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CHAPITRE IX

STOM \ Il il'.

Les maladies de la bouche sont nombreuses chez les enfants. Leur fréquence s'explique, d'une part, par la fluxion continuelle de la muqueuse buccale, provo-

quée par le travail profond, précurseur de l'évolution dentaire, e4t de l'autre, par la sympathie ou par les rapports intimes qui unissent cette membrane à la muqueuse intestinale, si souvent en souffrance chez les jeunes sujets.

Nous décrirons successivement :

1° La stomatite simple;

2° La stomatite ulcéreuse ou ulcéro-membraneuse ;

3° La stomatite mercurielle.

§ I. — Stomatite simple.

La stomatite simple est décrite par plusieurs auteurs* sous le nom de stomatite érythémateuse. C'est l'inflammation de la muqueuse buccale que l'on veut ainsi désigner.

Elle s'étend quelquefois au canal de Sténon qu'elle ferme et il en résulte des oreillons (1).

La stomatite occupe en général la totalité de la muqueuse de la bouche et se développe sur les gencives, la face interne des joues et la voûte palatine. La muqueuse présente une rougeur qui est tantôt diffuse, tantôt pointillée, ou disposée par plaques. Son tissu offre un gonflement plus ou moins considérable.

La bouche est chaude, rarement sèche, souvent douloureuse, autant qu'on en peut juger, chez les enfants, à la mamelle, par les cris qu'ils poussent en prenant le sein ou en acceptant les aliments qu'on leur donne. Chez les enfants, la salivation est considérable ; il s'écoule de la bouche un liquide incolore, glaireux et filant, dont la quantité est plus abondante que de coutume.

Chez les enfants, comme on le sait, la salive s'écoule involontairement de la bouche jusque vers l'âge de deux ans, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il y ait un nombre de dents assez considérable pour retenir ce liquide.

La stomatite simple ne détermine pas d'accidents généraux ; elle n'est pas accompagnée de réaction fébrile, à moins que son intensité ne soit considérable. Celle qui se manifeste au moment de l'évolution dentaire, souvent accompagnée de douleurs profondes chez certains enfants, occasionne quelquefois une fièvre assez vive.

La dentition laborieuse est la cause la plus fréquente de la stomatite simple qu'on observe chez les enfants à la mamelle. On la rencontre aussi dans Je cours de certaines fièvres éruptives, la rougeole, la scarlatine ou la variole ; elle est souvent le résultat de l'irritation de la muqueuse de la bouche par diverses causes locales, telles que l'application de substances irritantes ou vénéneuses, certaines opérations pratiquées dans le voisinage de cette cavité, etc.

Cette maladie est facile à guérir, et n'entraîne pas en général de conséquences fâcheuses pour les enfants; elle se transforme quelquefois en stomatite ulcéreuse. C'est la seule terminaison qu'on doive craindre ; encore est-il facile de la prévenir par un traitement convenable.

Il faut faire des lotions mucilagineuses dans la bouche des enfants, leur donner un morceau de racine de guimauve à presser entre les arcades dentaires, et leur barbouiller l'intérieur de la bouche avec un collutoire astringent. Ce moyen est absolument nécessaire lorsque la plilegmasie devient très-considérable.

^ Miel 3 parties.

Borax 1 —

Mêlez et employez avec un pinceau.

(1; Voyez ce mot.

STOMATITE ULCERE 527

On peut prescrire le collutoire suivant :

If Miel rosat :J0 grammes

Sulfate d'alumine -1 —

h i distillée lu —

employez avec un pinceau.

Si la maladie est accompagnée d'une réaction générale très-vive, ce qui est fort rare, il faut ne pas hésiter à placer quelques sangsues, en petit nombre, sons la mâchoire.

La stomatite des fièvres éjuptives doil être combattue parles mêmes moyens. 11 faut surtout examiner avec sou l'état de la muqueuse buccale pour saisir le progrès de la maladie, et s'opposer à sa transformation en stomatite nlcérens diphthéritique.

§ II. — Stomatite ulcéreuse ou ulcéro-membraneuse.

