CHAPITRE VIII
La coqueluche est une phlegmasie catarrhale de l'épiglotte dont le pus tombe dans le larynx. C'est une maladie contagieuse, quelquefois épidémique, caractérisée par une toux convulsive, revenant par quintes plus ou moins fréquentes, entrecoupées d'inspirations bruyantes, sonores, appelées reprises, et suivies de rejet de mucosités filantes puriformes.
Comme on le voit, les quintes de la coqueluche ont un caractère particulier. Les secousses de toux se succèdent coup sur coup avec une grande rapidité ; il s'y mêle des longues inspirations pénibles, sonores et bruyantes, ou reprises, et elles se terminent par une expectoration caractéristique.
Historique. — Le mot de coqueluche n'a pas toujours eu la signification que les médecins lui donnent aujourd'hui ; au xve siècle, on désigna sous ce nom une espèce de catarrhe épidémique, dont Mézeray, de Thou et Etienne Pasquier font mention. L'une de ces épidémies, décrite par Valleriola, n'offre même aucune ressemblance avec la maladie, telle qu'on l'observe de nos jours, et se rapporterait plutôt a la grippe. Sans insister sur cette question historique que je ne puis résoudre dans ce livre, je me bornerai à constater que les médecins grecs et arabes ne font aucune mention de la coqueluche. C'est donc bien à tort que certains auteurs ont prétendu reconnaître cette maladie dans Hippocrate (1), où il est tout simplement question d'une épidémie de maux de gorge, qui se compliquait souvent de l'inflammation du larynx.
'YYilJis est peut-être le premier qui, sous la dénomination de tussis puerorum conrulsiva, svffocativa, paraisse avoir réellement désigné l'affection qui va être l'objet de cette étude.
(1) Hippocrate, Épidémies, livre II, \ 2 (Œuvres complètes, traol. Littré. Paris, 1810, tome II, p. 009.)
Ce n'est qu'à compter du x\me siècle qu'on a décrit la coqueluche comme une maladie distincte, et qu'elle a été dénommée pertussis (Sydenham), tussis cl anges a (Basseville), bes convulsion (Good), bronchitis convulsion (Bourdet), affection pneumo-gastro-pituiteuse (Tourtelle), broncho-céphalite (Desruelles), catarrhe co nvulsif (Laennec), tussis spasmodica ',, strangulans orthopnea, etc. (différents auteurs).
L'étymologie du mot généralement adopté est assez incertaine ; les uns la font dériver de coqueluchon, sorte de capuce dont on se couvrait lors des épidémies de 1415, 1519, 1557, etc.; d'autres veulent qu'elle provienne de l'usage abandonné que l'on faisait de la fleur de coquelicot dans le traitement de cette affection. Pour certains auteurs, cette dénomination est due à ce que, pendant les quintes, la respiration sonore imite le chant du coq. Enfin, suivant Cabanis, le nom viendrait de ce que la maladie épidémique de 1414, 1519, 1537, etc., tenant du rhumatisme, occupait les muscles du cou, du dos et des épaules en manière de coqueluchon.
Causes. — La coqueluche se rencontre presque exclusivement chez les enfants, depuis la naissance jusqu'à la seconde dentition; toutefois les adolescents, les adultes et même les vieillards en sont aussi atteints et prennent le mal par le voisinage de leurs enfants affectés. Cela est beaucoup plus rare, mais j'en ai vu beaucoup d'exemples.
Rilliet dit l'avoir observée sur un enfant nouveau-né dont la mère en était atteinte depuis un mois avant ses couches, mais son apparition dans les premiers temps de la vie est chose exceptionnelle. Ainsi, sur 113 enfants atteints de cette maladie, et âgés de moins de deux ans, 27 avaient moins d'un an, et 12 n'avaient qu'un mois.
C'est ordinairement de deux à sept ans qu'on l'observe. Les filles paraissent plus disposées à contracter la coqueluche que les garçons. Sur les 1 13 observations dont je viens de parler, 72 sont relatives à des filles et 41 à des garçons. Ce résultat est en rapport avec celui qui est indiqué par tous les auteurs.
Les sujets lymphatiques et nerveux sont plus spécialement exposés à contracter cette maladie, qui règne à la fois dans toutes les classes de la société. Elle se développe de préférence chez les enfants qui vivent dans de mauvaises conditions hygiéniques, qui habitent des lieux sombres, humides, insalubres, et surtout chez ceux qui sont pauvres et qui n'ont pas le moyen de se vêtir, ni de s'abriter convenablement contre les rigueurs de la température.
Cette maladie se montre presque indifféremment dans tous les temps de l'année et dans les climats les plus opposés. Cependant R. Watt (1) affirme qu'elle est plus fréquente et plus grave dans les régions septentrionales. Pénada prétend, au contraire, que, dans les pays méridionaux de la France et de l'Italie, ses retours sont plus fréquents et ses conséquences plus terribles. A Paris, on l'observe dans toutes les saisons, mais peut-être un peu plus souvent au printemps et en automne.
Notons enfin, d'après Ozaiiam, que la coqueluche ne se montre jamais entre les tropiques, et qu'elle ne paraît guère être soumise aux variations atmosphériques.
Épidémies. — Tous les auteurs s'accordent à regarder la coqueluche comme une maladie épidémique. On la voit envahir un hameau, une \ille, une contrée tout entière, et frapper, soit tous les habitants indistinctement, soif plutôt les enfants. Il est impossible d'apprécier les causes de son apparition et de sa disparition. Le retour de ces épidémies n'est point régulier; leur durée est aussi lrès-\ariable, et tantôt la nature et l'intensité des symptômes sont formidables, tantôt, au contraire,
(I) R. Watt, Treatise on tlie History o f Chin-Couç/k. London^ 1813.
la maladie est très-bénigne. D'ailleurs, aujourd'hui, les épidémies de coqueluche paraissent avoir beaucoup perdu de leur gravité. Je parle surtout ici de celles qui se développent dans les hôpitaux de L'enfance, où les résultats désastreux que l'on observe sont dus bien plutôt aux mauvaises conditions hygiéniques et aux maladies qui compliquent la coqueluche,, qu'à la coqueluche elle-même.
Contagion. — Stoll, Laennec, Ozanam, Billard, ont, bien à tort, contesté les propriétés contagieuses de la coqueluche; car cette maladie se transmet avec une grande facilité d'un enfant à un autre et même à de grandes personnes.
Comment s'opère la contagion? C'est ce qu'on ne peut dire d'une façon encore bien certaine. Toutefois, si les explications laissent encore à désirer, les faits sont là, il est impossible de les récuser. La coqueluche se transmet de même qu'un grand nombre d'affections catarrhales et nerveuses, de même que la grippe, les ophthalmies, le hoquet, de même que le vomissement, les attaques hystériques, etc. C'est un fait parfaitement démontré et qui est fort important au point de vue de la prophylaxie.
Observation 1. — Un enfant à la campagne contracta la coqueluche en jouant avec les enfants du jardinier, qui étaient eux-mêmes atteints de cette maladie. Cet enfant transmit successivement la coqueluche à son frère et à sa sœur. La mère, qui jouait souvent avec cette dernière, fut également atteinte ; enfin, le père et tous les domestiques, qui avaient des relations avec les enfants, en furent affectés. Dans la maison et autour de la maison, les enfants et les personnes qui ne communiquaient pas avec les malades furent exempts de la maladie (1).
« J'ai vu, dit A. Dugès (2), une petite fille atteinte de coqueluche, la communiquer à une cousine en bas âge chez laquelle on la conduisait de temps en temps, quoiqu'elles habitassent deux quartiers fort éloignés, et que la coqueluche ne régnât nullement dans celui que la dernière n'avait pas quitté. »
D'autres exemples ne peuvent pas laisser de doute au sujet de la contagion. J'en ai recueilli un certain nombre et en particulier un qui me semble très-curieux et très-intéressant :
Observation IL — Une femme accouchée chez elle, dans les premiers jours d'août 1843, fut visitée par une de ses parentes habitant un quartier tout à fait opposé dans Paris. On lui amena un de ses neveux, atteint de la coqueluche depuis un mois ; cet enfant resta lou'e la journée auprès de la nouvelle accouchée, et deux jours après celte visite, c'est-à-dire le quatrième jour de la naissance, le nouveau-né commençait à tousser; huit jours après, il avait la coqueluche. La mère et son enfant entrèrent à l'hôpital Necker, où nous avons pu constater l'existence de cette maladie. L'enfant avait jusqu'à vingt quintes de toux dans les vingt-quatre heures. Je me suis informé près de sa mère, pour savoir s'il n'y avait pas d'autres enfants atteints de coqueluche dans la maison qu'elle habitait ; elle m'a répondu négativement. C'est donc bien la contagion qui est la cause de ce cas de coqueluche.
De quelle nature est le principe contagieux ? Hœussler pense qu'il tient le milieu entre les principes contagieux fixes et ceux qui sont volatils : suivant lui, le principe ne paraît s'exhaler et se communiquer que dans la troisième période de la maladie. Guersant a dit que, pour que la transmission contagieuse eût lieu, il fallait que les enfants fussent assez près les uns des autres pour qu'ils pussent recevoir les émanations de leur haleine. Si l'on en croit Rosen, la contagion pourrait
| h Rostan, Cours de médecine clinique, 2e édition, t. II, p. 552.
(2J Dugès, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques Paris, 1830, t. V, p. 487, art. Coqueluche.
