es (*). tubes d'Oïdium albicans
elles contiennent au centre une fine poussière, douée du mouvement brownien, et souvent un on deux granules de 0"™, 006 à l,nm,001, doués du même mouvement ; elles se mettent rarement en chapelet au nombre de deux à quatre à la suite l'une de l'autre.
Un certain nombre de ces spores flottent librement, mais la plupart adhèrent fortement aux cellules épithéliales de la muqueuse buccale, constituent un amas semé à leur surface, et les recoii\ renl complètement, de sorte que, lorsque les cellules sont isolées, on ne les reconnaît qu'à leur forme; si elles sonl imbriquées en
(*) a. h, elles forment des groupes ayunt b, b la forme de lamelles épi théliales; <•, <\ des tubes comnieneeiii ;i so développer. (Cm. ROBIN.)
Ci a, cellules d'épithélium; b, b, spores Isolées ou réunies boui a bout : elle- oui de0"",00i àOIMl,005de diamètre; d, lilaïuents cylindriques tubuloux, cloLsonés avec granules moléculaires intérieurs; il- ont do 0am,003 ;i 0""",oii'i ,i,. largo sur 0"m,050 .:i 0mm,076 de long; c, leur extrémité renfléo; <j, renflements ovoïdes; //. spores ajustées bouta bout; i, cellule ovoïde terminale. (Ch. Robin.)
largos plaques, Oïl peut quelquefois reconnaître leurs bords, parce que les spores sont eu moins grand nombre dans le voisinage de ceux-ci; souvent, sur les larges cellules, on aperçoit un ou deux groupes circulaires de spores qui s'en détachent quelquefois et flottent avec les spores isolées.
« Les plaques d'aspect pseudo-membraneux, dit plus loin Ch. Robin, ne présentent pas trace des éléments de fausses membranes, et pas de globules de pus (1). Je n'y ai trouvé que des éléments indiqués précédemment, et déjà Berg et Gruby n'en avaient pas vu d'autres : ce sont les filaments tubulcux, les spores et les cellules épithéliales. Ces corps sont disposés comme dans les figures 03 et 04, pour constituer les plaques du muguet.
» On voit sur un fragment de celles-ci que les cellules épithéliales forment une couche serrée du côté de la partie adhérente à la muqueuse. Sur l'autre face, au contraire, de larges portions de cellules imbriquées sont couvertes de spores qui y adhèrent fortement, les couvrent et n'en laissent voir qu'imparfaitement les bords, qui empiètent les uns sur les autres. D'autres cellules libres, couvertes ou non de spores, sont mêlées avec des spores isolées ou réunies en petits amas, et avec les tubes filamenteux du végétal, qui s'entre-croisent en tous sens : ceux-ci rampent à la surface des plaques du muguet, au milieu des spores et des cellules épithéliales libres (c'est-à-dire réunies entre elles seulement par le liquide visqueux du mucus), et forment un réseau plus ou moins épais de filaments entre-croisés. Ces plaques sont molles, faciles à déchirer, et c'est sur le bord des fragments ou sur quelques filaments détachés dans toute leur longueur qu'on voit les tubes libres. »
On rencontre également Y Oïdium albicans dans le muguet des enfants et dans le muguet des adultes; dans les taches blanches développées à la surface des vésicatoires et sur quelques plaies ou ulcères des jambes.
Il ne peut donc plus exister aucun doute sur la nature végétale, ou, si l'on veut, sur la structure de la production du muguet.
Au point de vue de l'histoire naturelle, cette découverte est fort intéressante, mais au point de vue médical elle a beaucoup moins d'importance. Qu'importe, après tout, que la maladie soit caractérisée par la présence d'un cryptogame dans la fausse membrane ? Est-ce moins une production pathologique qui tire son origine d'un état morbide antérieur des individus caractérisé par l'inflammation acescente de la bouche. Cela change-t-il l'aspect de la maladie et le tableau des symptômes? Non. Le traitement n'est pas même modifié; car, dans la thérapeutique, l'expérience choisit souvent d'avance les moyens à employer sans attendre l'indication des vues théoriques.