La stomatite ulcéreuse, autrefois désignée sous le nom de gangrène scorbutiqut des gencives, succède toujours à la stomatite simple dont je viens de parler. C'< si ce que l'on appelle également la stomatite ulcéro-membraneuse > et pour Bretonnean ces Elusses membranes sont de bdiphthérite.

La muqueuse buccale est tuméfiée, sa chaleur est considérable, et elle présente une rongeur ordinairement diffuse, et quelquefois plus apparente en quelques peints de son étendue. De plus, on observe, sur le bord des gencives, sur la voûte palatine et sur la langue, sur la surface interne desjones, près de la commissure des lèvres, à cette commissure et sur les lèvres même, des érosions et des al lions grisâtres plus ou moins nombreuses dont la forme es! très-varié •.

ulcérations sont tantôt arrondies sur la surlace interne des joues ou sur la voûte palatine, et tantôt longitudinales, ce que l'on observe sur le bord libre des gencives. Leurs bords sont rouges, violacés et prêts à saigner au moindre attouchement. Leur fond est grisâtre, recouvert tantôt par du mucus grisâtre, > au-dessous duquel on voit la muqueuse ulcérée, tantôt par une pseudo-membrane difficile a enlever, adhérente a la muqueuse, qui s»- trouve détruite en grande partie. Ces petits ulcères reposent quelquefois sur des ti»u^ subjacents un peu endurcis, mais cette circonstance est rare et ne s'observe que dans l'épai des joues, à L'endroit correspondant aux solutions de continuité delamuqueus

\o premier degré, on voit des points d'un blanc jaunâtre qui forment mu- la

muqueuse une saillie légère bien moindre que celle dis aphthes. Ce -ont autant

idations purulentes et pseudo-membraneuses au-dessous desquelles existe

une érosion ou une ulcération de la muqueuse. L'ulcération s'agrandit en longueur

et en largeur, h •'II»- creuse plus <.ti moins rapidement.

Les ulcérations de la bouche, sitmV> ,i la lace interne des joues »-t mu- les bords tuméfiés de la langue, sont en généra] arrondies; celles des gencives, situées an

libre, à |(1 sertissure dis dents, sont plus longues que lai. transversalement Biles détruisent quelquefois le bord de la gencive, dénudent l'os maxillaire, h sont la cause de l'ébranlement d<-s dents, h quekjuefoisde la nécrose d mâchoire. J'ai plusieurs fois retiré <i ix de l'os maxillaire

pro l dts pir cette forme d'- la stomatite. Une fois même, chez un.- fille de trois ans, i séquestre considérable él lit formé par la partie moyenne du maxillaire supérieur et comprenait les alvéoles des déni dents imisi\rs médianes. Il en résulta H- de substance énorme ■•! une difformité définitive. Les ni érations des lèvn - e <!<■ leur commissure si, m longitudinales 1 1 s*; grandissent -i\«' un.' mande

facilité. Los efforts de cicatrisation sont à chaque instant rompus par le mouvement continuel de ces parties.

Symptômes. — La maladie commence par les gencives, qui sont volumineuses, boursouflées, rouges et saignantes. Pelles s'ulcèrent à leur bord libre et se couvrent ensuite d'un enduit pultacé grisâtre. Des gencives, la phlegmasie aiguë gagne la face postérieure des lèvres, la langue et la voûte palatine, et la face interne des joues, qui sont couvertes çà et là par une exsudation semblable à celle dont nous avons parlé, et au-dessous de laquelle la muqueuse est ulcérée.

Les ulcérations sont arrondies dans la bouche, et longitudinales sur les gencives et sur les lèvres. Si la maladie se prolonge, le tissu sous-muqueux s'endurcit au niveau des ulcérations, et il reste dans cet état plusieurs jours après leur cicatrisation.

Les ganglions sous-maxillaires sont gonflés; ils deviennent durs et douloureux si la phlegmasie est intense. C'est là l'origine des tumeurs scrofuleuses du cou chez certains enfants prédisposés par leur tempérament aux affections tuberculeuses.

La stomatite ulcéreuse est, comme la stomatite simple, accompagnée par une salivation assez abondante ; l'haleine est fétide ; les enfants paraissent quelquefois beaucoup souffrir. Il en est qui restent la bouche béante et les lèvres écartées par suite d'une contraction forcée des muscles de ces parties. Ils portent constamment les doigts dans leur bouche, et semblent vouloir se débarrasser de quelque chose qui les gène et les fait souffrir.

