‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 166 sur 472 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On donne le nom de bronchite à l'inflammation delà membrane muqueuse des bronches. Elle est également désignée sous les noms de rhume et de catarrhe pulmonaire. Les enfants à la mamelle sont ceux qui présentent le plus de disposition à être affectés par cette maladie.

La bronchite est une affection dont Vête a due anatomique est variable, et qui survient d'emblée ou consécutivement à une autre maladie. Elle se manifeste sous la forme aiguë et sous la forme chronique.

L'étendue en forme le phénomène principal. En effet, la bronchite simple, qui n'affecte que les grosses bronches, est essentiellement différente de la bronchite généralisée, ou de la bronchite capillaire, qui s'étend au contraire jusque dans

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les plus petits rameaux bronchiques. La bronchite généralisée se transforme ] constamment en pneumonie lobulaire, et forme la pneumonie catarrhale ou broncho-pneumonie, fait anatomique qui change toute l'expression symptomatique et qui donne beaucoup.de gravité a la maladie.

(anses. — L'inflammation de la membrane muqueuse pulmonaire est wm> maladie qui s'observe très-souvent dans l'enfance, et en particulier dans la période comprise entre le moment de la naissance et la fin de la première dentition. A cet âge, les causes les plus légères déterminent facilement l'irritation de cette membrane.

La bronchite généralisée est loin d'être aussi fréquente que la bronchite partielle. fi n'est pas d'enfants qui n'aient eu dans leur vie un ou plusieurs rhumes de peu d'importance. 11 n'y en a qu'un petit nombre au contraire, dont la maladie, transformée en bronchite générale, ait été assez grave pour donner de l'inquiétude a leurs parents et nécessiter l'intervention du médecin.

La bronchite primitive se rencontre aussi soin eut, sinon plus, que la bronchite secondaire, l.a première est la plus fréquente, mais les relevés des hôpitaux ne peuvent suffire pour juger cette question, car un grand nombre de faits de bronchite sont perdus pour le médecin d'hôpital, qui ne voit que les cas les plus graves. Or, la plupart des exemples de bronchite légère sont des exemples de bronchite primitive. Tl serait donc impossible d'arriver à une solution précise à cet égard, si Ton voulait comparer la pratique de l'hôpital à la pratique de la ville. C'est, du reste, ce que personne n'a encore fait jusqu'ici.

Le sexe des enfants n'a aucune espèce d'influence sur la production du catarrhe pulmonaire. Les garçons comme les filles sont indistinctement frappés par cette maladie.

Elle ne se montre pas également à toutes les époques de l'année. Elle règne plus spécialement pendant l'hiver et au printemps, au moment où la température est humide et basse, sujette à de brusques variations. L'action subite ou prolongée du froid en est la cause occasionnelle la plus ordinaire.

Elle se développe de préférence chez les enfants des classes pauvres, qui sont souvent mal nourris, vêtus d'une manière insuffisante, et dont les parents sont privés des ressources nécessaires pour entretenir autour d'eux une température convenable.

Il faut placer, à coté de l'influence des conditions hygiéniques, celle qui résulte de l'hérédité et de la mauvaise santé habituelle des enfants. Ainsi, quoiqu'il ne paraisse exister aucun rapport entre la faiblesse de constitution, l'étal lymphatique, scrofuleux ou rachitique de certains enfants, et la production d'une bronchite, il n'en esl pas moins Mai que ces circonstances prédisposent beaucoup au développement de ("lie affection. Certains enfants ont lesmuqueuses très-susceptibles, parce que leurs parents oui la même infirmité par suite de leur tempérament mou et lymphatique, el cette disposition se révèle tantôt sur la muqueuse nasale ou pulmonaire, tantôt sur la muqueuse génitale et digestive, etc.

La bronchite se rattache d'une manière très-directe à l'éruption des dents; à la fièvre typhoïde, a l'action de la laryngite striduleuse qui dégénère toujours en bronchite, de la tuberculose, de lu diphthérite, de l'endocardite et de certaines fièvres éruptives, particulièrement de la rougeole. Elle esl même si fréquente pendant le COUrS de celte alfecliou, qu'on peut la considérer COmme une (le ses dépendances essentielles. La fièvre morbilleuse se traduit sur la muqueuse des bronches, comme sur la muqueuse de l'œil et du ne/.. I à, c'est une éruption bien caractérisée de la peau ; ailleurs, c'est une irritation avec flux des muqueuses. \u reste, cette

bronchite spécifique ne diffère pas seulement chez les enfants à la mamelle de la bronchite ordinaire ; la même différence, comme on le sait, exisle également trèsmarquée chez l'adulte.

