CHAPITRE XIII
Le muguet est une stomatite qui produit de petites fausses membranes de mucine et d'épithélium sous forme de granulations blanches caséeuses au milieu desquelles
il; Burdel, Bulletin de VAcaclémie de médecine.
se développe' un végétal parasite, VOidium albicans. C'est la conséquence de la gastro- entérine et de la diarrhée acide des entants.
Cette maladie, désignée sous les noms de millet et blanchet, fut considérée par les auteurs anciens comme une ulcération simple ou gangreneuse de la muqueuse digestive. Des médecins plus rapprochés de nous l'ont envisagée comme une éruption papuleuse ou vésiculeuse de la nature des aphthes : Boerhaave, van Swieten, Bateman, qui l'appela aphtha lactantium; Plenck, aphtha infantilis; Sauvages, aphtha lactamen, etc. Enfin, on s'est arrêté à cette autre opinion qui regardait le muguet comme une phlegmasie de la muqueuse buccale avec exsudation pseudomembraneuse, analogue a celle du coryza et de la diphthérite. Telles sont, du moins, les idées exprimées par Gardien, Underwood, Guersant et Blache (1), Lélut (2), Valleix (3), Laboulbène (4), etc.
Le muguet n'est pas comparable aux aphthes, car il n'y a point d'éruption vésiculeuse ni d'ulcération à la surface de la muqueuse buccale. C'est une affection de nature pseudo-membraneuse.
Ainsi la tache blanche, miliaire etcaséeuse, qui forme le caractère physique du muguet, est une fausse membrane formée d'épi thélium et de mucine, caséiforme, causée par une stomatite spéciale dont je vais indiquer les caractères. Elle est le résultat d'une sécrétion morbide. Mais le fait nouveau de son histoire, c'est la rapidité avec laquelle il s'y développe des productions cryptogamiques, des moisissures toujours les mêmes. — A la fausse membrane molle, peu résistante, albmino-épithéliale, s'ajoute un parasite végétal, VOidium albicans, qui se forme, dans des circonstances particulières et selon les lois de la génération prétendue spontanée des végétaux iiifusoires, telles que les a décrites Dutrochet (5).
Ce son! de véritables moisissures microscopiques, cryptogames découverts par Berg (de Stockholm).
Fig. (32. — Filaments tubuleux du muguet bien développés (').
Ils oui été l'objet
(1) Guersant el Blache, Dictionnaire de médecine en 30 vol., article Muguet. Paris, 1839, i. XX, p. 300.
(2j Lélut, De la fausse membrane dans le muguet (Archives de médecine, 1827, i XIII, p. 335).
(3) Valleix, Clinique des maladies des nouveau-nés. Paris, 1838.
(1) Laboulbène, Recherches analomiques et cliniques sur les fausses membranes. Paris, 18(11. — Nouveaux éléments d'anatomiepothologique. Paris, 1878.
(5) Dutrochet, Mémoires pour servir à l'histoire anaiomique et physiologique des végétaux et des animaux. Paris, In.it, i. Il, p, 190.
(*) C g ftlani ints sonl cylindriques, n sxu iux. Ils onl 0 ' , des tubes; c, c, quelques cellules ovoïdes des tubes; d, </. mencenl à poindre par une seule cellule. (Ch. Kodin.)
m de lonjju >u ifleations des iul> îs ;
ti, a, cloisonnement amilications qui com-
d'une étude particulière de la part de Gruby (1) et de Charles Robin (2). Voici. d'après ce dernier observateur, la description de cet épiphyte qui porte le nom d' Oïdium olbicans.
Structure du muguet. — Le muguet est composé : 1° de filaments tubuleux sporifères; 2° de spores globuleuses ou ovoïdes dans l'origine; 3° d'une couche d'épithéliuni formant la fausse membrane.