être transmise par les vêtements d'une personne en allant d'une maison dans une antre; il cite un fait qui tend à prouver qu'il aurait lui-même transporté le principe contagieux d'une maison dans une autre. Tout cela est fort incertain. Ce qui serait plus important si ce fait était bien établi, c'est la transmission par des germes déterminés recueillis dans la vapeur condensée de la respiration, le Monas termo, le Bacterium termo, le Monas punctum de Mûller, fusiforme, long de 2 à 3 centièmes de millimètre, large de 1 2 centième. Ce dernier a été appelé Bodo punctum par Ehremberg et par d'autres Bacterium bacillus. Poulet, l'auteur de cette découverte, croit que telle est la cause de la coqueluche. C'est peut-être vrai, mais ces infusoires peuvent être aussi la conséquence de la fermentation des mucosités élaborées par la muqueuse épiglottique, car au moment de l'expulsion des matières ils n'existent pas toujours, et ils se développent à l'air une heure après, dans le \ase où l'on reçoit les crachats.
Ordinairement, cinq à six jours d' incubation suffisent, et, après qu'on s'est exposé à l'infection, la toux catarrhale commence à se manifester, puis vient la toux convulsive ; dans le cas que nous rapportons, la toux est apparue dès le troisième jour de l'infection. Le cas cité par Blache (1), et propre à un des enfants du docteur Tavernier, prouve aussi que la coqueluche n'a pas besoin de cinq ou six jours d'incubation pour se développer.
Anai uni io pathologique. — Comme la coqueluche seule ne produit jamais la mort, et que ce sont les complications de bronchite capillaire, de pneumonie, de tuberculose, etc., qui l'accompagnent et qui en sont toujours la cause, il est assez difficile, dans les autopsies, d'isoler les lésions appartenant à la coqueluche de celles qui résultent des complications de la maladie. Je vais essayer cependant d'établir nettement cette distinction.
Voies aériennes et poumons. — L'arrière-gorge et le pharynx sont ordinairement rouges et gonflés, avec tuméfaction des amygdales et de l'épiglotte. L'extrémité inférieure de la trachée-artère et les bronches présentent généralement de la rougeur inflammatoire partiellement ou dans toute leur étendue. Ces conduits sont remplis d'une matière visqueuse demi-transparente, ou d'un fluide muqueux et aéré, plus ou moins adhérent, qui forme leur conduit.
Les poumons sont congestionnés, quelquefois emphysémateux, offrant de l'emphysème vésirulaireouintervésiculaire. Leur tissu peut cependant rester pille, mou, spongieux, trop gros pour la capacité du thorax, et se présenter au dehors à l'ouverture de la poitrine. J'ai vu un cas de ce genre sur un enfant mort de coqueluche avec catarrhe suffocant. Les bronches étaient remplies de muco-pus trèsadhérent aux parois, et le tissu des poumons, peu congestionné, était souple dans presque toute son étendue, généralement pâle, mou comme une éponge, non crépitant el n'axant que quelques plaques d'atélectasie, ce qu'on a aussi appelé l'état foetal.
L'inflammation du tissu pulmonaire s'observe aussi fréquemment que les altérations des bronches signalées plus haut, et on le comprendra en se rappelant combien la pneumonie est une complication commune pendant la coqueluche. Ces deux altérations coexistent quelquefois en même temps. On trouve alors les ganglions bronchiques gonflés, rouges et même ramollis, il n'est pas rare de rencontrer (les tubercules dans ces organes et dans les poumons.
Dilatation des bronches. — Lorsque la mort a lieu à une époque avancée delà maladie, on observe assez fréquemment la dilatation des bronches, et l'on peut la
ili Blache, Dictionnaire de médecine. Paris, 1835, t. IK, i». -i, art. COQUELUCHE.
regarder comme un effet physique des violents efforts d'expectoration auxquels le malade se livre pendant les quintes si prolongées de la toux. Gnersant pense que cette altération est due à une organisation primitive. Cette opinion me paraît peu probable, surtout quand je pense que non-seulement on peut observer la dilatation des bronches, mais encore des crevasses dans les conduits aériens et en môme temps de l'emphysème pulmonaire. Cette lésion doit être regardée comme appartenant en propre à la coqueluche.
Ganglions bronchiques. — On a dit que la coqueluche était le résultat de l'hypertrophie et de la tuberculose des ganglions bronchiques. C'est une erreur. Comme on ne meurt jamais de coqueluche sans broncho-pneumonie et que la broncho-pneumonie ou la bronchite chronique, produisent toujours l'adénopathie bronchique, il en résulte qu'on est mal fondé à faire de cette lésion la cause de la coqueluche.
Nerfs. — La rougeur des nerfs vagues n'a pas été observée assez souvent pour qu'on puisse regarder cet état pathologique comme résultant de la coqueluche ; d'ailleurs, les sujets qui ont offert cette lésion étaient lymphatiques et scrofuleux, et si Breschet a observé deux fois l'inflammation des pneumogastriques, on peut croire à une coïncidence.
Langue. — Braun, Bruck, Zitterland, Lersch et Schmidt, ont indiqué une altération que j'ai fait connaître en France par de nombreuses recherches, et sur laquelle j'ai fait faire une thèse par M. Charles, un de mes internes, et qui consiste dans une petite ulcération linéaire ou ovalaire à fond grisâtre, perpendiculaire au frein de la langue, et qui est la conséquence d'un déchirement de la langue sur l'arcade dentaire inférieure pendant les secousses de la toux. Dans un cas, j'ai vu cette altération assez profonde pour mettre à nu le nerf hypoglosse. Je reviendrai sur cette lésion à propos des symptômes.
Autres organes. — Chez certains enfants qui succombent, avec la coqueluche, on rencontre une injection plus ou moins prononcée des vaisseaux des méninges du cerveau, et quelquefois une inflammation de ces organes.
Les lésions de l'estomac et des intestins ne s'observent pour ainsi dire qu'exceptionnellement, et sont toujours dues à des complications ou purement accidentelles ou dépendant, et c'est le plus rare, de la coqueluche. En effet, on comprend que le nombre et l'intensité des quintes puissent quelquefois troubler les digestions et amener consécutivement une maladie des organes delà nutrition.
Complications organiques et accidents. — La bronchite simple et la bronchite capillaire ou catarrhe suffocant, la pneumonie et la tuberculisation pulmonaire sont les complications, sans contredit, les plus fréquentes et celles qui semblent se lier immédiatement à la coqueluche. La pneumonie lobulaire, si commune chez les enfants à la mamelle, peut, à juste titre, être regardée comme la cause de l'issue fatale de la coqueluche dans la plupart des cas de mort. Chez les enfants prédisposés par leur généalogie, la tuberculisation est la conséquence très-ordinaire de la coqueluche. Dans les hôpitaux consacrés aux enfants, on rencontre souvent, comme complications de cette maladie, la pneumonie tuberculeuse, les tubercules pulmonaires, quelquefois des méningites, des entérites, rarement des affections de l'estomac. Souvent aussi on a rencontré de l'emphysème pulmonaire. Certains enfants tombent dans un état cachectique très-prononcé, avec œdème des jambes ; chez d'autres, mais ce n'est que fortuitement, surviennent des hémorrhagies assez graves pour causer la mort. Je n'ai observé que deux fois le croup comme complication de la coqueluche.
Symptômes. — La coqueluche débute quelquefois d'emblée par une toux
COQUELUCHE. i 1 T
sèche convulsive, mais cela est très-rare. Elle a ordinairement une évolution analogue à celle des fièvres éruptives et se développe par périodes bien déterminées d'avance, caractérisées par des symptômes particuliers et constants. Elle offre trois périodes distinctes qu'on observe chez la plupart des malades, et qu'on désigne sous les noms de période catarrhale, de période convulsive vt de période de déclin.
Première période (période catarrhale, ou inflammatoire chez les enfants). — La coqueluche est presque toujours une affection primitive, mais elle est quelquefois secondaire et se déclare pendant le cours ou durant la convalescence de maladies, telles que la rougeole, la scarlatine, la variole et la varicelle. Elle débute ordinairement sous ['apparence d'un simple rhume ou catarrhe bronchique, et c'est à cette circonstance que la première période doit d'avoir été appelée catarrhale, bronchique et inflammatoire. L'enfant offre des alternatives de chaleur et de froid; il est un peu triste, abattu et assoupi; ses yeux sont rouges et larmoyants; la face est bouffie; il y a des éternuments comme dans le coryza; la toux est sèche, plus ou moins fréquente, et revient volontiers par quintes, mais sans reprise; la voix est légèrement enrouée et il y a une rougeur assez vive de l'épiglotte, des amygdales et du pharynx ; la fièvre est peu marquée et ne se montre que le soir, ou bien elle est assez forte et se reproduit quelquefois sous le type tierce ou quotidien; le sommeil est troublé et l'appétit nul ou à peu près nul. On comprend que tous ces symptômes peuvent offrir plus ou moins d'intensité.
On pourrait encore, à cette période, croire à l'invasion d'une rougeole ou de quelque autre fièvre éruptive, et Terreur est facile à commettre pendant les deux ou trois premiers jours de la maladie; mais cette période se prolonge de sept à dix ou quinze jours, et l'on arrive bientôt au diagnostic de la coqueluche. Les cas où Ton a ui cette période durer un mois ou six semaines sont très-rares et à coup sûr exceptionnels. Le catarrhe guttural qui signale le début de la coqueluche n'a malheureusement rien dans son expression symptomatique qui le distingue des autres catarrhes; sa nature est différente sans aucun doute, mais il est impossible de s'en apercevoir immédiatement, et ce n'est qu'au moment de la seconde période que le diagnostic de la maladie peut être établi.
Deuxième période (période convulsive, spasmodique, nerveuse). — La toux primitivement catarrhale de la première période change de caractère, elle devient convulsive et prend peu à peu le caractère spécial de toux qui nteuse dont j'ai parlé dans ma définition de la coqueluche. Elle est d'abord sèche, continuelle, bruyante, bien différente de la toux du catarrhe et de la coqueluche : c'est ce qu'on appelle la toux férine ; elle est si fréquente, que les enfants ont à peine le temps de Jeter. Elle dure ainsi pendant quelques jours, et les véritables quintes de coqueluche apparaissent. Dans certains cas, cependant, la périodede toux convulsive, caractéristique, se montre d'emblée et sans toux férine préalable.
