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CHAPITRE XIII

RÉTENTION DU MÉCONIIM

Le méconium est une matière noire, tenace et poisseuse, qui se forme dans l'intestin pendant le cours de la vie intra-utérine, et que le nouveau-né doit rendre

(1) Piretti, Gazette médicale, 1850, p. 2G7.

(2) Voyez Entozoaires.

(3) Annandalo, Bulletin de thérapeutique, 18G3, p. 5G3.

(4) Voyez Dr Ballev, Disque de fer blanc de trois centimètres de diamètre [Union médicale, 30 mai et 6 juin 1871, et 1 lévrier 1870).

00 i PATHOLOGIE SPÉCIALE DE LA PREMIÈRE ENFANCE.

par les selles dans les deux ou trois premiers jours de son existence. La rétention de cette matière est toujours préjudiciable à l'enfant. Les accidents qui en résultent sont plus ou moins graves, suivant la nature des causes qui empêchent cette évacuation.

Causes. — La rétention du méconium est le résultat de la paresse de l'intestin, quelquefois de l'endurcissement des matières, ce qui est très-rare, ou enfin d'un obstacle matériel à la circulation de ce produit excrémentitiel. Lorsqu'il n'y a chez un enfant que faiblesse des mouvements de l'intestin ou solidification des matières excrémentitielles, on en triomphe facilement par de légers purgatifs excitants. Quand, au contraire, il y a obstacle matériel aux déjections alvines, l'accident est infiniment plus grave, c'est ordinairement l'imperforation de l'anus qui en est la cause. Je vais donc parler de la simple rétention du méconium et de la rétention suite de l'imperforation de l'anus.

I. — Le méconium est ordinairement expulsé dans les deux ou trois premiers jours qui suivent la naissance. II arrive cependant que cette matière, adhérant beaucoup aux parois des intestins ou endurcie, ne peut être entraînée par les contractions trop faibles de ces viscères. Elle est évacuée en partie et reste pendant un espace de temps plus long qu'on ne saurait l'imaginer. Elle s'échappe très-lentement, par petites quantités, souvent sans qu'on s'en aperçoive, à des époques tellement éloignées de la naissance, qu'on eût été bien loin de soupçonner que le moindre atome pût se trouver encore dans les intestins. Underwood a donné ses soins à des enfants âgés de plus d'un mois et qui avaient été indisposés depuis qu'ils étaient au monde. Ce n'était qu'alors qu'ils commençaient à rendre le méconium.

les accidents qui résultent de cette rétention sont à peu près semblables à ceux que l'on observe dans la constipation à un âge plus avancé. Il y a des flatulences, des coliques, des indigestions, des vomissements ou de la constipation. On observe aussi quelquefois des phénomènes nerveux fort graves ; mais ces accidents sont assez rares dans nos pays. Ils sont, au contraire, très-fréquents dans les climats chauds des tropiques. Ainsi les enfants nouveau-nés dans l'Inde ont souvent, à la suite de la rétention du méconium, une espèce de tétanos nommé mâchoire close (locked jaw) ou tombée (fallen jaw), et qui exerce sur eux de grands ravages. J'ai vu survenir des convulsions chez un enfant qui, au huitième jour de la naissance, n'avait pas encore rendu le méconium, et j'ai cru devoir établir un rapport entre ces deux phénomènes, qui ne sont pas ordinairement liés l'un à l'autre.

Traitement. — Il faut favoriser l'expulsion du méconium en agissant sur le gros intestin à l'aide de lavements purgatifs, ou en donnant à l'intérieur des substances laxatives.

Les lavements purgatifs et les excitants du gros intestin sont très-avantageux à employer, car le méconium n'occupe que le gros intestin. On réussit très-bien en employant des lavements de 100 grammes, et composés, les uns, avec de la décoction de graine de lin unie à une cuillerée d'huile, ou à une solution de 8 grammes de sel marin ou de sulfate de soude ; les autres, faits avec une infusion de mercuriale ou de séné dans 100 grammes de liquide.

