EMBOLIE DU CERVEAU, OU GANGRÈNE DE LA SUBSTANCE CÉRÉBRALE
Voici les lésions cérébrales telles qu'elles ont été décrites par II. Boucbaud.
En ouvrant la cavité crânienne, on donnait issue à une a-sez grande quantité de sérosité limpide contenue dans les méninges, qui d'ailleurs n'offraient pas d'altérations. mtricale gauche contenait une sérosité limpide abondante; le ventricule droit en contenait moins. I /hémisphère droit était sain, ainsi que le cervelet et la protubérance. Dans l'hémisphère gauche il y avait deux foyers de ramollissement. L'un, situé en avant et en dehors du corps -trie, au-dessus de la scissure de Sylvius, du volume d'une petite noix, était peu apparent à l'extérieur . là le changement de coloration était presque nul.
A la coup.', le cerveau fournissait en ce point une substance Duide et d'un gris - . contenue dans une cavité à parois irrégulières et ramollies plus ou moins, suivant qu'on s'éloignait des parties saines. L'autre foyer, ramolli, plus petit, situé au-dess de la scissure de Sylvius, dans le lobe sphénoidal, se révélait à l'extérieur par une coloration foncée des circonvolutions cérébrales et par une fluctuation très-manifeste au toucher, qui a lai>sé échapper à l'incision la sub>tance cérébrale fluide et d'un gris
lies artères cérébrales moyennes du côté gauche renfermaient plusieurs petits caillots, dont quelques-uns grisâtres, fibrineux, solides, distendaient les parois artérielles d'ailleurs -aines, et faisaient supposer qu'il s'agissait d'embolies, dont à la vérité on ne pouvait dire l'origine.
Les abcès du rein, qui expliquaient l'albuminurie, pouvaient être dus à une lésion du même genre.
En voici un autre cas, observé dans mon scniee a la suite d'une chorée compliquée d'endocardite.
Observation IL — Embolie artérielle du cerveau. L'enfant, âgée «le huit ans. fut tout à coup frappée d'hémiplégie par embolie artérielle du cerveau ayant donné lieu à un ramollissement circonscrit de la substance cérébrale < h.
L'artère basilaire est perméable, ainsi que Y artère sylvienne gauche et ses afférents. L'artère sylvienne droite présente une oblitération complète, et forme un petit cordon de 5 millimètres dur sous le doigt. L'artère parait rose, et çà et là. en suivant son cours, on voit des places remplies parmi caillot blanchâtre, un peu décoloré. Toute la substance cérébrale où se distribue cette artère, la couche optique et les corps striés sont ramollis, sur quelques points un peu jaunâtres, ocrés: mais le ramollissement n'est point liant.', et se confond peu à peu avec la substance cérébrale saine.
Dans Vaorte abdominale, au point de sa bifurcation, se trouve une petite tumeur arrondie, ayant "2 centimètres 1 -2 d'un sens, et I demi-centimètre de l'autre, adhérente à la paroi et pouvant laisser passer le sang sur les c'a-'- et en avant. Toutefois, l'espace resté libre est peu considérable et n'a guère plus île 3 millimètres. Cette tumeur est noire à la surface : quand on la divise, on la trouve entièrement forme-' de fibrine blanchâtre, ramollie, entourée d'une coque noirâtre, épaisse de 1 millimètre, obstruant l'artère presque complètement. On trouve jusqu'aux pieds, çà et là. de petites ecchymoses due> â des thromboses capillaires; cette lésion n'existe qu'à gauche, et point dans le membre droit. Le foie est volumineux, rougeàtre, violet, siège d'une sidérable.
La rate est plu- rouge que le foie, friable; on y aperçoit quatre ou cinq noyaux du volume d'un puis à une noisette, durs à la périphérie, où ils sont noirâtres, et un peu plus mous au centre, où ils sont décoloi a
I - reins sont volumineux, b ouverts de marbrures noirâtres et jaunâtres,
- -ous forme de noyaux isolés. A la coupe, les parties noires pénétrent dans la substance corticale et sont dues à une hyperhémie du tissu, tandis que les parties blanches entremêler- semblent être le résultat d'anémie. .Mais à l'intérieur de l'organe, la lésion parait moins nettement circonscrite qu'à la périphérie.