Dans cette période, les quintes, plus longues, plus rapprochées que dans la période catarrhale, sont on peu plus fréquentes 'pendant la nuit que pendant le jour. Elles sont caractérisées par de nombreux efforts successifs de toux, suivis d'une inspiration bruyante appelée reprise, après laquelle viennent de nom eaux efforts de toux et une nouvelle inspiration sifflante, ou reprise, ce qui se répète jusqu'à la suffocation, l'épuisement et la pâmoison des malades; ils tombent abattus, crachent quelques matières glaireuses, niantes, épaisses, puriformes, plus ou moins abondantes et qui ont de la peine a sortir de la cavité buccale; ils vomissent quelquefois, surtout si la quinte arrive après le repas et alors ils rejettent leurs aliments, et ils lestent quelques instants étendus, assoupis, presque sans connaissance.
BOCCMIT. — NOUV.-HÉS. — 7' ÉDIT. 27
Le fond de la gorge est toujours un peu rouge; le voile du palais, la luette, l'épiglotte, les amygdales sont tuméfiés, et il est évident qu'il y a dans toutes ces parties un étal inflammatoire très-caractérisé de la muqueuse.
Lorsque la coqueluche est bien établie, les petits enfants semblent pressentir l'arrivée de leur accès de toux convulsive, et ils en témoignent par des mouvements d'inspiration et d'expiration visiblement accélérés, irréguliers et incomplets; ils paraissent comme saisis d'effroi, et se mettent quelquefois à pleurer. Au moment où la quinte survient, ils s'accrochent pour ainsi dire aux personnes et aux corps qui les environnent comme pour fuir un danger; mais aussitôt les secousses de toux se succèdent coup sur coup, presque sans intervalle, et à ce point que l'inspiration est impossible, et la suffocation paraît imminente. La face se gonfle, devient rouge, violette même, les yeux larmoyants et saillants hors de l'orbite. On voit battre avec force les artères superficielles; les veines du cou sont distendues et tous les capillaires injectés. H n'est pas rare, pendant les quintes, de voir le sang jaillir par Je nez, par la bouche ou par les oreilles (1).
Le premier auteur qui ait signalé Yhémorrhagie par V oreille durant les quintes de toux de la coqueluche est M. Wilde (de Dublin).
Il dit que c'est un accident commun en Irlande, et il ajoute encore qu'il a positivement constaté dans ce cas la déchirure de la membrane du tympan (2).
Triquet en a observé deux exemples.
Les deux petits malades de Triquet étaient deux enfants de quatre à six ans, et affectés d'une violente coqueluche depuis quinze jours environ.
C'était pendant une quinte de toux et pendant la nuit que l'écoulement de sang s'était fait par l'oreille; à gauche, chez l'un; à droite, chez le second; et l'on avait constaté, le matin seulement, l'hémorrhagie qui avait eu lieu.
La mère estimait à une cYiillerée la quantité de sang dont on trouvait les traces sur l'oreiller.
L'examen du conduit auditif et delà membrane du tympan permit de constater . 1° une déchirure verticale et linéaire de la cloison tympanique, un peu au-dessous du manche du marteau ; 2° un caillot de sang interposé entre les lèvres de la plaie ; 3° l'intérieur du conduit, sur la paroi inférieure surtout, présentait également de petits caillots de sang coagulé.
De son côté, le docteur Gibb (3), en Angleterre, a rencontré cette hémorrhagie par l'oreille quatre fois sur des enfants de quatre à neuf ans. Ces quatre cas s'étaient manifestés clans le cours d'une épidémie de coqueluche qui avait atteint à peu près deux cents enfants de quatre à neuf ans dans un seul comté.
Or, chez ces quatre enfants et chez les deux dont j'ai parlé plus haut, l'examen du conduit auditif, pratiqué à l'aide du spéculum, du réflecteur et de la loupe, a toujours permis de constater de la manière la plus positive une rupture linéaire le plus souvent verticale de la membrane du tympan.
Chez deux, la rupture existait des deux côtés à la fois, et dans un cas la plaie de la déchirure était triangulaire et cordiforme.
Sur ces huit ruptures, quatre avoisinaient la circonférence supérieure de la membrane, près du marteau ; deux la traversaient par le milieu et de haut en bas, et dans un cas la plaie avait trois lambeaux de 1 à 2 millimètres de longueur.
Un petit caillot de sang, interposé entre les lèvres de ces petites plaies, indiquait bien positivement leur origine traumatique et récente ; tout montrait positivement
(1) Triquet, Hémorrhagie par V oreille dans la coqueluche.
(2) Wilde, Practical Observations on aurai Surgery, p. 326.
(3) Gibb, British Journal, november 1861.
que la source de l'hémorrhagie provenait de la déchirure de la membrane muqueuse ou tunique interne de la cloison tympanique.
Toutes ces déchirures ont guéri par adhésion, à l'aide de quelques pansements bien faits; à l'exception pourtant de la déchirure triangulaire, qui fut suivie d'une suppuration prolongée et d'une otite rebelle, chez un enfant strumeux.
On comprend sans peine le mécanisme de cet accident. Pendant la quinte de toux, l'air, chassé avec force dans la trompe d'Eustache et la caisse de l'oreille, vient frapper la cloison tympanique ; celle-ci ne pouvant opposer à cet effort qu'une faible résistance, en raison delà délicatesse de son tissu, le plus souvent altéré luimême à l'avance par l'otite qui accompagne la coqueluche, se rompt et se déchire dans le point le plus mince de sa surface, et en général dans le voisinage de l'insertion du marteau.
J'ai vu, à l'hôpital Sainte-Eugénie, une enfant de deux ans et demi qui rendait tous les jours une cuillerée de sang pur par la bouche au moment de chaque quinte, de manière à colorer très-fortement l'expectoration muqueuse qui lui succédait immédiatement. Ce sang venait de l'arrière-bouche, s'échappait pur au dehors et les mucosités bronchiques sortaient ensuite blanchâtres, glaireuses, filantes, comme elles sont ordinairement après les quintes de coqueluche. Quelquefois du sang s'échappe dans la peau, sous forme de purpura, ainsi qu'on peut le voir dans L'observation suivante appartenant au docteur Blasi (1) :
Observation III. — Enfant de deux ans. Après une nuit de violentes quintes répétées, la face était couverte d'une myriade de taches ponctuées, irrégulièrement arrondies, comme des grains de sable, sans saillie au toucher, ni prurit, ni cuisson. Tout le reste de la peau de couleur normale. Pas de dérangement du pouls ni des voies digestives. Après quelques jours, l'éruption était disparue, sans laisser aucune trace.
Dans les fréquentes épidémies de coqueluche qui s'observent à Rome, aucune hémorrhagie cutanée semblable n'a été observée, dit l'auteur, et cette forme ponctuée et localisée ainsi à la face n'est relatée dans aucun ouvrage spécial.
Chez d'autres enfants, les hémorrhagies ont lieu dans la conjonctive sousforme d'apoplexie conjonctivale et dans le tissu cellulaire des paupières. Chez une petite fille de trois ans, placée dans mon service, on a pu voir pendant plus de trois semaines quatre apoplexies conjonctivalcs survenues au même moment et formant de chaque côté de fins bleu clair une tache rouge foncée très-éclatante, ce qui, avec le blanc de la conjonctive, formait un œil tricolore. J'ai aussi observé un cas dans lequel l'enfant versait des larmes sanglantes. Ces hémorrhagies sont quelquefois fort dangereuses et peuvent par leur abondance compromettre la vie de l'enfant.
Il est des médecins qui prétendent avoir observé des hématémèses dans la coqueluche, nous les croyons dans l'erreur; les vomissements et les crachats ensanglantés (pie l'on rencontre ne doivent leur coloration qu'au sang descendu dans la gorge pendant les épistaxis si fréquentes dans cette maladie, ou fourni par l'arrière-bouche au moment des quintes.
Pendant les quintes, le petit malade a les membres contractés; son corps, et surtout le cou, les cp.mics, la tête et la face, sont couverts d'une sueur froide abondante; des vomissements ont lieu, et quelquefois l'urine et les matières fécales s'échappent involontairement. On a observé, rarement il est Mai, des prolapsus du rectum et la formation ou la réapparition des hernies.
(1) Louchut, Ulcérations de la hn\<ju<> dans la coqueluche (Bulletin de /' icad de méd 1858-51», t. XXIV, p. 994).
Le pouls est petit, concentré, misérable même, et l'état convulsif, qui paraît spécial aux organes respiratoires, peut se généraliser et donner lieu à de véritables convulsions.
Les secousses de toux sont, comme je l'ai dit, suivies d'une longue inspiration sifflante et caractéristique, comparable au chant du coq et qui a reçu le nom de reprise. A cette inspiration succèdent de nouvelles secousses de toux accompagnées des mêmes phénomènes. On observe ainsi deux, trois, quatre ou cinq reprises, et la quinte se termine par l'expectoration d'un liquide glaireux, filant, incolore, quelquefois mélangé aux matières muqueuses et alimentaires contenues dans l'estomac et qui sont rejetées par le vomissement.
