BOUCHOT. — NOUY.-NÉS. 7 ÉDIT
L'amélioration coïncide avec la diminution de l'œdème du tissu cellulaire souscutané, et, dans ma théorie anatomique de l'éclampsie par albuminurie, on comprend qu'une diminution d'œdème cérébral ou méningé puisse amener la cessation de l'état convulsif. Je ne comprends plus l'amélioration ni la guérison immédiate de l'éclampsie albuminurique dans la théorie humorale de ces accidents; car si l'urémie est la cause des convulsions, comme cette altération du sang ne cesse pas d'un jour à l'autre, et qu'elle est aujourd'hui ce qu'elle était hier, je ne vois pas comment les convulsions qu'elle produisait hier pourraient cesser aujourd'hui. L'existence d'un œdème méningé mobile, variable, comme tous les œdèmes, facile à se déplacer ou à disparaître, explique bien mieux les accidents convulsifs et leur guérison.
Traitement. — Je ne [dirai rien des moyens qu'on emploie dans l'éclampsie albuminurique de la grossesse ou de l'accouchement, qui exige des pratiques obstétricales déterminées, jointes aux moyens thérapeutiques de l'état convulsif. Je n'ai à parler que des remèdes à opposer à l'éclampsie albuminurique de l'enfance, et spécialement de ceux que j'ai employés chez mes malades.
On peut hésiter entre le recours aux émissions sanguines, qui réussit toujours très-bien dans l'éclampsie simple ou albuminurique et les antispasmodiques. Mais si l'éclampsie dure déjà depuis vingt-quatre heures, il me semble que c'est déjà un peu tard pour entreprendre le traitement an tiphlogistique.
Alors, il faut se servir des antispasmodiques. On a le choix entre les perles d'éther, la teinture de castoréum, les lavements d'asa fœtida, le sirop de chloroforme, l'hydrate de chloral, etc., c'est à ce dernier médicament que je donne la préférence. Les observations que j'ai faites sur ses avantages thérapeutiques (1) le désignent à la pensée. D'ailleurs, il a déjà été employé avec succès dans l'éclampsie puerpérale. Je donne l'hydrate de chloral selon ma formule dans du sirop de groseilles, excipient qui en déguise le mieux l'amertume.
Je prescris :
Hydrate de chloral 3 grammes.
Sirop de groseilles 00 —
Le prendre en une fois.
Le médicament est suivi de plusieurs heures de sommeil tranquille ; puis, au réveil, il y a moins de stupeur, et il n'y a pas de nouvelle attaque d'éclampsie.
Le lendemain, même dose d'hydrate de chloral, et la journée se passe sans récidive de convulsions, les urines deviennent plus limpides et moins albumineuses, et, au troisième jour du médicament, aucun trouble du système nerveux ne reparaît.
Les jours suivants, s'il ne revient pas de convulsions, l'albuminurie cesse et l'enfant guérit. Évidemment, ce ne sont pas des convulsions uré iniques, car elles cesseraient en vingt-quatre heures, et ce sont plutôt des convulsions dues à un œdème cérébral.
Ne faut-il voir dans ces guérisons qu'une de ces coïncidences thérapeutique h communes qui font qu'on ne doit jamais rien conclure sur l'action des médicaments, sans que cette action ait été bien des fois vérifiée, ou y a-t-il eu un effet du chloral sur l'éclampsie ? Les accidents eussent-ils cessé avec toute autre espèce de médication, avec rien même, comme le pensent les sectateurs du nihilisme thérapeutique? Je ne le pense pas. Les observations qui prouvent les avantages de l'hydrate de chloral dans l'éclampsie sont nombreuses et, sans donner l'emploi de ce
(1) Bouchut, Gazette des hôpitaux, 1807.
hémorrhagie] RÉNALE. 707
remède comme mie merveille, je me borne à dire plus modestement que je le crois être un moyen très-utile. Dans la plupart des cas les enfants guérissent ainsi de leur éclampsie et leur albuminurie (1).