En résumé, le muguet est formé par des granulations pseudo-membraneuses mêlées à des cryptogames du nom cVOdium albicans, déposées à la surface de la muqueuse buccale sous forme de taches blanches plus ou moins nombreuses, assez semblables à de petits fragments de lait caillé. Toutefois, d'après Laboulbène, si dans tous les cas, au bout d'un certain temps, il y a de YOidium albicans dans les taches blanches du muguet au début, le muguet pourrait exister sans Oïdium et il pourrait rester ainsi assez longtemps sous cette forme. Laboulbène a rapporté plusieurs faits de ce genre; et sur de l'épithélium acidulé mis dans un verre, il a vu se produire la moisissure. De ce fait, résulte que la moisissure n'est pas toute la maladie, qu'elle n'en est que l'accessoire, ce qui est important, exactement
(1) Laboulbène y a trouvé, au contraire, quelques-uns des éléments de la fausse membrane. Pour ce médecin, le muguet est surtout composé (l'épithélium desquamé. Le caractère membraneux y est peu prononcé.
comme les parasites de la teigne qui succèdent à l'exsudation morbide du cuir chevelu.
La nature du muguet étant ainsi déterminée, je vais exposer les diverses formes de ce produit morbide, son siège, son mode de production et les phénomènes qui accompagnent son développement; je parlerai ensuite des causes qui favorisent son apparition et des moyens convenables à employer pour le détruire.
Forme, siège et caractères extérieurs du muguet. — Les fausses membranes du muguet se présentent dans la bouche sous forme de petits grains blanchâtres d'apparence casée use. D'abord disséminés et isolés, arrondis, ils se réunissent pour former des taches plus grandes et irrégulières, des pellicules plus ou moins épaisses qui forment couche, comme les exsudations membraneuses. Ils présentent quelquefois une couleur jaune qui va jusqu'à la teinte brunâtre; mais cette modification paraît être sans importance. Leur consistance est d'abord assez grande ; puis ils se ramollissent, s'écrasent facilement sous les doigts, comme les concrétions pultacées, deviennent bientôt mobiles, et s'enlèvent facilement par un frottement léger qui n'intéresse pas les tissus sous-jacents.
Ils se développent à la surface de l'épithélium, dans le mucus acide de sa surface, et quelquefois, ainsi que l'ont observé Gubler (1) et Bazin, dans les follicules de la muqueuse. Dans ce dernier cas, les cryptogames nés dans une cavité glandulaire qu'ils remplissent facilement, s'échappent ensuite à travers l'orifice pour se répandre au dehors sous forme d'une petite éminence arrondie d'un blanc laiteux, de manière que l'ensemble de la production rappelle assez bien la forme d'une grenade. Si l'orifice est trop étroit, les filaments byssoïdes distendent la glande outre mesure, et en amincissent les parois à ce point qu'ils semblent former des tumeurs sousépithéliales. Ch. Robin (2) n'accepte pas cette dernière opinion, et il déclare n'avoir jamais vu le muguet dans les follicules de la muqueuse buccale.
Le muguet se développe donc à la surface de l'épithélium sous l'influence du con tact de l'air, et l'observation confirme ici l'exactitude des lois posées par Dutrochet, sur l'intervention de l'air dans la génération spontanée des végétaux infusoires. Or, il n'y a pas d'air au-dessous de l'épithélium ; donc le muguet ne peut se montrer qu'à sa surface.
Cependant si l'épithélium de la muqueuse n'est pas détruit localement par la végétation du muguet, la membrane elle-même présente une modification générale qu'il est bon de connaître. Elle doit être l'une des conditions nécessaires au développement de ce produit, dont elle précède toujours l'apparition ; elle est constante et surtout appréciable chez les adultes; elle est plus sensible pendant la vie qu'après la mort.
Cette modification consiste dans un état de ramollissement de l'épithélium, de sécheresse et d'acidité de la membrane muqueuse. Celle-ci présente toujours un aspect lisse, inaccoutumé, principalement sur la langue, qui semble être dépouillée de son enveloppe ordinaire.
Les cryptogames du muguet se développent d'abord dans la bouche, sur les bords de la face postérieure de la langue; sur la face interne des joues ; sur la voûte palatine et le voile du palais; sur la face interne des lèvres, et enfin dans le pharynx et dans l'œsophage.