L'accès peut être constitué par une seule quinte et une seule reprise, et alors il ne dure qu'une minute au plus ; ordinairement sa durée est d'une à cinq minutes, il se prolonge quelquefois pendant un quart d'heure. Les accès se succèdent toutes les six ou dix minutes environ ; le plus souvent on ne les voit se répéter que toutes les heures, toutes les deux heures, et même beaucoup moins souvent. Le retour des quintes peut être régulier ou irrégulier, et reconnaître une cause apparente ou cachée; l'impression du froid, les cris, les pleurs, une douleur, un chagrin, la distension de l'estomac, l'accumulation du mucus dans les bronches, l'inspiration d'un air trop sec ou chargé de matières pulvérulentes, rappellent les accès de toux. Les quintes, malgré ce qu'en a dit Laennec, sont plus fréquentes la nuit que le jour, et le matin et le soir que dans le milieu de la journée, circonstance qui rapproche encore la coqueluche des névroses.
Chose curieuse, dans cette période comme dans la dyspnée et l'asthme chez les adultes, les troubles de la respiration de la coqueluche entraînent une glycosurie plus ou moins prononcée. M. Gibb l'a observée sur presque tous les sujets atteints de cette maladie.
Il est une chose à remarquer, c'est que plusieurs enfants atteints de coqueluche étant rassemblés dans un même lieu, si l'un vient à tousser, les autres ne tardent pas à tousser aussi. Plusieurs fois, en effet, il m'a été impossible de rester dans la salle de ces petits enfants, tant le bruit qui accompagnait leurs efforts de toux était pénible à entendre.
Après l'accès, la face et le cou restent momentanément gonflés, les yeux bouffis, la respiration et le pouls sont accélérés, et les membres sont quelquefois agités d'une sorte de tremblement convulsif. J'ai vu beaucoup d'enfants, aussitôt après l'accès terminé, se mettre à pleurer. Ces phénomènes sont d'ailleurs de courte durée, et si les quintes sont légères, on voit les enfants recouvrer leur gaieté, reprendre le sein de leur nourrice, ou promptement se rendormir. Si les enfants sont plus âgés, ils se mettent à jouer comme s'ils n'avaient pas toussé.
Dans l'intervalle des quintes, il n'y a que peu ou point de fièvre, et l'enfant conserve son appétit, sa gaieté et ses forces, même quand les accès sont fréquents : cependant, si les quintes sont très-rapprochées, l'enfant paraît pâle, affaibli, et d'une tristesse remarquable.
L'auscultation, pendant la quinte, permet de reconnaître l'ébranlement imprimé au tronc, et l'on perçoit un peu de rhonchus ou de bruit respiratoire dans les trèscourts intervalles qui existent entre les saccades expulsives de la toux. L'inspiration sifflante et prolongée, qui est pathognomonique de la quinte, paraît se passer dans 1« larynx, et est due au resserrement spasmodique de la glotte, encombrée par les mucosités sus-épiglottiques qui débordent et produisent la suffocation. L'air pénètre ensuite dans les bronches, et la respiration redevient naturelle.
Un fait curieux dans les coqueluches très-caractérisées, c'est la présence près du
frein de la langue d'une vésicule jaunâtre formée par L'épidémie épaissi el soulevé, donnant lieu, par sa rupture, à une ulcération grise lardacée qui se guérit a la décroissance de la maladie. Cette ulcération a été signalée à l'attention des observateurs parBraun, Bruck, Zitterland, Lersch el Schmidt. En effet, il existe chez un
grand nombre (reniants atteints de coqueluche une ulcération linéaire ou ovale perpendiculaire au frein de la langue ou placée à la base de la langue dans le voisinage du frein, mais ce n'est pas un phénomène constant : sur ~rl~2 enfants atteints de coqueluche je l'ai rencontrée 372 fois, et sur les ~2~2i) enfants qui n'avaient pas d'ulcération au moment de mon examen soixante-douze ont présenté le phénomène huit à douze jours plus tard, et trente-trois l'avaienl présenté un peu avant. Dans un cas, dont j'ai montré la pièce à l'Académie de médecine | 1), cette ulcération était assez large et assez profonde pour avoir mis a nu le nerf hypoglosse. On peut donc considérer ces ulcérations comme se montrant chez plus de la moitié des enfants atteints de coqueluche, et lors même qu'elles n'existent pas au moment de l'examen : ce n'est pas a dire qu'elles ne se formeront pas, car elles peuvent apparaître un peu plus tard. Lersch, qui considère ces ulcérations comme des pustules ulcérées, les compare aux pustules sublinguales de l'hydrophobie rabique, et ce qui permet ce rapprochement, c'est la cause essentielle, générale, épidémique de la coqueluche. Schmidt, au contraire, a cause de l'inconstance du phénomène autant que par une induction fort juste, explique sa formation d'une manière toute mécanique. Il pense, non sans une grande apparence de raison, que l'ulcération est produite mécaniquement dans les secousses convulsives de la toux, par les mouvements de la langue en avant, lorsqu'elle vient se frotter et se déchirer sur l'arcade dentaire inférieure. Cela est si \ rai, que chez un enfant atteint de coqueluche et chez lequel manquaient les deux incisives médianes inférieures, j'ai observé deux ulcérations a la face inférieure de la langue correspondant à chacune des incisives inférieures latérales. Chez un autre, une incisive latérale inférieure saillante et mal placée donnait lieu à une ulcération latérale, et sur un troisième il y avait une ulcération a l'extrémité de la langue, sur la face supérieure correspondant à une incisive supérieure mal placée et très-aiguë,
La seconde période de la coqueluche n'a pas de durée fixe, elle peut se prolonger pendant plusieurs mois ; toutefois elle se termine le plus ordinairement après quinze ou vingt jouis. Tant que la coqueluche n'est pas compliquée de catarrhe bronchique, il n'v a aucun bruit anormal dans les poumons, ce qui prouve bien que cette maladie est un catarrhe sus-gloltique et (pie les quintes sont dues a l'introduction drs mucosités dans le Larynx.
Troisième période (période de déclin). — Dans cette dernière période, les
quintes perdent successivement de leur fréquence, de leur intensité: les secousses de toux deviennent moins violentes et reprennen! leur caractère de toux bronchique ordinaire. En même temps les ulcérations du frein guérissent : les inspirations sont plus faciles, et le sifflement sonore qui les accompagne s'affaiblit peu à peu avant de disparaître entièrement. Les vomissements consécutifs aux accès de toux cessenl : on n'observe plus après la quinte qu'une expectoration de mucosités opaques, jaunâtres ou verdâtres, analogues aux crachats qui caractérisent la période de coction de la bronchite.
La coqueluche reprend donc a son déclin les symptômes d«' la dernière période (le la bronchite. Cependant une cuise un peu pins active, telle qu'une peur, une douleur vive, la colère, etc., peut ramener un accès de toux eonv ulsive en tout
l Bouchut, Bulletin de VAcad.de médecine, 1858,
semblable à ceux de la seconde période, alors même que l'enfant paraissait débarrassé, depuis quinze jours ou un mois, de toute quinte. La troisième période ne paraît pas durer moins de huit ou dix jours, ni se prolonger au delà de plusieurs mois.
Marche, durée, terminaison. — La marche de la coqueluche n'est pas toujours simple et régulière. Cette affection offre de nombreuses variétés, soit dans son intensité, soit dans le retour des accès qui, dans certains cas, se régularisent et prennent le type intermittent. Les quintes sont quelquefois si longues et si violentes, que chez les très-jeunes enfants elles peuvent causer des convulsions mortelles.
L'âge modifie encore la marche de la coqueluche, et chez les enfants à la mamelle, cette affection est plus souvent compliquée de la phlegmasie pulmonaire qu'à toute autre époque de l'enfance ; cette remarque est surtout applicable aux cas de coqueluche sporadique.
Pendant les épidémies, cette affection offre souvent des formes singulières. Tantôt la première période, dite période catarrhale, manque absolument ; tantôt, au contraire, c'est la période de déclin ; ailleurs il n'existe pas de période convulsive, et l'on observe des enfants qui, dans ces circonstances épidémiques, ont un catarrhe violent avec toux férine ou avec quintes assez fortes, mais sans reprise : ils ont le catarrhe spécifique de la coqueluche sans en avoir les accès convulsifs. Je reviendrai sur ce sujet à propos du traitement de la maladie.
La durée de la coqueluche est difficile à préciser : elle varie entre quelques jours et plusieurs mois ; elle se prolonge quelquefois pendant cinq et six mois ; on l'a vue se prolonger pendant deux ans.
Le retour à la santé est la terminaison la plus commune de la coqueluche ; mais il n'est pas très-rare, quand la maladie dure longtemps, de voir les enfants maigrir, tomber dans une grande faiblesse et arriver à une espèce de marasme presque toujours funeste. Cette terminaison doit être imputée à la fréquence des vomissements, et aux complications.
Parmi les complications, il faut citer le catarrhe pulmonaire aigu révélé par les râles sibilant, muqueux et sous-crépitant, la broncho-pneumonie et la pneumonie chroniques, ou enfin les tubercules pulmonaires et la dégénérescence caséeuse du poumon, ce qui est le cas le plus ordinaire. On a observé des convulsions, des hémorrhagies sur les muqueuses nasale et conjonctive, des congestions cérébrales, des apoplexies du cerveau et des méninges, la formation des hernies inguinales, ombilicales, etc., par suite des efforts violents auxquels se livre l'enfant pendant les quintes.
En parlant de l'anatomie pathologique, j'ai aussi indiqué la dilatation des bronches et l'emphysème comme conséquence de la toux convulsive. Mais tous ces accidents ne se présentent qu'exceptionnellement, et la mort, quand elle arrive, est le résultat d'une affection intercurrente, à moins qu'elle n'ait lieu par suffocation, ce qui n'a été que très-rarement observé. Pendant la quinte, la glotte se ferme, il n'y a plus de respiration ni d'hématose, et la mort par asphyxie peut avoir lieu en quelques minutes. Lancisi, Bland, Rilliet (1), en ont signalé quelques rares exemples.
