GRENOUILLETTE
La grenouillette est une maladie très-rare chez les nouveau-nés. Il n'y en a que trois exemples, l'un publié en 1833 par P. Dubois, l'autre par Lombard en 1862 (1), et l'autre par Bertin, de Gray (2). Dans ces trois cas la tumeur, au lieu d'être située dans le plancher de la langue, était dans la langue même en arrière du frein et formait un kyste volumineux rempli d'un liquide séreux et filant. Elle était élastique, fluctuante et sa paroi était mince, tendue, transparente, nuancée de violet et parcourue par des arborisations vasculaires très-fortes. Chez l'enfant observé par Paul Dubois, la langue sortait à chaque instant de la bouche et empêchait la succion de l'allaitement ; sur celui de Lombard, la langue était si volumineuse, qu'elle ne pouvait tenir dans la bouche et donnait lieu à des symptômes d'asphyxie qu'il fallait aussitôt faire cesser.
Ces tumeurs empêchent l'allaitement ou la respiration et il faut les vider. Pour cela une simple incision d'un centimètre suffit. Un liquide visqueux comme du blanc d'œuf s'écoule, les parois du kyste se rapprochent et s'agglutinent et le mal guérit en quinze ou vingt jours. Si le liquide se reproduisait, il faudrait inciser de nouveau et exciser de chaque côté une petite portion de la paroi du kyste, ayant avec soi une solution de perchlorure de fer pour arrêter l'hémorrhagie au besoin .
Toutefois avant de faire l'excision, il sera bon d'ouvrir de nouveau le kyste ou de le faire éclater par la pression des doigts. Je préfère cette méthode à l'application du séton dans le kyste, comme l'a fait Lombard. Ce serait peut-être aussi le cas, si le kyste se reproduisait après une première incision, de le vider en y injectant de la teinture d'iode.
Chez les enfants plus âgés, la grenouillette forme une tumeur enkystée (fig. 65) de volume variable, se développant dans la partie antérieure du plancher buccal au-dessous de la langue.
Les kystes de la grenouillette renferment, en général, un liquide qui, loin d-'avoir la fluidité de celui qu'on trouve dans les kystes séreux, est épais, filant
Fig. 65. — Grenouillette (*).
(1) Lombard, Comptes rendus de la Société de médecine de Toulouse, 1862.
(2) Bertin, Union médicale, 1869, p. 773.
C) A, tumeur enkystée.