J'ai eu l'occasion de voir, à l'hôpital Necker, un exemple vraiment curieux du muguet œsophagien. Les végétations cryptogamiques étaient si continentes, que,
(1) Gubler, De la mucèdinée du muguet (Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1858 t. XXII, p. 413).
(-2) Robin, Hist.nat. des végétaux parasites. Paris, ls
BOUCHUT. — NOUV.-NÉS. — 7" LDIT. 35
bientôt réunies, elles formèrent une couche canaliculée recouvrant la muqueuse de l'œsophage; ce tube n'adhérait que très-peu aux tissus sous-jacents et recevait les aliments dans son intérieur.
On trouve aussi, dit-on, le muguet dans l'estomac, dans l'intestin grêle et dans le gros intestin. Des faits de ce genre ont été consignés dans les ouvrages de Billard, Valleix et Lediberder. Chez un enfant qui présentait des productions de muguet dans le gros intestin, j'ai constaté l'extension de la maladie de la muqueuse au pourtour de l'anus.
Dans l'intestin, le muguet se détache très-facilement de la muqueuse, et il se mêle aux matières excrémentitielles, avec lesquelles il est porté au dehors. On peut difficilement le reconnaître à cause de l'analogie qu'il présente avec les fragments de caséum si nombreux dans le tube digestif des jeunes enfants : il n'y a que l'inspection microscopique qui puisse le faire reconnaître et empêcher toute erreur à cet égard.
On rencontre avec le muguet une série d'altérations pathologiques très-variées. La muqueuse buccale est ordinairement rouge et présente quelquefois des ulcérations plus ou moins profondes. Des ulcérations de même nature existent dans l'estomac et dans l'intestin; toutefois on les observe plus fréquemment dans le dernier de ces. viscères, dont la muqueuse est fluxionnée, ramollie et ulcérée en divers points ; pâle au contraire, hypertrophiée et offrant les traces de cicatrices anciennes dans le cas de phlegmasie chronique.
La phthisie tuberculeuse ou ganglionnaire, la pneumonie chronique, les tumeurs blanches, etc., peuvent aussi, à leur dernière période, être compliquées par le muguet. Je l'ai observé maintes fois dans de telles conditions. Il se développe alors chez un sujet affaibli et dévoré par la fièvre hectique, circonstance très-favorable à la germination du cryptogame.
En un mot, pour spécifier tout ce qui se rapporte aux lésions concomitantes du muguet, il faut dire que ce phénomène peut se montrer dans toutes les altérations organiques capables de produire la cachexie et la mort, dont il est souvent le signe précurseur.
Causes. — Le muguet est habituellement la conséquence de la gastro-entérite, de la dyspepsie et de l'athrepsie (voy. ce mot). C'est surtout une maladie des enfants du peuple et des enfants mal soignés, mal entretenus et alimentés au verre et au biberon, plutôt que par une bonne nourrice. C'est une maladie très-fréquente dans les hôpitaux de l'enfance, et surtout dans les salles destinées aux nouveau-nés.
On l'observe plus souvent en hiver et dans les temps humides, à cause des affections catarrhales qui prennent naissance dans ces saisons.
Le muguet se montre à tous les âges, même chez l'adulte, mais là, il est toujours symptomatique; il est cependant plus fréquent chez les enfants à la mamelle qu'à tout autre époque de l'existence. On a indiqué la possibilité de son développement chez l'enfant dans le sein de la mère, mais cette assertion est erronée, la présence de l'air étant nécessaire au développement de Y Oïdium albicans. Sa génération est donc impossible au centre dès eaux de l'amnios, tant que reniant n'a pas respiré.
Le muguet ne règne d'une manière épidémique qu'autant que les maladies dans le cours desquelles il se développe sont de cette nature. Jamais le muguet idiopathique n'apparaît sous forme d'épidémie.
C'est toujours le muguet symptomatique qui prend cette forme ; encore ne la revêt-il que dans les hôpitaux, dont le séjour est pour les enfants la source de toutes les maladies, et en particulier cle l'entéro-colite.