Les auteurs qui ont prétendu que la coqueluche pouvait être jugée par une crise n'en ont point rapporté d'observations bien authentiques ; je n'attache aucune importance à leur assertion, et je reste dans le doute à cet égard. Cette affection en-
(1) Ducastel, thèse de Paris, 1872.
traîne souvent la production do hernies, de chute du rectum, d'emphysème des poumons, d'hémorrhagies sous-cutanées, d'épistaxis, de vomissements, de convulsions, d'ulcérations sublinguales, etc., qui ne sont pas des crises et qui dépendent directement de la maladie. Elle produit une glycosurie prononcée comme dans tous les cas d'asthme et d'asphyxie signalés par M. Reynoso(l), et d'après M. Gibb, la glycosurie existe dans tous les cas de coqueluche, seulement chez quelques malades sa proportion est très-peu considérable.
Ghez quelques enfants, la coqueluche se termine en donnant lieu à une maladie aiguë telle que la pneumonie lobaire ou lobulaire, ailleurs à une maladie chronique, telle que la phthisie tuberculeuse qui entraîne promptement la mort des enfants.
Récidives. — La question des récidives de la coqueluche n'est point encore résolue de la même façon pour tout le monde. Ainsi quelques médecins assurent qu'on a vu des enfants repris de toux convulsive, soit après deux mois, soit après trois mois de guérison complète ; mais on se demande si ce sont là de véritables récidives ou tout simplement des rechutes.
La plupart des auteurs ne font mention des récidives de la coqueluche que poulies récuser. Quelques-uns cependant les admettent; car des faits avérés, quoiqu'en petit nombre, prouvent que cette maladie peut se déclarer deux fois chez le même individu. On s'accorde d'ailleurs aussi pour reconnaître qu'après la guérison de la coqueluche les enfants peuvent encore, pendant quelque temps, avoir des quintes caractéristiques de cette affection, sous l'influence d'une impression morale, de la colère ou de toute excitation nerveuse un peu vive. On voit, chez certains cillants, la coqueluche s'arrêter subitement et reparaître au bout de quinze ou vingt jours. J'ai observé un cas de ce genre; c'était évidemment une rechute et non pas une récidive.
Diagnostic. — Le diagnostic de la coqueluche est facile à établir, d'après les caractères spéciaux que présente la toux de la période convulsive et par l'existence de l'ulcération sublinguale. La reprise entre les efforts de toux, c'est-à-dire entre les quintes, n'appartient qu'à la coqueluche, el nous doutons qu'il puisse y avoir de coqueluche sans cette reprise caractéristique de la toux. Les exemples de cette maladie, avec toux quinteuse sans reprise, appartiennent à la bronchite ; et dire qu'il y a des coqueluches sans reprise, comme il y a des scarlatines sans exanthème, c'est assurément vouloir forcer l'analogie. Cette forme de coqueluche, admise par quelques ailleurs, ne s'observe qu'au milieu des circonstances épidémiques.
Vulcération sublinguale a la plus grande importance pour le diagnostic. En effet, sur le simple renseignement donné par les parents qu'un enfant tousse et sans l'entendre tousser, si l'on soupçonne la coqueluche et qu'en examinant le frein de la langue on y trouve une ulcération, on peut affirmer qu'il existe une coqueluche ;i la période de tOUX convulsive.
On ne peui guère confondre la coqueluche qu'avec une variété de bronchite, dans laquelle la tOUX se reproduit également par quintes pénibles, plus ou moins rapprochées. Mais dans celle variété de bronchite, la toux diffère de celle de la coqueluche, el n'a point la reprise bruyante el sonore de l'inspiration; le mouve-
menl fébrile est bien caractérisé, ce qui n'a lieu que très-rarement dans la coqueluche: il n'y a pas de roniissciin-iils à la suite de la quinte, el l1 expectoration est il peu près nulle.
C'est d'ailleurs un l'ail bien curieux que celle absence d'expectoration dans le catarrhe des jeunes enfants, el Constant (2) a eu raison d'insister sur ce caractère,
(1) Reynoso, The Lancet, 1858.
(2) Constant, Gatette médicale de Parti, 183(5, p. :>:!i
qui doit servir au diagnostic de la coqueluche des enfants à la mamelle. En effet, cette maladie de la première enfance est à peu près la seule dans laquelle on observe une expectoration abondante.
Nature. — La synonymie de la coqueluche traduit assez bien les hypothèses nombreuses qu'on a émises sur la nature de cette maladie. Il est superflu de les énumérer. Parmi les principales, je mentionnerai celle de M. Desruelles (1), qui pense que la coqueluche est une bronchite compliquée d'irritation encéphalique ; de Guersant, qui pense que c'est une inflammation spécifique des bronches avec lésion de l'innervation dans l'appareil pulmonaire. Il est de toute évidence que la coqueluche est une affection catarrhale et convulsive en même temps, dont l'évolution, la marche et le caractère contagieux attestent la spécificité. Blache (2) et beaucoup d'autres veulent que la coqueluche soit une névrose dont le siège est à la fois dans la membrane muqueuse des bronches et dans le nerf vague, névrose trèssouvent compliquée de bronchite et de pneumonie, mais pouvant exister sans ces complications ; et comme toutes les névroses, la coqueluche n'a pas de caractère anatomique appréciable. A l'exemple de Franck, Neumann, Roktyanski, Volz, Germain Sée, comparant la coqueluche et la rougeole, et trouvant à l'une et à l'autre : 1° une période de préparation de cinq à huit jours ; 2° un catarrhe initial prodromique; 3° un siège commun, la muqueuse pulmonaire, avec toux semblable dite férine; 4° de la fièvre; 5° des pneumonies lobulaires possibles; G0 de la tendance aux hémorrhagies et à la diarrhée ; 7° de la tendance à la production des tubercules pulmonaires et des catarrhes chroniques des bronches, conclurent que ces deux maladies étaient analogues dans leur nature intime. Il est vrai que l'éruption rubéolique s'oppose à ce rapprochement étiologique de la rougeole et de la coqueluche, mais on tranche la difficulté en disant qu'il y a des rougeoles sans éruption, et que l'éruption n'étant pas absolument nécessaire pour caractériser la maladie, l'analogie des deux affections n'en subsiste pas moins. C'est là un médiocre argument. Oui, sans doute, la coqueluche et la rougeole se ressemblent comme toutes les maladies spécifiques et contagieuses, mais c'est là tout ce qu'elles ont de commun, et vouloir aller au delà de ce rapprochement, c'est abandonner le terrain de l'expérience réelle pour entrer dans le domaine des fictions.
On sait d'ailleurs que des enfants atteints de coqueluche peuvent en même temps avoir la rougeole, ou réciproquement. C'est ce que j'ai vu bien des fois, et si ces deux maladies étaient de même nature, il serait impossible de les observer à la fois et au même instant chez le même sujet.
Pour M. Poulet qui a publié ses recherches en 1860, c'est une maladie parasitaire due au développement dans les bronches d'infusoires particuliers bacillaires (Jbacterium bacillus) qu'on retrouve au microscope dans la vapeur condensée des gaz sortis de la poitrine pendant l'expiration. — Seulement on peut se demander si ces inmsoires qu'on retrouve partout sont vraiment la cause de la maladie ou s'ils ne sont pas la conséquence de la fermentation des mucosités du pharynx. — Cette idée nous a été reprise d'abord par un Allemand Letzerich, qui en a fait indûment sa propriété, et puis en 1875, par un autre nommé Tschamer qui ne cite pas l'auteur français. Celui-ci après avoir mis les crachats de coqueluche en suspension dans l'eau y a découvert des corpuscules du volume d'une tête d'épingle de couleur blanche jaunâtre et à contours bien nets. Ils seraient caractéristiques et semblables à ceux qui constituent les points noirs trouvés sur les écorces d'oranges.
(1) Desruelles, Traité de la coqueluche. Paris, 18:27, in-8.
(2) Blache, Dictionnaire de médecine, t. IX, p. 46, art. COQUELUCHE.
Par l'inoculation de cette matière noire des fruits à des lapins et même par l'inhalation chez l'homme, on produit des accès de toux ayant plusieurs jours de durée et ayant tous les caractères de la toux de coqueluche î 0 pathologie expérimentale ! que de sottises en ton nom.
D'après ce que j'ai observé, la coqueluche n'est au début qu'une phlegmasic du pharynx et de l'épiglotte, car il n'y a pas alors de râles de bronchite, — et, à la deuxième période, l'expectoration a l'air de se former au-dessus de l'épiglotte d'où elle tombe dans le larynx pour en boucher l'ouverture, ce qui explique la sulfocation et le sifflement sonore fjlottique appelé reprise. Selon Gendrin (1), c'est un catarrhe des follicules pharyngo-épiglottiques. Le docteur Joubert pense de même (2). C'est aussi l'opinion de Beau (3). En effet, la luette, le voile du palais, l'épiglotte, sont très-rouges, tuméfiés, sécrètent abondamment du muco-pus. D'autre part, en cautérisant ces parties, on supprime la sécrétion purulente et l'on guérit souvent la coqueluche. Seulement Beau admet que le catarrhe occupe* les ventricules du larynx, ce qui est une erreur: car si le larynx était affecté dans la coqueluche, on y observerait des altérations de la voix ou de l'aphonie. Or, cela n'existe jamais.
Influence des maladies intercurrentes. —Depuis longtemps on a reconnu que la fièvre d'invasion de la variole fait cesser la coqueluche ; mais les pathologistes n'ont point formulé d'une manière assez explicite l'influence réelle d'un état fébrile intercurrent sur la diminution et sur la suspension de la coqueluche.
