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CHAPITRE X

APHTHES

On donne le nom d'aphthes à l'éruption vésiculeuse suivie d'ulcération arrondie qui s'accomplit à l'intérieur de la bouche. Nous laissons de côté la stomatite ulcéreuse dont il vient d'être question, le muguet, la gangrène de la bouche, affections toutes différentes et faciles à distinguer. Les aphthes sont discrets, confluents ou gangreneux.

1 1 Bonchut, Gazette des hôpitaux, 1813.

APHTHES.

§ I. — Aphthes discrexs et confluents.

L'aphthe est caractérisé par une petite vésicufe blanchâtre, suivie d'ulcération d«' la membrane muqueuse de la bouche. On les observe surtout a la face interne des lèvres et des joues, sur les gencives, sur la langue, sur le voile du palais, et nuefque-

foîs dans le pharynx. Ils peuvent, dit-on, se développer dans le canal intestinal, mais le fait est loin d'être démontré, car si l'on trouve quelquefois dans le tube digestif une entérite ulcéreuse avec ses caractères ordinaires, je ne pense pas que la nature de cette altération puisse être rapprochée de celle de l'affection qui existe dans la bouche.

Peu après l'apparition de la vésicule il se forme ti sa base une induration à peine sensible. Elle se rompt, laisse échapper le liquide qu'elle renferme, et elle est alors remplacée par une petite ulcération grisâtre, a bord rouge, peu saillant, qui reste stationnait' un instant, et se cicatrise ou bien s'élargit, et revient pour pas l'état favorable a la cicatrisation.

O s ulcères ne sont, en général, pas accompagnés par la pbJegmasie de la muqueuse. Il D'y a pas de stomatite concomitante. Ils durent de quatre à cinq jours et disparaissent sans laisser de traces. Leur nombre est variable, ce qui fait que d'après leur quantité, on a décrit îieuï variétés d'aphthes. On a eu raison. Eu i dans quelques circonstances, l'éruption est discrète, ailleurs elle est conflue!:' qui diffère beaucoup sous le rapport du pronostic.

Les aphthes discret*, ainsi nommés parce qu'ils sont peu nombreux, se développent chez les enfants et chez les adultes. On ne les observe chez les enfants à ia mamelle qu'après le commencement de la dentition.

C'est une affection légère et assrz commune. Elle est J accompag

d'un peu de fièvre et d"une faible irritation d'entrailles. EU loppeée p

l< > enfants dont la constitution est faible et tuberculeuse.

Les ni'- 'rations causent une légère douleur, durent de cinqà sept jours et dispa- (its enfants portent incessamment leurs mains à la bouche et crient comme s'ils voulaient attirer l'attention sur cette parti .

Les aphthes confluents sont plus rares, et ne s1 pas chez l>'s jeunes en-

tants. La maladie est plus sérieuse gf elle se rattache presque toujours a un état général grave ,i la phthisie pulmonaire ou a l'influence puerpérale an moment des épidémies qui frappent les nourrices. Sa marche est beaucoup plus lente «-ts, risoo plus difficile. Dans quelques cas, enfin, les 9\ h - le point de départ d'une ulcération gangreneuse très-grave; l 'est ce qu'on appelle les aphthes gangreneux. Je les décrirai dans le paragraphe suivant.

Traitement. — Les traitements des aphthes consiste surtout dans remploi d<-s moyens topiques.

Chez les jeunes enfants, remploi des gargarismes est impossible, car cette opération demande une intelligence que les sujets n'ont pas. h faut alors toucher 1rs parties malades avec un pinceau de charpie ou de coton trempé dans une d bon de racine de guimauve, dansdel'eau d'orge ou dans <lu lait coupé. On peu! \ ajouter une petite quantité de sirop diacode, "i quelques gouttes de teinture de Rousseau ou de Sydenham, afin de calmer l'enfant s'ti parait éprouver une vive

douleur dans la bouche.

