PHTHISIE PULMONAIRE
chronique, altérations que j'ai décrites précédemment, et sur lesquelles il est inutile de revenir.
Les ganglions bronchiques sont tous hypertrophiés et pour la plupart convertis en tubercules gris ou jaunes caséeux. Ce produit se retrouve encore ailleurs en divers points de l'économie sur tous les tissus, dans tous les viscères sans en excepter les choroïdes et le cerveau. C'est alors que l'on voit que la tuberculisation est le résultat d'une véritable diathèse intérieure, et il n'y a que chez les enfants où l'on puisse vérifier ainsi l'exactitude de cette grande loi morbifique.
§ III. — Phthisie inflammatoire, ou pneumonie caséeuse.
Une troisième variété anatomique de phthisie chez les enfants est celle que Broussais a décrite comme le résultat d'une infiltration purulente concrète avec état caséiforme du poumon altéré. C'est celle que Lannec considérait comme n'étant qu'une infiltration tuberculeuse passant de l'état de crudité au ramollissement.
Aujourd'hui, on sait que Broussais avait eu raison. Les Allemands se sont emparés de son idée, nous Tout renvoyée sous ce nom de pneumonie caséeuse, et nous trouvons très-bien de leur part ce que nous trouvions mal dans Broussais.
Quoi qu'il en soit, la pneumonie lobulaire ou lobaire des enfants passant à l'état chronique laisse dans les alvéoles pulmonaires et dans les cloisons un exsudât qui ne se résorbe pas, qui devient grisâtre, et ressemble à une infiltration tuberculeuse: c était le pus concret signalé par Broussais. Cet exsudât se détruit dans ses éléments qui s'infiltrent de graisse (1); il prend Y état caséiforme indiqué par Broussais, ce que les Allemands ont appelé état caséeux, c'est la pneumonie caséeuse; puis l'exsudat caséenx du poumon se ramollit, et ulcère les bronches où il se vide, et à sa place se forment des cavernes qui sont le résultat de la pneumonie chronique devenue ulcéreuse.
Autour de ces cavités de la pneumonie devenue caséeuse, se forment d'autres points de pneumonie aiguë ou chronique, des granulations grises et jaunes disséminées de la pleurésie sèche, et s'il y a cavernes perforant la plèvre, des hydropneutnothorax, comme j'en ai vu de nombreux exemples.
1° Symptômes de la phthisie granuleuse. — La phthisie granuleuse des jeunes enfants se présente sous la forme aiguë ou chronique.
Les symptômes de la phthisie granuleuse aiguë sont très-difficiles à saisir, car ils son! semblables à ceux de la pneumonie, dont elle n'est, à M'ai dire, qu'une variété connue sons le nom de pneumonie granuleuse et tuberculeuse. On peut, en effet, établir entre la phthisie aiguë des nomeau-iu's et la pneumonie le même rapprochement qui existe déjà entre la méningite granuleuse et la méningite simple.
C'est une Mie que la clinique impose à la nosologie.
La phthisie aiguë granuleuse ou tuberculeuse est très-fréquente chez les jeunes enfants, surtout a l'hôpital. Mlle est beaucoup moins répandue dans les (lasses fortunées de la ville. Presque partout elle est méconnue et passe pour être de l.i pneumonie lobulaire. En effet, lessymptômes de ces deux maladies sont a peu près les mêmes, et si les enfants succombent rapidement, c'est a l'autopsie seulement qu'on reconnaît la présence des granulations ûbro-plastiques et des tubercules dans le poumon. En conséquence, je renvoie au chapitre (les \ariétés de la pneumonie
(1) Les Allemands appellent ce travail régression caséeuse ou nécrobiose.
tabulaire (1) ce qui est relatif aux symptômes de la phthisie granuleuse et tuberculeuse aiguë.
La phthisie granuleuse chronique est plus rare, si rare même, qu'on a dit que la phthisie pulmonaire, dans la véritable acception de ce mot, qui veut dire consomption, n'existait pas chez les jeunes enfants. En effet, si par la phthisie pulmonaire on veut entendre uniquement la consomption qui résulte de l'excavation pulmonaire par les tubercules, alors il n'y a pas de phthisie chez le nouveau-né. Mais si le mot phthisie représente révolution aiguë ou chronique des tubercules pulmonaires, alors, au contraire, la phthisie est très-fréquente chez les jeunes enfants.