Le muguet n'est pas contagieux à la manière des maladies infectieuses, comme la
variole, mais i! se propage comme certaines affections cutanées parasitaires (1), la gale on la teigne, par exemple. Il se transmet par contact direct; c'est aussi l'opinion de Baron, Billard et Valleix ; Gnersant raconte qu'il a vu le muguet du nourrisson se communiquer au sein de la nourrice. Berg (de Stockholm) l'a transplanté d'un enfant sur un autre en déposant une parcelle de cryptogame sur la langue de celui qu'on voulait rendre victime delà contagion.
Cette opinion n'est pas celle qu'avait adoptée Dugès. Il croyait le muguet transmissible par contact indirect, commela variole ou la scarlatine, s'appuyant sur ce fait qu'un enfant bien portant avait gagné le mal en tétant une nourrice qui donnait le sein à un autre enfant affecté de muguet.
Symptômes. — Quelle que soit la nature du muguet, il est évident que ce produit résulte d'un état morbide dont les phénomènes concomitants sont utiles à connaître. Il faut apprécier les conditions dans lesquelles il se développe, et pour cela il faut étudier à part les lésions de la bouche et les lésions de l'organisme en général pour les comparer ensemble et saisir le rapport qui les réunit par un lien de causalité.
Il se passe dans la bouche des modifications importantes qui rendent possible la génération de l' Oïdium albicans du muguet. C'est là un fait matériel facile à saisir, qu'on ne peut méconnaître et qu'on doit regarder comme la préparation des tissus, indispensable au développement du cryptogame.
Ces modifications sont moins facilement appréciables dans la bouche des enfants que dans la bouche des adultes. Là, surtout elles sont très-évidentes. Elles sont caractérisées par une transformation de l'épithélium, qui devient lisse, sec, glutineux et semble détruit. La muqueuse acquiert une rougeur et une chaleur inaccoutumées, devient le siège d'une cuisson très-douloureuse; la langue est surtout modifiée dans son aspect. Elle devient rougeet ses papilles sont pins apparentes que dans l'état ordinaire. Son enduit tend à disparaître, et, d'après les observations de Dulrochet, il offre constamment les signes d'une réaction acide très-prononcée; c'est même à ce! état acide de la muqueuse qu'il faut attribuer le développement des cryptogames.
Ces altérations sont celles de la stomatite ; mais elles ne suffiraient pas pour favoriser la germination du muguet, si une autre cause ne leur venait en aide. En effet, la stomatite existe assez souvent sans que le muguet paraisse. L'intervention d'une seconde influence est donc nécessaire ; c'est elle qui vient féconder le support et le rendre propre au développement du parasite.
Quelle est donc l'influence qui vient ajouter aux altérations de la bouche? L'élude des lésions de l'organisme qui coïncident avec h' muguet va nous la faire connaître. Disons-le par avance : c'est, d'une part, l'état de santé que détermine la mauvaise hygiène, et de l'autre, la cachexie qui suit la phlegmasie chronique des viscères.
Les cryptogames du muguet se développent quelquefois chez des enfants qui sont en apparence bien portants, qui ne présentent aucune lésion organique appréciable, mais qui sont dans un état de faiblesse marqué, se rapprochant de la disposition
chloro-anémique ; c'est ce qu'on appelle muguet idiopathique. J'en ai recueilli
plusieurs exemples. Il se développe aussi a la suite d'un accès de fièvre éphémère, ou dans la période fébrile de l'éruption vaccinale, chez des enfants de faible constitution et placés dans de mauvaises conditions hygiéniques.
Les lésions de la bouche sont les seules qui, dans ce cas, soient appréciables. Il n'y a pas de fièvre ni de troubles gastriques. Les taches de muguel se développent
(1) E. Boucliut, Pathologie générale du parasitisme. 3' édition. Paris, 1.S7."..
sur la langue, sur la face interne des joues et des lèvres, ne deviennent jamais confluentes, et disparaissent en quelques jours sous l'influence des soins les plus simples.