L'inflammation de la muqueuse des bronches est ordinairement une maladie sporadique; de temps à autre elle Trappe un grand nombre d'enfants a la fois, sévit également sur les adultes ; elle règne d'une manière épidémique. La plupart des auteurs ont observé des épidémies de ce genre. Il en est fait mention dans Stoll, Sydenham, Fothergill, Lepecq de la Clôture, etc., et dans quelques travaux plus modernes de Pétrequin, Piedagnel, etc. Enfin, et c'est par là que nous terminerons, cette maladie est si commune dans certains lieux où les jeunes enfants sont réunis en grand nombre, comme à l'hôpital des Enfants trouvés, qu'on pourrait la considérer comme endémique. Elle résulte plutôt du peu de soins donnés aux enfants et de l'influence des conditions hygiéniques mauvaises qui les environnent.

Anatoinic pathologique. — Sous l'influence de ces causes prédisposantes, ou de ces impressions morbides, des modifications de texture s'opèrent dans la membrane muqueuse des bronches. Elles se développent toujours des deux côtés dans tout l'arbre bronchique ; elles sont toujours plus intenses du côté droit. La membrane muqueuse est le siège d'une injection capillaire considérable, qu'il est facile de reconnaître dans les bronches volumineuses, et qu'on ne peut guère apprécier dans les bronches de petit calibre ; la rougeur varie du rose vif au rouge foncé. On ne peut se méprendre sur sa nature inflammatoire lorsque le tissu pulmonaire sous-jacent n'est pas fluxionné, ni lorsque dans les bronches avec cerceaux cartilagineux elle est uniforme, aussi intense sur les cartilages que dans leurs intervalles. Cette coloration n'est pas la même dans tous les points de l'arbre bronchique ; elle est plus marquée dans les bronches des lobes inférieurs et dans les bronches du bord postérieur de l'organe. Elle ne disparaît pas par le lavage.

On ne peut, sans crainte de tomber dans l'erreur, parler des changements survenus dans la consistance et l'épaisseur de la membrane muqueuse. Les tentatives faites à ce sujet pour arriver à un résultat positif sont restées infructueuses, et les auteurs qui se sont dévoués à ces laborieuses recherches ont été, malgré leur grande habitude de l'anatomie pathologique, obligés d'avouer leur impuissance.

Les ulcérations bronchiques sont excessivement rares chez les enfants. Fauve! en a rapporté un exemple incontestable. Ces ulcérations, dont le diamètre avait de 1 à 4 lignes de diamètre, dont la forme était variée, occupaient les bronches de moyen calibre; les bords en étaient rouges et un peu saillants; le fond paraissait constitué par du tissu cellulaire et du tissu jaune élastique. On les rencontre surtout dans la seconde enfance, dans les cas de maladies tuberculeuses. Barrier signale aussi, parmi les lésions anatomiques de la bronchite observées dans la seconde enfance, la dilatation des orifices des cryptes de la muqueuse, dont l'ouverture ressemble assez aux ulcérations de cette membrane. Ces cryptes dilatés se distinguent des ulcérations par leur forme régulière, parfaitement arrondie, et par le mucus qu'ils renferment dans leur profondeur et qu'on fait sortir par la pression. Je n'ai jamais rien rencontré de semblable chez les enfants à la mamelle.

Les grosses bronches sont ordinairement remplies par un mucus blanchâtre, visqueux et adhérent, plus ou moins aéré. On trouve dans les petites un liquide plus épais et plus opaque, dont la viscosité est quelquefois assez considérable pour offrir l'aspect d'une petite fausse membrane. Ces liquides peuvent être rougcàtres, sanieux et même entièrement purulents. On y trouve quelquefois aussi île petits fragments de lymphe plastique. Ailleurs ce sont de véritables concrétions pseudo-membraneuses tubuléés, ainsi que Fauvel les a observées dans la bronchite

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capillaire. Ces faits sont excessivement rares. C'est la bronchite pseudo-membraneuse.

