CHAPITRE IV
ANGINE TONSILLAIRE PHLEGMONEUSE, OU AMYGDALITE
On donne le nom d'amygdalite à l' inflammation des amygdales. C'est une maladie rare chez le nouveau-né, pins fréquente chez les enfants d'un à deux ans, très-commune dans la seconde enfance.
Elle a pour cause générale le tempérament lymphatique et la constitution scrofuleuse; elle se développe sous l'influence des boissons trop chaudes, des cravates épaisses qu'on a l'habitude démettre autour du cou des enfants, et sous l'influence d'un refroidissement à la suite d'une transpiration provoquée par la chaleur et l'exercice.
Elle existe à Y état aigu et à Yétat chronique. Alors elle se présente sous la forme d'une simple hypertrophie des amygdales ou d' 'amygdalite caséeuse.
L'arrière-bouche, le voile du palais, le pharynx et les amygdales sont rouges, tuméfiés, pendant tout le temps que dure l'inflammation aiguë ; et dans l'inflammation chronique, avec une rougeur moindre, il existe à divers degrés une hypertrophie des amygdales. — Il n'y a jamais de suppuration à cet âge. Je n'en ai pas vu, et je nm connais pas d'exemple. Cette inflammation détermine souvent le gonflement aigu ou chronique des ganglions lymphatiques du cou.
Chez les jeunes enfants, l'amygdalite a des symptômes tout différents de ceux de l'amygdalite chez l'adulte. ■ — Les enfants ont de la fièvre, de la douleur sous les angles de la mâchoire, et l'on y sent quelquefois l'amygdale ou des ganglions lymphatiques un peu tuméfiés. La mâchoire est d'ailleurs facile à ouvrir et les mouvements du cou ne sont pas empêchés. — Il n'y a pas de gène de déglutition comme chez l'adulte, ce qui rend le diagnostic très-difficile, et la physionomie n'est pas déformée. Dans quelques circonstances, l'amygdalite aiguë est le point de départ d'une otite aiguë ou chronique et d'une otorrhée plus ou moins longue.
Les symptômes généraux sympathiques sont les plus graves. Avec une fièvre intense, il y a, ordinairement, congestion du visage et de la tète, agitation des membres, loquacité, exaltation cérébrale, qui font craindre une maladie du cerveau. Tout cela n'a rien de grave et disparaît en vingt-quatre ou quarante-huit heures.
La soif est fréquente et l'appétit a disparu. Il n'y a pas de vomissements ni de diarrhée.
En quelques jours les accidents aigus disparaissent ; la lièvre, qui seule persistait, disparaît à sonfcjur, et les enfants guérissent totalement, à moins que laphlegmasie ne passe à l'état chronique, laissant après elle un commencement d'hypertrophie des amygdales.
Dans l'état chronique, les amygdales sont habituellement gonflées, et de temps à autre le siège d'une nouvelle inflammation aiguë qui rend les enfants malades. Uors la maladie offre les mêmes caractères, seulement la gène de la respiration n'est plus si marquée que dans L'amygdalite aiguë sans l'hypertrophie des amygdales.
L'amygdalite chronique avec hypertrophie des amygdales est grave, non pas en elle-même, mais par les conséquences qu'elle peut avoir. Vinsi elle est à chaque instant le point de dépari (Tune amygdalite aiguë ; elle force les enfants ;i respirer la bouche ouverte, ce qui leur donne une expression de niaiserie désagréable; elle les fait ronfler pendant leur sommeil; elle diminue la prise d'air de chaque inspi-
ration, nuit à l'hématose et amène le rétrécissement de la cage thoracique, comme l'a très-bien établi Dupuytren.
L'amygdalite aiguë doit être combattue par les pédiluves à l'eau de savon, à l'eau de cendres, à l'eau de moutarde, avec les cataplasmes sinapisés et les sinapismes, avec l'eau d'orge et le sirop de mûres, les fumigations de vapeur d'eau de guimauve, le sirop d'ipécacuanha ou mieux l'émétique, par la diète et le repos au lit.
L'amygdalite chronique doit être traitée avec l'eau d'orge et le sirop de mûres, et s'il y a hypertrophie des amygdales, il faut le plus tôt possible faire l'ablation de ces glandes devenues nuisibles.
Dans quelques cas l'amygdalite chronique donne lieu à des exsudats caséeux des amygdales que forme l'amygdalite caséeuse.
De V amygdalite caséeuse. — H y a quelques années, je fus appelé pour voir l'enfant d'un avoué de Paris, qui avait dans la gorge sur une amygdale une plaque blanche énorme et persistante, qui était fixée là depuis quinze jours et qui ne produisait pas autre chose qu'un peu de toux, sans fièvre et sans râles bronchiques.
On ne savait pas au juste depuis combien de temps existait cette lésion , qui n'avait été découverte que par hasard.
L'enfant avait eu fréquemment des angines fébriles, folliculeuses, pultacées, de la nature de celles que Bretonneau appelait des angines couenneuses communes. Cette fois-ci elle n'avait rien de semblable.