1° Filaments tubuleux (fig. 62). — Les filaments tubuleux (racines, tiges, Gruby: fibrilles, Berg) sont cylindriques, allongés, droits ou incurvés en divers sens. Ils sont larges de 0mn5,003 à 0mm,00i (rarement moins et quelquefois de 0mm,00r>) sur 0mm,05, 0ram,50 à 0mm,60 de long, et même plus, suivant la période de développement à laquelle ils sont arrivés. Les bords sont foncés, nettement limités, ordinairement parallèles. L'intérieur du tube est transparent, de couleur légèrement ambrée.
Ces filaments tubuleux sont formés de cellules allongées, articulées bout à bout, et longues en général de 0,nm,0^0; elles ont cependant quelquefois plus du double près de l'extrémité adhérente. En général, elles diminuent de longueur en approchant de l'extrémité sporifère ou libre, de manière à n'avoir plus que 0mm,010 environ.
Ils sont tous ramifiés (à l'état adulte ) une ou plusieurs fois ; ces ramifications sont aussi composées de cellules, comme les filaments d'où elles partent. Tantôt elles sont aussi plus longues que ceux-ci mêmes; tantôt elles ne sont formées que d'une cellule courte et arrondie, ou seulement de deux ou trois cellules allongées.
Ces filaments et leurs branches sont cloisonnés d'espace en espace, et ordinairement un peu étranglés au niveau des cloisons; celles-ci sont constituées par l'accotement des extrémités arrondies de deux cellules. C'est contre l'étranglement articulaire ou un peu au-dessous, contre la paroi du filament, que sont insérées les ramifications; elles ne communiquent jamais avec la cavité des cellules.
Les chambres limitées par les cloisons (cavité de chaque cellule) renferment ordinairement quelques granules moléculaires, ayant U '■-'-, iXH à 0,un,0i>2, de teinte foncée et souvent doués du mouvement brownien. Sur certains filaments, chaque chambre renferme, au lieu de granules, deux, trois ou quatre cellules ovales, qui remplissent la cavité. Les parois de ces cellules sont pales, jaunâtres, et se distinguent de celles du filament par leur teinte plus brillante, beaucoup moins foncée. Elles se touchent aussi par leurs extrémités ou sont un peu plus écartées; leur contenu est homogène, transparent.
L'extrémité d'origine ou adhérente des filaments est ordinairement cachée au centre d'amas de spores isolées ou mêlées avec des cellules épithéliales. Cependant on peut l'isoler; alors on voit que la première cellule est un prolongement d'une spore et qu'il y a libre communication entre leurs cavités. Que le filament soit formé par beaucoup de cellules et porte déjà des branches ou soit représenté par une ou deux chambres seulement, la spore est toujours reconnaissable. Cette spore renferme habituellement deux ou trois granules sphériques, de 0mm,001, foncés en couleur, à bords nets; ils exécutent des mouvements rapides de sautillement et changent de place dans la cavité. Aux spores germées adhèrent souvent quelques autres spores assez difficiles à en détacher.
L'extrémité libre ou sporifère des filaments ou de leurs ramifications est ou
I Gruby, Comptes rendus de V Académie des sciences, t. XIV, p. 634.
Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et les animaux. Paris, 1853, p. 188.
MUGUET. 7)'i?y
arrondie sans renflement, ou formée par une cellule sphéroïde plus grosse que les précédentes et séparée d'elles par un étranglement très-prononcé ; quelquefois celle-ci est prolongée par une ou deux cellules très-petites : cette cellule terminale renflée a de 0mm,005 à 0mm,007. Souvent les cellules qui précèdent le renflement terminal sont ovoïdes, courtes, et donnent au filament un aspect variqueux ou borruleux. Les cellules renflées, terminales, sont probablement près de se détacher, et les cellules pâles contenues dans les chambres dont il a été parlé plus haut, des spons qui commencent à se développer.
2° Spores. — Elle sont sphériques ou un peu allongées, à bords nets et foncés, à cavité transparente, d'une teinte marbrée et réfractant assez fortement la lumière;
Fig. 63. — Plaque de muguet au Fig. 64. — Fragments de muguet au troisième jour,
troisième jour avec des lamelles à 3G0 diamètres, entremêlés de cellules d'épithélium
épithéliales recouvertes de spo- imbriquées, couvertes de spores rondes ou ovales et de