La durée de la maladie détermine assez ordinairement une altération dans le calibre des bronches. Il s'opère dans les conduits une dilatation pins ou moins considérable qui porte sur tonte leur longueur ou sur un seul point de leur étendue. Dans un cas, les bronches sont dilatées dans tout leur trajet jusqu'à la surface du poumon, et restent béantes après la section du poumon. Dans l'autre, il n'y a que les extrémités bronchiques dont le diamètre soit augmenté ; elles forment au milieu du tissu pulmonaire une quantité de vacuoles plus ou moins volumineuses, occluses de toutes parts, tapissées par une membrane très-fine et très-lisse qui se continue sans interruption avec la membrane interne des bronches.

Cette dilatation, qui n'existe que dans les bronchites de longue durée, s'explique physiquement assez bien. On pense avec raison que la présence des mucosités dans les canaux bronchiques apporte un obstacle considérable au retour de l'air inspiré, lequel se trouve ainsi emprisonné dans les cellules aériennes. A chaque inspiration, de nouvelles portions d'air tendent à s'ajouter à celles qui sont déjà incluses; de là résultent une compression incessante et une dilatation dans les extrémités bronchiques. Telles sont les hypothèses raisonnables que l'on peut émettre sur la production de la dilatation des petites bronches, et il faut dire qu'on ne saurait leur rien objecter de sérieux. — C'est ainsi que je comprends, avec la plupart des auteurs, le mécanisme de la production de ce phénomène important.

On rencontre quelquefois une altération qui joue, dit-on, un grand rôle dans la production de la pneumonie lobulaire et que Fauvel qualifie de bronchite vésiculaire. Elle est caractérisée par la présence au milieu du poumon, resté souple et perméable, d'un grand nombre de petites ampoules grisâtres, remplies d'air et de munis, semblables, pour l'aspect extérieur, à des granulations tuberculeuses deinitransparentes. Cette altération est plus commune chez les enfants de deux à cinq ans que chez ceux qui sont encore au sein de leur mère. Lorsque chez ces derniers nous avons rencontré les vésicules, ou plutôt les ampoules dont nous parlons, elles accompagnaient une bronchite chronique occasionnée par la présence des tubercules. Chacune de ces ampoules renfermait une granulation tuberculeuse attachée à la paroi. L'altération qui me paraît au contraire indiquer le passage anatomique de la bronchite vésiculaire à la phlegmasic du lobule se présente sous forme de petits points rouges miliaires, déjà durs, semblables a des ecchymoses, dont le centre est occupé par un point noir ou quelquefois par une tache grise, sans ampoule, et que l'on pourrait confondre avec une granulation tuberculeuse. Cette altération est très-fréquente chez les jeunes enfants; on la rencontre toujours avec les mêmes caractères : ils sont parfaitement connus des médecins.

Le parenchyme du poumon, quoique congestionné, conserve son état naturel au milieu de la bronchite ordinaire, c'est-a-dire celle des grosses bronches. Dans la bronchite généralisée, étendue aux bronches capillaires, on trouve toujours les sugillations ecchymotiques dont nous venons de parler, réunies à un plus ou moins grand nombre de noyaux de congestion lobulaire. \ ce degré, il n'\ a pas de bronchite généralisée simple, l'étal morbide est au moins double et se rapporte constamment à l'inflammation des bronches et «à un commencement d'inflammation du tissu du poumon. Cette dernière suit de près le développement de la phlegmasie bronchique dont elle est la conséquence. L'observation de ce lait justifie le nom de broncho-pneumonie, employé par quelques auteurs pour désigner la maladie

qui nous occupe.

L'emphysème du poumon n'existe jamais comme complication de la bronchite

simple. Il n'existe que dans les cas de bronchite générale capillaire et réunie à la pneumonie tabulaire. Cet emphysème se présente comme celui de la pneumonie (voy. ce chapitre) sous la forme interlobulaire et rarement sous la forme vésiculaire.

11 est quelquefois fort considérable et peut entraîner l'emphysème sous-cutané.

Bronchite chronique. — Les altérations delà bronchite chronique portent principalement sur le calibre des bronches. Ces conduits sont le siège d'une dilatation plus ou moins considérable, qui offre les mêmes caractères que nous avons indiqués précédemment. Lorsque la dilatation est partielle, il en résulte quelquefois des excavations assez grandes, tuberculeuses ou renflées par intervalles, ce qui peut donner naissance durant la vie à des phénomènes d'auscultation, comparables à ceux que fournissent les cavernes tuberculeuses. C'est à tel point que souvent tout diagnostic devient impossible.

