SYNCOPE T.IIEZ LES ENFANTS A LA MAMELLE
La syncope est un accident assez rare chez les enfants à la mamelle et beaucoup plus fréquent chez les enfants plus avancés en âge.
C'est la perte de connaissance et de mouvement accompagnée de perte du pouls et de diminution de force et de fréquence des battements du cœur.
Quelques personnes disent que la syncope est la cessation complète des battements du cœur : elles se trompent et commettent une grande erreur physiologique. La cessation complète et prolongée des battements du cœur, c'est la mort. En effet, d'après les nombreuses expériences que j'ai faites et qui ont été contrôlées par une commission de l'Institut, V absence prolongée des bruits du cœur pendant cinq minutes sur chacun des points où Ion peut entendre ces bruits est un signe immédiat et certain de la mort (1). Soutenir qu'on peut vivre sans mouvement du cœur, c'est évidemment ne pas réfléchir sur les conditions mécaniques indispensables de la vie. Je ne l'ai jamais vu, et ceux qui observent avec soin ne l'ont pas vu davantage.
Dans la seconde enfance la syncope est assez commune, et j'ai connu beaucoup d'enfants chez lesquels s'est produit cet accident sans qu'il en soit résulté rien de fâcheux. Elle offre tous les caractères de la syncope de l'adulte et se passe de même en quelques minutes.
Chez les enfants à la mamelle la syncope est tellement rare qu'elle n'a pas été décrite dans les ouvrages consacrés aux maladies de l'enfance. Zwinguer, médecin de Bàle au xvme siècle, est le seul qui en ait parlé avec de suffisants détails ; mais sa description était oubliée lorsqu'elle a été remise en mémoire par Marrotte en 1853.
Dans une communication faite à la Société de médecine des hôpitaux, Marrotte, qui venait d'observer un cas de syncope que nous allons raconter, attribua cet accident à la présence de phlegmes contenues dans l'estomac, d'entozoaires, et à des terreurs subites. D'autres confrères, Vigla, Barthez, Delasiauve, Devergie, déclarèrent à cette occasion en avoir observé des exemples, et dans un cas rapporté par Devergie, la mort en fut la conséquence.
Voici l'observation de Marrotte :
Observation. — Une petite iille de cinq mois et demi fut prise tout à coup, le 8 mars de cette année, et pendant son sommeil, d'une grande pâleur envahissant tontes les parties visibles du corps. La respiration et le pouls s'étaient suspendus ; les bras étaient tombés inertes le long du corps. La grand'mère, sur les genoux de laquelle elle reposait, l'avait fortement agitée, et après quelques instants la connaissance était revenue après une transpiration rapide. Quelques régurgitations de Jait caillé et une garderobe abondante avaient accompagné ce retour à la vie.
L'enfant était à peine rendormie depuis cinq à six minutes, que la même scène s'était renouvelée, avec des symptômes moins effrayants et moins durables cependant que la première fois.
Les deux jours suivants, deux syncopes se manifestèrent vers la même heure et avec des symptômes à peu près identiques.
Le vendredi, quatrième jour, les deux syncopes se montrèrent à l'heure accoutumée ; mais à dater de cette époque cessa la régularité de retour et de nombre qui avait été si remarquable jusqu'alors. Si, pendant deux ou trois jours encore, deux syncopes eurent lieu entre dix heures et midi, celles qui survinrent dans la matinée
(1) Bouchut, Traité des signes de la mort. Paris, 2e édition, 1876, in-1-
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les jours suivants avancèrent ou retardèrent sans règle ûxe. Les symptômes lipothymiques se multiplièrent et parurent aussi bien la nuit que le jour. On observa tous les degrés de la syncope depuis la simple pâleur, depuis le ralentissement et l'inégalité de la respiration, depuis la lenteur et l'intermittence du pouls, jusqu'à la perte complète de connaissance.
11 n'y eut pas de variation sensible dans la marche des accidents pendant les douze premiers jours; à dater de cette époque, ils commencèrent à diminuer en nombre et surtout en intensité.
Deux circonstances capitales ont coïncidé constamment avec les syncopes à différents degrés : le sommeil et des troubles intestinaux.