Cette variété de muguet ne se développe que bien rarement dans la ville; on la rencontre surtout dans les hôpitaux. Les enfants que j'ai observés appartenaient a des familles pauvres; ils avaient souffert plus ou moins longtemps de la mauvaise alimentation de leur mère; ils étaient mal soignés, mal entretenus, privés des soins dont s'entoure l'opulence ; ils n'avaient pour respirer que le peu d'air renfermé dans les chambres des enfants du peuple ou dans les longues et tristes salles de nos hôpitaux. Tous étaient faibles, chétifs, peu développés pour leur âge. Il n'en était aucun qui pût, selon moi, être regardé comme jouissant d'une bonne constitution et d'une santé parfaite.
On observe beaucoup plus ordinairement le muguet chez les enfants atteints par une maladie aiguë ou chronique grave. Cette variété porte le nom de muguet symptomatique : elle est, en effet, l'expression de plusieurs états morbides qui, sans avoir de rapports entre eux, constituent l'influence générale nécessaire au développement de ce produit.
Le muguet symptomatique se rencontre dans le cours de toutes les maladies chroniques des enfants, et principalement à l'approche de la terminaison fatale de ces maladies. La production du cryptogame est très-rapide et les taches fort nombreuses. D'abord petites et isolées, elles augmentent de volume, se réunissent et forment une éruption très-confluente. Quelquefois même on rencontre des couches fort épaisses, capables de gêner la déglutition, si elles s'étendent jusque dans le pharynx. C'est dans le muguet symptomatique que l'on observe à la surface de la muqueuse buccale de petites ulcérations peu nombreuses, à fond grisâtre, qui ressemblent beaucoup à celles que produisent les aphthes.
Quoi qu'on en ait dit, le muguet symptomatique n'a pas de symptômes généraux qui lui soient propres. Il ne peut avoir que les symptômes des maladies dans le cours desquelles il se développe. Comme ces maladies sont nombreuses, il s'ensuit que son expression symptomatique est fort variée.
Il est cependant une affection qui, entre toutes, paraît être plus favorable que bien d'autres à la génération du muguet, c'est l'entéro-colite.
On observe successivement tous les symptômes de la phlegmasie intestinale. Ces symptômes sont la diarrhée, les vomissements, l'érythème et les ulcérations des fesses, des cuisses et des malléoles, la fièvre avec rémission quotidienne jointe à un amaigrissement rapide : la muqueuse buccale se sèche, s'enflamme, et devient acide ; le muguet se développe, il envahit la bouche en déterminant la gêne de la succion et de la déglutition ; il ne change pas l'expression symptomatique de la phlegmasie de l'intestin. Il dure plus ou moins longtemps, disparaît assez facilement et se reproduit de même jusqu'à la guérison ou la mort de l'enfant.
Le muguet apparaît aussi dans le cours de la pneumonie ou de la phthisie tuberculeuse chez des enfants qui ne présentent aucune altération des voies digestives. Je l'ai observé dans le cours d'une hydrocéphalie chronique, et rien autre chose que la cachexie de l'enfant n'a pu me rendre compte de son origine.
En résumé, nous voyons qu'il y a deux variétés de muguet : le muguet idiopathique et le muguet symptomatique.
L'un et l'autre se rattachent à une disposition générale des individus : le premier dépend d'un mauvais état de la constitution, et le second d'un trouble profond de la santé causé par une affection organique de l'intestin et du poumon.
Le muguet n'a d'autres symptômes que ceux qui ressortent de l'inspection de la bouche, c'est-à-dire les symptômes locaux.
Los symptômes généraux n'appartiennent pas au muguet : ce sont ceux dos maladies dans le cours desquelles cette production se développe. Ordinairement ces symptômes sont ceux de l'entérite digue ou chronique ; mais on a quelquefois observé ceux de la pneumonie, de la phthisie tuberculeuse, de L'hydrocéphalie, etc.
Évolution et durée. — Le mode de production de VOidium qui constitue le muguet est important à connaître. A part les symptômes généraux qui résultent des souffrances de l'organisme ou des altérations chroniques variées survenues dans les organes, il s'accomplit dans la bouche des phénomènes dont il font parler ici. Ce sont les phénomènes relatifs à l'évolution du cryptogame. On doit considérer leur apparition successive comme la marche véritable de la maladie.