Symptômes. — La bronchite des enfants à la mamelle se présente avec une expression symptomatique différente de celles des enfants plus âgés. Depuis la naissance jusqu'à la fin de l'allaitement, cette maladie offre d'énormes difficultés poulie diagnostic, et il faut séparer avec soin la bronchite simple, c'est-à-dire la bronchite des bronches moyennes et la bronchite généralisée, que l'on appelle quelquefois bronchite capillaire ou avec catarrhe suffocant. La première est toujours facile à reconnaître, tandis que la seconde est d'un diagnostic plus douteux et peut être confondue avec la pneumonie lobulaire dont elle n'est souvent que le premier degré.

Bronchite simple. — C'est à celle-ci qu'il faut réserver le nom de rhume et de catarrhe. Elle s'accompagne d'un petit nombre de symptômes faciles à saisir et constants dans leur manifestation.

Après un léger mouvement fébrile, qui souvent échappe, ou après un coryza, le jeune enfant tousse : c'est le premier signe qui attire l'attention des parents. Cette toux est ordinairement sèche et, par exception, formée de quintes nombreuses, de courte durée, sans caractère spécial. Puis elle devient humide, grasse, et les quintes disparaissent. L'expectoration est nulle à cet âge.

Le faciès conserve son expression naturelle, à part toutefois un peu de langueur et d'abattement des yeux. 11 ne présente aucune coloration extraordinaire.

La respiration est toujours un peu accélérée, mais sans modification des phénomènes respiratoires extérieurs. Ces mouvements s'accomplissent un peu plus vite, mais sans saccades, sans perversion du rhythmé, sans efforts musculaires considérables, sans agitation convulsive des narines.

La résonnance du thorax n'est point modifiée. L'auscultation révèle, au début, dans les deux côtés, la présence des râles sibilant, sonore, ronflant; à une époque plus avancée, les mêmes râles, auxquels se joint le râle muqueux, sec ou humide.

L'humeur de l'enfant n'est pas sensiblement modifiée; son appétit n'est point perdu ; il ne vomit pas, il n'a pas de diarrhée; la bouche n'est point sèche, et cependant il y a une fièvre légère. Le pouls est un peu plus fréquent que dans l'état normal, et présente une légère accélération aux approches de la nuit. A ce moment, la peau, qui était sans chaleur, devient brûlante et reste dans cet état jusqu'à ce que le pouls soit un peu tombé.

Tels sont les symptômes non équivoques de la bronchite des gros tuyaux aériens; aussi n'est-il pas possible de la méconnaître. Il n'en est pas de même pour la bronchite généralisée qui occupe les petites bronches.

Bronchite généralisée; bronchite capillaire; catarrhe suffocant. — La bronchite capillaire, qui se rapproche beaucoup de la broncho-pneumonie, avec laquelle

elle se confond ou par laquelle elle se termine souvent, succède presque toujours à la bronchite partielle. On la voit plus rarement débuter d'emblée. J'en ai cependant rencontré bien des exemples. Elle succède à Faction du froid ou survient dans le cours de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde et des maladies graves. Ici, on observe une modification dans les symptômes précédemment cités. La toux est peut-être plus âpre, plus pénible et plus fréquente. Le faciès est abattu, ordinairement pâle, quelquefois couvert d'une légère teinte de cyanose; les lèvres sont bleuâtres, les yeux sont cernés, il y a quelquefois de la bouffissure des paupières et de Panesthésie.

La respiration est notablement accélérée, quelquefois haletante comme celle d'un animal qui vient de courir. Elle se répète trente a quarante fois par minute et s'effectue à l'aide de fortes contractions du diaphragme, ce qui produit la saillie du ventre et le resserrement de la base de la poitrine. Jl n'est même pas nécessaire de découvrir l'enfant pour apprécier ces caractères, qui coïncident toujours avec un léger mouvement antéro-postérieur de la tête et avec l'agitation répétée des narines. Il suffit alors d'étudier les troubles des muscles respirateurs de la face, pour connaître ceux des muscles du ventre et ceux des mouvements respiratoires. On peut aussi, en inspectant les narines, estimer la fréquence de la respiration, chaque mouvement dilatatoire signalant un effort d'inspiration.

La résonnance du thorax n'est pas plus modifiée parla bronchite généralisée qu'elle ne l'a été parla bronchite partielle. Elle est toujours la même, c'est-à-dire obscure comme chez tous les jeunes enfants.