L'enfant qui fait le sujet de cette observation a toujours eu des chairs transparentes et peu colorées. Dès l'âge de six semaines des vésicules de porrigo larvalis se sont manifestées sur le visage, et, depuis lors, l'éruption a présenti' des alternatives d'augmentation et de diminution, sans disparaître entièrement. Des troubles digestifs dus à diverses circonstances ont succédé à l'engorgement des seins de la mère, à un catarrhe suffocant traité par les évacuants, à la nourriture artificielle, etc.
Ajoutons à ces renseignements un fait qui a jeté un moment de l'incertitude sur le causes véritables des accidents lipothymiques. A la suite du catarrhe suffocant, la petite malade' avait eu des accès bien tranchés de lièvre intermittente doubletierce, et pendant les huit ou dix jours qui avaient précédé la première syncope, la grand'mère avait positivement remarqué que les nuits étaient moins bonnes, et que, sur le matin, l'enfant était couverte, contre son habitude, d'une sueur plus ou moins considérable; aussi avait-elle demandé s'il n'y avait pas lieu à donner de nouveau une préparation de quinquina.
La première pensée de Marrotte fut celle d'une lièvre larvée, et le quinquina fut conseillé intus et extra: mais ce médicament n'ayant eu d'autre résultat que de déranger la périodicité, il devint évident que les accidents lipothymiques étaient entretenus par une cau>e plus profonde. L'état d'anémie était la cause prédisposante (!••- syncopes dont les troubles digestifs : coliques, borborygmes, évacuations alvines, devenaient les causes occasionnelles. Un régime plus réparateur et quelques médicaments appropriés à l'état des voies iligestives étaient donc indiqués. Ils ont eu le résultat qu'on espérait, c'est-à-dire que les voies digeslives ont rempli leurs fonctions d'une manière [dus régulière et que l'état de syncope a disparu dans la même proportion.
Ce cas de syncope est fort curieux et appelle l'attention sur d'autres cas semblables observés dans la pratique par plusieurs de nos confrères.
Ou y voit une perte de connaissance et de mouvement répétée à plusieurs reprises, avec pilleur, sans aucune espèce de mouvements convulsifs ni respiratoires durant quelques inimités et disparaissant sans laisser de traces, ('/est aussi la forme sous laquelle cet accident a été observé par Barthez, Delasiauve et Devérgie; seulement dans le cas rapporté par Devergie la syncope a étésui\ie de mort.
La syncope peut être confondue avec les convulsions internes ou certains états convulsifs mal caractérisés de nature spasmodique simple ou épileptique. Dans la syncope, il > a une pâleur qui n'existe pas dans l'étal COnvulsif, et la résolution complète des membres qui s'\ trouve la sépare des convulsions où il y a du strabisme, de la raideur des membres ou des secousses (Ioniques convulsives.
Pronostic — La s\iicope clic/, les enfants a la mamelle n'est généralement pas
un accident grave, et après quelques minutes (Ile se termine par le retour à la vie. Elle peut se reproduire assez. sou\eni chez quelques-uns d'entre eux. Dans quelques
cas, pondant la s\ncope, des caillots se forment dans le cœur, et, empêchant le retour de ses fonctions, produisent la mort, (/est à celle cuise qu'il tant attribuer un certain nombre de cas de mort subite observés chez les enfants.
La SNiicope es! évidemment un spasme du cœur, une convulsion de celte organe en rapport avec un trouble subit, sympathique ou autre du s\slènie nerveux.
Traitement. — Contre cet accident, si l'on a le temps d'agir, il faut exciter le vomissement avec les barbes d'une plume, avec de l'émétique, ou avec la poudre d'ipécacuanha.
Des lavements de sel gris, de tartre stibié, 10 centigrammes, ou de séné doivent être donnés.
J)cs frictions sèches doivent être faites sur la région du cœur, ainsi que la flagellation des fesses, l'insufflation de bouche à bouche ou avec la sonde laryngée.
L'enfant doit être mis au froid, à l'air, devant une fenêtre, et il faut lui faire respirer des sels, du vinaigre, un peu d'ammoniaque affaiblie, etc.
L'électricité, enfin, si l'on a près de soi un appareil, pourra être avantageusement employée pour exciter les mouvements respiratoires du diaphragme.
Dans le cas où la syncope se reproduisant à diverses reprises offrirait de la périodicité et pourrait faire croire à l'existence d'une fièvre larvée, il faudrait employer le quinquina et le sulfate de quinine.