GANGRÈNE DE LA VULVE
La gangrène de la vulve n'a jamais été observée chez le nouveau-né ; elle est très-rare chez l'enfant à la mamelle, et ne devient assez fréquente qu'à une époque plus avancée de l'enfance.
Causes. — La gangrène de la vulve est le résultat d'une disposition gêné aie dans laquelle se trouvent les enfants. Elle est déterminée par une cause occasionnelle irritante : la masturbation, plus souvent la leucorrhée, si commune dans le cours des maladies aiguës, et surtout des fièvres typhoïdes ou éruptives. Des érosions, des ulcérations se forment à la face interne des grandes et despetites lèvres; incessamment baignées par un flux blanc très-âcre, elles s'irritent davantage, s'étendent et se creusent ; elles se couvrent de sanie purulente infecte, de fausses membranes, et amènent la formation d'un noyau inflammatoire subjacent, qui devient le point de départ du sphacèle. Si Tonne détruit pas ce noyau inflammatoire plastique, le sphacèle est inévitable, car la phlegmasie s'étend rapidement, gagne la peau, et une eschare fétide d'un gris noirâtre, puis noire, se forme, détruit la grande lèvre, les petites, le clitoris, le périnée jusqu'à l'anus, la partie contiguë des cuisses, et la mort arrive après une désorganisation effrayante.
Elle produit une infection générale, avec endocardite végétante des valvules mitrales ei tricuspide qui donne lieu à la formation de caillots fibrïneux cardiaques valvulaires, dont les conséquences sont des infarctus du poumon et parfois des abcès métastatiques, ainsi que j'en ai observé des exemples.
Symptômes. — Les parties génitales sont le siège d'un écoulement grisâtre, sanguinolent, infect. Le passage des mines irrite sans cesse les parties et provoque la plus vive douleur. L'état général devient rapidement fort grave, la fièvre est continue; les enfants ne mangent pas, maigrissent beaucoup et tombent dans une prostration considérable. Ils succombent enfin dans le marasme qu'entraîne la suppuration.
C'est une maladie fort grave, qui est liée à un état de débilité générale de l'économie, et chacun sait, en effet, qu'on ne l'observe qu'à la lin des maladies aiguës ou éruptives. Elle existe souvent avec la gangrène de la bouche, dont elle est la complication ordinaire, ainsi que je l'ai indiqué en parlant de cette autre maladie. Elle peut guérir quand elle existe seule, isolée de toute autre affection; elle se termine le plus ordinairement par la mort dans le cas contraire.
Quand la gangrène de la vulve doit guérir, les escharesse détachent et tombent; des bourgeons charnus de bonne qnalilé couvrent les plaies subjacentes, une suppuration de bonne nature s'établit, et la cicatrisation s'opère graduellement. Il \ a toujours lieu de veiller à ce qu'elle ne s'opère pas d'une façon vicieuse et n'amené par l'occlusion de la vulve, de l'urèthre, etc.
Traitement. — Des qu'ils ont reconnu le commencement de la gangrène, il v a des médecins qui n'hésitent pas a cautériser le point initial de la maladie et qui appliquent sur l'ulcère gangreneux, ou sur le noyau placé au-dessous, un pinceau
de charpie trempé dans l'acide nitrique ou chlor'iydrique, ou un cautère rougi à blanc : c'est un moyen à délaisser. Si l'on emploi*1 les arides, il est nécessaire de renouveler la cautérisation matin et soir, jusqu'à ce que la plaie ait pris un aspect satisfaisant.
Il faut en outre faire des lotions fréquentes avec du vin de quinquina, du vin aromatique ou une solution désinfectante de chlorure de sodium, saupoudrer la plaie avec du quinquina ou du charbon, séparer les grandes lèvres à l'aide d'un linge enduit d'onguent styrax, et donner des bains quotidiens. Le moyen que je préfère et qui m'a souvent réussi, c'est l'application de poudre de camphre, matin et soir, sui l'eschare.
On lavera avec la solution d'acide phénique au 1000e, ou avec la teinture de coaltar saponiné au 40e, avec une solution d'acide salicyque ou de salicytate de soude; en ayant soin de laisser des compresses sur les parties. De plus, on donnera, matin et soir, un bain de siège au coaltar ou à l'acide phénique.
S'il n'y a pas de contre-indication absolue, il faut soutenir les enfants par un bon régime, par des aliments gras, des pâtes analeptiques, du chocolat, un peu de vin de Bordeaux noyé de vin de quinquina, etc. C'est le meilleur moyen d'augmenter les forces et de permettre aux enfants de vivre le temps que l'affection locale met à guérir.