Les modifications du bruit respiratoire signalées par l'auscultation sont plus nombreuses et plus complexes. Aux bruits anormaux développés dans les grosses bronches, il faut joindre ceux qui se produisent dans les plus petites. Il en résulte des sons variés qu'on ne peut toujours saisir, car les bruits les plus forts masquent les bruits les plus faibles. Ainsi, lorsque le râle muqueux et le râle sous-crépilant se produisent ensemble, circonstance très-ordinaire, on peut bien n'entendre que du râle muqueux.

Le bruit respiratoire naturel s'affaiblit légèrement dans la bronchite généralisée, il a peu d'ampleur, il est en quelque sorte contraint, étouffé, par suite de la congestion pulmonaire ou d'une douleur profonde, inappréciable pour le médecin.

Les râles produits dans la poitrine sont nombreux. Les râles sibilant, sonore et ronflant sont assez rares; cependant ils se manifestent de temps a autre dans le cours de la journée. Le râle muqueux est beaucoup plus fréquent et s'observe dans les deux côtés de la poitrine; il esi quelquefois plus marqué dans un côté (pie dans l'autre. Il se présente sous les types multipliés de craquements muqueux, de râle humide à gross'-s bulles arrondies ou inégales, de râle sec avec éclats plus petits et plus distincts. Il se produit dans les deux temps des mouvements respiratoires; mais il est ordinairement plus nombreux dans l'expiration. Il \ a bon nombre de cas, au contraire, dans lesquels ce râle est plus sec et marqué dans l'inspiration, surtout au moment de l'inspiration. Il dure depuis l'invasion de la maladie jusqu'à son déclin, mais il est peu marqué dans la période d'état. Il est inconstant et fugitif. Jl disparaît après un effort, une secousse de toux, pour être remplacé par le râle sous-ciépitant ou même par la respiration naturelle, et il revient peu après avec ses caractères primitifs.

Cette instabilité des bruits fournis par l'auscultation des enfants à la mamelle est une chose importante il connaître, qui n'a point encore été indiquée et que j'ai fait connaître pour la première fois. Elle est en quelque soit.- spéciale a cette forme de la bronchite et doit servir à motiver le diagnostic.

Le râle sous-crépitant présente les mêmes variations que le râle muqueux, à l'égard du nombre, du volume et de la sécheresse de ses bulles. Ce râle est constant dans la bronchite généralisée, il indique l'extension de la phlegmasle aux dernières ramifications des bronches, il signale le passage insensible de la bronchite capillaire à la pneumonie Lobulaire ou broncho-pneumonie, que nous décrirons dans le chapitre suivant. Il n'existe guère qu'à la partie postérieure et à la bas;1 des deux poumons. Rarement il s'élève jusqu'au sommet de ces organes. Une secousse de toux le dérange et modifie son timbre. On le trouve dans les deux temps de la respiration; c'est lorsque le rhythme de la respiration est renversé et que l'effort expirateur, actif, commence la série des mouvements respiratoires. Chacun peut se faire une idée du phénomène dont je parle en faisant de suite, avec saccades, plusieurs expirations aussitôt suivies d'un mouvement d inspiration. En règle générale, le râle sous-crépitant est toujours plus nombreux dans le mouvement respiratoire qui est passif.

Ce bruit est quelquefois mélangé au râle mnqueux qui le cache pour peu d'instants, et qui le laisse apparaître aussitôt qu'une- secousse de toux vient à déranger les mucosités bronchiques.

Les symptômes généraux sont ici plus graves que dans la bronchite partielle. L'inquiétude, la morosité, l'agitation, les plaintes fréquentes de l'enfant, traduisent cette irritabilité tout exceptionnelle. La bouche reste humide, quelquefois un peu chaude. La langue blanchit; la soif n'est jamais bien considérable. On n'observe ni vomissements ni troubles abdominaux immédiats. La peau est violacée, bouffie ; sa température s'élève et elle devient brûlante une ou deux fois par jour pendant un laps de temps indéterminé. Chez quelques enfants, il se produit une anesthésie très-marquée comme dans le croup (voy. ce mot), et j'ai vu une enfant de deux airs qui, pendant les trois derniers jours de sa vie, durant une bronchite capillaire, était, sans agonie ni perte de connaissance , dans un état complet d'anesthésie cutanée. Le pouls varie de 130 à 180 pulsations; sa fréquence est plus considérable au moment de l'augmentation de la température cutanée, mais le chiffre qui spécifie cette fréquence n'est point en rapport avec l'accroissement de la chaleur générale de la peau.