La phthisie granuleuse chronique succède à la phthisie aiguë et à la pneumonie tabulaire. Après les phénomènes inflammatoires qui accompagnent le catarrhe pulmonaire et la phlegmasie des poumons, l'enfant semble reprendre des forces et s'acheminer vers une guérison. Mais la convalescence n'arrive pas, l'enfant languit et maigrit chaque jour, sa peau s'amincit, se ride et devient terreuse, son visage se rétrécit et vieillit prématurément. La fièvre le consume d'une manière lente mais continue. Il tousse et n'expectore rien, ni mucus, ni pus, et encore moins du sang.
Sa poitrine amaigrie laisse voir toutes les côtes. Elle résonne moins que de coutume, et de la matité existe quelquefois au niveau des points du poumon où des granulations et de véritables tubercules sont entourés de pneumonie chronique. Des râles sibilant, muqueux et sous-crépitant, se font entendre des deux côtés de la poitrine, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ou dans les deux côtés à la fois. Quelquefois du souffle existe en arrière au niveau des bronches, et l'on pourrait se demander si c'est un souffle caverneux ou un souffle bronchique, Mais comme on sait que chez les jeunes enfants il n'y a pas de cavernes assez grandes pour produire ce phénomène, on est obligé de le rapporter au retentissement bronchique par suite de la pneumonie chronique ou à une forte dilatation des bronches.
Le cri retentit plus ou moins, suivant le degré d'induration des poumons, et jamais il n'est plus fort que lorsqu'il existe un souffle bien prononcé.
Avec tous ces phénomènes qui trahissent un désordre matériel considérable dans le parenchyme pulmonaire, les enfants mangent volontiers, et il est même difficile de les retenir à cet égard. Us digèrent bien ; quelquefois la diarrhée survient et les épuise davantage, mais leur appétit n'en persiste pas moins et il faut leur donner à manger. Le ventre se gonfle et contraste par son volume avec la maigreur des membres décharnés et flétris ; la prostration augmente chaque jour; l'exigence des enfants est extrême ; il faut les tenir dans les bras ; il faut les promener jour et nuit, et tout cela dure des semaines, des mois et même plus d'une année.
Cependant, *un jour ou l'autre, la diarrhée s'établit pour ne plus cesser, la bouche se dépouille de son épithélium, du muguet survient, les forces baissent davantage, et l'enfant, comme une lampe près de s'éteindre, s'élève, s'abaisse, oscille, et enfin meurt dans le dernier état de faiblesse, de langueur et de marasme, ou au milieu de convulsions inattendues qui viennent brusquement terminer la vis1.
Les poumons sont alors remplis de granulations grises et quelquefois de tubercules miliaires à l'état jaune de crudité. Çà et là existent des petits tubercules en voie de ramollissement, de petites cavernes solitaires ou multiples, et communiquant les unes avec les autres. On rencontre quelquefois d'anciennes cavernes cicatrisées avec de la mélanose et des tubercules crétacés. Autour de ces tubercules
I Article Pneumonie granuleuse, p. 34-2.
PHTH1SIE PULMONAIRE. il 1
existe de la pneumonie tabulaire simple, de la pneumonie lobulairc avec infiltration de poussière tuberculeuse, et parfois de la pneumonie chronique.
Les plèvres sont couvertes d'un plus ou moins grand nombre de granulations fibro-plastiques, et Ton y trouve des fausses membranes qui font adhérer les lobes entre eux ou avec les parois costales.
Les ganglions bronchiques sont hypertrophiés et, pour la plupart, remplis de tubercules crus ou ramollis. Cette lésion sera décrite un peu plus loin; car, lorsqu'elle existe seule, elle donne lieu à des accidents qu'il faut exposera part. — C est ce qu'on appelle la phthisie bronchique ou tuberculose médiastine (1).
Des granulations grises et des tubercules miliaires jaunes, à l'état cru, se rencontrent aussi dans les os, dans la choroïde, dans le cerveau, dans le thymus, à la surface du péritoine, dans le foie, dans la rate, dans les reins et quelquefois dans l'intestin. C'est la conséquence de la diathèse tuberculeuse.