Ainsi, prenant en considération l'état général des individus et les diverses modifications organiques qui troublent la santé ; élevant ces causes au degré d'une puissante influence dont la force est en rapport avec son origine plus ou moins ancienne, influence qui domine sur les malades et les dispose à la germination du muguet, voyons ce qui se passe dans la bouche.
La muqueuse devient acide, rouge, chaude et douloureuse; son épithélium lisse est fort brillant. Vingt-quatre heures après, ou au plus après trois jours, un ou plusieurs cônes de cryptogames apparaissent sous forme de petits points blancs ;i peine visibles. Chacun d'eux est formé par une granulation albumino-fibrineuse épithéliale, remplie (VOidium albicans; elle s'accroît par intussusception, forme un cône plus large, qui devient de moins en moins adhérent et tombe naturellement dans l'espace de quatre jours. Autant de cônes, autant de phénomènes semblables à ceux dont nous venons de parler.
Comme leur germination n'est pas instantanée, et qu'elle s'opère d'une manière successive, il en résulte que, à une certaine distance, pour celui qui ne regarde pas très-bien, le muguet dure de dix à douze ou quinze jours, parce qu'il tombe et se reproduit en d'autres endroits.
L'ensemble des concrétions du muguet disparaît facilement chez les enfants qui sont peu malades ou qui ont le muguet idiopathique. Ces cryptogames disparaissent avec la même facilité chez les enfants atteints du muguet symptomatique ; mais ils se reproduisent et reviennent ainsi trois ou quatre fois dans le cours de la maladie. J'ai vu des enfants atteints d'entéro-colite chronique depuis plusieurs mois, qui avaient eu le muguet à quatre reprises différentes, et qui mouraient ayant encore du muguet : non pas qu'ils fussent empoisonnés par ce cryptogame, mais parce qu'ils avaient ou une phlegmasic fort avancée des voies digestives ou une affection chronique des poumons.
Pronostic, terminaisons. — La production du muguet indique toujours, clic/, les enfants qui le portent, un degré notable de faiblesse native, ou un état morbide grave provoqué par des accidents aigus, ou enfin une cachexie plus ou moins avancée, conséquence d'une'maladie chronique.
La présence (le ces granulations casécuses garnies iVOidimn est donc un signe fâcheux. Cependant il faut dire qu'elle n'ajoute rien à l'état des enfants, qu'elle n'aggrave par leur position, et qu'il en est exactement la même chose de la maladie avant et après l'apparition du muguet. Toutefois, quand il survient dans une maladie chronique, il indique unv terminaison promptemenl fâcheuse.
Il n'y a qu'une seule circonstance dans laquelle le muguet soit quelque chose par lui-même et mérite qu'on s'en occupe : c'est lorsque, par la confluence de ses végétations, il apporte un obstacle matériel à l'introduction des aliments dans L'estomac. A part cet accident, qui est très-rare, le muguet es! très-innocent de sa nature.
Il n*a jamais fait mourir personne, et j'ai peine à comprendre les statistiques faites sur cette maladie. Baron a observé, dit-on, 140 enfants atteints de cette maladie, et 109 ont succombé. D'après Valleix ( 1 ), auquel j'emprunte cette citation, il aurait eu lui-même 2'2 décès sur ~1\ malades. Cela n'est pas étonnant, puisque tous avaient une entéro-colite, compliquée, chez huit d'entre eux, par une pneumonie, et chez un neuvième, par une méningite. On pourrait mourir à moins de irais ; et certainement le cryptogame de la bouche n'a pas contribué le moins du monde a ce résultat.
En effet, la mort n'est jamais la conséquence de la maladie qu'on appelle muguet. C'est se méprendre de la manière la plus étrange d'émettre une pareille assertion. Sur 160 malades dont j'ai recueilli les observations à l'hôpital Necker, à l'hôpital Sainte-Eugénie, à l'hôpital des Enfants malades et en ville, 04 avaient le muguet idiopathique, et pas un n'a succombé. Chez les autres, l'apparition de ce cryptogame était symptomatique d'une affection viscérale. 92 sont morts ayant une entéro-colite chronique, compliquée chez les uns par la pneumonie tuberculeuse, chez les autres par une entéro-colite aiguë, ailleurs par une pneumonie, et enfin «liez 1 par une hydrocéphalie. Les 12 qui restent étaient affectés d'entéro-colite ou consumés par la phthisie, et ont été perdus de vue, ayant encore le muguet.