Cela donne à la physionomie des enfants un aspect particulier, d'où résulte un excellent signe extérieur de leur maladie. Cet écartement forcé des lèvres indique assez le siège de la douleur, que spécifie davantage la direction de la main continuellement portée dans la bouche. De tels signes suffisent pour appeler l'attention du médecin, et pour lui faire connaître la maladie pour laquelle on le consulte.

La stomatite existe quelquefois seule, sans aucun trouble morbide, mais elle est souvent précédée ou suivie d'un dérangement d'entrailles plus ou moins marqué, qui augmente de beaucoup la gravité de la maladie. On observe alors les symptômes de l'entéro-colite, tels qu'ils seront indiqués plus loin. Il est inutile d'en parler ici, mais il fallait les mentionner pour attirer l'attention sur ce sujet. La plupart des enfants affectés par la stomatite sont faibles de constitution ou détériorés par les maladies antérieures, et surtout par l'entérite. C'est encore une circonstance dont il faut tenir compte dans la thérapeutique.

La stomatite ulcéreuse se guérit assez vite lorsqu'elle est bien traitée, et qu'elle ne se développe pas chez un enfant trop affaibli ou atteint d'une maladie sérieuse du tube digestif. Dans ce cas elle peut se prolonger assez longtemps. Elle dure de huit jours à un mois.

Parfois elle s'étend en profondeur, dénude les os maxillaires et il eii résulte des séquestres plus ou moins considérables qui s'éliminent graduellement.

Une fois après guérison de la stomatite ulcéreuse j'ai vu le canal de Sténon s'obstruer et des oreillons se produire conformément à la théorie que j'ai fait connaître relativement au mécanisme de cette maladie (1).

Les causes de la stomatite ulcéreuse sont assez difficiles à saisir ; cependant on peut dire avec raison que le travail de la dentition exerce une grande influence sur son apparition. Elle est presque toujours le résultat d'une irritation mécanique, causée par la carie d'une dent. Les affections de l'intestin, la faiblesse de

(1) Voyez Oreillons.

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la constitution j prédisposent d'une manière notable. Elit* se développe plus souvent chez les garçons que chez les filles, et chez les enfants mal soignés, mal nourris, mal logés, appartenant aux: classes pauvres, habitant des lieux humides, malsains et peu aérés. On l'observe dans toutes les saisons. Elle est sporadique et contagieuse, ainsi que l'a démontré Taupin. La contagion se l'ait alors par transmission directe au moyen d'un verre, d'une cuiller ou de tout autre corps que les enfants portent à leur bouche. .l'en ai vu un très-curieux exemple chez une mère qui avait gagné la maladie par le contact avec son enfant.

Traitement. — Le traitement de cette maladie repose sur plusieurs indications importantes. Il faut d'abord donner de la force à la constitution des enfants à l'aide des substances médicamenteuses toniques, et combattre les maladies antérieures par des moyens appropriés.

On procède ensuite au traitement local de la maladie. Si par hasard elle avait pour origine l'irritation causée par une mauvaise dent, on devrait faire enlever la dent. A part cette circonstance, les moyens habituellement mis en usage contre la stomatite sont les suivants :

Au début, les gargarismes émollients, les injections émollientes ou alcalines chez les jeunes enfants qui ne peuvent se gargariser, sont fort utiles. Lorsque la phlegmasie s'étend, il faut la combattre par les moyens topiques.

Je mettrai en première ligne la cautérisation des parties ulcérées avec le nitrate d'argent ou l'acide hydrochlorique, et dans les intervalles l'usage d'un collutoire de borax et de miel, parties égales de chacun. Ce moyen m'a réussi un très-grand nombre de fois tant en ville que dans mon hôpital.

