ÉPANCHEMENTS URINEUX CHEZ LES ENFANTS
11 se fait chez l'enfant comme chez l'adulte des infiltrations d'urine dans le tissu cellulaire des bourses, du périnée et du petit bassin, qui ont les conséquences les plus fâcheuses pour les malades. Chez l'enfant la maladie diffère beaucoup de ce qu'elle est chez l'adulte. On ne l'observe guère que de deux à sept ans et elle résulte presque toujours de graviers arrêtés dans l'urèthre, ainsi que l'a établi Cooper Forster d'après un certain nombre d'observations que je rapporterai plus loin. Dans tous les cas, dit ce chirurgien, l'épanchement urineux reconnaît pour cause l'arrêt d'un calcul dans un point quelconque de l'urèthre; ce calcul ulcère la membrane muqueuse du canal, et c'est par cette voie que se fait l'infiltration ; chez l'adulte, au contraire, une semblable cause est tout exceptionnelle. Cependant il ne s'ensuit pas nécessairement, de ce qu'un calcul est arrêté dans l'urèthre, qu'il se formera un épanchement urineux. Cooper Forster rapporte, en effet, à l'appui de cette dernière assertion, un fait curieux d'un calcul qu'il a extrait de l'urèthre, où il était arrêté depuis plusieurs semaines ; ce calcul présentait une sorte de gouttière analogue à celle qui existe sur un grain de café, gouttière qui permettait à l'urine de s'écouler au dehors; il avait séjourné pendant plusieurs semaines dans l'urèthre, mais il n'avait pas ulcéré la muqueuse et n'avait donné d'autre signe de son existence qu'un peu de douleur.
Symptômes. — Le premier symptôme des épanchements urineux semble être une rétention d'urine, qui n'est ni toujours ni nécessairement complète, circonstance qui doit paraître étrange; mais, chez les enfants, toute diminution de la quantité d'urine rendue, accompagnée de gonflement ou de douleur dans le périnée, doit appeler sérieusement l'attention du chirurgien. 11 est constant que, chez les enfants, ii u épanchement urineux, qui peut devenir mortel, peut se faire lentement, bien qu'il continue à passer par l'urèthre une certaine quantité d'urine; la possibilité de cet accident doit toujours être présente à l'esprit. Les malades savent si peu quelle est la gravité d'un épanchement urineux dans le périnée, et quelquefois ils oui si peu de douleurs dans les premiers moments de l'accident, que souvent l'attention du médecin peut être détournée, lorsque le malade affirme que l'urine passe par l'urèthre. Il serait d'autant plus facile d'écarter cette idée, que souvent le petit malade a eu quelques symptômes indiquant la présence d'un calcul dans la \ essie, et que l'état général est quelquefois très-grave dès le début de l'infiltration mineuse.
Une fois cette éliologie de l'épanchement urineux chez les enfants admise, c'està-dire si, en dehors d'un accident, l'infiltration ne reconnaît pas d'autre cause que la présence d'un calcul, le traitement est bien clairement Indiqué. V en juger par les résultats obtenus dans les observations IV et V, il faut aller à la recherche du
calcul et l'extraire dès que l'on a diminué par de larges incisions le gonflement causé par l'infiltration de l'urine, et non pas attendre, comme cela est généralement
conseillé et pratiqué, que le gonflement des parties soit complètement disparu avant d'extraire le calcul, si l'on en soupçonne l'existence. Dans un cas, une sonde, placée dans la vessie après que le calcul était expulsé, s'était accidentellement bouchée et avait rempli alors le mémo office que le calcul, en empêchant la sortie de l'urine. Il est vrai que, chez le malade, la pierre était restée sept semaines avant de sortir; mais, malgré la vigueur de cet enfant, le chirurgien était chaque jour plus inquiet de son sort et n'a cessé de craindre que lorsqu'il vit le calcul rejeté ; c'est aussi à partir de ce moment que l'enfant commença à se rétablir. Tout délai dans l'extraction du calcul est donc une fâcheuse condition et il faut s'empresser d'aller à sa recherche.
Voici maintenant les observations publiées par M. C. Forster :
Observation I. — Enfant délicat, deux ans, admis en mai 185i. La veille de son entrée, il fut pris d'une rétention d'urine, qui fut bientôt suivie d'épanchement urineux comprenant le périnée et le scrotum. On incisa les parties infiltrées, et un petit calcul s'en échappa. Le lendemain on plaça une sonde à demeure dans la vessie; mais la sonde se boucha bientôt, et un nouvel épanchement vint envahir la partie inférieure de l'abdomen; on lit de larges incisions; tout fut inutile, l'enfant mourut le neuvième jour.
Autopsie. — Le péritoine est couvert de lymphe graisseuse. Dans le scrotum, on trouve une petite plaie ulcéreuse, communiquant en arrière avec la base de la vessie, et en avant avec une plaie semblable située près du gland; tout le tissu cellulaire de la région est infiltré. Il y avait aussi une ulcération en dehors de la prostate, s'élcndant jusqu'au repli du péritoine à gauche. Tous les autres organes étaient sains.
Observation IL — Garçon de cinq ans, admis en février 1856. La veille de son entrée, il avait eu d'abord de grandes difficultés à uriner, puis enfin une rétention complète; il se fit une infiltration urineuse dans le périnée et le scrotum, qui se gonilèrent considérablement; on fit de larges incisions : l'infiltration augmenta encore, et un petit calcul fut expulsé. Il y avait chez cet enfant une coloration livide particulière de la peau de l'abdomen, les veines étaient dilatées, l'épanchement remontait jusqu'au sommet du cordon spermatique. L'enfant mourut d'épuisement le vingt-huitième jour après l'opération.
Autopsie. — L'inflammation du tissu cellulaire sous-cutané a envahi même les muscles abdominaux; ils sont infiltrés d'une sécrétion purulente verdàtre et commencent à se gangrener en certains points. Il n'y a pas de trace de péritonite dans les points correspondants, circonstance notable. La plaie gangreneuse du périnée et du scrotum avait mis à nu une portion considérable de l'urèthre, la presque totalité de la portion spongieuse.
Observation III. — Garçon chétif de quatre ans, admis en mai 1856, avec tous les symptômes d'un calcul vésical. On le porte à la salle d'opérations; mais comme on ne peut retrouver le calcul, on renvoie le malade sans rien lui faire. Cinq jours après, iî se fit une infiltration urineuse dans le scrotum, la verge et la partie inférieure de l'abdomen, accompagnée d'une grande prostration; une sonde fut introduite dans la vessie, et l'on incisa le périnée et le scrotum; on ne trouva pas de calcul. L'enfant mourut au bout de douze heures.
Autopsie. — L'urèthre est ulcéré en face du scrotum, l'épanchement urineux s'est fait par là; le calcul est enfoncé dans une cavité gangreneuse.
Observation IV. — Un vigoureux garçon de ving-neuf mois est admis en septembre 1856, avec un épanchement urineux, comprenant le périnée, le scrotum et la verge ; il n'a pas eu de rétention d'urine, mais seulement des difficultés à uriner. Une sonde de gomme élastique est introduite dans la vessie et l'on incise les parties infiltrées : l'épanchement se renouvelle à plusieurs reprises pendant sept semaines, on pratique de nouvelles incisions. Enfin, après ce temps, un petit calcul s'échappa par une des incisions. Depuis lors, les accidents cessèrent et la guérison fut prompte.
Observation V. — Garçon délicat de trois ans, entré en mai 1857. Depuis environ