CHAPITRE XLIV
EMBOLIE DE CERVEAU ET RAMOLLISSEMENT, 00 GANGRÈNE DE LA SUBSTANCE CÉRÉBRALE
Le ramollissement du cerveau est rare chez les nouveau-nés et dans la seconde enfance. Il s'observe quelquefois à la suite de l'inflammation de la substance cérébrale, mais ce n'est pas la seule cause qui puisse le produire. Il résulte aussi de l'oblitération des artères du cerveau, soit par artérite, soit par embolie artérielle. Dans ce dernier cas, les caillots empêchent le sang d'arriver au cerveau et amènent la mortification de sa substance comme chez les vieillards, ainsi que je l'ai démontré dans un travail sur le ramollissement cérébral sénile. Si cette gangrène n'a pas d'odeur, c'est que le cerveau étant dans une boîte osseuse à l'abri du contact de l'air, la putréfaction et la fétidité ne sauraient se produire.
En voici un cas curieux publié par Bouchaud (1) et recueilli à la Maternité.
Sans prétendre que ce soit là un cas de ramollissement dû à une embolie artérielle plutôt qu'à une artérite ayant développé des caillots dans les artères cérébrales moyennes, et ensuite une gangrène cérébrale semblable à celle que provoque la ligature des carotides, le fait est intéressant et mérite d'être conservé.
Observation I. — Un enfant né au terme de huit mois et demi, chez lequel aucun soupçon d'infection syphilitique ne paraissait admissible, présentait des bulles de pemphigus éparses sur le corps, et qui ont été suivies de l'apparition de nouvelles bulles, mais la paume des mains et. la plante des pieds ont été respectées.
Cinq jours après la nai'ssance, on a vu se développer chez lui des signes de conjonctivite et de coryza assez intense, et quatre jours plus tard la diarrhée s'est jointe à ces symptômes et présentait des alternatives d'amélioration et d'exacerbation. Une semaine plus tard l'amélioration était considérable ; le pemphigus était à peine apparent, mais il s'était fait une éruption de sudamina.
Six jours après, le 7 avril, on constatait un peu de chaleur aux téguments et une pâleur générale de la peau. Les extrémités étaient œdématiées.
Le 10, la température du corps était plus élevée, l'œdème s'était généralisé ; il y avait de l'albumine dans les urines.
Le 11, il y avait eu des vomissements.
Le 17, après une nuit très-mauvaise, il y avait eu des convulsions généralisées, et ces convulsions étaient beaucoup plus prononcées du côté droit que du côté gauche, soit à la face, soit aux membres ; la langue était portée à droite ; le tronc, le cou, également atteints, se courbaient en arrière et un peu à droite.
Dans les journées du 18 au 2i avril, les convulsions se sont reproduites avec une intensité croissante d'abord, puis avec une violence de moins en moins grande. A plusieurs reprises, on a trouvé de l'albumine dans les urines.
Le 25, les convulsions avaient cessé. Mais à dater de ce moment, le petit malade, en proie à une diarrhée séreuse et jaunâtre, n'avait pas cessé de crier. Les convulsions avaient été remplacées par de la contracture de la moitié droite du corps, prononcée surtout à la main et au pied. La mort était survenue le 26 avril.
Autopsie. — Les viscères de la cavité thoracique ont été trouvés complètement sains; les organes abdominaux ne présentaient pas davantage de lésions. Dans les reins se trouvaient de petits abcès dont le volume variait de celui d'un pois à celui d'une noisette. A l'incision, il s'écoulait du pus jaunâtre bien lié, et sur les parties voisines des collections purulentes, on voyait le tissu glanduleux congestionné, d'un rouge foncé et ramolli ; le reste des deux organes était sain ; les vaisseaux ne semblaient pas oblitérés.
(1) Bouchaud, Gazette des hôpitaux, 1861, p. 2G9.