‹ Traité pratique des maladies des nouveau-nésChapitre 2 sur 472 · A MONSIEUR LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Monsieur le Ministre,

Yoici bientôt trente-trois ans que ce livre a été imprimé pour la première fois. C'est aux sympathies de plusieurs générations d'élèves que j'en attribue la propagation et le succès. Il est dans la bibliothèque de tous les médecins; il a été traduit en anglais, en allemand, en russe et en espagnol. — J'en donne aujourd'hui la septième édition, augmentée d'un grand nombre de recherches nouvelles et importantes.

Si j'énurnère un peu plus loin tous mes apports à la symptomatologie et au diagnostic des maladies de l'enfance, c'est moins par un sentiment d'orgueil, qui d'ailleurs serait suffisamment excusable, que pour établir le chemin parcouru par moi en clinique depuis l'apparition de ce livre. Cherchez et vous trouverez, dit l'Évangile : depuis trente-trois ans, je n'ai cessé d'observer, de chercher et d'enseigner à l'hôpital; il n'est pas surprenant, parmi tant de choses offertes à mes regards, qu'il s'en soit rencontré de nouvelles et dignes d'entrer définitivement dans la science.

C'est pour moi un devoir de faire ces remarques, en présence des injustices sans nombre dont j'ai été la victime de la part du gouvernement de l'instruction publique. Avec tant de découvertes cliniques en tout genre, avec les titres scientifiques considérables que j'expose à la première page de ce livre, et lorsque je puis me féliciter de voir tous ces ouvrages répandus à profusion dans le monde entier, comment n'aurais-je pas quelque fierté de mes œuvres. Mais cette glorification est inutile. Je ne puis que plaindre la France où tant d'hommes célèbres ont été et sont tenus h l'écart des fonctions publiques au profit de médiocrités impuissantes. On n'a pas réussi à étouffer mon enseigne-

ment ni à me pousser au désespoir. J'ai combattu, en riant de mes adversaires et en prenant le masque du pseudonyme dans les concours académiques pour être sûr d'obtenir un prix qui ne m'eût jamais été accordé sous mon nom véritable. Soutenu par cette passion virile du travail, qui élève l'âme au-dessus des atteintes de l'intrigue et qui entretient les ardeurs du dévouement à la science, je me suis complètement relégué dans l'étude de l'homme malade. Là, il n'y a plus d'ennemis. On ne peut craindre que son insuffisance: mais si Ton parvient à en triompher au point de pouvoir saisir quelques phénomènes ignorés ou mal connus, alors on se trouve bien dédommagé de la critique des impuissants.

Ce que j'ai découvert a été contrôlé par le public d'élèves et de médecins 'qui m'a entouré dans mon enseignement clinique. Cela me suffit. J'ai su voir et comprendre ce que d'autres regardaient sans voir. J'ai eu du bonheur à le chercher et à le dire, une satisfaction non moins grande à l'écrire, et ces plaisirs-là sont, en France, la véritable et souvent l'unique récompense du savant.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Ministre, votre très-dévoué serviteur.

E. BOUCHUT.

Hôpital des Enfanls-Malades, 1er décembre 1877.

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