CONSTIPATION
La constipation est un accident infiniment pins rare dans l'enfance qu'à toute autre époque de la vie. C'est un des phénomènes delà dyspepsie (1). Elle est souvent le résultat d'une légère inflammation érythémateuse des intestins ou de la colique de plomb (2). Cette disposition est d'autant moins commune que les enfants sont plus jeunes : elle est assez fâcheuse et peut être la source d'accidents quelquefois très-sérieux.
Lorsque, malgré la constipation, l'enfant jouit d'une bonne santé, il est inutile de s'en occuper; mais si l'enfant souffre, comme cela est très-fréquent, de flatuosités et de coliques, il devient nécessaire de combattre ce resserrement d'entrailles.
Les accidents les plus communs à la suite de la constipation sont : les flatuosités, les coliques, qu'on reconnaît à une certaine manière de crier de l'enfant, et à certains mouvements de ses jambes, la diarrhée catarrhale et une véritable entérite. Jeles ai déjà indiqués (3). Quelquefois les enfants plus âgés ont des crises trèsdouloureuses qui les prennent dans leurs jeux, puis cela s'arrête pour revenir plusieurs fois par jour à un degré d'intensité variable.
Chez d'autres enfants, et principalement chez ceux qui sont sujets aux attaques convulsives, la constipation détermine très-facilement des convulsions qui épouvantent beaucoup les familles. Elles n'ont pas de gravité et cessent avec la cause qui les engendre. Ainsi, j'ai vu des enfants très-robustes pris de convulsions passagères ou durant 10 à 15 jours de suite sans avoir présenté des symptômes de méningite. Elles n'avaient pas d'autre cause qu'un état de constipation habituelle.
Lorsque la constipation est portée à un très-haut degré et que nulle évacuation ne peut avoir lieu, on observe quelquefois des coliques violentes, de la fièvre, l'état saburral de la langue et les vomissements, symptômes que l'on trouve si souvent, mais plus marqués, dans la constipation des vieillards. Dans certains cas très-rares les matières sont si dures qu'on est obligé de les aider à sortir avec une curette ou un manche de petite cuiller. Ces accidents ne s'observent que rarement chez les jeunes enfants, et n'ont jamais une très-violente intensité. Ils ont déjà été signalés par Underwood, qui s'exprime ainsi : « La constipation est quelquefois une cause qui prédispose aux fièvres rémittentes. J'en ai acquis la preuve chez un enfant qui, d'ailleurs, jouissait de la meilleure santé. Pendant deux ou trois ans il fut pris par intervalle dune fièvre qui n'avait d'autre cause apparente que la paresse du ventre, paresse qu'il était assez difficile de vaincre par le régime et même à l'aide des médicaments. »
Traitement. — Il faut essayer de vaincre la constipation soit par le régime herbacé, soit par de légers laxatifs, assez souvent répétés pour entretenir la liberté du ventre et assez faibles pour ne pas irriter les entrailles ; par des suppositoires de beurre de cacao pur ou additionné d'une petite quantité de belladone. Ce moyen longtemps continué a les plus grands avantages. On met tous les soirs dans l'anus un suppositoire long de 4 centimètres, large d'un demi-centimètre et additionné d'un centigramme d'extrait de belladone. 11 n'y a pas de constipation simple qui résiste à ce remède.
(I) Voyez ce mot.
(2j Voyez Colique de plomb, p. 591.
(3) Voyez Du geste et de l'attitids, p. U.
On peut employer le sirop de roses ou de fleurs de pêcher; — le sirop de chicorée composé et le sirop de nerprun à la dose de 20 à 30 grammes, une fois par semaine; l'huile d'amandes douces, I5à20 grammes; —la manne, 10 a 20 grammes en dissolution dans du lait; — 25 à 30 centigrammes de poudre de magnésie avec quelques gouttes de teinture de séné ;— la poudre de calomel à la dose de 5 à 15 centigrammes; — la potion purgative au séné; — l'huile de ricin à la dose de 6 à 12 grammes; — le chocolat purgatif à la magnésie, une demi-tablette par jour; le tamar indien à la dose d'un quart de pastille, — le podophyllus à la dose de un centigramme dans du sirop, etc.
Quand l'enfant paraît avoir de grandes coliques, il suffit de lui appliquer des topiques chauds sur la région de l'estomac et des intestins. Underwood conseille les fleurs de camomille grillées et placées entre deux morceaux de flanelle. Cet auteur attribue à ce remède l'avantage de calmer les douleurs et de favoriser l'action des laxatifs. Les cataplasmes émollients sont tout aussi avantageux; on peut aider à leur action en donnant de petits quarts cle lavement faits avec la décoction de graine de lin sans pavots ni opium. Les narcotiques ne doivent pas être employés dans cette circonstance et de cette manière. Il faut les bannir, d'abord parce que ces médicaments ne peuvent qu'augmenter la constipation, ensuite parce qu'ils peuvent être fort dangereux. Il vaut mieux, quand on doit donner l'opium aux jeunes enfants, le donner à l'intérieur, quelques cuillerées, par exemple, d'une potion de 60 grammes renfermant 4 ou 5 gouttes de laudanum de Svdenham.
bv