation bronchique est amenée par la sclérose pulmonaire. Notons encore la persistance de petits îlots de substance blanche et de substance grise, qui pourraient expliquer comment les troubles de la sensibilité et de la motilité ne sont pas toujours en rapport avec rétendue de la lésion ; enfin les dégénérations ascendantes, qui s'établissent généralement suivant les lois formulées par Turck, Vulpian, Charcot, Bouchard.
2° Lésions périphériques. — a. Altérations dans les nerfs. Inflammation des racines par continuité ou par compression; intégrité des nerfs périphériques, dans le seul cas où on les ait examinés au microscope. — B. Altérations dans les muscles. Examinées seulement dans des cas où il y avait une altération profonde des cornes antérieures, les fibres musculaires se sont montrées, comme dans l'atrophie musculaire protopathique, les unes simplement atrophiées, c'est-à-dire réduites dans leur diamètre transversal, les autres modifiées dans leur structure (diminution de la striation, apparition de granulations protéiques et graisseuses, etc.).
L'auteur signale en outre la tuberculose pulmonaire, qui accompagne la pachyméningite cervicale hypertrophique au même titre que la plupart des maladies inflammatoires chroniques de la moelle.
La symptonuitologie comprend deux périodes : l'une, douloureuse, répond au développement des altérations méningées ; l'autre, paralytique et atrophique, commence avec l'invasion de la moelle et des nerfs par le travail inflammatoire.
1° Période douloureuse. — a. Forme cervicale. Accès variables de céphalalgie et de douleur cervicale postérieure, se reproduisant à des intervalles de plus en plus rapprochés. La douleur devient continue, avec paroxysmes irréguliers, exacerbation par les mouvements des vertèbres, irradiations le long du rachis, à la tête, à la face, aux membres supérieurs. — r>. Forme périphérique. Douleurs analogues aux irradiations de la forme précédente, siégeant principalement dans les grandes articulations des membres supérieurs et dans les extrémités des doigts. De là, repos forcé, insomnie, troubles digestifs, épuisement, jusqu'à la période suivante, qui peut être nettement séparée de la première, ou au contraire survenir promptement el se combiner avec elle.
2° Période paralytique et atrophique. — La succession des phénomènes est généralement la suivante : fourmillements et engourdissement des doigts, puis mouvements (ibrillaires dans les muscles de la main, suivis bientôt de leur diminution de volume, et de L'affaiblissement de leur puissance motrice et de leur contractilité électrique. M. JolTrox insiste beaucoup sur la distribution de l'atrophie dans les différents groupes musculaires ; il y trouve un caractère distinctif essentiel entre l'atrophie musculaire protopathique et L'atrophie musculaire symptoma tique. Km effet, tandis que dans La première on voit les différents muscles d'un membre se prendre successivement et dans un ordre donné, dans la pach\ méningite rer\ icaleonne \ oit que certains groupes de l'avanl-bras s'atrophier pendant qu'un groupe \oisin reste complètement indemne. De là des déformations et une attitude spéciale qui se remarquent principalement à la main. La forme de griffe, particulière a celle maladie, constitue un signe important, sinon constant et pathognoinonique ; elle est due précisément à la distribution de l'atrophie musculaire, sur Laquelle M. .loll'roy a appelé l'attention, et que nous n'essayerons pas de résumer. La ligure J7 en donne une idée sommaire.
L'altération musculaire n'est pas toujours limitée aux membres supérieurs. Les troubles de la sensibilité, anesthésie, hyperesthésie, etc., sont très-variables. Enfin, on rencontre ces troubles trophiques cutanés bien étudiés par Mitchell, Bœrensprung, tels que : éruptions vésieuleuses ou bulleuses, glossyskin des Anglais, etc.
\ propos du diagnostic, l'auteur distingue soigneusement de la pacbyméningite cervicale, au début : le torticolis et le rhumatisme articulaire, pins tard l'atrophie
Fig. 27.— Attitude habituelle de la main dans la pacbyméningite cervicale hypertrophique (*).
musculaire protopathique, la myélite chronique siégeant dans le renflement cervical, les névralgies cervico-occipitale et cervico-brachialc protopathique, le mal de Pott cervical, etc.
Huit observations ont servi de base à ce travail. Trois sont empruntées à Abercrombie, Kœhler, AV. Gull; les autres sont signées Joffroy, Pierret. Ces dernières sont remarquables par l'exactitude et l'abondance des détails cliniques, autant que par l'importance de l'examen nécroscopique.