On emploie avec plus d'avantage et delà même manière le mélange de parties

égales de miel roaat «■! d'eau d'urne: — le mélange de mêmes parties de l,oia\ et (le miel: — le collutoire aluniin< u\: — la décoctiondc racine de ratanhia : — d*è\ de chêne, avec le sirop de limon ou le sir«»p de groseille, etc.

Si l'aphthe résiste à ces moyens, il faut le cautériser avec un crayon d'alun ou de nitrate d'argent.

Lorsque, par l'observation du malade, on arme à penser que la maladie est le résultat d'un étal morbide général, faiblesse native, état scorbutique, tendance aux phlegmasies des entrailles, etc., il devient nécessaire d'ajouter à l'usage des topiques l'influence de divers agents médicamenteux propres à remédier à ces accidents.

Le chlorate de potasse en gargarisme et en poudre, appliqué localement ou donné à l'intérieur, à la dose de 2 à 4 grammes dans un julep gommeux à prendre tout entier dans les vingt-quatre heures, et en continuant pendant plusieurs jours, fait souvent disparaître très-vite ces ulcérations.

Le sous-carbonate de fer, le sirop de quinquina sont fort avantageux aux enfants débiles. On donnera le sirop antiscorbutique aux scrofuleux et à ceux qui présentent quelques symptômes de scorbut.

Si les sujets sont prédisposés aux affections d'entrailles, et si la maladie consiste dans un embarras gastrique passager, on devra prescrire le sirop d'ipécacuanha à une dose proportionnée à l'âge de l'enfant, ou de légers purgatifs ; l'huile de ricin à froid, 10 grammes; la potion purgative de café au séné, et encore mieux la poudre ou les pastilles de calomel. — Il faudrait apporter une grande réserve dans L'emploi de ces moyens, si l'enfant était atteint d'une entéro-colite chronique, et employer dès lors les médicaments conseillés contre cette affection.

§ II. — Aphthes gangreneux.

Ceux qui ont eu l'occasion de voir souvent la maladie aphtheuse des enfants savent que, dans quelques circonstances, une ou plusieurs de ces ulcérations prennent tout à coup un caractère de gravité auquel on ne s'attendait pas. Elles s'étendent, envahissent les tissus voisins et profonds, occasionnent une perle de substance quelquefois considérable, et il se forme une eschare circonscrite, qui s'appellerait véritablement gangrène de la bouche, si son étendue dépassait ces limites.

On a donc eu raison de rapprocher les aphthes gangreneux de la gangrène de la bouche, dont ils sont peut-être le premier degré. La nature du mal est évidemment la même; mais la marche des accidents, l'étendue des lésions, séparent ces deux maladies. Il est désormais impossible de les confondre.

Souvent, comme le dit Billard, les aphthes passent à l'état gangreneux; leurs bords se flétrissent, prennent un aspect brûlé, déchiré, mollasse ; il se forme h leur centre une eschare brune, qui bientôt se détache et laisse à nu une surface vermeille et granulée. Au lieu d'eschare sur le centre de l'ulcère, il se forme quelquefois une matière réduite à la consistance de bouillie, d'une couleur brune et d'une odeur de gangrène très-évidente. Les parties environnantes se tuméfient, prennent un aspect violacé, et sont molles et faciles à déprimer. Pendant ce temps, la bouche de reniant, toujours entr'ouverte, laisse découler une salive fluide et filante ; la face pâlit, le malade reste assoupi, abattu, et meurt lentement sans avoir offert de réaction fébrile ni d'excitation cérébrale.

On observe quelquefois avec les symptômes, des vomissements, de la diarrhée, joints au hoquet ou à des régurgitations fréquentes. Le pouls est toujours d'une faiblesse extrême ; la peau est remarquable par sa pâleur et son insensibilité.

La transformation gangreneuse des aphthes est rare; c'est un accident fort sérieux, qui peut avoir les conséquences les plus graves, et qui peut déterminer la mort, à cause de l'état de faiblesse dans lequel se trouvent les enfants lorsque cette complication se manifeste.

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