Marche, durée, terminaison. — La bronchite qui se développe comme affection primitive chez les enfants ne diffère pas sensiblement de la bronchite secondaire, qui survient pendant le cours des lièvres éruptives et des autres maladies de l'enfance. Elle n'est point modifiée par la présence de ces affections simultanées. Ses caractères sont toujours les mêmes et sa marche n'en est pas troublée. Ce qui me reste à dire s'applique également à la bronchite primitive et à la bronchite secondaire.

Bronchite simple, partielle. — Elle accomplit ses périodes d'une manière assez uniforme. Les symptômes que nous avons décrits sont primitivement peu marqués, ils augmentent en quelques jours et disparaissent assez vite, sans laisser de traces de leur existence. Ils persistent pendant un temps variable limité à (\(n\\ ou trois septénaires. S'ils se prolongent plus longtemps, et que d'ailleurs la fièvre soit nulle, il y a lieu de supposer que la maladie s'est transformée en bronchite chronique, ce qui arrive quelquefois. Ordinairement elle se termine par résolution; en d'autres circonstances, elle se propage et fait place à la bronchite généralisée.

Bronchite capillaire. — Elle succède souvent à la bronchite simple : il ne faut pas croire qu'il en soit toujours ainsi. Il y a des cas, et nous en avons cité, dans lesquels elle apparaît d'emblée comme bronchite générale. Elle est caractérisée par la lièvre, l'accélération de la respiration, les troubles extérieurs des mouvements

respiratoires, l'orthopnée, la toux el le râle sous-crépitant dans les deux côtés de la poitrine Ces symptômes disparaissent quelquefois peu d'heures après leur manifestation : mais, plus constamment, pour ne pas dire toujours, ils se prolongent pendant plusieurs journées au moins, pendant ivie semaine au plus, s'ils diminuent d'intensité, le râle muqueux apparaît comme phénomène continu, et la résolution ne larde pas à s'opérer. Si, au contraire, ils s'aggravent, ils peuvent déterminer la mort par suffocation aveccyanose et anesthésie. C'est le catarrhe suffocant simple observé par Laennec chez les adultes. Chez quelques enfants, on peut prévoir le passage de la maladie à l'état de broncho-pneumonie ou pneumonie lobulaire conflue n te, signalée par le râle sous-crépitant, mêlé au souffle et au retentissement du cri. La bronchite générale ou capillaire dure de deux jours à une semaine, elle se termine rarement par résolution et passe immédiatement à l'état de pneumonie lobulaire, maladie dont nous ne tarderons pas à apprécier toute la gravité. Elle ne s'observe que tort rarement à l'état chronique, et si' rattache alors à la présence des tubercules dans le poumon.

Diagnostic. — Bronchite sïwple. — Il n'est rien de plus facile à reconnaître que la bronchite simple, qui ne peut être confondue avec aucune autre maladie. On la distingue aisément de la coqueluche, dont la toux spasmodique, entremêlée de reprises sonores, est toute spéciale; de la bronchite généralisée et delà pneumonie, par la différence des râles de la respiration.

Bronchite généralisée, capillaire. — Le diagnostic de la bronchite généralisée est loin d'être aussi facile. Cette maladie se rapproche telli m 'nt par les symptômes de la pneumonie lobulaire, que, d'après la plupart des auteurs, toute distinction -1 impossible, il n"\ a souvent entre elles qu'une différence de degré; l'une succède à l'autre. Il reste à savoir si vraiment la symptomatologie est impuissante pour le diagnostic decesdeux états morbides, et si l'on ne peut trouver des signes qui les reconnaître, comme l'on en a trouvé, par exemple, pour spécifier le premier ci le se. ond degré de la pneumonie chez l'adulte.

1 - signes fournis par l'auscultation et la percussion sont exactement semblables dans la bronchite généralisée et dans le premier degré de la pneumonie lobulaire. Il ne faut pas compter sur eux pour arriver à un diagnostic précis. Il en est absolument de même de ceux qui sou! fournis par l'étude de la toux, de |() fièvre et de la plupart des symptômes que ::ous avons signalés. Ces phénomènes sont communs aux deux maladies, il-, n,- peuvent conduire au résultai que nous cherchons.

