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POLYPES DU RECTUM

Les polypes du rectum sont assez rares chez les jeunes enfants; cependant Stoltz, .T. Bourgeois (2), Perrin, Dufresse-Chassaigne et moi en avons observé des exemples. Ils sont plus communs dans la seconde enfance, et là j'en ai observé une dizaine d'exemples. Ces polypes, d'un volume ordinairement peu considérable, ont de 1 à 2 centimètres de diamètre; ils sont généralement charnus, et offrent une structure cellulo-vasculaire ou fibreuse. Ils tiennent par un pédicule à la muqueuse, et semblent résulter de l'hypertrophie d'un des follicules du rectum. Ils sont de couleur rosée, homogènes, quoique granulés, mamelonnés et très-résistants sous le doigt. Ils laissent presque toujours suinter un peu de sang sous l'influence de la pression extérieure.

Dans un cas, l'examen histologique fait par Nepveu a donné les résultats suivants :

« Le polype, coupé en tranches minces, a été durci dans l'alcool; les coupes, colorées par le carmin, ont été laissées quelques minutes dans une solution alcoolique saturée d'acide oxalique. L'épithélium a presque entièrement disparu de la surface de la tumeur. Au milieu d'un tissu conjonctif très-abondant, on trouve des coupes longitudinales ou perpendiculaires des tubes glandulaires tapissés (l'épithélium cylindrique. Cet épithélium est normal. En quelques points, les tubes glandulaires offrent un aspect irrégulier, et, si l'on vient à chasser par le pinceau les cellules épithéliales, on voit nettement la trame conjonctive et les cavités épithéliales irrégulières, dont l'ensemble offre par leur ampleur et leur forme irrégulière l'aspect général du stroma d'une petite tumeur érectile. »

Symptôme*. — Les polypes du rectum restent assez longtemps sans donner signe de leur présence, puis ils sont l'occasion d'une petite hémorrhagie qui Aient tous les six, huit ou dix jours; quelquefois, au contraire, cette hémorrhagie est assez, fréquente et charpie lois assez abondante pour jeter les enfants dans l'anémie et pour compromettre sérieusement leur existence. Cet écoulement du sang vienl ordinairement avec les garderobes, et semble provoqué par le passade des matières

ih Duchaussoy, Gazette des hôpitaux, août 1853.

(2) Bourgeois, Bulletin général de thérapeutique, txi-j.

endurcies ; ii est accompagné de douleurs vives produites par les érosions et quelquefois (les fissures de la muqueuse du rectum.

Les enfants ont tous de la constipation, mais ils ne sont pas autrement malades. On ne voit d'abord rien a l'orifice de l'anus, et, pour arriver à un diagnostic, ii faudrait pénétrer avec le doigt dans le rectum. C'est là une exploration difficile, très-douloureuse, et qu'il ne faudrait exécuter que dans le cas de nécessité absolue. Plus tard, le polype, entraîné par les efforts de la défécation et peut-être aussi par les matières, vient par intervalles se montrer au dehors C'est alors seulement que le diagnostic acquiert toute la certitude désirable. On les prend très-souvent pou des hémorrhoïdes, mais le toucher et l'inspection des parties permettent de lever tous les doutes, et d'ailleurs les hémorrhoïdes n'existent pas chez les enfants.

Traitement. — Ces polypes ne constituent généralement pas une maladie grave, et, à moins d'hémorrhagie considérable, n'exigent pas un traitement précipité. On peut attendre, on doit même attendre, sauf circonstances particulières, que le polype vienne se montrer à l'orifice de l'anus. C'est alors qu'il faut l'opérer. Le moyen a employer et qui m'a toujours réussi est V arrachement avec le doigt ou avec des pinces à polype. C'est le moyen conseillé par J. Bourgeois, mis en usage par Perrin, dans un cas publié dans les précédentes éditions de cet ouvrage et quej 'ai employé chez plusieurs enfants.

En voici une observation recueillie chez un enfant de deux ans :

Observation I. — Chez un enfant fort bien constitué et qui n'avait jamais rendu de sang dans les garderohes, Dufresse trouva l'anus bouché par une petite tumeur grosse comme une noisette, violacée, et d'une consistance qui ne permettait pas de la confondre avec un bourrelet formé par la membrane muqueuse. En exerçant quelques tractions sur elle pour voir d'où elle venait et où elle adhérait, Dufresse vit son pédicule se rompre juste à son niveau avec la tumeur, qui se détacha comme un fruit mûr. Au moment où elle fut séparée de son pédicule, il s'écoula un peu de sang. Depuis ce moment l'enfant n'a présenté aucun accident.

Les choses se sont passées de la même façon -dans les observations rapportées par Raymondaud, et où l'on a vu l'arrachement réussir à merveille.

Observation II. — Emile C..., garçon de dix ans, rendait depuis quelque temps du sang par l'anus, chaque fois qu'il allait à la selle. Il sentait alors échapper avec les matières fécales un corps qui rentrait de lui-même quand il se relevait. Pendant les efforts de défécation opérés en présence du médecin, celui-ci vit sortir avec un bol stercoral une petite tumeur rouge, d'aspect framboise, qui, retenue par son pédicule, resta étroitement appliquée à l'orifice de l'anus contracté. Raymondaud posa un il 1 autour de ce pédicule, et, sous l'influence d'une constriction assez forte, la tumeur se détacha.

Observation III. — Un autre enfant de quatre ans était pâle, faible, ce qui inquiétait beaucoup les parents, d'autant plus qu'on trouvait toujours du sang mêlé aux matières fécales. Cependant l'enfant mangeait beaucoup, digérait bien et avait toute la gaieté de son âge. Raymondaud supposa que chez lui aussi il y avait un polype du rectum.

L'index fut introduit dans l'anus, et à 4 centimètres au moins de hauteur, un petit corps charnu fut reconnu, mou, sphéroïdal, mobile, mais retenu par un pédicule à la paroi postérieure du rectum.

Raymondaud ayant pressé assez fortement la face supérieure de la tumeur, amena celle-ci au dehors. Elle avait la grosseur d'une petite fraise. Une heure après, l'enfant fit une selle qui contenait une assez grande quantité de sang. Depuis, le sang n'a pas reparu.

Quand l'hémorrhagie causée par le polype est très-faible, et ne vient que tous les six, huit ou dix jours, on peut attendre et différer l'opération. Si, au contraire,

FISSURE A l'anus. 677

l'écoulement du sang est considérable et assez fréquent pour affaiblir la constitution et amener l'anémie, ce qui arrive assez souvent, il faut se décider à enlever la source du mat.

Stoltz a conseillé de détruire les polypes du rectum chez les enfants par la ligature du pédicule et l'excision immédiate au-dessous du fil. Ce précepte est fort bon et met au-dessus des dangers d'une hémorrhagie ; mais il est quelquefois d'une pratique difficile, et sous ce rapport il ne vaut pas le procédé de J. Bourgeois. Ce médecin arrache purement et simplement le polype au moyen des doigts, ainsi qu'on peut le voir dans l'observation que je viens de rapporter. Quatre fois ce procédé a été mis en usage par l'auteur, une fois par Perrin, deux fois par Raymondaud. une fois par Dufresse; toujours il a réussi sans accidents et sans causer la moindre hémorrhagie. C'est celui que je conseille de mettre en usage et que j'ai employé une dizaine de fois.

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