L'intestin est rempli d'ecchymoses situées sur le trajet des artérioles transversales de la muqueuse, et au centre desquelles on trouve le vaisseau oblitéré par un caillot.
■1 Bouchât, Omette in kopitëuxt !v
Thomas Barlow en a publié un cas observé chez un garçon de dix ans et qui avait une insuffisance aortique(l). Il y eut deux attaques d'hémiplégie, l'une droite l'antre gauche, à quatre mois de distance et il y eut une aphasie complète. L'autopsie révéla une embolie des artères cérébrales moyennes avec des foyers limités de ramollissement sans odeur dans les circonvolutions frontales ascendantes, inférieures et moyennes (2). Ici, le ramollissement dû à la cessation d'influx du sang artériel est évidemment une véritable gangrène cérébrale et s'est produit sans amener d'odeur putride.
Le diagnostic différentiel des embolies du cerveau doit se faire avec l'hémorrhagie cérébrale, avec l'encéphalite aiguë, avec la paralysie essentielle de l'enfance, avec le ramollissement cérébral athéromateux.
i° Hémorrhagie cérébrale. — Chez les enfants, l'hémorrhagie cérébrale est très-rare, et, en même temps que l'hémiplégie, elle détermine toujours une perte plus ou moins prolongée de l'intelligence. Ne fût-ce qu'une heure, les facultés intellectuelles sont abolies, et lorsque le malade reprend sa connaissance, il est paralysé du mouvement. — Or, ici, l'hémiplégie a été subite et a paru sans être précédée de perte de connaissance. Dès le premier instant la petite fille a paru se plaindre d'une vive douleur dans le côté droit de la tête, vers lequel elle tenait sa main restée libre. — De plus, il y eut dès le premier moment une anesthésie complète du membre paralysé, ce qui n'arrive pas dans l'hémorrhagie cérébrale laissant l'intelligence intacte.
Une dernière raison enfin qui me paraît éloigner entièrement ici l'idée d'une hémorrhagie cérébrale, c'est le résultat de Y examen cérébroscopique. Enfin, dans l'hémorrhagie cérébrale, le fond de l'œil est toujours rouge, la papille plus ou moins diffuse par hyperhémie de ses vaisseaux propres, et il y a phlébectasie rétinienne très-prononcée. —Or, ici, le fond de l'œil droit était pâle, la papille blanche, diffuse par œdème séreux, et il n'y avait pas de phlébectasie rétinienne. — De plus, l'autre fond d'œil, à gauche, était normal.
Nous avons donc ici la preuve à l'ophthalmoscope qu'il n'y a pas d'hémorrhagie cérébrale, mais qu'il y a une lésion de l'hémisphère droit, ce qu'indique la lésion reconnue du nerf optique droit.
2° Encéphalite aiguë. — Chez les enfants, l'encéphalite aiguë se montre quelquefois et peut entraîner l'hémiplégie, mais elle n'apparaît pas comme maladie primitive apoplectique, frappant tout à coup de paralysie une région du corps. — C'est plutôt une maladie secondaire se développant autour d'une lésion antérieurement existante, comme serait par exemple un tubercule. — Elle vient alors par degrés et se complique ordinairement de méningite. — Ici, nous n'avons rien de progressif, et l'invasion subite des accidents m'empêche de croire à l'existence d'une encéphalite aiguë.
3° Paralysie essentielle de V enfance. — Le développement subit des paralysies essentielles de l'enfance, de celles qu'on nomme graisseuses en raison de l'altération graisseuse des muscles, est également subit comme dans le fait placé sous nos yeux, mais il n'est jamais précédé de chorée ni de déviation latéralisée des yeux, d'amaurose ou d'aphasie. — De plus, il ne s'accompagne jamais de lésion de la rétine et du nerf optique. — On n'y remarque pas davantage cet affaiblissement général que présente notre malade, et toutes ces raisons me font éloigner l'idée d'une paralysie dite essentielle.
(1) Th. Barlow British médical Journal, 1876. (v2) Voyez Aphasie.