Les diverses maladies intercurrentes qui ont sur la coqueluche l'influence d'arrêt momentané dont je parle sont : le catarrhe pulmonaire aigu, la pneumonie, l'entérite grave, la méningite, la fièvre éveillée par l'éruption d'une dent, l'opération de l'hydrocèle, la vaccine et les gourmes sous la forme dite inflammatoire.
Il faut dire cependant que, chez quelques malades, l'état fébrile intercurrent n'a point d'influence sur la fréquence des quintes. Blache n'aura sans doute vu que des exceptions de cette nature, lorsqu'il avançait que jamais il n'avait observé que drs maladies survenues dans le cours de la coqueluche pussent en abréger la durée.
I! est difficile de se rendre compte de l'action des maladies intercurrentes sur la marche et l'intensité de la coqueluche. C'est un fait qu'il faut admettre sans explication, et qui est consacré par cet aphorisme d'Hippocrate, Febris spasmos solvit, a moins (pie faction de la fièvre sur cette maladie ne soit celle des fièvres sur les plaies, sur les vésicatoires, sur les dartres humides qui se sèchent lors de l'invasion d'une maladie aiguë. Si un état fébrile intercurrent tarit les sécrétions de la coqueluche, il est évident que les quintes doivent cesser.
Pronostic. — La coqueluche simple, che/ un enfant bien portant, est une affection peu grave; mais si l'enfant est ties-jeime ou s'il est faible et d'une mauvaise constitution, lymphatique ou scrofuleuse, on devra être réservé dans le pronostic
En hiver et <'n automne, la coqueluche esl généralement plus sérieuse, le pronostic devra être porté avec plus de circonspection. — L'amaigrissement ou l'ana-
sarque, une ûèvre continuelle, des quintes fortes et répétées, la respiration restant
pénible et fréquente dans l'intervalle de ces quintes, des vomissements tres-fréquents, l'altération subite et profonde de la face, le catarrhe pulmonaire chronique avec dilatation des bronches, doivent faire redouter des accidents fâcheux: mais ce sont les complications pulmonaires qui semblent être les plus redoutables. Lu effet, si la coqueluche se complique de pneumonie aiguë et chronique, de tuberculisation des poumons, ou de pneumonie caséeuse, le pronostic devient très-grave, car on
• 1 1 Gendrin, <„t:<>ii<> médicale, 1850.
ri, Joubert, Recueil de la Société (f Indre-et-Loire, 1851.
(3) Be m, Archives de ne fore 1840.
peut craindre une mort prochaine. Mentionnons enfin les cas où le spasme glottique de la quinte très-violent menace chaque fois d'asphyxie et peut la produire en quelques minutes.
Traitement. — Quelque grand que soit le nombre des moyens vantés par les auteurs comme spécifiques de la coqueluche, il faut se résigner à dire que cette maladie est une des plus rebelles à toute espèce de traitement ; on a successivement épuisé contre elle toutes les ressources de la thérapeutique sans obtenir des résultats complètement satisfaisants. Je vais néanmoins passer en revue les diverses médications qu'on lui a opposées, en mentionnant celles qui méritent davantage la confiance des praticiens.
Soins hygiéniques. — On doit préserver les enfants du froid et de l'humidité; mais si la température est douce et sèche, il est bon de les faire promener.
Les repas devront être multipliés plutôt que copieux; chez les enfants à la mamelle, la nourriture ne peut être très-variée : le lait de leur nourrice sera toujours pour eux la meilleure alimentation ; s'ils sont sevrés, des potages légers, des œufs frais, des fruits cuits, etc., constitueront le régime; vers le déclin, l'alimentation sera un peu plus forte ; à un âge plus avancé, il faut les laisser à leur régime ordinaire, à moins que l'état fébrile, l'intensité de la coqueluche et les complications apportent des modifications dans le choix des aliments.
Les vêtements de flanelle, les frictions sèches, sont utiles chez les petits enfants faibles, et surtout en automne et en hiver, enfin un changement d'air paraît la condition la plus favorable pour faire disparaître complètement la toux, ou au moins pour amener une amélioration notable.
Prophylaxie. — Le seul préservatif de la coqueluche, c'est l'isolement. La vaccination, qui avait été conseillée pour prévenir cette maladie, n'atteint pas ce but : elle n'offre quelques avantages que pour diminuer la durée de la maladie, et elle n'agit alors que comme occasionnant un état fébrile intercurrent capable de suspendre les accidents spasmodiques.
Traitement de la première période. — Au début de la coqueluche, et tant que dure la première période, le médecin se bornera à prescrire des boissons chaudes, mucilagineuses, des juleps gommeux, auxquels on pourrait ajouter une faible quantité de sirop diacode ; s'il y a des signes de céphalalgie ou de congestion cérébrale, les pédiluves irritants à l'eau de moutarde, à l'eau de savon, et les cataplasmes sinapisés appliqués aux extrémités seront utiles ; on dissipera la constipation avec des lavements émollients ; il faudra soustraire l'enfant à l'action du froid et de l'humidité, ne pas interrompre l'allaitement, et si le malade est sevré, des potages légers devront suffire à son régime.
Les émissions sanguines, inutiles et même dangereuses dans les cas ordinaires, n'offrent des avantages réels que chez les enfants vigoureux ou dans la coqueluche inflammatoire et dans le cours de certaines épidémies. On doit les mettre en usage lorsqu'au début, la fièvre étant très-forte, il y aura de la rougeur de la face, de la tendance aux congestions cérébrales ou à un engouement pulmonaire. Les révulsifs déjà indiqués plus haut, joints à des lavements légèrement laxatifs, trouveront encore ici leur application.
Il n'est pas possible, comme le veulent certains auteurs, de s'opposer au développement ultérieur de la coqueluche, soit par les saignées répétées, soit par les stimulants diffusibles, soit par un vomitif. Ce qu'il faut surveiller et ce qu'on peut essayer de prévenir, ce sont les complications ; dès qu'elles se manifestent, on ne doit pas hésiter à les combattre par les moyens les plus énergiques.
Si, dans cette période, on a observé de l'anorexie, de la répulsion pour le sein
de la nourrice ou du dégoût pour les aliments et si la langue est saburrale, il convient de donner un vomitif aux enfants. Il faut administrer la poudre d'ipécacuanha à la dose de 30 ou 50 centigrammes en suspension dans du sirop que l'on fait prendre à trois ou quatre reprises, de dix en dix minutes.
Deuxième période ou période convulsive. — Il est à peu près inutile, quand la coqueluche est bénigne et modérée, de rien changer à la médication indiquée au début.
Vn julep gommeux additionné de sirop diacode et de chloral, un looeh blanc, un julep belladone, des lavements émollients ou légèrement laxatifs et un ou deux vomitifs constitueront le traitement à mettre en usage.
Les précautions à prendre pendant l'accès de toux convulsive, c'est-à-dire pendant la quinte, sont les suivantes. On doit mettre l'enfant sur son séant ou le prendre dans les bras et lui soutenir la tète avec la main : ces précautions sont indispensables, car il peut arriver, comme Guersant l'a observé, qu'un jeune enfant qu'on laisse sur le dos soit près de périr de suffocation.
On facilitera le rejet des matières visqueuses qui remplissent la bouche des petits malades à ce moment, en les extrayant avec le doigt ou avec un petit linge.
« Lorsqu'on peut parvenir à faire boire le malade à petits coups pendant la quinte, on en abrège sensiblement l'intensité et la durée. » (Laennec.)
Une congestion trop active du sang vers le cerveau sera combattue par des cataplasmes sinapisés et des compresses d'eau froide vinaigrée appliquées sur le front.
Je n'ai pas besoin de rappeler que, quelles que soient la constitution régnante et la saison, si la coqueluche est compliquée de phlegmasie ou de toute autre affection, on devra recourir aux moyens conseillés contre ces complications.
Mon traitement de la coqueluche consiste dans une cautérisation du pharynx et de l'épiglotte tous les jours avec un pinceau chargé d'une solution de nitrate d'argent ou d'acide phénique au quart; d'ammoniaque diluée; d'huile de rade.
Nitrate d'argent ôO centigrammes à 1 gramme.
Eau distillée 30 grammes.
Ou bien :
Acide phénique 25 centigrammes.
Eau 100 grammes.
Ce serait peut-être aussi l'occasion de mettre en usage la cautérisât ion palatine ou pharyngienne avec V ammoniaque. Cette opération, pratiquée rapidement avec toutes les précautions nécessaires, à l'aide d'un pinceau de coton ou de charpie légèrement imbibé, ferait sans doute cessée les accidents nerveux de la coqueluche, comme elle fait disparaître la suffocation de l'asthme, suite de l'emphysème pulmonaire. C'est un moyen qu'on ne peut juger à prioriei qui vaut la peined'être mis en usage. Il m'a réussi plusieurs fois, mais il est désagréable pour les malades.
\ l'intérieur, le sirop d'ipécacuanha 30 grammes ou le tartre stibié ~2~> milligrammes une fois par semaine ; tous les jours, le sirop de belladone selon l'âge
des sujets, soit 1 1» ;'i 30 grammes ; — Valcoolat are il' aCOÎltt 10 à !5gOUttes; —
Valcoolature de Drosera :!<> gouttes-, — V hydrate de chloral, 50 centigrammes à
gramme; VûXyde de zincli I ou 2 grammes par jour et une bonne nourriture, du calé et du bon \in.
La coqueluche exempte de toute complication peut, comme je l'ai dit, persister opiniâtrement pendant plusieurs mois, en conservant son caractère convulsif. On lui a opposé, dans cette période, les émissions sanguines, les vomitifs, les sédatifs, les antispasmodiques, les alcalins, etc.