On y parvient plus facileme.it par l'observation attentive des trouble, extérieurs survenus dans les mouvements respiratoires. Chez l'entant à la mamelle, ces troubles deviennent des signes précieux pour le diagnostic des maladies du poumon. On a trop négligé leur étude, et par cela même leur importance a été méconnue.

Dans la bronchite qui se généralise, la respiration esl fréquente, abdominale, sans resserrement de la base du thorax el sans agitation des ailes du ne/. Lorsque les demi res ramifications des bronches sont envahies et que des noyaux de pneumonie lobulaire sont prêts a se form r, la respiration change de caractère : -Ile offre ceux qui sont indiqués à l'article Symptômes. Mlle est haletante, avec constriction de la base du thorax, dépression de la fossette thyroïdienne, saillie du ventre el contraction rapide des narines.

Dans la pneumonie bien confirmée, au contraire, la respiration est intervertit dans son rhythme; elle est saccadée, gémissante, semblable n celle d'un adulte qui pousse une plainte rapide, immédiatement suivie d'une brusque inspiration. C'est ce que j'ai appelé respiration expiratrice ou bruit d'expiration foi

Les ftécropsies m'ont démontré de la manière la plus évidente le rapport intime qui existe entre les troubles respiratoires extérieurs et la pneumonie tabulaire. Ces signes annoncent (Tune manière très-constante chez les jeunes enfants la phlegmasie du parenchyme du poumon, mais ils n'ont plus la même importance chez des enfants plus âgés. Il faut donc leur accorder tonte l'importance qu'ils méritent, car ils constituent l'un des meilleurs caractères de cet état morbide. On les rencontre dans le cours de la bronchite généralisée, dès que plusieurs lobules pulmonaires viennent à être occupés par l'inflammation. Ils indiquent la période de passage (Mitre la phlegmasie des petites bronches et la phlegmasie pulmonaire, comme le souffle qui succède au raie sous-crépitant annonce la transition du premier au second degré de la pneumonie tabulaire généralisée.

Ainsi donc, bien qu'il soit fort difficile de reconnaître chez les jeunes enfants, à l'aide de l'auscultation et par l'examen des symptômes généraux, la bronchite généralisée qu'on peut appeler bronchite àmaxima,de la pneumonie tabulaire discrète, pneumonie à nnnima, il y a lieu de supposer que cette dernière existe lorsque surviennent les troubles respiratoires extérieurs indiqués plus haut. Jusque-là, la bronchite générale se trouve séparée de la phlegmasie pulmonaire.

Complications. — La bronchite des enfants à la mamelle présente peu de complications. On doit signaler comme telles : l'irritation sympathique qui résulte du travail de la dentition; la coqueluche, facile à reconnaître par sa toux- spéciale ; l'emphysème vésiculaire et interlobuiaire ; la pneumonie tabulaire qui en est trop souvent la conséquence ; et enfin dans la bronchite chronique les granulations pulmonaires libro-plastiques grises, demi-transparentes, et la tuberculisation ; mais cette complication incontestable pour moi n'est pas généralement admise par tous les médecins. En revanche, la bronchite vient compliquer là plupart des maladies du jeune enfant. Elle est très-fréquente dans le cours de la fièvre typhoïde, des fièvres éruptives, et en particulier dans le cours de la rougeole. Son développement présente, avec celui de cette maladie, le rapport le plus intime.

Pronostic — La bronchite est beaucoup plus grave chez les enfants à la mamelle et chez ceux qui n*ont pas encore atteint l'âge de cinq ans qu'à toute autre période de l'enfance. Jusqu'à ce moment, le passage de la bronchite à l'état de pneumonie tabulaire est très-facile. Après celte époque, la transition est plus rare, et les enfants ont plus ordinairement une bronchite ou une pneumonie franchement accusée.

Bronchite .simple. — C'est une maladie sans importance et sans gravité, qu'il ne faut cependant pas négliger, dans la crainte de voir la phlegmasie se généraliser ou passer à l'état chronique. Elle ne détermine jamais la mort.

Bronchite généralisée, capillaire. — ('/est une affection beaucoup plus sérieuse. Elle entraîne d'une manière presque constante le développement de la pneumonie tabulaire, et les conséquences pronostiques de cette affection. Elle occasionne quelquefois la mort par asphyxie, sans qu'on puisse l'attribuer raisonnablement à quelques lobules malades épars dans le tissu du poumon. C'est le muco-pus bronchique obstruant le larynx et l'arbre aérien qui gène et empêche l'hématose pulmonaire. Quand elle offre le caractère suffocant elle produit l'anesthésie et amène la mort.