Chanal et Herpin ont récemment mis en honneur un antre moyen d'un usage très-facile : c'est le chlorate de potasse, à l'intérieur, à la dose de ~2 et 4 grammes par jour, donnés par prises de 50 centigrammes à 1 gramme toutes les trois ou quatre heures, dans une tasse de camomille ou dans un julep gommeux. Cette substance que j'ai employée plusieurs fois avec succès ne réussit pas toujours, et n'empêche pas nécessairement la gangrène de la bouche de se produire, comme Ta montré Mahieux (1) d'après les observations de malades soignés par Blache. Elle n'entraîne d'ailleurs aucun accident et ne produit pas à cette dose l'effet physiologique appréciable. Les avantages de celte médication ont encore été l'objet d'une publication assez étendue d'Isambert, dans laquelle ce médecin soutient, d'après Blache, que le chlorate de potasse agit par absorption, tandis qu'au contraire, de nombreux exemples démontrent que son action est principalement topique comme celle du chlorure de chaux. Il suffit en effet de faire gargariser les malades, ou de toucher les gencives ulcéréesavec \u\ pinceau imbibé d'une solution de :! grammes de chlorate sur 100 grammes d'eau, pour arriver a unv guérison aussi lapide que si le remède était administré a l'intérieur.

Bouneau, médecin de l'hôpital des Enfants, préconise l'emploi du chlorure de chaux sec, et il regarde ce moyen comme étant fort utile. H faut prendre du chlorure de chaux bien sec et parfaitement pulvérisé. On trempe le doigt humecté dans cette poudre, et ou le porte ainsi chargé sur les parties malades. Cette opération doit être répétée deux l'ois par joui- s'il est nécessaire. Elle détermine le rejel des concrétions qui couvrent les ulcères, modifie leur surlace et facilite leur cicatrisation.

aussitôt apr< s avoir employé ce topique, il faul injecter dans la buoche un liquide mucilagineux, et pencher en avani la tête des malades pour les empêcher d'avaler

celte dissolution de chlorure.

• 1 1 Mahieux, thèse.

BOUCHOT. — NOUV.-NÉS. 7' 1 Ml. 31

J'aime mieux employer Le chlorure de chaux sous forme de collutoire préparé comme il suit :

'2f Miel 20 grammes.

Chlorure de chaux :] —

Pour employer à l'aide d'un pinceau.

Si la phloginasie buccale est très-vive, si les ganglions du cou sont fort engorgés, il peut être- convenable d'aider à la médication topique par l'application de sangsues sous la mâchoire. Leur nombre doit être proportionné à l'âge des sujets. Je me suis très-bien trouvé de leur emploi en pareille occasion.

§ III. — Stomatite mercurielle.

Les enfants sont, comme on le sait, plus réfractaires à l'action du mercure sur les gencives que les adultes. C'est même là, je crois, la raison qui a fait accepter en Angleterre l'usage du calomel comme purgatif des enfants. Plus les enfants sont jeunes, moins la muqueuse de la bouche subit l'influence toxique des mercuriaux.

\insi on peut traiter un jeune enfant par du mercure à haute dose, sans craindre de voir survenir une stomatite avec salivation abondante. J'ai même plusieurs fois eu l'occasion d'administrer ce médicament à des nouveau-nés sans qu'il en résultât aucun accident.

Toutefois ces résultats de l'expérience ordinaire sont contredits par un fait exceptionnel, j'en conviens, mais qui ne doit pas être caché, et que chacun doit connaître, que j'ai déjà publié, mais dont je vais reparler ici (1).

Observation. — Un beau garçon de deux ans, fort et bien développé, présentait dans le pli de l'aine quelques-unes de ces écorchures si fréquentes chez les enfants qui ont trop d'embonpoint. Sa mère, croyant saupoudrer cette plaie avec lelycopode, y jeta de la poudre de sublimé, que son mari, fabricant de produits chimiques, avait apportée chez elle.

Une eschare fut aussitôt, formée. Elle couvrait la moitié des bourses, le pli de l'aine et la peau de la partie supérieure et interne de la cuisse, dans une étendue de 10 centimètres sur 8.

Les douleurs étaient horribles, et rien ne put les calmer.

Quelques jours s'écoulèrent, et au moment où l'eschare semblait vouloir se détacher, vers le quatrième jour, arrivèrent la salivation, le gonflement des gencives, leur ulcération, leur mortification, l'ébranlement de la chute des dents de lait, la nécrose des os, et/enlin la mort au milieu de la cachexie mercurielle la plus profonde.

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