1° Émissions sanguines. — Nous avons déjà vu ce qu'il fallait penser de ce moyen nuisible dans la forme catarrhale et nerveuse ; il ne peut être utile que dans la forme inflammatoire. Jusqu'ici il a paru que les saignées étaient principalement avantageuses dans les épidémies de coqueluche de l'hiver et du printemps, tandis qu'elles sont moins convenables dans les coqueluches de l'été; celles-ci doivent être combattues de préférence par les vomitifs. C'est au médecin de saisir les indications pour savoir quelle est la médication qu'il doit mettre en usage.
2° Vomitifs. — L'expérience a sanctionné depuis longtemps les éloges accordés aux vomitifs répétés. Ces évacuants, dit Guersant, éloignent et diminuent les quintes, lorsque surtout la sécrétion des mucosités est très-abondante et obstrue les bronches. Les petits enfants supportent très-bien les vomitifs, et on peut les répéter tous les jours ou tous les deux jours, comme le conseille Laennec. On doit se laisser diriger par l'état des forces de l'enfant, et ne donner le vomitif plusieurs fois dans le cours de la coqueluche que si le malade est vigoureux et dans la forme catarrhale de la maladie. L'état pléthorique des sujets et la tendance aux congestions cérébrales contre-indiquent l'emploi de ce moyen.
Si l'on se décide à employer les vomitifs, il faut administrer : — l'ipécacuanha sous la forme que nous avons indiquée plus haut, — le tartre stibié à la dose de 25 milligrammes à 5 centigrammes dans une potion que l'on fera prendre à l'enfant par cuillerée à café, de dix minutes en dix minutes, jusqu'à ce qu'on ait obtenu plusieurs vomissements. Je pense, malgré les reproches adressés à l'ipécacuanha, devoir le conseiller encore, car il ne m'a point paru mériter le reproche d'être infidèle dans son action. Le tartre stibié a une action plus énergique, mais on ne peut en répéter l'emploi aussi souvent.
3° Purgatifs. — Le calomel, que l'on regarde comme évacuant et comme antiphlogistique, en même temps qu'il a la propriété de modifier la sécrétion des muqueuses et de faciliter l'expectoration ; la manne, la rhubarbe, le sirop de roses pâles, seul ou battu avec parties égales d'huile d'olive ; le sirop de chicorée et divers sels cathartiques : tels sont les purgatifs employés soit à titre de révulsifs, soit pour combattre la constipation. Ils sont loin de procurer les mêmes avantages que les vomitifs; mais, seuls ou combinés avec ces derniers, ils ne laissent pas que d'être utiles.
4° Narcotiques. — Les anciens médecins accordaient une grande confiance aux opiacés, dans le traitement de la coqueluche ; les modernes, au contraire, n'ont pas reconnu l'efficacité de ce moyen ; ils ont, en outre, reconnu qu'ils favorisaient les congestions cérébrales et pulmonaires, jetaient les malades dans un anéantissement inquiétant, séchaient la gorge et diminuaient l'expectoration, circonstance très- défavorable.
Toutefois l'opium donné à petites doses et combiné avec divers antispasmodiques (musc, castoréum), ou bien avec la belladone, peut être très-utile chez les sujets nerveux, et lorsque la forme convulsive est très-caractérisée ; mais quand il existe une réaction fébrile intense, et quand les enfants offrent la disposition de pléthore dont nous avons parlé, il faut s'en abstenir : le sirop diacode est la seule préparation qu'on puisse permettre alors à la dose de 10 à 15 grammes dans un julep gomme ux.
Je ne conseille pas pour les enfants à la mamelle l'emploi de la morphine par la méthode endermique. Ce moyen n'est utile que dans un âge plus avancé.
Belladone. — Les Allemands vantent la belladone outre mesure, et vont presque jusqu'à la regarder comme un spécifique de la coqueluche; ils la conseillent même au début. Mais c'est principalement pendant la seconde période qu'elle est bonne,
à la condition toutefois qu'il n'y ait ni bronchite intense, ni phénomènes de congestion cérébrale, ni aucune phlegmasie pulmonaire; elle serait alors beaucoup plus nuisible qu'utile. Laennec employait la belladone sous forme d'extrait, «i la dose de 10 à '25 milligrammes, et il admettait qu'elle calmait le spasme des bronches et diminuait le besoin de respirer. On la prescrit à des doses progressives, jusqu'à ce qu'il se montre des accidents de narcotisme. D'autres associent l'opium et la valériane à la belladone, et évitent ainsi l'insomnie que cette substance cause le pins souvent. Je la donne associée au chloral. La teinture et le sirop de belladone sont des préparations faciles à administrer aux enfants à la mamelle, et on doit les préférer aux autres modes d'administration.
On a aussi employé ce médicament en friction sur la poitrine, mais il paraît alors peu efficace.
Ciguë. — La ciguë est loin de mériterla réputation qu'on lui a faite; comme les autres sédatifs, elle a l'inconvénient de diminuer l'expectoration. Toutefois Guersant attachait une grande confiance au mélange suivant :
Belladone ,
Cigut'1 [ aa parties égales.
Oxyde de zinc )
On commence par 1 centigramme, répété trois fois par jour, et l'on augmente progressivement suivant l'état du petit malade. Mais faut-il attribuer à la ciguë les bons effets qu'on obtient? la belladone et l'oxyde de zinc peuvent revendiquer, ce me semble, une bonne part du succès. Profitons de cette occasion pour rappeler que la combinaison de divers narcotiques a une action plus puissante que celle des composés donnés isolément.
La conicine, principe actif de la ciguë, a été vantée comme efficace par le docteur Spengler. Ce médecin dit l'avoir employée avec succès dans le cours de deux épidémies, à trois ans de distance. La dose qu'il conseille varie de -^ de grain à -^ répété trois fois par jour. Ces doses doivent être données en potion. On met, par exemple, 2 à 3 centigrammes de conicine dans 140 grammes d'eau, et l'on en donne une cuillerée ordinaire toutes les trois heures.
\/d jusquiaine, la thridace, l'eau distillée de laurier-cerise, l'acide cyanhydrique, ont été également conseillés dans la seconde période de la coqueluche et ont obtenu des succès plus ou moins évidents. L'eau distillée de laurier-cerise et l'acide cyanhydrique sont des médicaments qu'on ne doit guère employer pour les petits enfants.
Si Ton veut obtenir des narcotiques des effets réels, il faut suspendre leur emploi pendant quelques jours pour les reprendre ensuite; car, sans cette précaution, L'économie S*J accoutume bien \ite, el Ton perd tout le bénéfice de la médication.
5 Antispasmodiques. — Tous les médicaments de celte classe ont été employés
contre la coqueluche. Les seuls qui oui conservé quelque valeur sont le musc; le castoréum; le sirop d'élher; le sirop de chloroforme; le sirop de chloral hydraté ; Y osa- fœtida; ['oxyde de zinc; l<- sous-nitrate de bismuth. Le musc surtout a réussi chez, les sujets doués d'une constitution nerveuse; le musc artificiel (mélange d'acide nitrique concentré et d'huile d'ambre) semblerait préférable au musc même.
Guersant a mi V OXyde de Zinc réussir, surtout chez, les très-jeunes sujets, ii la dose (le I ou 2 grains toutes les deux ou trois heures, sans dépasser la limite extrême de 15 à 20 grains par jour, .le l'ai employé très-souvent ainsi, a doses fractionnées, seul ou combiné à une petite quantité de poudre de valériane ou de poudre de belladone, et je me suis toujours bien trouvé de son emploi.
Le bromhydrate d'ammoniaque à été conseillé par Gibb de Londres, par Harle\ et par George de Strasbourg à la dose de 10 à 15 centigrammes 3 fois par jour chez les petits enfants, à la dose de 50 centigrammes 8 fois également dans de l'eau sucrée. C'est un anesthésique utile.
Le bromure de potassium a été très-vanté. Il ne m'a donné que des résultats peu caractérisés. De même pour le chloroforme et pour Yhydrate de chloral. A petites doses, ils soulagent; mais si l'on élève la dose de manière à produire l'anesthésie de la muqueuse du pharynx et du larynx, des muqueuses, on étouffe l'enfant.
La cochenille a été donnée, à titre d'antispasmodique, dans toutes les périodes de la maladie, et, dit-on, toujours avec succès. Voici comment il faut l'administrer :
Cochenille 1 gramme.
Carbonate de potasse 1 ■ —
Sucre 15 grammes
Eau chaude 80 —
Faites dissoudre. A donner trois ou quatre fois par jour, une cuillerée à calé.
Alcalins. — On peut donner le bicarbonate de soude, Veau de chaux, le carbonate d'ammoniaque, le sulfure de potasse, qui ont une action anticatarrhale bien connue, mais ces moyens ont peu d'action.
Parmi les moyens empiriques, conseillés contre la coqueluche, et ils sont trèsnombreux, je citerai :
Le tannin, qui a été donné à la dose et de la manière suivante :
Tannin ) IA ..
,.,,.. aa 10 centigrammes.
Acide benzoïque )
Poudre de gomme arabique 4 grammes.
Mêlez et divisez en douze prises. En prendre une toutes les deux heures dans de l'eau.
Le serpolet en infusion, 10 à 15 grammes par litre d'eau pour les vingt-quatre heures, a été conseillé par le docteur Josset et dans un grand nombre de cas à toute période de la coqueluche; ce médicament a paru avoir de bons résultats.
Valun est souvent employé à Londres, dans les hôpitaux de l'enfance, à la dose de 1 à 50 centigrammes, toutes les quatre ou six heures, pour les enfants d'un à dix ans.
La formule à laquelle on a ordinairement recours est celle qui suit :
Sulfate d'alumine et de potasse 75 centigrammes.
Extrait de ciguë 60 —
Sirop de coquelicot 8 grammes.
Eau de fenouil 90 —
Mêlez. Toutes les six heures une cuillerée à dessert.