2° Symptô mes de la phthisie tuberculeuse. — A mesure que les enfants grandissent et qu'on se rapproche de la seconde enfance, la phthisie tuberculeuse présente de plus en plus les caractères anatomiques et cliniques qu'elle offre chez l'adulte : ainsi, la toux, l'enrouement, l'expectoration, les raies caverneux, le gargouillement et la pectoriloquie ; — le souffle amphorique et le tintement métallique. S'il y a pneumothorax et fistule pulmonaire ; — les sueurs ; — la diarrhée et une véritable consomption indiquent évolution des tubercules, leur ramollissement et la formation des cavernes pulmonaires dont l'auscultation révèle la présence
3° Symptômes de la pneumonie caséeuse, ou phthisie inflammatoire.— J'ai indiqué ces symptômes en décrivant la pneumonie (voyez ce chapitre), et je n'y reviendrai pas. Après une pneumonie aiguë ou chronique, après un simple rhume négligé, les enfants continuent à tousser, et peu à peu dépérissent. Il y a de la matité dans un point du thorax, de la faiblesse respiratoire, de l'expiration prolongée, du retentissement de la voix. Un peu plus tard des craquements se font entendre. Ces craquements augmentent, deviennent du raie muqueux, du gargouillement, avec pectoriloquie. Alors viennent la fièvre, l'amaigrissement, les sueurs, la diarrhée, la consomption et la mort.
Traitement. — La phthisie aiguë granuleuse, avec fièvre, doit être combattue, par les antiph logistiques, une ou deux sangsues à plusieurs reprises, d'après la force des enfants, ou des ventouses scarifiées ; par les révulsifs cutanés sur la poitrine, tels que des emplâtres de thapsia, les vésicatoires volants, des frictions avec l'huile de croton tiglium trois jours de suite (20 gouttes), des applications quotidiennes de teinture d'iode, etc., et par les vomitifs plusieurs fois répétés.
Lu phthisie chronique tuberculeuse ou résultat de la pneumonie caséeuse ne réclame en aucune façon l'emploi des émissions sanguines. Les vésicatoires volants sur le thorax, les frictions avec la pommade stibiée, les frictions avec l'huile de
croton tiglium, sont infiniment plus utiles. Ou peut alterner dans l'emploi de ces moyens et \ revenir plusieurs fois pendant la durée de la maladie.
V l'intérieur, des boissons pectorales, émollientes, des potions gommeuses, des juleps unis aux agents stupéfiants ou aux opiacés, le sirop de laclucariuni, le sirop de codéine, des looehs blancs, doivent être donnés aux petits enfants, tant (pie le dégoût de ces médicaments n'est pas arrivé.
Vhuile de foie de morue, à la dose de 15 à 50 grammes par jour, Yioilure de potassium dans imjulep à 25 ou 50 centigrammes, le tartre stibié à la dose de
(I) Voyez chapitre 11, page 325.
5 à 15 centigrammes, le kermès à 20 ou 25 centigrammes dans les vingt-quatre heures, ont été administrés et peuvent l'être avec avantage.
Je préfère Vessenee de thym ou de santal, i à 10 gouttes; Y acide phénique, 1 gramme par jour; Veau de goudron, le sirop de sève de pin et tons les balsamiques ; les aspirations d'acide phé nique; les bains d'étuve humide térébenthinée.
Comme régime, il faut prescrire 3 ou iOO grammes de purée de viande crue, du jambon, du lard, de la graisse d'oie et de porc, du beurre, et comme boisson aux repas une carafe d'eau sucrée avec GO ou 100 grammes de rhum, de cognac, de xérès, de porto, de malaga, de madère, etc.
Les complications de la maladie par le muguet, la diarrhée, les convulsions doivent être combattues à l'aide de médicaments que j'ai proposés contre chacune de ces maladies.
Pendant l'hiver, ces enfants doivent être tenus en serre-chaude dans un appartement à 18 degrés et n'en pas sortir avant le mois de juin. — Pendant l'été, il faut les envoyer à la campagne, ou aux eaux minérales de Saint-Honoré, d'Uriage, d'Allevard, d'Ems, du Mont-Dore et de Royat. — Ces deux dernières où existe un vaporarium sont particulièrement utiles.