Je prescrivis des collutoires au borax, puis des insufflations d'alun; je fis quelques cautérisations avec le crayon de nitrate d'argent. Aucun de ces moyens ne réussit. Alors avec une spatule je voulus enlever ce produit que je trouvai très-adhérent, mais, après plusieurs tentatives, j'enlevai un fragment énorme profondément enchâssé dans l'amygdale. Cette exsudation avait le volume d'une petite noisette allongée, plate du côté du pharynx ; en arrière, elle était couverte d'aspérités assez fortes implantées dans un trou de l'amygdale. Elle était formée de matière blanche, crémeuse, compacte, sans odeur, dure sur un 'point et ramollie, caséeuse sur d'autres. C'était de la matière grasse condensée. L'enfant ne souffrit aucunement de celte extraction, puis l'exsudat se reproduisit au bout de quelques jours, fut enlevé et ne reparut plus.
Aucun fait de ce genre n'a été signalé, et il me semble qu'il y a là une forme d'amygdalite chronique utile à signaler.
Cette année, j'en ai vu quatre nouveaux exemples. L'un d'eux appartient à une vieille dame de soixante-dix ans, et les trois autres ont été observés chez des enfants.
Dans un de ces cas, la petite fille avait douze ans et elle fut prise comme son frère, son père et sa mère, d'une angine couenneuse commune avec des exsudations blanchâtres, pointillées, folliculaires. Tout le monde guérit, si ce n'est elle qui, après la période aiguë, conserva pendant plusieurs mois la même exsudation qu'il fallut arracher fragment par fragment. Pendant toute cette période, l'enfant mangeait et sortait, comme de coutume, sans être aucunement malade. Elle fut assez bien pour aller à la retraite de son catéchisme et faire sa première communion.
Chez une autre petite fille, la seconde de cinq enfants de la famille, et qui eut, comme ses frères et sœurs, une angine couenneuse commune, il resta après guérison de l'état aigu une production blanche de l'amygdale droite que j'enlevai une ou deux fois par semaine pendant trois mois.
Chez les enfants et chez les adultes, il y a donc une angine tonsillaire chronique caractérisée par la persistance d'un exsudât blanchâtre, plus ou moins volumineux, formant une petite masse enchâssée dans les lacunes de l'amygdale.
ANGINES GANGRENEUSES ET COUENNEOSES. 503
Cette angine chronique est toujours la terminaison de ce que l'on appelle, depuis Bretonneau, l'angine couenneuse commune.
Elle produit des symptômes à peine appréciables de gène dans la gorge, de chatouillement qui provoque un peu la toux, mais elle ne fait aucun obstacle à la
déglutition. Elle n'est jamais accompagnée de fièvre, de courbature, ni de perte d'appétit. En un mot il n'y a pas de phénomènes généraux, et je n'ai constaté chez les malades qu'un peu d'état saburral de la langue.
Comme phénomène local il y a donc, soit un, soit plusieurs points blancs situés sur les amygdales au niveau des follicules. Ces points blancs sont quelquefois assez petits, larges comme une petite lentille, et, quand ils sont plus gros, ils ont le volume d'un gros pois. On ne les observe souvent que d'un seul côté. Quand ils sont gros, ils offrent un certain relief, mais, lorsqu'ils ont un petit volume, ils forment une plaque peu saillante. C'est en profondeur qu'ils s'étendent le plus. Ils pénètrent dans les lacunes ou follicules de l'amygdale par un prolongement plus ou moins considérable, et c'est là ce qui produit leur grande adhérence. Ceux qui séjournent longtemps et qui grossissent sur place dilatent alors le follicule de l'amygdale en tous sens et peuvent acquérir le volume d'une petite mûre, avec des aspérités qui représentent le moule de la cavité tonsillaire.
J'en ai ainsi retiré sans les briser qui avaient cette forme presque épineuse, et qui étaient durs comme des aspérités cartilagineuses.
Celte matière est molle ou dure, selon son ancienneté. Récente, elle est caséeuse comme du tubercule ramolli que l'on écrase sous le doigt, et elle a quelquefois une odeur infecte. J'en ai vu un exemple. Plus ancienne, elle acquiert une dureté presque cartilagineuse. Enfin, après son ablation, elle se reproduit avec 'a plus grande facilité. Elle est formée de matière grasse sous l'apparence de fines gouttelettes huileuses, mêlées à des cellules épithéliales el parfois à des cristaux de cholestérine solubles dans l'éther. C'est une sorte de matière sébacée.
Tous les topiques alcalins et acides, toutes les applications de nitrate d'argent, sont inefficaces contre cette forme d'amygdalite pour faire disparaître l'exsudation folliculaire persistante dont je viens de \ous parler. Rien n'y fait, et il n'y a que l'extraction de la matière sébacée qui puisse guérir les malades.
Malheureusement, comme après l'enlèvement le produit se reforme assez vite, il faut recommencer, et c'est en insistant sur ce procédé que l'on arrive à un bon résultat. Il m'est arrivé de faire cette petite opération unv ou deux fois la semaine jusqu'à guérison. Pour cela, avec l'extrémité recourbée d'une sonde cannelée mousse ou avec une petite curette courbe, on enlève l'exsudat, qui se brise s'il est trop mou, mais que Ton a tout entier s'il est un peu résistant.
Chaque Ibis (pie le follicule se remplit, on le vide de la même manière, et ensuite avec un pinceau chargé d'une solution de nitrate d'argent (50 centigrammes pour 30 grammes) on lave la cavité sécrétante.
Si ce moyen ne suffît pas pour empêcher la reproduction (le l'exsudat, il faut alors faire l'excision de l'amygdale malade.