La bronchite généralisée, qui succède à la bronchite partielle, est moins grave, toutes choses étant égales d'ailleurs, que l'inflammation qui se développe d'emblée dans tout l'arbre bronchique. Il est alors moins facile d'entraver la marche de la phlegmasie. La mort en est souvent la conséquence.

La bronchite secondaire et la bronchite primitive présentent quelques différences

sous le rapport du pronostic. Elles ne sont pas aussi évidentes qu'on pourrait se l'imaginer. Il y a bon nombre de bronchites secondaires dont la marche et la terminaison ne paraissent pas modifiées par la maladie première, et dont le pronostic est le même que celui des bronchites primitives. Dans d'autres circonstances, lorsque la bronchite se développe chez un enfant scrofuleux ou affaibli, atteint par une maladie chronique, elle offre une gravité tout exceptionnelle. La résolution s'obtient difficilement; le passage à l'état chronique ou à l'état de pneumonie lobulaire est beaucoup plus commun. On ne peut, en raison de la faiblesse de l'enfant et à cause du peu de réaction qu'elle présente, employer une médication active. La maladie marche, et la mort en est la conséquence.

Quand la bronchite généralisée passe à l'état chronique, il est bien rare que les enfants guérissent et que la production de granulations épithéliales fibro-plastiques et tuberculeuses ne les entraîne pas dans la tombe.

Traitement. — Le traitement de la bronchite aiguë est subordonné à un grand nombre de causes spéciales, dont chacun apprécie d'avance toute la valeur. 11 n'est point et ne peut toujours être le même. Les moyens convenables à opposer à l'inflammation primitive des bronches, avec notable réaction fébrile, ne ressemblent pas à ceux que l'on emploie dans la même variété de bronchite sans phénomènes réactionnels. Il faut tenir compte des circonstances dans lesquelles la maladie se développe et savoir, avant de commencer le traitement, si la bronchite est primitive ou si son apparition a eu lieu secondairement au travail de la dentition ou à celui d'une autre maladie. Dans ces cas, il faut, en tenant compte de l'hérédité pathologique, estimer la force naturelle de l'enfant et l'état de faiblesse dans lequel l'affection première a pu le faire tomber. Si cette étude n'entraîne pas l'usage de médications absolument différentes, elle peut au moins servir à proportionner leur énergie à l'intensité du mal et à la forme qu'il présente.

La bronchite simple offre ordinairement peu d'importance ; elle cesse souvent en peu de jours et disparaît sans le secours d'aucun médicament. Il faut engager les parents à observer scrupuleusement les lois ordinaires de l'hygiène, de telle sorte que l'enfant se trouve placé au milieu d'une atmosphère tiède et agréable, et soit abrité contre le froid à l'aide de vêtements plus chauds que ceux dont on le couvre habituellement. Il est nécessaire de ne pas le surcharger au point de déterminer des sueurs abondantes, qui pourraient le fatiguer et occasionner à la surface de la peau ces éruptions vésiculeuses qui donnent quelquefois tant d'inquiétude aux mères. On prescrit ensuite l'usage des boissons chaudes , adoucissantes et pectorales, telles que l'infusion de fleurs de mauve, de violettes de bouillon-blanc, ou de décoction de ligues grasses, de dattes ou de jujubes, etc., édulcorées et aromatisées avec le sucre, le sirop de gomme, le sirop d'altluea, le sirop de capillaire, le sirop balsamique de Tolu, etc. On a peu d'occasion d'employer, chez les enfants à la mamelle, ces tisanes qui déterminent de lem paît un certain mouvement de répugnance. On les leur fait prendre plus facilement par le mélange avec le lait aromatisé avec quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger. Néanmoins il faut les prescrire, ne serait-ce (pie pour obéir à certains préjugés du monde qu'on doit savoir respecter, s'ils ne sont pas nuisibles, en raison du bien-être moral qu'ils procurent à ceux qui leur obéissent.

On peut en outre donner des juleps gommeux, des potions pectorales ou un looch blanc additionnés de sirop de lactucarium 10 grammes, de sirop de morphine ,r> grammes, de sirop de pavots blancs 10 grammes, de sirop diacode 10 à 20 grammes, d'hydrate de chloral ~2~) à 50 centigrammes, d'eau de laurier-cerise à des doses proportionnées à l'âge des entants.

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