Je ne pense pas que, chez les enfants qui ont succombé, on puisse hésiter sur la cause organique de la mort, et qu'on puisse balancer un instant pour l'attribuer a un parasite végétal, placé sur la muqueuse de la bouche, tandis qu'il y a en même temps une affection viscérale qui précède toujours l'apparition de ce produit.
Traitement. — Les agents thérapeutiques locaux suffisent pour l'aire disparaître le muguet idiopathique et le muguet symptomatique.
Les infusions et décoctions mucilagineuses de mauve, de guimauve, de graine de lin, etc., sont bonnes à employer en injection ou en gargarisme quand le malade est d'âge à pouvoir s'en servir.
La médication substitutive, conseillée par Boerhaave, van Swieten, Stoil, Sauvages, etc., est beaucoup plus convenable et réussit très- rapidement.
Guersant conseille l'usage d'une décoction mucilagineuse, à laquelle on ajoute un quart de liqueur de Labarraque ou de jus de citron. On l'emploie à l'aide d'un pinceau de charpie que l'on porte dans la bouche des enfants. Ce médecin a retiré aussi quelques avantages de la solution légère de sulfate d'alumine dans de l'eau.
Le docteur Hencker a recommandé les solutions de sulfate de zinc a la dose de 1 gramme pour 30 grammes d'eau de laitue. A. Dugès a préconisé l'emploi de collutoires, dans la composition desquels entrent les acides végétaux, le vinaigre, le suc de citron, etc. Bretonneau s'est également bien trouvé du calcmel associé au sucre en poudre, et mis dans la bouche a la dose d'un demi-grain trois ou quatre fois par jour.
Y toutes ces médications anciennes et aux médicaments acides, je préfère les topiques alcalins, et surtout la médication suivante, fort ancienne, et qui est toujours suivie de succès :
Borax 5 à 15 grammes.
Miel 20 à 30 —
Mêlez et employez, en portant, trois fois par jour, ce collutoire sur les parties malades a l'aide d'un pinceau de charpie.
l'ai fort souvent fait employer cette médication alcaline topique, et, sous son influence, les cryptogames du muguet idiopathique et symptomatique se flétrissent
Valleix, Clinique des maladies des enfants nouveau-nés. Paris. 1 8 o 8 , p. ~20'2 et suiv.
MUGUET. i).")l
et tombent en vingt-quatre ou trente-six heures. On peut également employer les lotions d'eau de chaux ou d'eau de Vichy, le collutoire au chlorate de potasse 2 grammes pour 10 de miel, le collutoire de bicarbonate de soude 3 grammes pour 10 parties de miel, etc.
11 est rare que les concrétions remplies de YOidium du muguet résistent à ces moyens. On doit les combattre alors par la cautérisation avec le nitrate d'argent pour en triompher avant qu'elles aient pu devenir confluentes.
La diète ne convient dans le muguet que lorsque la maladie se rattache à une affection aiguë grave. Sans cela, il faut, autant que possible, alimenter les enfants.
Les moyens thérapeutiques généraux que l'on est obligé de mettre en usage dans celte maladie ne s'adressent pas au muguet; car dans le muguet simple un traitement local suffit. Ce n'est que dans le muguet symptomatique que ces moyens deviennent nécessaires. On les applique alors, moins contre les lésions de la bouche que contre les lésions de l'intestin, du poumon, etc., si fréquemment compliquées parla présence de ce produit* Il est inutile déparier du traitement de ces maladies ; on le trouvera indiqué ailleurs en lieu plus convenable.
Aphorismes.
270. La bouche béante, avec des lèvres écartées, sèches et noirâtres, indique une stomatite ulcéreuse.
271. Les cautérisations guérissent très-promptement les ulcérations intérieures de la bouche.
272 Un aphthe devenu gangreneux est souvent le point de départ du sphacèle qui envahit les parois buccales.
271). La gangrène de la bouche se développe ordinairement chez les enfants débiles, mal nourris, lymphatiques et placés au milieu de circonstances hygiéniques extérieures défavorables.