CORPS ETRANGERS DU LARYNX. ÔÔO
Observation II. — Corps étranger dans le larynx. — Un enfant Je cinq ans. ayant
par mégarde avalé un haricot, fut pris aussitôt d'un accès de suffocation qui se reproduisit les jours suivants. M. Rendu pratiqua la broncho-trachéotomie, mais le corps étranger ne fut point expulsé, malgré l'étendue de la plaie. Celle-ci était cicatrisée, lorsqu'une quinte violente survint trois mois après l'accident, et fut suivie de l'expulsion brusque par la bouche de matières purulentes au milieu desquelles se trouva le haricot qui avait germé. Depuis ce moment, les accès cessèrent pour ne plus revenir.
Le troisième fait qu'on va lire est bien un des plus curieux et des plus rares qu'on puisse imaginer. Le corps étranger, formé par un ganglion bronchique arrivé dans les bronches par ulcération de ce conduit, était remonté jusqu'à la partie supérieure du larynx. — La trachéotomie fut pratiquée sans résultat favorable.
Observation III. — Ganglion bronchique dans le larynx. — Un enfant de huit ans présenta lout à coup, en jouant, des signes de suffocation. Ces symptômes augmentèrent rapidement. M. Edwardes pratiqua la trachéotomie. On put ainsi faire pénétrer un peu d'air par l'ouverture. Le malade fit deux inspirations seulement après l'opération, et mourut asphyxié.
On trouva à la face postérieure et inférieure de l'épiglotte un corps étranger qui, en bas, touchait l'ouverture de la glotte. Ce corps étranger était couvert de mucus, et présentait exactement l'apparence d'un ganglion bronchique. En fendant la trachée, on découvrit que le ganglion avait pénétré par une ouverture normale qui existait à droite en arrière, immédiatement au-dessus de la bifurcation. L'ouverture anormale présentait des bords irréguliers et frangés. Le corps étranger trouvé dans le larynx fut examiné par M. Quekett ; il offrait une forme irrégulière, une coloration d'un bleu clair, et était maculé de taches blanches et noires. A la surface, on constatait la présence d'épilhéliuui. La masse, à son intérieur, présentait exactement la même structure anatomique qu'un ganglion bronchique sain, qui fut pris comme ternie de comparaison (I ).
Chez quelques enfants, le corps étranger séjourne plusieurs jours dans les voies aériennes avant de donner lieu à des symptômes d'asphyxie. Il y a d'abord un accès de suffocation qui se calme, et ce n'est qu'au bout de quelque temps qu'apparaissent de nom eaux phénomènes de dyspnée et de suffocation,
Les choses se sont passées de cette manière dans le cas suivant publié par M. Iszenard.
OBSERVATION IV. — Une enfant, âgé de sept ans, avala brusquement un haricot qu'elle s'amusait à recevoir dans sa bouche après l'avoir jeté en l'air. Il se déclare aussitôt dc> accès de suffocation, qui se calment d'eux-mêmes au bout d'une demiheure. Ce calme dure quatre jours.
Le cinquième jour, il survient une toux comme croupale ; on crut à une bronchite commençante. Dans l'après-midi du même jour, la suffocation devient imminente, et l'on entend distinctement dans la trachée le bruit de va-et-vient produit par le haricot.
Le septième jour, la figure était violacée, le pouls petit, déprimé, la peau froid-': l'enfant suffoquait. On se décide à pratiquer la trachéotomie. Bientôt le haricot vint se présenter à l'ouverture artificielle, et fut saisi avec dc<. pinces cl extrait.
Les suites de l'opération furent très-simples, el la petite plaie, dont le^- bordfurent affrontés avec des bandelettes de taffetas gommé, fui promptemenl cicatri ée.
La voix seule ol restée encore enrouée.
Observation V. En 1867, appelé par le docteur Lhuillier près d'un garçon de
six ans qui avait avalé une perle oblongue de verre noir longue de 2 ceiltimètn - el presque pointue aux deux bouts, je fis vomir l'enfant sans résultat. — Douze jours
(1) Edwardes, Medic.-chirurg, Trans.} et Ga*t hebdi
après, comme il y avait do> accidents de suffocation toutes les nuits, de la dyspnée très-intense avec toux grasse, expectoration mueo-purulente ensanglantée, je fis la trachéotomie, et, ayant fait sortir la perle de verre par l'ouverture, nous vîmes l'entant guérir en quelques jours à la suite d'un pansement simple.
Chez quelques enfants, le corps étranger cesse de produire des accès de suffocation et il est toléré par le larynx ou par les bronches. Seulement il occasionne une bronchite avec bronchorrhée ou une broncho-pneumonie grave qui ferait périr les enfants si on ne les opérait. Dans ce cas, 1? corps étranger bouche quelquefois la bronche droite plus large que la bronche gauche, et dont l'éperon se porte à gauche, ce qui produit absence de respiration dans une partie du poumon droit. — Ailleurs, le corps étranger peut descendre dans le poumon et y former un abcès donnant lieu à des symptômes de phthisie, perforant les bronches et se vidant au dehors par une vomique suivie de guéri son. Tel est le fait de Laborde (1). Ailleurs, on a vu l'abcès perforant les bronches pour rejeter le corps étranger, et s'o livrant à l'extérieur de manière à former un vaste foyer. C'est ce qui est arrivé à un enfant observé par Hamon (de Fresnay) et dont l'observation se trouve dans la sixième édition de ce livre.
Les précédentes éditions de cet ouvrage (2) renfermaient encore d'autres observations de corps étranger du larynx. — C'étaient des observations de Cooper Forster de AVeelhouse (3) relatives à des noyaux de prune, à un noyau de cerise, à un fragment d'os, et une débâcle relative à un fragment de boucle d'oreille en verre bleu, de X... (4).
Traitement; — Si le corps étranger du larynx et des bronches produit des accès de suffocation répétés et violents, pouvant faire croire à une suffocation mortelle, il faut pratiquer la trachéotomie.
Mais si comme cela arrive le plus souvent la tolérance s'établit, il faut attendre, car le corps étranger peut être rejeté huit jours, un mois, six mois après son introduction.
Si la tolérance ne s'établit pas et qu'il y ait phlegmasie des bronches ou du poumon, il faut prescrire plusieurs vomitifs, mettre l'enfant sur le ventre, la tète en bas, le pendre un instant par les pieds, et l'on fait quelquefois ainsi sortir le corps étranger. Dans le cas contraire, bien qu'il n'y ait pas d'accès de suffocation, il faut opérer.
La suspension par les pieds n'est utile que dans les cas d'introduction d'un corps dur (pièce de monnaie, perle, noyau de fruit, etc.), ne pouvant gonfler; mais s'il s'agit d'un haricot hygrométrique pouvant gonfler, il ne pourra sortir par ce procédé.