A l'intérieur, lorsque ces moyens n'ont pas réussi, il faut commencer par donner des substances purgatives peu énergiques. Il faut les choisir de manière que leur action cause le moins de trouble possible, car il faut souvent très-peu de chose pour purger un nouveau-né. H suffit, le plus souvent, de leur faire prendre un peu de sirop de chicorée composé à la dose d'une ou deux cuillerées à bouche.

RETENTION DU MECONIUM. 605

Si les selles tardent trop à paraître, on pourra donner 15 à 25 grammes d'huile d'amandes douces, ou moitié de cette dose d'huile de ricin.

Si le méconinm diffère encore de sortir, il faut prendre le calomel seul on associé au jalap. Le premier de ces médicaments est d'un emploi fort avantageux, car il est sans saveur; l'autre, au contraire, est plus difficile à faire prendre aux enfants en raison de son amertume.

On administre le calomel à la dose de 10 à 15 centigrammes.

Le jalap en poudre se donne à la dose de 15 à 20 centigrammes dans du miel, ou incorporé à des conserves ou à des extraits assez compactes pour faire des pilules qu'on puisse recouvrir de poudre de réglisse ou de sucre.

IL Rétention du méconiitm, suite de V imperforation de l'anus. — « L'extré- •> mité inférieure du tube intestinal peut offrir une oblitération complète, qui résulte n de l'imperforation de la peau au niveau de l'anus, et alors le rectum se termine » en cul-de-sac à sa partie inférieure, ou bien une partie ou la totalité de cet intes- » tin manque. Dans le premier cas, il contracte des adhérences avec le sacrum; » dans le second, c'est l'extrémité inférieure du côlon qui forme un cul-de-sac et » adhère au sacrum près de l'angle sacro-vertébral. Il ne faut pas croire cependant » que l'imperforation de l'anus accompagne toujours l'imperforation ou l'absence » du rectum. Cet orifice existe parfois chez les enfants dont le rectum est oblitéré : » aussi est-ce une circonstance à laquelle il faut faire la plus grande attention, lors- » qu'on remarque des signes de rétention de matières fécales. Dans les cas où le » rectum existe, mais où l'anus est imperforé, il suffit, pour donner issue au méco- » nium, de faire une ponction, avec un bistouri droit, dans le point où l'anus doit » exister, et au sommet de la tumeur qui se montre à chacun des efforts faits par » l'enfant ; puis il faut empêcher la cicatrisation de la plaie extérieure au moyen de » mèches de charpie.

» Mais quand le rectum est oblitéré dans une grande partie de son étendue, » l'opération qu'il faut pratiquer est fort difficile, dangereuse et rarement couronnée ') de succès. Dieulafoy, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Toulouse, a réussi » cependant dans un cas de ce genre le 8 mai 1848 ; l'opération fut faite avec l'as- » sistance des docteurs C. Vigurie et Lafargue. Le 25 octobre l'enfant se portait » parfaitement. On n'a à choisir qu'entre l'établissement d'un anus artificiel à la » partie antérieure de l'abdomen, d'un anus artificiel lombaire, ou dans le lieu <> même où l'anus devrait exister. La première opération est plus facile, mais l'in- » firmité dégoûtante qu'elle laisse après elle doit faire donner la préférence à l'autre > procédé, qui appartient à Amussat (1). »

Ce chirurgien, dans cette circonstance, pratique une de ces opérations hardies qu'on ne peut tenter que dans des cas semblables. Il cherche à établir artificiellement un anus dans le lieu où cet orifice naturel devrait être placé. Pour cela, après avoir disséqué les parties jusqu'à L'intestin, il l'attire, l'ouvre et le fixe au pourtour de l'orifice anal, à l'aide de quelques points de suture. Une de ces opérations a réussi. On comprend combien elle doit être dangereuse ; mais elle est préférable ii celle qui consiste à établir chez un enfant un anus artificiel, qui voue le malheureux qui le porte à une vie misérable. Eu effet, ne vaut-il pas mieux tout oser pour rétablir convenablement les fonctions euréinenliliclles chez mi enfant, que de chercher aie sauver au prix d'une infirmité repoussante? Cela ne peu! faire doute dans l'esprit de personne.

(1) Chailly-llonurc, Traité pratique de l'art des accouchements, 6* édition. Tari-, 1 8 7 s .

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