Vapeurs oVéther. — On a également essayé le moyen qui réussit quelquefois dans le catarrhe suffocant ; je veux parler de la respiration des vapeurs éthérées. M. Bell (1) se loue beaucoup des résultats obtenus en répandant un peu d'éther sur les vêtements du malade au plus fort du paroxysme. On a aussi employé des fumigations faites avec un mélange d'oliban, de benjoin, de styrax, de chaque 250 grammes; de fleur de lavande et de rose, de chaque 2 kilogrammes, et Wild prétend guérir la coqueluche en huit jours par le procédé suivant : Le malade ne
([) Bell, Dictionnaire des études médicales, 14e livr., p, 226
quitte pas la chambre et à chaque nouvel accès il se met devant la bouche une compresse pliée eu plusieurs doubles et imbibée d'une cuillerée à café de la solution suivante : Éther, 60 parties ; chloroforme, 30 parties; térébenthine, 1 partie.
Vapeurs nitro-résineuses. — Tout récemment enfin Vichot a conseillé des fumigations avec trochisques nitro-résineux qui ont été employés par d'autres avec succès. En voici la formule :
Charbon de bois finement pulvérisé 7500
Nitrate de potasse 200
Naphtaline 1000
Créosote 800
Acide phéniqne 400
Goudron de houille 1000
Feuilles d'aconit en poudre 75
Mucilage de gomme adragant q. s.
Pour des trochisques de A grammes. — On en brûle un matin et soir dans la cliambre bien dose du malade si elle a 10 mètres cubes, et deux si la capacité est plus grande. — L'inhalalion doit durer une heure au moins, et il paraît que sur 24 cas de coqueluche le traitement a duré au minimum trois jours, au maximum vingt, et en moyenne sept. Cela est très-beau si c'est exact.
Inhalation de gaz d'éclairage. — Depuis quelques années, et sans qu'on en connaisse l'origine, une pratique née dans le peuple s'est introduite dans la science. On a conseillé de faire respirer aux enfants les gaz qui sortent des matières qui ont servi à l'épuration du gaz d'éclairage. Ces gaz sont très-irritants, piquent les yeux, l'ont tousser avec violence et quelques enfants vomissent en toussant et en expectorant une grande partie des matières muco-purulentes renfermées dans la poitrine. On les considère comme formées d'ammoniaque et d'hydrogène carboné. Cette inhalation doit avoir lieu tous les jours et durer pendant une heure.
Quelques enfants sont améliorés et rapidement guéris, mais il y en a la moitié qui n'en éprouve aucun avantage ou dont cette inhalation aggrave la maladie. Quelques-uns enfin y contractent des pneumonies mortelles.
Cela se comprend, l'inhalation de ces gaz est très-irritante et fait tousser, vomir ou expectorer, ce qui soulage toujours dans la coqueluche. Elle n'a aucun effet anesthésique ou spécifique; c'est un expectorant et un vomitif déguisés ; son action est toute mécanique et irritante. Tant mieux pour les enfants qui la supportent, mais il en est qui ne peuvent l'endurer sans dommage, et alors ceux-là ne retournent pas à rétablissement ; ils font une ou deux séances, s'en trouvent plus mal et l.i mère ne les \ conduit plus. Quant à ceux chez lesquels ce moyen détermine des pneumonies, je n'en sais pas le nombre, mais ce que je puis dire, c'est que j'ai vu, soit à l'hôpital, soit en ville, avec des confrères qui m'avaient appelé en Consultation, plusieurs pneumonies qui n'avaient pas d'autre origine.
Les inhalations oVoxygène ont aussi été regardées comme étant très-utiles dans la coqueluche. (Test sans doute a ce titre qu'ont été employés a\ec avantage les bains d'air comprimé dans cette maladie. Et) effet, à Montpellier, à Copenhague et à Stockholm, où ils ont été essa\és, l'ra\a/., Standhal, Bruniche, disent avoir singulièrement abrégé la durée de la coqueluche. Sur 100 enfants, Xi auraient été guéris en trois ou quatre sein aines.
Benzine et ammoniaque. — H peut être avantageux de donner à l'intérieur
quelques cuillerées d'un julep de 40 ou 50 grammes, additionné de tien zinc I gramme ou de i on 5 gouttes iVammoiiiaquc liquide. Ce dernier moyen peut avoir, contre la coqueluche, le même résultat que dans lesautres maladies nenenses avec suffocation, telles que les spasmes hystériques, la dyspnée de l'emphysème
pulmonaire, etc.
Les bains tièdes une ou deux fois par jour, surtout quand les symptômes nerveux dominent, ont paru diminuer les quintes et procurer du sommeil. Pour éviter les congestions sanguines vers la tête, on doit laver la tête et le front avec une éponge imbibée d'eau froide. Dans le cas de complication phlegmasique des organes thoraciques, on devrait s'abstenir de ce remède.
Soufre. — Horst dit avoir obtenu d'excellents effets de la fleur de soufre, 15 a 76 centigrammes dans du lait sucré, par doses fractionnées en vingt-quatre heures. Sous-carbonate de fer. — Steyman a souvent employé le sous-carbonate de fer; il diminue la fréquence des quintes et soutient les forces de l'enfant. On le donne à la dose de 50 à 150 centigrammes par vingt-quatre heures. Toutes les autres préparations de fer peuvent le remplacer.
Café. — .T. Guyot a souvent employé l'infusion de café torréfié, chaude et bien sucrée, et il dit que ce moyen guérit la coqueluche. C'est peut-être exagéré, mais 30 ou 80 grammes d'infusion après chaque repas diminuent le nombre des quintes. Ce moyen est surtout convenable pour arrêter les vomissements lorsqu'ils sont trop pénibles et de nature à épuiser les enfants. Il faut, en même temps nourrir les enfants d'une façon très-substantielle. On peut donner aussi la décoction de café vert avec avantage.
6° Révulsifs. — Je n'attache aucune importance aux révulsifs cutanés chez les jeunes enfants, ils ne font que produire une irritation très-vive, causer de l'insomnie et amener quelquefois un mouvement fébrile plus ou moins intense. Ainsi les vésicatoires, la pommade d'Autenrieth et l'essence de térébenthine me paraissent devoir être proscrits du traitement de la coqueluche chez les enfants à In mamelle. Ces moyens ne sont utiles que lorsqu'une phlegmasie bronchique intense existe en même temps que la coqueluche. Dans ces cas, il vaut mieux avoir recours aux frictions faites matin et soir sur l'un des côtés de la poitrine avec quelques gouttes d'huile de croton.
Le déplacement de la ville à la campagne, et aux bords de la mer, d'une localité dans une autre, est souvent ce qu'il y a de mieux à faire, lorsque la maladie se prolonge et qu'elle résiste aux agents thérapeutiques. Il suffit quelquefois, et j'en ai des exemples observés en plein hiver, d'envoyer les malades à la campagne pour les voir guérir en quelques jours.
En cas de suffocation par quinte trop violente, compliquée de spasme de la glotte, il faut, pour empêcher la mort de l'enfant, se hâter d'ouvrir le larynx.
Troisième période. — Lorsque la coqueluche est parvenue à la période de déclin, les quintes, quoique plus rares, conservent néanmoins une partie de leur caractère convulsif, et quelquefois la terminaison se fait encore attendre longtemps. Il convient de supprimer les tisanes émollientes et de les remplacer par les préparations ferrugineuses, par les toniques et les amers.
On donnera une décoction légère de lichen, de gentiane, de polygala, de petite centaurée, de quinquina, des infusions de serpolet ou d'hysope, et, suivant l'âge, des eaux minérales sulfureuses, celles de Bonnes, de Cauteretsoud'Enghien, pures ou coupées avec du lait et de l'eau de coquelicot.
Enfin, quand la maladie se prolonge et qu'un catarrhe chronique des bronches succède a la coqueluche, il faut cloîtrer les enfants dans un milieu à douce température ou les conduire à la campagne et leur donner de l'huile de foie de morue à très-haute dose; on peut appliquer un vésicatoire sur la poitrine, ensuite on le reporte au bras ou on le remplace par un cautère.
103. La coqueluche est une phlegmasie catarrhale du pharynx et de l'épiglotte qui reconnaît pour cause l'influence incontestable d'un agent spécifique sur les follicules épiglottiques.
194. Des quintes de toux avec reprise sonore et bruyante, expectoration muqueuse et une ulcération sublinguale, caractérisent la coqueluche.
195. Un enfant qui tousse beaucoup et qui présente une ulcération au frein de la langue est atteint de coqueluche.
196. La coqueluche est une affection très-contagieuse et très-habituellement épidémique.
197. La coqueluche, née dans un endroit, meurt et disparaît un peu plus loin, par le fait seul du déplacement des malades et des modifications apportées à leur hématose par le changement d'air et de lieu.
198. La coqueluche se montre quelquefois chez les enfants à la mamelle et dans l'âge adulte, mais elle frappe surtout les sujets de la seconde enfance.
199. La coqueluche est une suffocation laryngée qui résulte du catarrhe piiaryngo-épiglottique et qui se complique de bronchite aiguë ou chronique.
200. La coqueluche est plus ou moins grave, selon le génie épidémique de l'année.
201. Chose singulière! la coqueluche ne semble avoir de gravité que par ses conséquences indirectes : ainsi, les vomissements qui succèdent aux quintes de toux et qui amènent l'inanition; ainsi, les dépôts fibro-plastiques des poumons qui engendrent tôt ou tard la pneumonie granuleuse, la phthisie, etc.
■1^-2. La coqueluche est la seule maladie de la première enfance où la toux soit accompagnée d'une véritable expectoration.
203. Une maladie aiguë intercurrente dans la coqueluche diminue son intensité, la fait disparaître, soit momentanément, soit d'une manière définitive.