CORPS ÉTRANGERS DU LARYNX
Des corps étrangers de toute espèce : pépins, noyaux de fruits, graines, perles de verre ou de métal, petites pièces de monnaie, etc., cailloux, petites billes, boules de boutons, bouts de bois, d'ivoire, une patte d'écrevisse, un morceau d'arête de poisson, peuvent pénétrer dans le larynx des enfants et ils déterminent toujours des accidents graves. Ordinairement ce sont des accès de suffocation ou une forte dyspnée, mais dans quelques cas le corps étranger, si c'est une aiguille», par sa forme piquante, pénètre dans les tissus et circule dans le corps pour être éliminé au dehors.
D'une manière générale, les corps étrangers qui pénètrent dans le larynx produisent uw suffocation immédiate qui fait craindre la mort, mais ils ne lardent pas à être supportés, et ils peuvent rester plusieurs jours sans donner lieu à des symptômes d'asphyxie ni de suffocation. D'abord, l'enfant tousse d'une manière rauque, comme dans les cas de croup, il suffoque, puis tout se calme. Ce n'est qu'au troisième ou cinquième jour (pie viennent les accidents. I ne tou\ pénible, croupale, accompagnée de gène respiratoire, s établit chez les enfants: un bruit de va-et-vient dans la trachée indique la présence du corps étranger, puis arrive l'asphyxie, el il faut faire prompleineni la trachéotomie, m l'on ne veut laisser mourir les enfants.
£ I. Corps étrangers du larynx chez les enfants à la mamelle.
Il est assez r;nv de voir les corps étrangers dans le larynx d'un enfant à la mamelle, à cause de la pelite "dim lisioil de cet organe ; cependant il v en a des
exemples, el ceux que je rapporte ici me semblent dignes d'intérêt.
I n don an de cerise s'était introduit dans le larynx d'un enfant de deux ans, et s'y était lixé ; la suffocation imposa la nécessité de faire ime laryngotomie cricoïdienne, qui ne fut suivie de l'expulsion d'aucun corps étranger. Au moment de la cicatrisation de la plaie, la suffocation reparut, et dans les manœuvres que l'on fit pour rouvrir la plaie, tant avec une sonde qu'avec un écouvillon, l'enfant périt asphyxié. Voici d'ailleurs ce fait :
Observation I. — Un enfant de deux ans, voulant parler en mangeant des cerises dont il avalait les noyaux, fut subitement pris de quintes de toux violentes et d'accès de suffocation. L'asphyxie était imminente, et le récit de circonstances antérieures simplifiait d'ailleurs le diagnostic. Corbet pratiqua immédiatement la laryngotrachéotomie. Aussitôt, le canal aérien ouvert, l'anxiété se dissipe ; la respiration redevient libre. Cependant le corps étranger n'est pas rencontré. La plaie se cicatrise, quinze jours se passent durant lesquels la santé est parfaite et la respiration entièrement régulière.
La fistule aérienne était donc tout à fait fermée et la plaie extérieure presque guérie, lorsque l'enfant fut tout à coup saisi de symptômes encore plus alarmants que la première fois. Corbet, sans hésiter, incise le tissu inodulaire, introduit une sonde de femme dans la trachée et l'explore en tous sens, tant avec le doigt qu'avec une tige de baleine armée d'une petite éponge. On ne put découvrir le corps étranger ; la suffocation redoubla et emporta l'enfant dans une crise.
Autopsie. — On divisa et l'on examina le tube aérien jusqu'au niveau de la bifurcation des bronches, sans rien trouver. Cependant la mort, survenue malgré l'ouverture fort ample de la région cricoïdienne, faisait supposer que le corps étranger devait plutôt se rencontrer au-dessus de la plaie. En incisant le larynx, on vit enfin le noyau de cerise qui descendait dans la trachée , déplacé sans doute par les mouvements qu'on avait fait pour placer la tête du sujet sur un billot. Effectivement, le ventricule droit du larynx était creusé d'une arrière-cavité formée par une ulcération, et tellement disposée, qu'en y introduisant le noyau ou apercevait à peine un point de sa surface, pourvu qu'on mît son grand diamètre parallèlement à celui du ventricule (1).
On comprend aisément comment le chirurgien ne put reconnaître la présence de ce noyau dans la glotte, bien que pendant la seconde opération il eût introduit ses deux doigts indicateurs, l'un de haut en bas par l'arrière-gorge, l'autre de bas en haut par la plaie du larynx, jusqu'à ce qu'ils se touchassent. Mais un autre enseignement, plus directement lié à la thérapeutique, ressort de ce fait : c'est que dans les cas semblables de recherches infructueuses du corps étranger après la trachéotomie, il ne faut jamais négliger d'imprimer de brusques secousses au patient, en changeant soudainement sa tête de position. C'est la manœuvre qui seule réussit, chez l'ingénieur Brunel, à déloger la pièce de monnaie qui avait jusque-là résisté à tous les moyens d'extraction. Les détails de l'autopsie que nous venons de relater prouvent que des mouvements de ce genre sont ceux auxquels fut également dû le déplacement du noyau de cerise sur le cadavre de l'opéré de Corbet.
§ II. — Corps étrangers du larynx dans la seconde enfance.
Los Corps étrangers du larynx ne sont pas rares dans la seconde enfance. En voici Un qui est très-curieux et dans lequel on voit que la bronchotomie nécessaire à l'expulsion du corps étranger n'a pu amener ce résultat. On le doit au docteur Rendu, médecin à Compiègne (2).
I I Corbet, Gazette médicale.
(2) Rendu, Observations â? introduction de corps étranger dans les voies aériennes (Bulletin de V Académie de médecine. Paris, 1850, t. XVt, p. 105).